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Observer · Constellations

Le Lion

Une des rares figures du ciel qui dessine vraiment son animal : une faucille pour la crinière, un triangle pour la croupe, et une étoile de première grandeur posée sur l'écliptique. Voici comment la trouver depuis la Grande Ourse, quelles doubles séparer, et où sont ses galaxies.

12
au classement des 88 constellations par surface
21
rang de Régulus parmi les étoiles les plus brillantes du ciel
79
distance de Régulus, en années-lumière
6
galaxies à portée d'un 130 mm : le Triplet et le groupe de M96
3 mois
de pleine visibilité, de mars à mai

Repérer

La Grande Ourse vous montre le chemin

Le Lion se lève à l'est en soirée dès la fin de l'hiver et occupe le sud du ciel au printemps, juste sous la Grande Ourse. Sa moitié avant est un astérisme facile à mémoriser : la Faucille, un grand point d'interrogation retourné, comme vu dans un miroir. Le point du bas, c'est Régulus ; la courbe au-dessus dessine la crinière et le mufle. À l'arrière, un triangle plus discret ferme la croupe, avec Denebola à la pointe de la queue.
Carte de la constellation du Lion : la Faucille autour de Régulus, le triangle de Denebola
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 3.0)
  1. Partez du fond de la casserole

    Repérez la Grande Ourse au zénith les soirs de printemps. Prenez les deux étoiles du fond du récipient, côté ouvert — celles qui, dans l'autre sens, pointent l'étoile polaire.

  2. Percez le fond, vers le sud

    Prolongez cette paroi vers le bas, à l'opposé de la Polaire. La ligne file droit vers une étoile blanche isolée, à une trentaine de degrés : c'est Régulus, le cœur du Lion.

  3. Remontez la Faucille

    Juste au-dessus de Régulus, six étoiles courbent en point d'interrogation inversé — Eta, Algieba, Zeta, Mu et Epsilon Leonis. C'est la tête. Prenez le temps de la suivre : elle vous fixe la constellation pour de bon.

  4. Fermez le triangle jusqu'à Denebola

    À une vingtaine de degrés à l'est de Régulus, trois étoiles forment la croupe. La plus vive, à la pointe, est Denebola. Entre Régulus et elle, sous le ventre, se cachent les galaxies — retenez ce segment, on y revient.

Les étoiles

Un roi sur l'écliptique, une double d'or sur la crinière

Régulus, le petit roi couché sur l'écliptique

Régulus (magnitude 1,40, à 79 années-lumière) porte un nom qui vient du latin regulus, « petit roi » — les Romains l'appelaient déjà le Cœur du Lion. C'est une étoile bleu-blanc de type B7, qui tourne sur elle-même à un rythme extrême : 337 km/s à l'équateur, soit 96 % de la vitesse au-delà de laquelle elle se disloquerait. Elle en est aplatie comme un ballon de rugby, un tiers plus large à l'équateur qu'aux pôles. Détail qui compte pour l'observateur : Régulus est la seule étoile de première grandeur posée quasiment sur l'écliptique. La Lune l'occulte régulièrement, et Vénus est passée devant elle — des rendez-vous à guetter dans les éphémérides.

Algieba, la belle double dorée

Sur la crinière, Algieba (Gamma Leonis) est le clou visuel de la constellation. À l'œil nu, une seule étoile de magnitude 2 ; dans un télescope à partir de 100×, elle se fend en deux soleils dorés, l'un jaune-orangé (magnitude 2,4), l'autre un ton plus froid (magnitude 3,6), séparés de 4,6 secondes d'arc. Les deux tournent l'un autour de l'autre en 510 ans. La composante principale abrite même une planète géante d'environ 9 masses de Jupiter, débusquée en 2009. C'est une double serrée : il faut du grossissement et une nuit stable, mais aucun ciel noir.

