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PHD2 Log Viewer

La séance est finie, les brutes sont sur le disque, et une question reste : qu'est-ce qui s'est passé entre minuit et trois heures ? Le graphique de la nuit a défilé sous vos yeux par tranches de deux minutes, il a tout oublié au fur et à mesure. Le journal de guidage, lui, a tout gardé — chaque image, chaque écart, chaque impulsion envoyée. Ce tutoriel montre comment ouvrir ce journal dans l'outil qui sait le lire, où trouver cet outil (il vit en dehors de PHD2, et c'est la première surprise), comment traduire ses colonnes en secondes d'arc, et quelles formes de tracé désignent la mise en station, la transmission ou l'entraînement.

0
le prix du journal et de son outil de lecture : les deux sont distribués librement, sur Windows, macOS et Linux
3.2 ″/px
l'échelle d'une caméra à photosites de 3,75 µm derrière une lunette-guide de 242 mm : sans elle, les colonnes du fichier ne disent rien
18 colonnes
ce que chaque image de guidage inscrit dans le fichier, de l'écart mesuré au rapport signal sur bruit de l'étoile
4
le nombre de langues dans lesquelles le tutoriel d'analyse de Bruce Waddington est publié, français compris
0.64
l'écart réel derrière un tracé qui affiche 0,20 pixel — le même nombre change de sens avec la focale du guide

Le malentendu

L'outil se télécharge à part, il ne vit pas dans le menu

Beaucoup d'astronomes fouillent le menu Tools pendant une demi-heure avant de comprendre : le lecteur de journal est une application tierce, écrite par le développeur principal du logiciel mais distribuée sur un autre site.

Deux programmes, deux adresses

PHD2 écrit le journal ; il ne le relit pas. La lecture revient au PHD2 Log Viewer, une application signée Andy Galasso — le mainteneur du logiciel de guidage lui-même — que l'on récupère sur adgsoftware.com/phd2utils, jamais depuis la fenêtre de guidage. La distribution courante porte le numéro 0.6.4 et se décline en installeur Windows, en trois paquets macOS selon l'ancienneté du système (Sonoma et au-delà, Catalina à Ventura, Mojave et antérieurs), et en paquets Ubuntu maintenus dans le dépôt personnel de Patrick Chevalley, les autres distributions Linux se compilant depuis les sources. Le menu d'aide embarque un « Quick Help » qui décrit la navigation à la souris : molette pour l'échelle de temps, glissement pour parcourir la séance. Cinq minutes suffisent à s'y retrouver, à condition de savoir qu'il existe.

Ouvrir le robinet du journal avant la première nuit

Le fichier ne se crée que si la journalisation est armée. Dans PHD2, l'entrée Tools → Enable Guide Logging reste cochée en permanence chez tous ceux qui pratiquent l'analyse après coup : le coût est de quelques centaines de kilo-octets par nuit, le bénéfice est de pouvoir répondre trois semaines plus tard à la question « pourquoi les étoiles étaient allongées sur la série de NGC 7000 ? ». Les fichiers atterrissent dans un dossier PHD2 placé sous les documents de l'utilisateur, nommés d'après la date et l'heure d'ouverture, un par lancement du logiciel. Voisin mais distinct : le journal de débogage, beaucoup plus verbeux, réservé aux échanges avec les développeurs. Celui que le Log Viewer ouvre est le premier, le Guide Log.

Le fichier

Ce que le .txt contient, ligne par ligne

Le journal est un fichier texte à valeurs séparées par des virgules, précédé d'un bloc descriptif. Savoir ce que chaque partie porte permet déjà de trancher des questions sans ouvrir le moindre graphique.

