Aller au contenu
astronoguide
Thème

Thème

Apprendre

La lentille de Barlow : doubler son grossissement sans changer d'oculaire

Un petit tube à visser entre le porte-oculaire et l'oculaire, et voilà chaque grossissement multiplié par deux ou par trois : la Barlow est l'accessoire le plus rentable de la mallette. Elle transforme un oculaire de 10 mm en 5 mm, un jeu de trois oculaires en un jeu de six, et rend enfin utile ce très fort grossissement que l'on n'atteignait pas. Voici ce qu'elle fait vraiment, le calcul qui la commande, la différence entre une Barlow à deux lentilles et une apochromatique à trois, et surtout les soirs où il faut la laisser dans la boîte plutôt que de grossir dans le vide.

2 ×
le facteur le plus courant : chaque oculaire double son grossissement
6
oculaires effectifs à partir de 3, une fois la Barlow 2× ajoutée à la mallette
3
lentilles dans une Barlow apochromatique, contre 2 pour une achromatique
1834
l'année où Peter Barlow met au point le principe avec l'opticien George Dollond
400 ×
le grossissement utile maximal d'un 200 mm : au-delà, l'image se vide

Ce que c'est

Un multiplicateur de focale, pas un oculaire de plus

La lentille de Barlow est une lentille divergente que l'on glisse entre le porte-oculaire et l'oculaire. Elle ne grossit pas toute seule : elle allonge artificiellement la focale du télescope. Or le grossissement, c'est la focale du tube divisée par celle de l'oculaire — allongez la première, et vous augmentez le grossissement de n'importe quel oculaire que vous mettez derrière. Une Barlow double cette focale : un tube de 1200 mm se comporte comme un 2400 mm. C'est l'accessoire universel de la mallette, celui qui coûte le moins cher au grossissement gagné, parce qu'il agit sur toute votre collection d'oculaires à la fois. Son coulant est le 31,75 mm (1,25") standard, parfois le 50,8 mm (2") pour les modèles longs. Le choix des oculaires eux-mêmes — focales, champ apparent, confort — est un sujet à part entière que traite le choix du matériel ; ici, on parle de ce que la Barlow ajoute par-dessus.
Une lentille de Barlow 2× posée à côté d'un oculaire de télescope : deux tubes de coulant 31,75 mm
Une Barlow 2× (à gauche) et un oculaire standard — DrCruse / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Le principe optique

Elle étire le cône de lumière avant l'oculaire

L'objectif de votre télescope fait converger la lumière vers un foyer. Placée juste avant ce foyer, la Barlow, qui est concave (divergente), écarte le cône de rayons : ils convergent désormais plus doucement, donc plus loin. Le télescope se comporte comme s'il avait une focale plus longue et un rapport d'ouverture plus lent — un f/10 muni d'une Barlow 2× devient optiquement un f/20. Détail contre-intuitif : le facteur affiché n'est pas gravé dans le verre, il dépend de la distance entre la Barlow et l'oculaire. Le grossissement gagne un facteur chaque fois qu'on éloigne l'oculaire d'une focale de Barlow ; c'est pourquoi une 2× dont on double la longueur de tube (avec une bague-rallonge) passe à . Bon à savoir, mais à manier avec prudence : hors de la distance prévue, l'optique n'est plus dans ses conditions de calcul et peut réintroduire des aberrations.
Schéma optique : l'objectif A fait converger la lumière, la lentille divergente B (la Barlow) écarte le cône rouge en un cône vert plus long, repoussant le foyer
Le trajet de la lumière : l'objectif A converge (foyer rouge), la Barlow B étire le cône (foyer vert repoussé) — Andreas 06 / Wikimedia Commons (domaine public)