Denebola et le triangle de la croupe

Denebola (Beta Leonis, magnitude 2,11) marque le bout de la queue — son nom arabe signifie littéralement « la queue du lion ». C'est une étoile blanche toute proche, à 36 années-lumière, et une variable discrète de type Delta Scuti dont l'éclat oscille de quelques centièmes sur quelques heures. Elle forme le triangle de la croupe avec Zosma (Delta, magnitude 2,6) et Chort (Theta). Sur la Faucille, notez aussi Adhafera (Zeta) et Rasalas (Mu) : des repères commodes pour sauter de galaxie en galaxie.

Les discrètes, pour plus tard

Le Lion cache une des étoiles les plus proches de nous : Wolf 359, une naine rouge à seulement 7,8 années-lumière, cinquième système stellaire le plus proche du Soleil. Invisible à l'œil (magnitude 13,5), c'est une étoile éruptive qui gagne parfois une magnitude en quelques minutes. Un défi de fin de nuit, pour un grand diamètre et une carte détaillée — mais quel plaisir de pointer un voisin de palier cosmique.
Les étoiles du Lion d'un coup d'œil
Étoile Magnitude Distance Ce qu'elle est Ce que vous verrez
Régulus (α) 1,40 79 al sous-géante bleue en rotation rapide base de la Faucille, parfois occultée par la Lune
Algieba (γ) 2,4 + 3,6 126 al double dorée serrée dédoublée dès 100× au télescope
Denebola (β) 2,11 36 al blanche, variable Delta Scuti pointe du triangle de la croupe, à l'œil nu
Zosma (δ) 2,56 58 al blanche du dos sommet nord du triangle arrière
Wolf 359 13,5 7,8 al naine rouge éruptive proche seulement à grand diamètre, avec une carte

Le ciel profond

Sous le ventre du Lion, deux trios de galaxies

Le Triplet du Lion, trois galaxies dans un champ

Entre Denebola et le sud de la constellation, à mi-chemin sous le ventre, trois galaxies spirales tiennent presque dans le même champ d'oculaire, à environ 35 millions d'années-lumière. M66 (magnitude 8,9) est la plus lumineuse, M65 (magnitude 9,3) sa jumelle plus régulière, et NGC 3628 (magnitude 9,5), vue par la tranche, s'étire en fuseau barré d'une bande de poussière — d'où son surnom de galaxie du Hamburger. Dès un 130 mm sous un ciel noir, on tient les deux Messier en même temps comme deux petites taches allongées à cœur brillant ; NGC 3628, plus ténue, demande un peu plus de diamètre ou une vision décalée.

Le groupe de M96, un peu plus haut

À quelques degrés au nord-ouest, sous la Faucille, un second trio : M96 (magnitude 9,2), la spirale la plus brillante du lot, sa voisine barrée M95 (magnitude 9,7), et l'elliptique M105 (magnitude 9,3), toutes à la même trentaine de millions d'années-lumière. M95 et M96 se logent dans un même champ à faible grossissement ; M105 se glisse à un degré au nord, en compagnie de deux galaxies plus faibles. Le groupe entier est plus exigeant que le Triplet : gardez-le pour une nuit vraiment transparente, loin des lumières.

Ce que le visuel montre, vraiment

Aucune de ces galaxies ne livrera à l'œil les bras roses des photos. À l'oculaire, ce sont des nébulosités grises, plus ou moins allongées, avec un noyau plus dense. Leur intérêt tient à autre chose : dans un seul coup d'œil, vous embrassez des îles-univers séparées de la nôtre par des dizaines de millions d'années-lumière — la lumière qui entre dans l'œil est partie avant l'apparition de l'homme. Le grossissement utile reste modéré, entre 50 et 100× ; ce qui compte, c'est la noirceur du fond de ciel, pas la puissance.

Selon votre instrument

À l'œil nu, le Lion se résume à sa forme et à Régulus. Aux jumelles 10×50, la Faucille se détache et le champ de Denebola fourmille, mais les galaxies restent hors de portée sous un ciel ordinaire. Il faut un télescope de 130 à 150 mm et surtout un ciel de campagne pour sortir le Triplet ; un 200 mm ajoute NGC 3628 sans effort et fait ressortir la structure des noyaux. Le budget suit : de 40 à 120 € pour les jumelles, de 200 à 450 € pour le premier télescope qui montre les galaxies.

