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La lumière zodiacale et le Gegenschein

Il existe une lueur que l'optique ne rattrape jamais. Le cône qui se dresse depuis l'horizon au crépuscule de mars, et la plage encore plus ténue qui lui répond à l'opposé du Soleil, sont de la lumière solaire renvoyée par les grains du nuage interplanétaire : ils s'étalent sur des dizaines de degrés, et un instrument les découpe au lieu de les montrer. Cette page traite deux choses que personne d'autre ne vous donnera au comptoir : la géométrie qui décide de la saison et de l'heure, calculée pour les latitudes françaises, et le calendrier du point antisolaire mois par mois. La mesure du fond de ciel et l'échelle de Bortle vivent dans le guide du SQM ; l'adaptation de l'œil a le sien ; les ciels australs qui rendent la contre-lueur accessible ont les leurs. Ici, on calcule un angle et on regarde une date.

67.4 °
l'inclinaison maximale de l'écliptique sur l'horizon à 46° de latitude nord : le soir de l'équinoxe de mars, le cône se dresse presque debout
20.6 °
la même inclinaison six mois plus tard au même moment de la soirée : la lueur se couche sur l'horizon et se noie dans la brume
23.44 °
l'obliquité de l'écliptique, le terme unique qui fait basculer l'angle d'un extrême à l'autre au fil de l'année
0.3 mm
le calibre des plus gros grains du nuage zodiacal ; les plus fins descendent à 0,01 mm, en dessous la pression de radiation les chasse
1876
l'année de la planche de Trouvelot reproduite plus bas, gravée d'après une observation du 20 février — l'angle y est déjà juste

L'objet

Du Soleil renvoyé par un disque de gravier

La matière responsable est si diluée que l'effet vient de la longueur du trajet parcouru, et cette contribution pèse ensuite sur le fond de ciel naturel tout entier.

Un nuage lenticulaire centré sur le Soleil

Le système solaire baigne dans un disque de grains, très aplati, calé sur le plan des orbites planétaires et alimenté en permanence. Chaque grain réfléchit une part de la lumière qu'il reçoit, et la somme de ces réflexions dessine dans notre ciel une trace en forme de coin. Les tailles mesurées s'étalent de 0,01 à 0,3 mm — de la poudre de talc au grain de semoule — pour des masses allant du nanogramme à quelques dizaines de microgrammes. En dessous de ce calibre, la pression de radiation solaire expulse les grains du système ; au-dessus, on quitte le nuage diffus pour les essaims de météores, dont les corps s'échelonnent de 0,3 à 10 mm. L'analyse des impacts relevés par la sonde Juno place l'essentiel de cette matière entre l'orbite terrestre et la résonance 4:1 avec Jupiter, à 2,06 unités astronomiques du Soleil.

Une densité dérisoire, un effet colossal

L'ordre de grandeur mérite d'être posé, car il surprend tout le monde. Si l'on ramenait toute cette matière à des billes de 1 mm ayant l'albédo du sol lunaire, il suffirait d'en placer une tous les dix kilomètres environ pour produire la lueur observée. Autrement dit : le vide interplanétaire reste du vide, et pourtant l'intégrale sur des centaines de millions de kilomètres de trajet finit par peser. Elle pèse même beaucoup — sur un site épargné par les lumières humaines, cette contribution représente à elle seule un bon quart du fond de ciel naturel, le détail du budget étant chiffré dans le guide du SQM et de l'échelle de Bortle. Le nuage se vide en outre continuellement : chaque grain, chauffé puis rayonnant, freine légèrement sur son orbite et spirale vers le Soleil. Cette dérive impose un réapprovisionnement permanent, assuré pour l'essentiel par la fragmentation des comètes de la famille de Jupiter, le complément venant des collisions d'astéroïdes.

