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L'échantillonnage : accorder vos pixels au ciel, pas au hasard

Combien de secondes d'arc voit chacun de vos pixels ? C'est ce chiffre — l'échantillonnage, exprimé en secondes d'arc par pixel — qui décide si votre image sera fine, molle ou diluée, bien avant le traitement. Une seule formule le donne à partir de deux nombres : la taille de photosite du capteur et la focale du tube. Encore faut-il ne pas viser dans le vide : la turbulence de l'atmosphère fixe une limite que ni le petit pixel ni la longue focale ne franchiront. Ce guide pose la formule exacte, la déroule sur un cas complet, puis l'accorde au seeing de votre site avec le critère de Nyquist.

206265
secondes d'arc dans un radian : le facteur de conversion, arrondi à « 206 » dans la formule courante
1.29 ″/px
l'échantillonnage obtenu avec des photosites de 3,76 µm derrière 600 mm de focale
3.76 µm
la taille de pixel des capteurs Sony IMX571 et IMX533 (ASI2600, ASI533, Poseidon-C)
2 à 3 px
le nombre de pixels à étaler sur le disque de seeing — le critère de Nyquist appliqué au ciel
600 mm
la focale de l'exemple travaillé, celle d'un petit apo réducté autour de f/5

La formule

Deux nombres suffisent : la taille de pixel et la focale

Le terme de gauche, le terme de droite

L'échantillonnage est le champ angulaire couvert par un photosite. La relation tient en une ligne, à connaître par cœur :

échantillonnage (″/px) = 206 265 × taille de pixel (µm) / focale (mm).

Le facteur 206 265 n'a rien de mystérieux : c'est le nombre de secondes d'arc contenues dans un radian (180 × 3 600 / π). On l'arrondit couramment à « 206 » — l'écart avec 206,265 vaut moins de 0,2 %, invisible devant la turbulence. Au numérateur, la taille de photosite se lit sur la fiche du capteur, en micromètres. Au dénominateur, la focale du tube en millimètres : c'est elle qui « étale » le ciel sur le capteur. Doublez la focale et chaque pixel voit deux fois moins de ciel ; changez de caméra pour des pixels deux fois plus petits et vous divisez aussi l'échantillonnage par deux. Deux leviers, un seul résultat.
Deux capteurs CMOS de tailles très différentes posés côte à côte : la taille du photosite gouverne l'échantillonnage
Capteurs CMOS de formats différents — Kotaro Negawa (CC BY-SA 3.0). Image de titre de la page : l'amas ouvert Messier 67 en grand champ — ESO / Digitized Sky Survey 2, Davide De Martin (CC BY 4.0, eso.org/public/images/eso1402c)

Un cas complet

Le calcul mené bout en bout, chiffre après chiffre

3,76 µm derrière 600 mm

Prenons un montage courant : une caméra à capteur Sony IMX571 — pixels de 3,76 µm, celui de la ZWO ASI2600MC Pro (environ 2 000 €) comme de la Player One Poseidon-C — derrière un petit apochromatique de 600 mm de focale, soit un tube de 80 mm ouvert à f/7,5 ou un 100 mm réducté vers f/6. On pose : 206 265 × 3,76 = 775 556. On divise par 600 : 775 556 / 600 = 1,29. Résultat : 1,29 ″/px. Chaque pixel de cette caméra, sur ce tube, embrasse 1,29 seconde d'arc de ciel. C'est exactement la fenêtre visée pour un site de jardin ou périurbain, où le seeing tourne autour de 2 à 3″ : on y reviendra, mais retenez que ce couple tombe pile dans la plage 1 à 2 ″/px qui convient à la grande majorité des ciels français. Changez un seul terme et tout bouge : la même caméra sur un Newton 200/800 (f/4, focale 800 mm) descend à 0,97 ″/px, et sur un Schmidt-Cassegrain de 8 pouces réducté à 1 280 mm elle chute à 0,61 ″/px — trop fin pour la plupart des nuits.
Le même capteur 3,76 µm selon la focale du tube
Tube Focale Échantillonnage
Lunette 61 mm f/4,9 (type RedCat) 300 mm 2,59 ″/px
Apo 72 mm f/5,8 (Evostar 72ED) 420 mm 1,85 ″/px
Apo 80/100 mm réducté 600 mm 1,29 ″/px
Newton 200/800 f/4 800 mm 0,97 ″/px
SC 8″ réducté 0,63× 1 280 mm 0,61 ″/px

La cible

Accorder l'échantillonnage au seeing : le critère de Nyquist

Deux à trois pixels par disque de seeing

La formule donne un chiffre théorique ; le ciel impose une limite. L'atmosphère étale l'image d'une étoile en un petit disque flou — le disque de seeing — dont la largeur, mesurée à mi-hauteur, vaut typiquement 2 à 4″ en plaine, 1,5 à 2″ sur un bon site de montagne. Sur-résoudre plus fin que ce disque ne capte rien de plus : vous photographiez de la turbulence en haute définition. Le bon accord suit le critère de Nyquist appliqué à l'astro : viser 2 à 3 pixels par disque de seeing, c'est-à-dire un échantillonnage compris entre seeing/2 et seeing/3. Pour un seeing de 3″, cela donne 1,0 à 1,5 ″/px ; pour un excellent seeing de 2″, 0,7 à 1,0 ″/px. En pratique, sur un ciel de jardin ou périurbain, la fourchette utile est 1 à 2 ″/px — et notre montage à 1,29 ″/px s'y loge exactement. Inutile de courir après le 0,5 ″/px d'un observatoire d'altitude : votre atmosphère ne vous le rendra pas.

