Vous levez les yeux, vous voyez des étoiles. Mais où êtes-vous, exactement, dans tout ça ? Cette page prend l'ascenseur cosmique et monte marche par marche : de vos pieds à la Terre, de la Terre au Système solaire, puis au bras d'Orion, à la Voie lactée, au Groupe local, à l'amas de la Vierge, au continent galactique Laniakea, et enfin au bord de l'univers observable, à 46 milliards d'années-lumière. À chaque étage, un chiffre pour tenir l'échelle, et surtout ce que vos yeux ou votre télescope en attrapent vraiment.
4,2 al
jusqu'à Proxima Centauri, l'étoile la plus proche du Soleil
26 000 al
du Soleil au centre de la Voie lactée, dans le bras d'Orion
2,5 M al
jusqu'à Andromède (M31), l'objet le plus lointain visible à l'œil nu
54 M al
jusqu'au cœur de l'amas de la Vierge, qui gouverne notre coin d'univers
93 milliards d'al
le diamètre de l'univers observable, notre horizon ultime
Le principe
Huit marches, de vos pieds au bord du temps
Ce qui se retient de ce parcours est le rapport entre deux étages voisins, davantage que la valeur absolue de chaque distance.
Chaque étage multiplie la distance par mille
L'univers ne se visite pas d'un pas régulier : chaque marche fait exploser l'échelle. De la Terre au Soleil, il y a huit minutes-lumière ; du Soleil à l'étoile suivante, quatre années-lumière — soit deux cent mille fois plus loin. Puis la Voie lactée mesure 100 000 al, le Groupe local 10 M al (millions d'années-lumière), le superamas Laniakea 520 M al, et l'univers observable 93 milliards d'al de diamètre. À chaque étage, la marche précédente se réduit à un point. Le tableau ci-dessous est la carte de cet ascenseur : gardez-le en tête, chaque section détaille ensuite une marche.
L'ascenseur cosmique : chaque étage et sa taille
Où l'on se trouve
Taille ou distance
Ce qu'on en voit
La Terre
sous vos pieds
tout le ciel, mais un seul point de vue
Le Système solaire
≈ 1 al (nuage d'Oort)
5 planètes à l'œil nu, la Lune, le Soleil
L'étoile voisine
4,2 al (Proxima)
un point parmi 3 000 étoiles visibles
Le bras d'Orion
≈ 10 000 al de long
notre tranche de Voie lactée
La Voie lactée
≈ 100 000 al
l'écharpe laiteuse des nuits noires
Le Groupe local
≈ 10 M al
M31 et M33, deux taches à l'œil nu
L'amas de la Vierge
≈ 54 M al
M87 et des dizaines de galaxies au télescope
Laniakea
≈ 520 M al
invisible : une carte, pas une vue
L'univers observable
≈ 93 milliards d'al
les galaxies les plus lointaines, en pose longue
Aucune ligne ne correspond au filtre.
Marche 1
La Terre : le point de vue unique
Un unique observatoire qui tourne et file
Tout ce que vous verrez jamais du ciel, vous le voyez d'ici : une bille de roche et d'eau, seul poste d'observation de l'humanité. Cette Terre tourne sur elle-même en 24 heures — d'où le mouvement apparent des étoiles d'est en ouest — et file autour du Soleil, ce qui fait défiler les constellations au fil des saisons. Depuis la Lune, elle tient déjà dans le poing tendu ; depuis Mars, elle deviendrait un simple point bleu, un soir plus brillant que les autres. Retenez ce point de départ : chaque marche suivante réduit la précédente à cette même insignifiance apparente. Le Soleil, lui, brille à mag −26,7 — l'objet le plus éclatant de notre ciel, et pourtant une étoile parfaitement banale.
La Terre depuis Apollo 17, la « Bille bleue », 7 déc. 1972 — NASA (domaine public)
Marche 2
Le Système solaire : jusqu'au nuage d'Oort
Huit planètes, puis une coquille de comètes
Le Soleil règne sur huit planètes. La lumière met huit minutes à nous parvenir depuis lui, quatre heures à atteindre Neptune. Mais le vrai bord du domaine solaire est bien plus loin : le nuage d'Oort, une immense coquille de noyaux de comètes glacés, s'étend jusqu'à près d'1 al — soit un quart du chemin vers l'étoile suivante. À l'œil nu, vous en voyez déjà l'essentiel accessible : la Lune, le Soleil, et cinq planètes que les Anciens suivaient — Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. Vénus tape jusqu'à mag −4,6, plus vive que tout astre du ciel hormis les deux luminaires. Un télescope ajoute les anneaux de Saturne, larges de 42″ d'arc, et les quatre lunes de Jupiter.