La géométrie

Pourquoi mars le soir et octobre à l'aube, et pas l'inverse

L'angle se lit sur une planche de 1876

Regardez l'inclinaison du fuseau sur cette chromolithographie : le trait de lumière monte franchement, en écharpe, au lieu de s'aplatir. Trouvelot a daté son observation du 20 février 1876 — un soir de fin d'hiver, exactement dans la fenêtre où la géométrie travaille pour l'observateur du nord. La planche donne aussi la bonne échelle mentale : le fuseau occupe la moitié de la hauteur du ciel, il ne ressemble en rien à un objet qu'on pointe. C'est un phénomène de champ, qu'on embrasse d'un regard depuis un horizon libre, et la seule optique qui le sert est la pupille dilatée de l'observateur.
Planche chromolithographiée d'Étienne Léopold Trouvelot intitulée The Zodiacal Light, montrant un large fuseau lumineux incliné se dressant au-dessus d'une ligne d'arbres et d'un plan d'eau, dans un ciel bleu-vert semé d'étoiles
« The Zodiacal Light », planche V des Trouvelot Astronomical Drawings, d'après une observation du 20 février 1876 — Étienne Léopold Trouvelot (CC0, Crystal Bridges Museum via Wikimedia Commons). Image de titre de la page : la lumière zodiacale au-dessus de La Silla, septembre 2009 — ESO / Y. Beletsky (CC BY 4.0, eso.org/public/images/zodiacal_beletsky_potw)

L'angle entre deux plans est l'angle entre leurs pôles

Voici la dérivation, qui tient en cinq lignes et se refait sur un coin de carte. Deux grands cercles de la sphère céleste se coupent sous le même angle que celui qui sépare leurs pôles. Le pôle de l'horizon est le zénith : sa déclinaison vaut la latitude φ du lieu, son ascension droite vaut le temps sidéral local. Le pôle nord de l'écliptique se trouve à la déclinaison 90° − ε, soit 66° 34′, pour une ascension droite de 18 h, où ε désigne l'obliquité — 23° 26′ 21″ à l'époque J2000, et une valeur qui décroît d'environ 47″ par siècle. La distance angulaire d entre ces deux pôles s'écrit alors : cos d = sin φ · sin(90° − ε) + cos φ · cos(90° − ε) · cos(TSL − 18 h). Faites varier le temps sidéral sur un tour complet, et d balaie un intervalle dont les deux bornes sont d'une simplicité désarmante.

Deux bornes, et tout le calendrier en découle

L'inclinaison de l'écliptique sur l'horizon oscille entre 90° − φ − ε et 90° − φ + ε. À 46° de latitude nord, c'est-à-dire au milieu de la France métropolitaine, ces bornes valent 20,6° et 67,4° : un facteur trois sur l'élévation du cône, produit par le seul terme d'obliquité. Reste à savoir quand chaque borne tombe. Le maximum se produit lorsque le temps sidéral local approche 6 h. Or le Soleil se couche à l'équinoxe de mars quand le temps sidéral vaut précisément 6 h, et il se lève à l'équinoxe de septembre… quand le temps sidéral vaut, lui aussi, 6 h. Les deux fenêtres classiques — le soir au printemps vers l'ouest, l'aube en automne vers l'est — sont donc une seule et même configuration géométrique, vue deux fois. Et les deux fenêtres inverses, l'aube de printemps et le soir d'automne, tombent sur la borne à 20,6° : le fuseau s'y couche dans la couche d'air la plus épaisse et disparaît.
L'inclinaison de l'écliptique sur l'horizon aux latitudes métropolitaines — calculée par 90° − φ ± ε, avec ε arrondi à 23,4°
Latitude de référence Borne haute (soir de mars, aube d'octobre) Borne basse (soir d'octobre, aube de mars) Ce que cela change sur le terrain
Bonifacio, 41° 23′ N 72,0° 25,2° Le fuseau grimpe presque à la verticale : la pointe passe au-dessus de la couche de brume dès la fin du crépuscule
Le Vigan, 43° 59′ N 69,4° 22,6° La configuration cévenole de référence, avec un horizon ouest dégagé sur les causses
Milieu de la métropole, 46° 00′ N 67,4° 20,6° Le repère à retenir : environ 67° au mieux, 21° au pire, pour un même lieu
Paris, 48° 51′ N 64,5° 17,7° Trois degrés perdus par rapport au centre du pays, et un fond de ciel qui interdit de toute façon la tentative
Dunkerque, 51° 02′ N 62,4° 15,6° La borne basse tombe sous 16° : la fenêtre utile se réduit aux seules soirées de fin février à début mai

Le calendrier

Les deux fenêtres annuelles, et l'heure exacte de la tentative

Trois filtres se superposent — la saison, l'heure du crépuscule et la position de la Lune —, et leur intersection réduit l'année à une poignée de nuits, ce qui fait du repérage un préalable.