Le calcul

Trois oculaires, six grossissements

La formule tient en une ligne : grossissement = (focale du tube ÷ focale de l'oculaire) × facteur de la Barlow. Un oculaire de 25 mm sur un tube de 1200 mm donne 48× ; ajoutez la Barlow 2× et vous obtenez 96×, exactement ce qu'aurait donné un oculaire de 12,5 mm. C'est là que la Barlow devient rentable : elle double votre collection. Un trio classique 25 / 15 / 10 mm se transforme en 25 / 15 / 12,5 / 10 / 7,5 / 5 mm — six grossissements pour le prix de trois oculaires et d'un accessoire. Petit piège à l'achat : évitez que le grossissement barlowé d'un oculaire tombe pile sur celui d'un autre oculaire déjà possédé (une 2× sur un 20 mm reproduit votre 10 mm). On choisit son trio pour que les six valeurs soient bien réparties.
Effet d'une Barlow 2× et 3× sur un tube de 1200 mm de focale
Oculaire Seul + 2× + 3×
25 mm 48× 96× 144×
15 mm 80× 160× 240×
10 mm 120× 240× 360×
6 mm 200× 400× 600× (trop)

Choisir la sienne

2× ou 3×, deux lentilles ou trois ?

Pour débuter, la est le bon choix : c'est le facteur le plus polyvalent, celui qui garde des grossissements exploitables la plupart des nuits. La ne se justifie que sur un tube de longue focale et de grand diamètre (à partir de 200 mm), où le ciel supporte les très forts grossissements — sinon elle passe le plus clair du temps dans la boîte. Comptez aussi les lentilles : une Barlow achromatique en aligne deux (bon compromis), une apochromatique en aligne trois (comme la Celestron X-Cel LX 3×), pour une correction chromatique supérieure et des étoiles franchement ponctuelles ; certains multiplicateurs haut de gamme montent à quatre éléments. Bonus souvent ignoré : la Barlow préserve, voire allonge, le dégagement oculaire. Un oculaire court et inconfortable, une fois barlowé, s'observe l'œil plus reculé — un vrai gain pour les porteurs de lunettes.
Une lentille de Barlow 2× et une Barlow 3× côte à côte, coulant 31,75 mm noir
Une Barlow 2× et une Barlow 3× — Robert Taylor / Wikimedia Commons (CC BY 2.0)
Repères d'achat — Barlow pour débuter (prix indicatifs)
Type de modèle Pour qui / quoi Prix indicatif
Barlow 2× achromatique (SVBONY, Omegon) premier achat polyvalent, tout instrument 25–35 €
Barlow 2× soignée (Celestron Omni) traitement et mécanique au-dessus, planétaire régulier 55–61 €
Barlow 3× apochromatique (Celestron X-Cel LX) grand diamètre, chasse au détail planétaire ≈ 90 €
Barlow 3× premium 4 éléments (Omegon) exigence photo/visuel sur longue focale 60–80 €
À qualité optique donnée, une Barlow correcte vaut mieux qu'un oculaire de plus : elle sert tous les oculaires que vous avez déjà et ceux que vous achèterez. Fuyez en revanche les Barlow des mallettes « 32 accessoires » bradées : verre non traité, reflets internes et perte de contraste ruinent le peu qu'on gagnait. Une bonne Barlow se reconnaît à ses lentilles traitées multicouches, à un corps métallique et à une bague de serrage qui pince l'oculaire sans jeu. Insérez toujours l'oculaire à fond dans la Barlow : c'est cette distance qui fixe le facteur réel.
Une Barlow 2× Celestron Ultima face à un oculaire Plössl 20 mm : la Barlow se visse ou s'insère avant l'oculaire
Une Barlow 2× Celestron Ultima et un oculaire Plössl 20 mm — Radoslaw Ziomber / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Le bon usage

Quand la visser, quand la laisser dans la boîte

La Barlow selon la cible
Sur quoi Barlow ? Pourquoi
Lune (cratères, rainures) Oui objet brillant qui supporte le fort grossissement ; les détails fins réclament de monter en puissance
Planètes (Jupiter, Saturne, Mars) Oui cible privilégiée : la Barlow pousse un bon oculaire moyen vers le grossissement planétaire sans acheter un très court
Étoiles doubles serrées Oui séparer deux composantes proches exige du grossissement, et ce sont des points lumineux qui l'encaissent
Amas globulaires denses Parfois utile pour résoudre le cœur si le ciel est stable, mais l'assombrissement joue contre vous
Nébuleuses et galaxies Non objets diffus et faibles : grossir les assombrit et les étale sans rien révéler de plus
  1. Repérez d'abord à faible grossissement

    Sans Barlow, centrez la planète ou la Lune avec un oculaire de faible puissance. Le champ est large, la cible facile à trouver et à suivre.