Le Système solaire en couleurs et tailles relatives — CactiStaccingCrane, imagerie NASA/ESA/ISRO (CC BY-SA 4.0)
Marches 3 et 4
L'étoile la plus proche et le bras d'Orion
Proxima à 4,2 al : le saut vertigineux
Franchir le nuage d'Oort, c'est traverser un désert. L'étoile la plus proche du Soleil, Proxima Centauri, se tient à 4,2 al : une naine rouge si faible (mag 11) qu'aucun œil ne la distingue, invisible depuis la France de surcroît. La plus proche que vous voyez briller, c'est Sirius (mag −1,4, à 8,6 al), le phare de l'hiver. Entre deux étoiles voisines, l'espace est presque vide : si le Soleil était une orange à Paris, Proxima serait une autre orange à New York.
Notre banlieue galactique : le bras d'Orion
Ces étoiles proches appartiennent toutes au même faubourg : le bras d'Orion (ou éperon d'Orion), un segment secondaire de la spirale de la Voie lactée, épais de quelque 3 500 al et long d'environ 10 000 al. Le Soleil y navigue à mi-hauteur du disque, à 26 000 al du centre. Sur la photo, le laser du télescope pointe précisément ce centre galactique, caché derrière les nuages sombres du Sagittaire.
La Voie lactée au-dessus du VLT de Paranal — ESO / Yuri Beletsky (CC BY 4.0)
Marche 5
La Voie lactée : notre galaxie, vue de l'intérieur
Notre place à l'intérieur du disque se lit directement dans le ciel, dans la direction où l'écharpe s'épaissit.
Cent mille années-lumière, deux cents milliards d'étoiles
Le bras d'Orion n'est qu'un fil d'une roue immense. La Voie lactée est une galaxie spirale barrée de 100 000 al de diamètre, forte de 200 à 400 milliards d'étoiles. Nous logeons dedans, à mi-rayon — et comme le disque est mince, le regarder par la tranche empile ses étoiles lointaines en cette bande laiteuse qui traverse les nuits noires d'été. Chaque point que vous nommez « étoile » lui appartient. La façon d'en lire l'écharpe, saison par saison, tient dans un guide à part.
La preuve à l'œil nu que nous vivons dans un disque
Cette bande n'est pas un décor : c'est votre propre galaxie vue de l'intérieur. Sa portion la plus dense pointe vers le Sagittaire, direction du noyau ; à l'opposé, vers le Cocher, elle pâlit car vous regardez alors vers le vide extérieur du disque. Voir la Voie lactée à l'œil nu, c'est littéralement constater d'où l'on regarde.
Marche 6
Le Groupe local : Andromède, notre grande voisine
Un amas de galaxies large de dix millions d'al
La Voie lactée n'est pas seule : elle mène, avec la galaxie d'Andromède, un troupeau d'une centaine de galaxies — le Groupe local, étendu sur près de 10 M al. La plupart sont des naines discrètes ; deux dominent. M31, la spirale d'Andromède, siège à 2,5 M al et fonce vers nous : dans quelques milliards d'années, elle fusionnera avec la nôtre. M33, la galaxie du Triangle (mag 5,7), est la troisième du groupe.
M31, l'objet le plus lointain visible à l'œil nu
Voici le record que tout débutant peut battre : par une nuit noire, M31 (mag 3,4) apparaît à l'œil nu comme une petite écharpe floue dans la constellation d'Andromède, à l'automne. Sa lumière a voyagé 2,5 millions d'années avant d'atteindre votre rétine : vous voyez la galaxie telle qu'elle était quand nos ancêtres taillaient leurs premiers outils. Elle couvre près de 3° de ciel, six pleines lunes alignées, même si seul son cœur brillant se laisse deviner sans instrument. C'est, concrètement, le point le plus éloigné que l'œil humain atteint sans aide.
La galaxie d'Andromède (M31) — Adam Evans (CC BY 2.0)
Marche 7
L'amas de la Vierge : le poids lourd du voisinage
Cet étage fixe le centre de gravité vers lequel tombe tout notre secteur, et il reste à portée d'un instrument d'amateur au printemps.