Le ciel qui tombe

Les Léonides, mémoire des tempêtes de novembre

Chaque mi-novembre, la Terre traverse le sillage de la comète Tempel-Tuttle, et les étoiles filantes semblent jaillir de la Faucille.

  1. 12–13 nov. 1833

    Au-dessus de l'Amérique du Nord, le ciel s'embrase : les témoins décrivent des dizaines de milliers de météores par heure. C'est cette nuit qui fait naître l'astronomie des essaims — on comprend que les traînées partent toutes d'un même point, le radiant, dans le Lion.

  2. 1866

    Nouvelle tempête, et l'énigme se résout : l'essaim est lié à la comète 55P/Tempel-Tuttle, qui repasse tous les 33 ans en semant sur son orbite les grains que la Terre percute en novembre.

  3. 17 nov. 1966

    Au-dessus du sud-ouest américain, le taux grimpe jusqu'à plusieurs milliers de météores par minute pendant un pic de quelques dizaines de minutes — la plus violente pluie du XXᵉ siècle.

  4. 1999–2001

    Le retour de la comète en 1998 réveille l'essaim : plusieurs pics dépassent le millier de météores par heure, observés d'Europe puis d'Asie. Depuis, l'activité est retombée à quelques dizaines par heure les bonnes années.

Un peu d'histoire

Le fauve invulnérable d'Héraclès

Le lion de Némée

La constellation porte le souvenir du premier des douze travaux d'Héraclès. Le lion de Némée ravageait la région, et sa fourrure était si dure qu'aucune flèche ni lance ne l'entamait. Après avoir constaté que ses armes glissaient sur la bête, le héros la coince dans sa tanière et l'étouffe à mains nues. Il l'écorche ensuite avec les propres griffes de l'animal — seule chose capable de trancher cette peau — et s'en fait une armure. Zeus place le fauve parmi les étoiles pour marquer l'exploit.

Un signe du zodiaque, un repère du printemps

Le Lion est l'une des douze constellations zodiacales : le Soleil la traverse chaque année, de la mi-août à la mi-septembre — raison pour laquelle on ne l'observe pas l'été, noyée dans le jour. Sa saison à nous, c'est le printemps : elle culmine vers la mi-avril, haute dans le sud depuis toute la France, entre 35 et 75° au-dessus de l'horizon selon la latitude. Une fois la Faucille apprise, le Lion devient une boussole : il conduit à la Vierge à l'est, au Cancer à l'ouest, et sert de tremplin vers l'amas de la Chevelure de Bérénice, plus haut.
L'avis de Luc

L'avis de Luc

Algieba écarte ses deux étoiles dorées dès 120×, et cela fonctionne depuis un jardin de bourg : tout part de là en avril, quand le Lion passe au méridien vers 22 h. Le Triplet joue dans une tout autre catégorie — un 150 mm à trente kilomètres des lumières, une nuit sans lune, pour tenir M65 et M66 côte à côte à 60×. NGC 3628 n'apparaît alors qu'en vision décalée, et il faut le savoir avant de la chercher.

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À explorer autour du Lion

Le Triplet du Lion Le Triplet du Lion, pas à pas Trois galaxies dans un champ : comment les débusquer, et à partir de quel diamètre. Le ciel profond Observer les galaxies Ce que le visuel montre vraiment d'une galaxie, et le ciel qu'il faut pour ça. La Voie lactée dressée à la verticale au-dessus d'une colline, deux observateurs en silhouette sur la crête Se repérer au printemps De la Grande Ourse au Lion, à la Vierge : naviguer d'une constellation à l'autre.

Quel télescope pour voir le Triplet du Lion ?

Les galaxies réclament du diamètre et un ciel noir plus que du grossissement. Nos choix de télescopes par usage et par budget.

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