Apprendre
PHD2 : installation et calibration
Le logiciel se télécharge en trois minutes, et pourtant la moitié des nuits ratées se joue dans la demi-heure qui suit. L'ordre dans lequel on installe la couche de pilotage décide si la monture répondra ; les trois nombres saisis dans le profil décident de la taille du pas de calibration ; l'endroit du ciel où l'on calibre décide de la justesse des deux vitesses mesurées. Ce tutoriel pose la chaîne complète, dérive le pas de calibration à partir de la focale du guide et de la taille des photosites, situe la fenêtre du ciel où la mesure est fiable, puis apprend à relire le bilan que PHD2 affiche et les quatre alertes qu'il peut lever.
- 20 °
- l'écart maximal à l'équateur céleste, en déclinaison, pour que la calibration reste fiable
- 12
- le nombre de pas visé par la calculatrice intégrée, dans chaque direction mesurée
- 8
- le plancher de pas par axe en dessous duquel PHD2 lève son alerte de cohérence
- 280 mm
- la focale de guide de l'exemple travaillé, qui donne une échelle de 2,76 ″/px
- 342.19 €
- le prix de la lunette-guide ED de 50 mm du rayon guidage, relevé le 22 juillet 2026
Avant PHD2
La couche de pilotage s'installe en premier
Un logiciel de guidage ne parle jamais directement à une monture : il passe par une couche d'abstraction qui doit déjà être en place, et dont l'ordre d'installation conditionne la suite.
Deux voies vers la même prise, et un ordre qui fait loi
Sous Linux et macOS, la couche s'appelle INDI et se découpe en trois : un serveur, des pilotes, des clients. On lance
indiserver avec les pilotes voulus — indi_eqmod_telescope pour la monture, indi_asi_ccd pour un capteur ZWO — et le serveur écoute sur le port 7624. PHD2 embarque son propre client INDI : on lui donne l'hôte et le port, et il découvre les appareils que le serveur publie. C'est le modèle qu'exploitent les distributions clés en main de type Astroberry ou StellarMate, où le serveur tourne sur une carte fixée au trépied et le client sur le portable resté dans la voiture.Le profil
Trois nombres qui commandent tout le reste
L'assistant de création de profil réclame la focale de l'optique de guidage, la taille des photosites du capteur et la vitesse d'impulsion réglée dans la monture. De ces trois valeurs sort le pas de calibration.
L'échelle du montage guide, en secondes d'arc par pixel
La deuxième grandeur est la vitesse d'impulsion, réglée dans la monture ou dans son pilote et exprimée en fraction du mouvement sidéral. Le ciel défile à 15,041 ″/s à l'équateur céleste ; une monture réglée à 0,5× envoie donc des corrections de 7,52 ″/s. PHD2 lit cette valeur quand la liaison est pilotée, et retient 0,5× par défaut quand il ne peut pas la lire. Le manuel recommande de ne pas descendre sous cette moitié : plus l'impulsion est lente, plus le pas de calibration doit être long, et plus l'erreur périodique de la vis sans fin vient polluer la mesure pendant que la course se déroule.

| Optique de guidage et capteur | Focale | Photosite | Échelle | Pas à Dec 0° |
|---|---|---|---|---|
| Mini-lunette de 30 mm à f/4, capteur 3,75 µm | 120 mm | 3,75 µm | 6,45 ″/px | ≈ 1 790 ms |
| Lunette guide de 60 mm à f/4,6, capteur 3,75 µm | 280 mm | 3,75 µm | 2,76 ″/px | ≈ 765 ms |
| Lunette ED de 50 mm à f/4,8, capteur 3,75 µm | 242 mm | 3,75 µm | 3,20 ″/px | ≈ 885 ms |
| Lunette ED de 50 mm à f/4,8, capteur 4,0 µm | 242 mm | 4,00 µm | 3,41 ″/px | ≈ 945 ms |
| Diviseur optique sur Ritchey-Chrétien de 203 mm à f/8, capteur 5,86 µm | 1 624 mm | 5,86 µm | 0,74 ″/px | ≈ 205 ms |
| Aucune ligne ne correspond au filtre. | ||||
La géométrie
Pourquoi la calibration se fait près de l'équateur céleste
Le ciel ne tourne pas à la même vitesse apparente partout, et cette inégalité fixe l'endroit où la mesure des deux vitesses reste exploitable.