Mille cinq cents galaxies à 54 M al
Montez encore d'un cran, et le Groupe local se révèle modeste. À environ 54 M al, dans la constellation de la Vierge, se masse l'amas de la Vierge : plus de mille cinq cents galaxies liées par la gravité, dont la géante elliptique M87 et son trou noir supermassif — le premier jamais photographié, en 2019. C'est le centre de gravité de tout notre secteur : notre propre Groupe local tombe lentement vers lui.
Le printemps des galaxies au télescope
Cet étage-là dépasse l'œil nu, mais pas l'amateur. Au printemps, quand la Vierge et la Chevelure de Bérénice culminent, un télescope de 200 mm sous un ciel noir balaie des dizaines de galaxies dans un même champ, dont la chaîne de Markarian. Chacune est un univers-île de milliards de soleils, réduit à un ovale gris de mag 9 à 11.
Marche 8
Laniakea : notre continent de galaxies
520 M al de galaxies qui coulent ensemble
L'amas de la Vierge lui-même n'est qu'un nœud d'un ensemble bien plus vaste, cartographié en 2014 : Laniakea (« horizon céleste immense » en hawaïen). Ce superamas s'étend sur 520 M al et rassemble quelque cent mille galaxies. Sa définition est belle : Laniakea réunit toutes les galaxies dont le mouvement d'ensemble converge vers un même point, le Grand Attracteur. La Voie lactée dérive avec ce courant, tout au bord du continent. Aucun télescope ne montre Laniakea — c'est une structure que l'on cartographie par les vitesses de milliers de galaxies, pas un objet que l'on pointe.
Le superamas Laniakea et ses composantes — Andrew Z. Colvin (CC BY-SA 4.0)
Le sommet
L'univers observable : notre horizon de lumière
46 milliards d'al dans chaque direction
Dernière marche, et elle a une paroi. Comme la lumière voyage à vitesse finie et que l'univers a environ 13,8 milliards d'années, nous ne recevons de signal que d'une bulle limitée : l'univers observable. Son rayon actuel atteint 46,5 milliards d'al (l'espace s'étant dilaté pendant le trajet de la lumière), soit un diamètre de 93 milliards d'al. Il contiendrait deux mille milliards de galaxies. Au bord, la carte ne montre plus des galaxies mais le fond diffus cosmologique : la première lumière de l'univers, émise 380 000 ans après le Big Bang. Regarder loin, c'est regarder tôt — cette paroi est autant une limite d'espace qu'une limite de temps.
Carte logarithmique de l'univers observable — Pablo Carlos Budassi (CC BY-SA 3.0)
Redescendre sur Terre
Ce que chaque marche offre vraiment à vos yeux
Chaque échelle parcourue plus haut se traduit en une cible pointable, et l'équipement requis change d'un étage à l'autre.
Du vertige à l'observation concrète
Ces chiffres donnent le tournis, mais l'astronomie de débutant reste étonnamment concrète : à chaque étage correspond une cible atteignable. L'œil nu vous mène jusqu'à M31, à 2,5 millions d'années-lumière — pas plus loin, mais c'est déjà l'autre bout du Groupe local. Le tableau suivant relie chaque marche à ce que vous pouvez réellement observer, et avec quoi.
Jusqu'où porte votre regard, marche par marche
Échelle
Cible accessible
Avec quoi
Système solaire
Lune, Vénus (mag −4), Jupiter, Saturne et ses anneaux
œil nu, puis 60 mm suffisent
Voisinage stellaire
Sirius (mag −1,4), les étoiles doubles colorées
œil nu et petite lunette
Voie lactée
l'écharpe laiteuse, les amas M13, M45
œil nu sous ciel noir, jumelles
Groupe local
M31 (mag 3,4), M33 (mag 5,7)
œil nu pour M31, jumelles pour M33
Amas de la Vierge
M87 et des dizaines de galaxies, mag 9 à 11
télescope 200 mm, ciel noir
Au-delà
galaxies et quasars de plus en plus lointains
photographie longue pose
Aucune ligne ne correspond au filtre.
L'avis de Luc
Deux millions et demi d'années : c'est l'âge de la lumière qui arrive dans une paire de jumelles pointée sur Andromède, et le point le plus lointain qu'un œil humain touchera jamais. Dit ainsi, devant des débutants, cela produit un silence — puis une main levée vers le ciel comme pour la toucher. L'échelle ne se récite pas en milliards d'années-lumière, elle se fait sentir : on regarde depuis un grain de poussière du bras d'Orion, et ce grain a des yeux capables de porter jusqu'à une autre galaxie. M31 en automne suffit à ouvrir la marche ; le reste de l'ascenseur se monte tout seul.