Les deux erreurs

Sur-échantillonner dilue, sous-échantillonner ampute

Ce que chaque excès coûte vraiment

Sous-échantillonner (chiffre trop élevé, au-delà de ~2,5 ″/px pour du ciel profond fin), c'est perdre du détail de façon irréversible : deux étoiles serrées tombent dans le même pixel et fusionnent, aucun traitement ne les rendra. Les étoiles deviennent carrées, la finesse est amputée à la prise de vue. Sur-échantillonner (chiffre trop bas, en dessous de ~0,7 ″/px sous un seeing médiocre) coûte autrement : le flux d'une étoile s'étale sur beaucoup plus de pixels, chacun reçoit moins de photons, le rapport signal/bruit par pixel s'effondre — sujet traité dans son guide dédié — et il faut poser bien plus longtemps pour la même image, plus molle par-dessus le marché. Entre les deux, la marge est confortable : la plage 1 à 2 ″/px pardonne l'imprécision. C'est pourquoi on parle d'un couple capteur/tube à choisir ensemble, jamais d'une caméra « meilleure » dans l'absolu. Un capteur à 2,4 µm (IMX183) brille sur une courte focale et devient absurde derrière 2 000 mm ; les 4,63 µm de l'ASI294MC Pro demandent l'inverse.
Quelques capteurs nommés et leur pixel (à porter dans la formule)
Caméra Capteur Sony Pixel
ASI533MC Pro (≈ 800 €) IMX533 3,76 µm
ASI2600MC/MM Pro IMX571 3,76 µm
ASI6200MM Pro IMX455 3,76 µm
ASI294MC Pro IMX294 4,63 µm
ASI183MC Pro IMX183 2,40 µm

Ajuster

Réducteur, Barlow, binning : trois façons de recaler le chiffre

La formule a deux termes accessibles, et chacun se corrige avec une pièce qui coûte moins cher qu'un instrument neuf.

Agir sur la focale ou sur le pixel apparent

Quand l'échantillonnage tombe à côté de la cible, on ne change pas forcément de matériel : on recale un terme de la formule. Un réducteur de focale multiplie la focale par son coefficient — un 0,8× ramène nos 420 mm de l'Evostar 72ED à 336 mm, donc l'échantillonnage de 1,85 à 2,31 ″/px ; un réducteur SC 0,63× fait passer un 8 pouces de 2 032 à 1 280 mm. Le réducteur se choisit d'abord pour son cercle de pleine lumière et sa correction de champ ; son effet sur l'échantillonnage fait l'objet de son propre guide. À l'inverse, une Barlow ou une Powermate 2× double la focale et divise l'échantillonnage par deux — c'est le geste du planétaire, où l'on cherche volontairement le sur-échantillonnage (logique inverse traitée dans le guide lucky imaging). Enfin le binning agit sur le pixel : binner 2×2 regroupe quatre photosites en un, doublant la taille de pixel apparente. Nos 3,76 µm deviennent 7,52 µm, et le SC réducté à 1 280 mm remonte de 0,61 à 1,21 ″/px — le binning « logiciel » des CMOS ne récupère pas tout le signal d'un vrai binning CCD, mais il ramène un montage sur-résolu dans la fourchette utile.

Les pièges

Ce que la formule ne dit pas

Trois malentendus courants font dire à ce chiffre davantage qu'il ne porte, et chacun se lève en une phrase.

Trois confusions à éviter

D'abord, l'échantillonnage n'est pas la résolution : c'est une borne haute théorique que le seeing, le suivi et la collimation abaissent toujours. Ensuite, l'arrondi 206 vs 206 265 est sans conséquence (moins de 0,2 %) — inutile d'en faire un débat, la turbulence est mille fois plus grande. Enfin, le binning modifie la taille de pixel apparente dans la formule : un calcul fait sur le pixel natif alors qu'on shoote en bin 2×2 se trompe d'un facteur deux. Un dernier réflexe, pour l'astrophoto planétaire et lunaire : là, on cherche délibérément 0,2 à 0,3 ″/px et de très courtes poses, une logique inverse développée dans son propre guide — ne transposez pas ces chiffres au ciel profond.
L'avis de Luc

L'avis de Luc

1,29″ par pixel avec un capteur à 3,76 µm derrière une apo de 600 mm : ce chiffre suffit à cesser de fantasmer sur les grandes focales. En périurbain, un seeing de jardin dépasse rarement 2,5″ — à 1,29″/px on est pile dans la cible, les étoiles sont rondes et les poses restent courtes. Monter une Barlow pour « voir plus fin » donne exactement l'inverse : des poses de dix minutes plus molles et deux fois plus bruitées, parce que la turbulence a repris la main. La formule et le seeing du site se regardent donc avant le catalogue, et ce réflexe évite au passage une caméra à 800 € qui n'aurait rien changé.

Continuer

Aller plus loin autour de l'échantillonnage

La nébuleuse de l'Amérique du Nord après empilement : nappes de gaz rose et couloirs de poussière sombres sur un champ dense d'étoiles Empiler ses brutes sous DeepSkyStacker Une fois l'échantillonnage réglé, c'est l'empilement qui fait grimper le signal. Le pas-à-pas complet, des darks à l'image finale. Résultat d'un traitement Siril sur une nébuleuse Traiter gratuitement sous Siril Extraction de gradient, calibration des couleurs, étirement : sortir une image propre de sa pile, sans logiciel payant. Lunette apochromatique Sky-Watcher Evostar 72ED Le matériel pour se lancer en astrophoto Caméras, tubes et montures pour composer un couple capteur/focale cohérent, du petit apo au Newton corrigé.

Quel couple capteur/tube pour rester dans la cible ?

De la lunette apochromatique de 420 mm au Newton corrigé de 800 mm, nos choix de matériel d'astrophotographie par usage et par budget — pour tomber dans la fourchette 1 à 2 ″/px sans se tromper de caméra.

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