Le cosinus de la déclinaison rétrécit la course
Le manuel fixe donc la fenêtre : l'instrument doit pointer à moins de 20° de l'équateur céleste et se tenir à plus de 60° au-dessus de l'horizon est ou ouest le plus proche, c'est-à-dire à moins de deux heures du méridien. La seconde condition est moins intuitive que la première : basse sur l'horizon, la réfraction atmosphérique étire le champ verticalement et ajoute une dérive lente qui se confond avec la réponse de la monture. Depuis la version 2.6.11, l'assistant de calibration automatise la manœuvre : il propose un déplacement vers un point situé à Dec 0° et à 5° à l'est ou à l'ouest du méridien, puis un second déplacement d'1° vers le nord dont la seule fonction est de rattraper le jeu de l'axe de déclinaison avant que la mesure ne commence. Il vérifie au passage que la vitesse d'impulsion atteint bien 0,5× et que le pas de calibration reste cohérent, puis note le résultat obtenu.
Le calcul
Dimensionner le pas, de bout en bout
La calculatrice intégrée fait ce calcul pour vous ; le dérouler une fois à la main permet de savoir immédiatement quel paramètre a dérivé lorsque le résultat déraille.
Vingt-cinq pixels en douze impulsions
Prenons le chercheur-guide de 60 mm ouvert à f/4,6 évoqué plus haut, donc 280 mm de focale, coiffé d'un capteur à photosites de 3,75 µm. Son échelle ressort à 2,76 ″/px, ce qui met la course de vingt-cinq pixels à 69 ″ sur le ciel. Une mécanique réglée à 0,5×, soit 7,52 ″/s, boucle cette distance en 9,2 secondes ; divisée par douze, l'impulsion élémentaire vaut 765 ms. Troquez ce guide contre une mini-lunette de 120 mm et l'échelle grimpe à 6,45 ″/px : il faut alors 1 790 ms par impulsion, et la séquence entière frôle les deux minutes. À l'opposé, un diviseur optique installé derrière un télescope de 1 624 mm ramène l'impulsion à 205 ms.
Le dernier facteur est le lieu. Le calcul ci-dessus vaut à l'équateur céleste ; à 60° de déclinaison, la course apparente est deux fois plus courte, donc le pas nécessaire double. C'est pour cette raison que la calculatrice réclame la déclinaison de calibration, et qu'elle la récupère toute seule de la monture quand la liaison est pilotée.
La séquence
Quatre courses, deux mesures
Sur les quatre trajets que l'étoile parcourt dans le champ, deux seulement produisent un chiffre : les deux autres la ramènent à sa place.
Ouest et nord parlent, est et sud rangent
Vient ensuite la course vers le nord, précédée d'impulsions destinées à rattraper le jeu de l'axe de déclinaison — sans quoi les premières impulsions ne produiraient aucun déplacement et fausseraient la pente. Elle livre la seconde vitesse, puis le retour vers le sud referme la boucle. PHD2 compare enfin les deux axes : ils devraient être perpendiculaires, et l'écart à l'angle droit figure dans le bilan. Ce que la table de calibration contient, au bout du compte, tient en quatre chiffres — deux vitesses, un angle, un écart — dont dépend ensuite chaque impulsion de la nuit.
-
Amener l'instrument dans la fenêtre
Dec comprise entre −20° et +20°, à moins de deux heures du méridien, à plus de 60° au-dessus de l'horizon est ou ouest. L'assistant de calibration s'en charge et propose Dec 0° à 5° du méridien.
-
Rattraper le jeu de déclinaison
Un déplacement d'un degré vers le nord, ou une poussée vers le nord à vitesse d'impulsion pendant 10 à 20 secondes. Sans ce geste, la course nord démarre dans le vide et la vitesse mesurée sort trop basse.
-
Boucler, faire le point, choisir l'étoile
Une pose de 1 à 3 s en boucle, la mise au point affinée jusqu'à minimiser le diamètre de l'étoile, puis la sélection automatique. Visez une étoile de mag 8 à 10 : assez brillante pour un rapport signal sur bruit franc, assez faible pour ne pas saturer.
-
Vérifier le pas avant de lancer
Ouvrez la calculatrice, confirmez focale, photosite, vitesse d'impulsion et déclinaison. Un pas hérité d'un autre montage est la deuxième cause d'échec après un câble récalcitrant.
-
Lancer, puis relire le bilan
La séquence dure une à deux minutes. Comptez les pas de chaque axe, comparez les deux vitesses, notez l'écart à l'angle droit. Un bilan lu vaut mieux qu'une nuit de courbes analysées après coup.
Le contrôle
Les quatre alertes de cohérence
PHD2 vérifie lui-même la vraisemblance de ce qu'il vient de mesurer et lève une alerte nommée : chacune désigne une cause précise et un geste précis.