  2. Vérifiez le calcul avant de visser

    Grossissement = focale du tube ÷ focale de l'oculaire × 2. Comparez le résultat à 2× votre diamètre en mm. S'il dépasse, changez d'oculaire au lieu d'ajouter la Barlow.

  3. Insérez l'oculaire à fond dans la Barlow

    La bague de serrage bloquée sans jeu, l'oculaire poussé à fond : c'est cette distance qui donne le facteur 2× annoncé plutôt qu'un 2,3× incontrôlé.

  4. Refaites la mise au point, doucement

    Le foyer s'est déplacé. Reprenez la molette lentement : à fort grossissement, la turbulence fait « bouillir » l'image quelques secondes, puis se calme. Attendez ces trouées de stabilité.

Un peu d'histoire

Deux siècles au service du grossissement

  1. 1776

    Naissance de Peter Barlow, mathématicien et physicien anglais, futur professeur à la Royal Military Academy de Woolwich. On lui doit aussi les célèbres « tables de Barlow » des carrés, cubes et racines.

  2. 1827–1833

    Barlow travaille avec l'opticien George Dollond sur des lentilles achromatiques : d'abord un montage au sulfure de carbone liquide, puis un doublet collé de verre flint et crown qui corrige les couleurs.

  3. 1834

    Le principe qui portera son nom est mis au point : une lentille divergente placée avant le foyer allonge la focale et augmente le grossissement. La « lentille de Barlow » est née.

  4. 1862

    Mort de Peter Barlow. Son invention, elle, ne vieillit pas : elle devient un accessoire standard de l'astronomie amateur, décliné en 2×, 2,5×, 3× et au-delà.

  5. Aujourd'hui

    Traitements multicouches, versions apochromatiques à trois lentilles et « focal extenders » télécentriques équipent toutes les mallettes. Le principe optique, lui, n'a pas changé d'un iota depuis 1834.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

Calculer le grossissement obtenu et le comparer à deux fois le diamètre : si le résultat dépasse, la Barlow reste dans la boîte ce soir-là. C'est la règle qui sépare l'accessoire le plus rentable du gadget qui déçoit — une 3× montée sur un petit tube « pour grossir plus » ne donne qu'une bouillie sombre, et l'on accuse l'instrument à tort. Bien employée, une 2× correcte à trente euros derrière un oculaire de 12 mm suffit à tenir toute une soirée sur Jupiter et Saturne sans toucher au reste de la mallette. Elle vaut alors trois oculaires, et se conseille avant même le troisième.

Continuer

Pour aller plus loin

Schéma d'une lentille de Barlow Ce qu'on voit vraiment (et le grossissement utile) Pourquoi une galaxie reste grise, ce que chaque diamètre donne sur la Lune et les planètes, et la vraie limite au-delà de laquelle grossir n'apporte plus rien. Jupiter en gros plan : bandes nuageuses ocre, blanches et brunes, et la Grande Tache rouge dans l'hémisphère sud Observer les planètes Jupiter, Saturne, Mars : les cibles où la Barlow prend tout son sens. Quoi regarder, à quel grossissement, et à quelle saison les guetter. Une Barlow et un oculaire Plössl Choisir son premier télescope Le diamètre commande le grossissement utile, donc l'intérêt d'une Barlow. Nos repères pour choisir un instrument selon l'usage et le budget.

Une Barlow, oui — mais sur quel télescope ?

Le grossissement utile dépend d'abord du diamètre : c'est lui qui décide si une 2× suffit ou si une 3× a du sens. Nos choix d'instruments par usage et par budget.

Revenir en haut de la page