De fin février à début mai, puis de fin août à début novembre

Les deux périodes utiles à nos latitudes se recoupent d'une source à l'autre autour des mêmes bornes : fin février à début mai pour le fuseau du soir, à l'ouest, et fin août à début novembre pour celui de l'aube, à l'est. Ces bornes traduisent simplement l'intervalle pendant lequel l'inclinaison reste au-dessus de la moitié de sa valeur maximale. À l'intérieur de chaque période, la fenêtre horaire est étroite et se calcule à la minute près : la tentative commence à la fin du crépuscule astronomique, quand le Soleil passe sous 18° de dépression, et dure tant que la pointe du fuseau reste au-dessus de l'horizon. Comptez de quarante minutes à une heure et demie d'utilisable selon la date. Une soirée d'avril offre le luxe rare d'un crépuscule qui s'achève tôt et d'un fuseau encore haut.

La Lune commande, et le mois ne dure que cinq nuits

Une seule règle sélectionne les nuits : la Lune reste sous l'horizon d'un bout à l'autre de la tentative. Un croissant de trois jours à 10° de hauteur suffit à effacer la lueur. Concrètement, chaque lunaison ouvre une fenêtre de cinq à six nuits autour de la nouvelle lune, qu'il faut ensuite croiser avec la fenêtre saisonnière, avec la météo et avec l'horizon dont vous disposez. Le compte est vite fait : sur une année, un observateur métropolitain dispose d'une vingtaine de nuits théoriquement favorables au fuseau du soir. C'est peu, et cela justifie de préparer le site à l'avance plutôt que de décider le jour même. Le repérage d'un point d'observation à horizon libre relève du guide consacré à la recherche d'un ciel sombre ; les lieux nommés et datés ont chacun leur page, du Pic du Midi aux Cévennes et aux réserves labellisées.
  1. Choisissez l'horizon avant la date

    Il faut voir le sol, ou la mer, dans la direction visée. Une crête à 5° de hauteur ampute la base du fuseau, c'est-à-dire sa partie la plus lumineuse. Un relevé au clinomètre du téléphone, fait de jour, tranche la question en cinq minutes.

  2. Calez l'heure sur la fin du crépuscule astronomique

    Notez l'instant où le Soleil passe à 18° sous l'horizon pour votre date et votre lieu. Arrivez trente minutes avant, installez-vous, et laissez la voûte s'assombrir pendant que l'œil travaille.

  3. Donnez à l'œil ses trente minutes pleines

    La sensibilité continue de progresser bien au-delà du quart d'heure. Toute lumière blanche remet le compteur à zéro. Le mécanisme et les durées mesurées sont détaillés dans le guide de la vision nocturne.

  4. Balayez large, en vision décalée

    Regardez à 10 ou 15° du fuseau plutôt qu'en plein dessus, et laissez le regard glisser lentement le long de l'écliptique. Une plage étendue et à faible contraste se révèle au mouvement bien mieux qu'à la fixation.

L'identification

Deux bandes claires dans le même ciel, deux orientations

La texture tranche autant que la direction

L'erreur classique consiste à prendre un bras de la Voie lactée pour le fuseau, ou l'inverse. Trois critères les séparent en quelques secondes. L'orientation d'abord : le fuseau suit l'écliptique, il pointe donc vers le point où le Soleil s'est couché, tandis que la bande galactique coupe cette direction sous un angle voisin de 60° — les deux se croisent d'ailleurs dans le champ ci-dessous. La texture ensuite : la voûte galactique est grumeleuse, striée de déchirures sombres et piquetée d'amas ; le fuseau zodiacal est lisse, sans grain, comme un lavis. La couleur enfin : l'ensemble du nuage renvoie une lumière solaire à peine rougie, ce qui donne une teinte légèrement plus chaude que le blanc bleuté de la bande galactique. Une photographie de 15 s au grand angle ouvert à f/2,8, faite sur trépied, tranche définitivement quand le doute persiste. Le repérage de la bande galactique à l'œil est traité dans le guide qui lui est consacré.
Vue au grand angle du plateau de Paranal : à gauche la Voie lactée traverse le ciel en une bande piquetée d'étoiles et de nuages sombres, à droite un large cône lumineux uniforme se dresse depuis l'horizon au-dessus des bâtiments de l'observatoire
Le fuseau zodiacal (à droite) et la Voie lactée (à gauche) dans le même champ, depuis Paranal — ESO / Y. Beletsky (CC BY 4.0, Wikimedia Commons)