Lire l'alerte comme un diagnostic, pas comme un refus
Quand la calibration échoue franchement, avec un message annonçant que l'étoile n'a pas assez bougé, la cause est mécanique ou électrique bien plus souvent que logicielle : câble abîmé, port série pris par une autre application, monture non initialisée. La fenêtre de guidage manuel permet de trancher en dix secondes — on envoie une impulsion à la main et l'on regarde si l'étoile bouge. Si elle bouge, le problème est le pas ; si elle reste, le problème est le câble.
| Alerte | Ce que PHD2 a constaté | La cause dominante | Le geste |
|---|---|---|---|
| Trop peu de pas | moins de 8 courses mesurées sur un axe | pas surdimensionné : focale de guide fausse, ou vitesse d'impulsion remontée dans la monture | réduire le pas jusqu'à retrouver 8 à 14 courses par axe |
| Écart à l'angle droit | les axes ouest et nord s'écartent de l'angle droit | mise en station approximative, jeu en déclinaison, erreur périodique marquée | purger le jeu et recommencer ; en dernier ressort, forcer la perpendicularité des deux axes |
| Vitesses douteuses | la vitesse nord ne suit pas la vitesse ouest divisée par le cosinus de la déclinaison | jeu de déclinaison non rattrapé avant la course nord | pousser vers le nord à vitesse d'impulsion pendant 10 à 20 s, puis recalibrer |
| Résultat incohérent | les valeurs s'écartent nettement des calibrations précédentes du profil | changement de focale, de caméra ou de regroupement de pixels dans le même profil | créer un profil distinct par configuration optique |
| Aucune ligne ne correspond au filtre. | |||
Avantages
- Liaison pilotée : la déclinaison courante remonte, la vitesse en ascension droite s'ajuste toute seule quand on quitte la zone de calibration
- Liaison pilotée : le côté du pied est connu, ce qui permet de retourner la table de calibration après un passage au méridien
- Liaison pilotée : l'assistant de calibration peut déplacer l'instrument lui-même vers le bon coin de ciel
- Liaison pilotée : la calibration se restaure automatiquement à la connexion quand la monture n'a pas bougé
Inconvénients
- Liaison ST4 : aucune position ne revient, la compensation selon la déclinaison reste inerte
- Liaison ST4 : la table reste valable pour la seule zone où elle a été mesurée
- Liaison ST4 : le passage au méridien impose une recalibration manuelle
- Liaison ST4 : le diagnostic se limite à ce que l'on voit à l'écran, sans coordonnées à confronter
La suite
Ce qui conserve une calibration, ce qui la tue
Une table de calibration est attachée à une géométrie optique précise : elle survit à une nuit entière tant que cette géométrie ne bouge pas, et meurt à la seconde où elle bouge.
Une table valable tant que rien n'a tourné
Une fois la table établie, tout le reste du travail se joue ailleurs : le rapport signal sur bruit de l'étoile et la lecture des courbes ont leur tutoriel dédié, la mesure du jeu et du seeing revient à l'assistant de guidage, l'alignement polaire assisté par PHD2 fait l'objet d'une procédure distincte, et le guidage à long tirage par diviseur optique pose ses propres contraintes. La calibration, elle, n'a qu'un rôle : dire à PHD2 combien de millisecondes valent un pixel, et dans quelle direction.
Le matériel qui rend la calibration franche
Pour ceux qui veulent supprimer la question, le Celestron StarSense Autoguider (798,15 €) porte sa propre optique grand champ et son propre calculateur : il aligne et corrige sans passer par la table décrite ici, au prix d'une intégration exclusive à l'écosystème du fabricant. Le moteur de mise au point Celestron (295,03 €) sert le geste de l'étape 3 : affiner la mise au point du guide sans mettre le doigt sur le tube, donc sans déplacer l'étoile pendant qu'on la règle. Côté mécanique enfin, la Sky-Watcher EQ6 SynScan (1 401,24 €) offre ce que la calibration réclame vraiment : un pilote de la famille EQMOD qui remonte la position, une vitesse d'impulsion réglable, et un train d'engrenages dont le jeu se rattrape en une seconde de poussée. Prix relevés le 22 juillet 2026.
Continuer
Avant la calibration, et après elle
Le principe de l'autoguidage et son matériel Ce qu'une caméra guide mesure, ce qu'une lunette-guide impose comme rigidité, et comment se compose un train de guidage avant qu'un logiciel n'entre en scène.
Lire le RMS de guidage Une fois la table établie, l'écran affiche deux courbes et trois nombres. Ce qu'ils valent, ce qu'ils cachent, et à quelle échelle d'image les comparer.
La mise en station équatoriale Une calibration bien faite ne rattrape pas un axe polaire mal orienté. La méthode pour aligner l'axe horaire avant de brancher quoi que ce soit.
Équilibrer sa monture Le jeu que la calibration doit rattraper dépend directement de l'équilibrage des deux axes. Comment répartir les contrepoids et pourquoi un léger déséquilibre aide. Une table juste, une nuit tranquille
Focale de guide, taille de photosite, vitesse d'impulsion, coin de ciel : quatre valeurs bien posées et la calibration devient une formalité de quatre-vingt-dix secondes. Notre rayon de guidage et de mise au point, du guide léger à l'autoguideur autonome.