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Observer · Ciel profond

NGC 2392, la nébuleuse « de l'Esquimau »

Dans les Gémeaux se cache l'un des rares objets où l'on voit l'étoile mourante en personne, posée au centre de son propre linceul de gaz. NGC 2392 est minuscule mais très brillante : elle encaisse de forts grossissements et livre un disque bleu-vert franc dont le cœur est percé d'une étoile de magnitude 10. Voici sa nature, l'histoire de son nom controversé, et ce que votre télescope en montrera vraiment.

1787
l'année de la découverte par William Herschel, à Slough
44000 K
la température de l'étoile centrale : sept fois plus chaude que le Soleil
10 000 ans
l'âge estimé du cœur brillant : une nébuleuse parmi les plus jeunes connues
48
le diamètre apparent du disque, la taille de Jupiter dans le même oculaire
2020
l'année où l'IAU et la NASA abandonnent le surnom « Esquimau »

Comprendre

Un visage de gaz dans une capuche de filaments

NGC 2392 est une nébuleuse planétaire : non pas une planète, mais le gaz qu'une étoile de type solaire a rejeté en mourant. En manque de carburant, l'astre a soufflé ses couches externes dans l'espace ; son cœur, mis à nu et brûlant, illumine désormais ce gaz de sa lumière ultraviolette. Ce qui rend cet objet célèbre, c'est sa double architecture : une région centrale compacte et lumineuse — le « visage » — cerclée d'un anneau de filaments radiaux qui rayonnent vers l'extérieur comme la fourrure d'une capuche d'anorak. De là ses vieux surnoms d'« Esquimau » et de « Face de clown ».
Les longs filaments de la « capuche » ne sont pas décoratifs : ce sont des nœuds cométaires (les fameux comet knots), des grumeaux de gaz dense dont le vent stellaire de l'étoile centrale arrache une traînée longue de près d'une année-lumière, toujours orientée à l'opposé de l'astre. La nébuleuse est bipolaire : deux lobes emboîtés, gonflés par des jets de matière filant à quelque 200 km/s. Avec un âge d'environ 10 000 ans, NGC 2392 compte parmi les nébuleuses planétaires les plus jeunes que l'on connaisse — une agonie stellaire encore fraîche.
NGC 2392 photographiée par Hubble : un disque central brillant entouré d'un anneau de filaments radiaux évoquant une capuche fourrée
Image Hubble (2000) — NASA, ESA, A. Fruchter et l'équipe ERO (STScI + ST-ECF) (domaine public)

Une étoile centrale de type O

Au cœur veille HD 59088, une étoile de type spectral O6f portée à près de 44 000 K — sept fois la température de surface du Soleil. Elle rayonne quelque 7 400 fois l'énergie solaire, essentiellement en ultraviolet, et c'est ce flot qui fait fluorescer le gaz alentour. Point capital pour l'observateur : elle brille à la magnitude 10,1, assez pour se laisser voir en plein centre du disque.

Un vent qui sculpte le gaz

L'étoile ne cesse de se dépouiller. Sa coquille interne s'étend à environ 90 km/s, tandis que des écoulements bipolaires percent le gaz à près de 200 km/s. C'est ce vent rapide qui façonne les nœuds cométaires du disque équatorial et taille les longs filaments de la « capuche ».

Grande comme deux années-lumière

Vue de si loin, la nébuleuse tient dans 48 secondes d'arc ; mais à sa distance, ce disque s'étend en réalité sur un rayon d'au moins 0,34 année-lumière, soit un diamètre voisin de 1,76 al — plusieurs milliers de fois la taille du Système solaire.