La contre-lueur

Le Gegenschein, et le calendrier du point antisolaire

Une plage ovale à 180° du Soleil

La contre-lueur occupe le point exactement opposé au Soleil, à 180° d'élongation, ce qui la place au méridien au moment du minuit vrai — l'instant où le Soleil passe sous l'horizon nord, décalé de l'heure légale par le fuseau horaire et l'équation du temps. Les descriptions publiées lui donnent quelques degrés de large sur 10 à 15° de long dans le sens de l'écliptique, certains auteurs retenant plutôt un diamètre de 8 à 10° : dans tous les cas, une plage plus grande que la paume tendue à bout de bras, aux bords indéfinissables. Sa cause est l'effet d'opposition : vu depuis la Terre, chaque grain situé derrière nous se présente en phase pleine et renvoie la lumière droit vers sa source. Le supplément de clarté ainsi produit reste infime devant les 21,9 mag/arcsec² du fond de ciel naturel, valeur établie dans le guide du SQM.
Ciel très dense en étoiles au-dessus des bâtiments du Very Large Telescope, avec une plage lumineuse ovale et diffuse nettement visible dans la partie haute du champ, au point opposé au Soleil
La plage ovale du Gegenschein au-dessus du Very Large Telescope, sur le Cerro Paranal — ESO / Y. Beletsky (CC BY 4.0, Wikimedia Commons)

La Voie lactée barre la route un mois sur trois

Le point antisolaire se déplace le long de l'écliptique à raison d'environ par jour, et son sort dépend entièrement de la constellation qu'il traverse. Le plan galactique coupe l'écliptique en deux endroits, du côté du Sagittaire et du côté des Gémeaux. Chaque fois que le point antisolaire tombe dans l'un de ces deux carrefours, la clarté galactique noie la plage et la tentative est perdue : c'est le cas fin juin et fin décembre. Les périodes exploitables sont donc celles où le point antisolaire se promène dans les régions pauvres du zodiaque, et deux d'entre elles se détachent : l'automne, quand il séjourne dans les Poissons, et la fin de l'hiver, quand il traverse le Cancer puis le Lion. Un détail d'observateur : vers le 29 janvier, le point antisolaire passe à quelques degrés de M44, l'amas de la Ruche — un repère commode pour savoir où poser le regard.
Où se trouve le point antisolaire au fil de l'année, et ce que cela vaut pour le Gegenschein
Date Constellation du point antisolaire Hauteur au méridien à 46° N Verdict
30 septembre Poissons 47° La période de référence : région pauvre en étoiles, plage au plus haut
31 octobre Bélier 58° Très favorable, la contre-lueur culmine encore plus haut
30 novembre Taureau 66° La clarté galactique d'hiver s'approche par l'est : marge qui se réduit
31 décembre Gémeaux 67° Carrefour galactique : la plage se noie, période perdue
29 janvier Cancer, près de M44 62° La seconde bonne période s'ouvre, avec un repère stellaire commode
28 février Lion 52° Très favorable, ciel de fond calme et nuits encore longues
31 mars Vierge 40° Favorable, la fenêtre se referme à mesure que les nuits raccourcissent
30 juin Sagittaire 21° Centre galactique et crépuscule permanent : tentative sans objet

Les conditions

Le site, l'œil, et le seul objet qui change quelque chose

La qualité du site se mesure au lieu de se supposer, et la rétine adaptée accomplit ensuite le travail qu'aucun grossissement ne peut reprendre.

Le niveau de ciel exigé, et où on le trouve

Les deux phénomènes réclament le haut de l'échelle : le premier échelon ou le second, pour reprendre la graduation publiée en 2001 et détaillée dans le guide du SQM, qui donne aussi le protocole de relevé au photomètre de poche. Cet appareil se procure chez les revendeurs spécialisés en astronomie, et il joue ici un rôle précis : valider objectivement que le site tient son rang la nuit où vous y êtes, plutôt que la nuit où quelqu'un l'a mesuré. Pour la contre-lueur, la géographie tranche : les grands ciels de l'hémisphère sud sont la voie praticable, décrite dans le guide de la Namibie, et ce que l'on y observe en plus est détaillé dans celui des objets du ciel austral. Depuis la France, la Réunion, à 21° de latitude sud, offre le même bénéfice sans passeport étranger.

L'œil est l'instrument, et il se prépare

Aucune optique ne rattrape une plage de 10° : un oculaire de 25 mm sur un tube de 1 200 mm découpe un champ de l’ordre du degré, il montre donc un morceau uniforme de voile et rien d'autre. Le grossissement travaille contre vous, puisqu'il étale la même lumière sur une surface plus grande. La seule variable que vous maîtrisez est l'état de votre rétine : pupille dilatée, pigment reconstitué, vision décalée. Le détail du mécanisme et les durées mesurées vivent dans le guide de la vision nocturne. Une conséquence pratique en découle, et elle décide de la soirée entière : la lampe. Une lampe rouge à molette d'intensité à 16,00 € conserve l'adaptation acquise, là où un écran de téléphone en mode nuit la détruit en une seconde. Le modèle à batterie intégrée, 40,95 €, ajoute de quoi recharger le téléphone qui porte votre éphéméride. Et si vous photographiez le fuseau, un trépied haut à 64,99 € tient le boîtier assez haut pour dégager les premiers degrés au-dessus de l'horizon. Trois objets, et la liste est close.

L'histoire

Trois siècles et demi pour nommer une lueur

L'explication physique a précédé de deux siècles la description du phénomène opposé, et le fil des observateurs court jusqu'à une thèse d'astronomie contemporaine.

De Childrey à Brian May

La première mention imprimée revient à Joshua Childrey en 1661. Giovanni Domenico Cassini en entreprend l'étude méthodique en 1683 ; dès 1684, Nicolas Fatio de Duillier avance l'explication qui tiendra — de la matière dispersée renvoyant la lumière du Soleil. La contre-lueur suit un chemin plus tortueux : longtemps attribuée à une observation de 1730, elle est en réalité décrite pour la première fois par le Danois Theodor Brorsen, dont l'étude paraît en 1854 ; Alexander von Humboldt lui laisse le mot allemand qui lui est resté, et Edward Emerson Barnard la redécouvre pour son compte en 1882. Le fil ne s'est jamais rompu : la thèse d'astronomie consacrée aux vitesses radiales dans le nuage zodiacal que Brian May, guitariste de Queen, avait abandonnée au début des années 1970 a été achevée et soutenue en 2007, trente-six ans plus tard. Le sujet reste ouvert : les données de la sonde Juno, publiées en 2021, ont relancé le débat sur l'apport de poussière martienne au voisinage de l'orbite terrestre, face au consensus qui attribue la majeure part aux comètes de la famille de Jupiter.
L'avis de Luc

L'avis de Luc

Vingt minutes sans rien voir, puis l'œil bascule et le grand coin lumineux est là, incliné à 65°, la pointe presque aux Pléiades : la lumière zodiacale se gagne par l'attente autant que par le site. Deux habitudes suffisent — arriver une demi-heure avant la fin du crépuscule, et laisser la lampe rouge au fond d'une poche fermée pendant toute la première heure. Un plateau à 43° de latitude avec la mer pour horizon ouest, début avril, offre les meilleures conditions accessibles en France. Le Gegenschein, lui, reste hors d'atteinte sous nos ciels : le voir demande une nuit où la Voie lactée projette une ombre au sol, et ce n'est plus le même métier.

Continuer

Mesurer le ciel, préparer l'œil, aller le chercher

Cône de lumière zodiacale dressé au-dessus des montagnes Chiffrer la noirceur d'un site L'unité de brillance du fond de ciel, le protocole de relevé au photomètre de poche et l'échelle visuelle qui l'accompagne : de quoi vérifier que le site tient le rang qu'exigent ces deux lueurs. Plage diffuse du Gegenschein dans un ciel très étoilé Préparer la rétine avant la nuit Le pigment qui se reconstitue, la durée réelle d'adaptation, la vision décalée et les gestes qui protègent tout cela pendant plusieurs heures. L'instrument, ici, c'est l'œil. Fuseau zodiacal et Voie lactée au-dessus d'un observatoire Le ciel du sud, là où la contre-lueur se tient Les fermes d'observation, la saison sèche et ce que l'on gagne à descendre sous l'équateur. La destination qui rend accessible ce que la métropole refuse. Planche de Trouvelot représentant la lumière zodiacale Ce que l'œil nu donne vraiment L'inventaire de ce qui se voit sans instrument, des amas larges aux grandes structures diffuses. La bonne porte d'entrée avant de viser une lueur qui demande un site d'exception.

Une lueur qui se prépare plutôt qu'elle ne s'achète

L'angle de l'écliptique, la nouvelle lune et un horizon libre décident de la soirée. Le seul équipement qui pèse sur le résultat tient dans une poche : un éclairage qui préserve l'adaptation, et un trépied si vous photographiez.

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