Une distance encore débattue

À quelle distance ? Les mesures divergent nettement : de 2 900 années-lumière environ jusqu'à 6 500 al (± 560), en passant par 1 835 parsecs (soit ~5 980 al). Le gaz ténu d'une nébuleuse planétaire se prête mal à la mesure de parallaxe — l'incertitude fait partie du portrait.
NGC 2392 en sept repères
Repère Valeur
Type d'objet Nébuleuse planétaire bipolaire (NGC 2392)
Constellation Gémeaux (Gemini) — ciel d'hiver
Magnitude 9,1 (nébuleuse) ; étoile centrale à 10,1
Distance ≈ 2 900 à 6 500 années-lumière selon les mesures
Taille apparente 48″ (0,8′) — un petit disque, pas un point
Saison Hiver — au plus haut vers ~65° au méridien depuis la France
Instrument minimal Télescope de 100 mm (disque bleu-vert et étoile centrale)

Décrypter l'image

Le visage en lumière visible, la bulle chaude en rayons X

Faites glisser le curseur : à gauche, le portrait Hubble en lumière visible ; à droite, le même objet augmenté des rayons X de Chandra, qui révèlent la poche de gaz brûlant tapie dans le cœur.

NGC 2392 : visible (Hubble) puis composite avec les rayons X (Chandra)
NGC 2392 en lumière visible par Hubble : le visage central et l'anneau de filaments NGC 2392 en composite visible + rayons X : une poche de gaz à plusieurs millions de degrés apparaît au centre

Découverte et controverse

De Herschel à l'abandon du surnom

Herschel, janvier 1787

William Herschel repère NGC 2392 le 17 janvier 1787, depuis son observatoire de Slough. Il la note sobrement : « une étoile de 9ᵉ grandeur au milieu assez brillant, la nébulosité dispersée tout autour ». Herschel, qui venait de forger le terme « nébuleuse planétaire », ignorait encore la nature de ces petits disques verdâtres — le débat sur ce qu'ils étaient vraiment allait durer près d'un siècle.

Les surnoms d'une autre époque

Le portrait — un « visage » entouré d'une « capuche » fourrée — a longtemps valu à l'objet les noms d'« Esquimau » et de « Face de clown ». Ces surnoms sont nés au regard de photographies du XXᵉ siècle, bien avant qu'on s'interroge sur leur portée.

2020 : le nom change

Le 11 août 2020, le groupe de travail de l'IAU sur les noms d'étoiles, la base NASA/IPAC et la base SIMBAD écartent officiellement les surnoms « Esquimau » et « Face de clown » — le terme Eskimo étant jugé péjoratif en anglais — et recommandent d'employer la désignation de catalogue. On dit donc NGC 2392 ; « nébuleuse de l'Esquimau » reste le nom sous lequel des générations l'ont connue, cité ici pour cette raison seule.

Hubble, janvier 2000

Le télescope spatial Hubble braque ses caméras sur NGC 2392 du 10 au 13 janvier 2000, peu après une mission d'entretien. L'image obtenue, devenue iconique, dévoile la texture des nœuds cométaires et la finesse des filaments — un niveau de détail hors de portée du moindre oculaire.
  1. 1787

    William Herschel découvre NGC 2392 le 17 janvier, un an après avoir forgé le terme « nébuleuse planétaire ».

  2. 1982

    La nébuleuse est occultée par la Lune lors de l'éclipse totale du 9 janvier, visible du Groenland et du nord de l'Europe.

  3. 2000

    Hubble l'image du 10 au 13 janvier : les nœuds cométaires et les filaments radiaux apparaissent en pleine résolution.

  4. 2020

    Le 11 août, l'IAU, la NASA et SIMBAD abandonnent les surnoms « Esquimau » et « Face de clown » au profit de NGC 2392.

  5. 2066

    Une nouvelle occultation par la Lune lors d'une éclipse est attendue en janvier — rendez-vous dans une génération.

Observer NGC 2392

Petite, brillante, et l'étoile en plein cœur

NGC 2392 se niche dans les Gémeaux, une constellation d'hiver qui culmine haut dans le ciel du soir de décembre à mars — vers 65° de hauteur au méridien depuis la France, une aubaine pour un petit objet exigeant. Le point de départ est Wasat (δ Geminorum, magnitude 3,5), une étoile modérément brillante au milieu du corps des jumeaux. La nébuleuse se tient à environ 2° au sud-est de Wasat — un demi-champ de chercheur. Le vrai défi n'est pas de la faire monter, c'est de la distinguer des étoiles voisines à faible grossissement.
Carte de repérage : NGC 2392 dans les Gémeaux, à environ 2° au sud-est de Wasat (delta Geminorum)
Carte : Donald Pelletier, Stellarium (CC0)
  1. Trouvez Castor et Pollux

    Les deux têtes des Gémeaux, brillantes et jumelles, sont le point d'ancrage. Descendez ensuite le long du corps de Pollux vers l'ouest jusqu'à Wasat (δ Gem), au milieu de la figure.

  2. Décalez-vous de 2° au sud-est

    À partir de Wasat, glissez d'environ deux degrés vers le sud-est. Centrez la zone au chercheur : NGC 2392 s'y trouve, encore méconnaissable parmi les étoiles.

  3. Repérez l'étoile qui ne pique pas

    À 100×, cherchez l'astre légèrement « épais » et teinté qui refuse de se réduire à un point net. Ce disque flou, c'est la nébuleuse — souvent trahie par sa couleur.

  4. Poussez le grossissement

    Contrairement aux nébuleuses diffuses, cette planétaire compacte adore le fort grossissement. Montez à 200×, puis 250× ou plus : le disque grandit, le bleu-vert s'affirme et l'étoile centrale se détache au milieu.

NGC 2392 selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez
Jumelles 10×50 un point stellaire, à peine « flou » en vision décalée — trop petit pour se trahir
Télescope 100 mm un petit disque bleu-vert évident dès 100×, avec l'étoile centrale (mag 10,1) déjà visible en son cœur
150 mm le disque grossit et se colore franchement ; l'effet de « clignotement » entre vision directe et décalée apparaît
200–250 mm + fort grossissement on sépare le « visage » central brillant de la « capuche » externe plus diffuse, à 200–250×
250–300 mm + filtre OIII/UHC arcs sombres et texture des filaments se détachent du fond, proches des structures des photos
L'avis de Luc

L'avis de Luc

L'étoile centrale se décroche dès 100 mm, et c'est ce point net planté au cœur du gaz qui rend NGC 2392 inoubliable : peu de nébuleuses planétaires l'offrent. À faible grossissement, on la survole en la prenant pour une étoile de plus ; à 250× dans un 200 mm, le disque bleu-vert enfle et la magnitude 10,1 du centre apparaît franchement. Séparer nettement le « visage » de la « capuche » demande davantage d'ouverture et un filtre. Un soir d'hiver, Gémeaux hauts et air stable, réunit les bonnes conditions.

Continuer

Autour de NGC 2392

Deux silhouettes debout sur une crête, la Voie lactée dressée à la verticale au-dessus d'elles Les Gémeaux, mode d'emploi Partir de Castor et Pollux, descendre jusqu'à Wasat, puis débusquer NGC 2392 à 2° au sud-est. La nébuleuse de l'Œil de chat, NGC 6543 L'Œil de chat (NGC 6543) L'autre petite planétaire brillante à fort grossissement, dont le bleu-vert se voit lui aussi à l'œil. Filtre OIII à bande étroite vu de trois quarts : monture noire filetée et verre traité aux reflets vert et magenta Filtres OIII et UHC Quand la raie verte de l'oxygène révèle le « visage » et la « capuche » — et quand l'étoile centrale s'en passe.

Décrocher l'étoile centrale mag 10,1 et séparer visage et capuche : quel télescope ?

Voir l'étoile de NGC 2392 se pose dès 100 mm, mais isoler le « visage » de la « capuche » à 250× réclame de l'ouverture et de la stabilité. Nos choix de télescopes par budget.

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