Un en-tête qui décrit le poste, puis une ligne par image

Le bloc de tête récapitule la version du logiciel et celle du format, le profil d'équipement, le modèle de caméra avec son gain et sa taille d'image, la monture pilotée, l'échelle en secondes d'arc par pixel, le regroupement de photosites, la focale du montage de guidage, la taille de la zone de recherche autour de l'étoile, puis les coordonnées de visée : déclinaison, angle horaire, côté du pied. Vient ensuite la ligne des intitulés, puis les mesures. Chaque image de guidage occupe une ligne : numéro d'ordre, horodatage en secondes depuis le début, écarts dx et dy, distances brutes et corrigées sur les deux axes, durée et sens de l'impulsion envoyée sur chacun, masse et rapport signal sur bruit de l'étoile suivie, code d'erreur éventuel. Toutes les distances sont exprimées en pixels de la caméra de guidage, toutes les impulsions en millisecondes.
Schéma d'un fichier journal : un bloc bleu d'en-tête (version, caméra, échelle 3,20 secondes d'arc par pixel, focale 242 mm, déclinaison), une bande verte listant les intitulés de colonnes, un bloc jaune de cinq lignes de mesure chiffrées, un bloc rose de lignes commençant par INFO, chacun relié à une annotation
Les quatre parties d'un journal de guidage — schéma astronoguide

Traduire des pixels en secondes d'arc

Un tracé qui plafonne à 0,20 pixel ne veut rien dire tant qu'on ignore ce que vaut un pixel. La conversion se pose en une ligne : échelle (″/px) = 206 265 × taille du photosite (µm) ÷ focale de guidage (mm). Prenons une caméra monochrome à photosites de 3,75 µm posée sur une lunette-guide Sky-Watcher EvoGuide 50DX50 mm de diamètre, 242 mm de focale, soit f/4,8 : l'échelle vaut 206 265 × 3,75 ÷ 242 = 3,20 ″/px. Le fameux 0,20 pixel devient alors 0,64 ″. Rejouez le calcul sur une mini-lunette de 120 mm de focale à f/4 et le même photosite couvre 6,45 ″ : le même 0,20 pixel vaut cette fois 1,29 ″, deux fois plus grossier. L'en-tête du journal inscrit précisément cette échelle, ce qui rend deux séances comparables même après un changement de lunette-guide. La question de savoir quel écart viser derrière une focale d'imagerie donnée revient au guide dédié au RMS de guidage.

La vue longue

Trois heures d'un coup d'œil, au lieu de deux minutes

La différence de fond entre le graphique de la séance et le journal relu tient à la durée affichée : l'un montre la dernière poignée d'images, l'autre montre la nuit.

Ce qu'une fenêtre glissante laisse filer

Le graphique en direct affiche une centaine d'images, soit deux à trois minutes de suivi. Sur cette largeur, une dérive de 12 ″ étalée sur 3 h se présente comme une pente de quelques centièmes de pixel par minute : parfaitement invisible. Le Log Viewer ouvre la même donnée sur toute sa longueur, et la pente saute aux yeux. Même chose pour un motif qui se répète : à l'échelle de la minute, une ondulation lente se confond avec le fourmillement du seeing ; sur trois heures, elle dessine une vague régulière. Cette différence d'échelle explique pourquoi deux astronomes peuvent regarder le même montage et tirer des conclusions opposées — l'un juge sur une fenêtre, l'autre sur une nuit. Le tutoriel d'analyse de Bruce Waddington, publié par le projet en anglais, français, italien et japonais, aligne des cas annotés qui servent de répertoire de formes ; il vaut d'être imprimé et posé à côté de l'écran les premières fois.
Trois tracés côte à côte sur fond blanc : à gauche une courbe bleue qui monte régulièrement en s'éloignant de la ligne zéro, au centre une courbe rouge en dents de scie montant brutalement puis redescendant lentement, à droite une courbe verte ondulant régulièrement de part et d'autre du zéro
Dérive, dépassement et ondulation périodique — schéma astronoguide
Grille de lecture d'un journal : la forme, ce qu'elle désigne, le geste qui suit
Ce que montre le tracé Ce que cela désigne Où porter l'effort
Une pente lente et continue sur un seul axe, sans retour au zéro Défaut de mise en station, ou flexion progressive entre les deux tubes Reprendre l'alignement polaire, puis vérifier les colliers et le porte-oculaire
Un départ franc, un dépassement, puis un palier où l'axe reste sourd Jeu dans la transmission de l'axe concerné Mesurer ce jeu avec l'assistant du logiciel, dont traite un tutoriel voisin
Une agitation générale sur les deux axes, corrections tirées en rafale Seuil de déclenchement trop bas ou pose de guidage trop courte Relever le seuil et allonger la pose : les réglages fins ont leur page
Une ondulation régulière qui revient à intervalle fixe Erreur d'entraînement liée à la rotation de la vis sans fin Lancer l'analyse fréquentielle, comparer la période à celle du constructeur
Une perte brutale du rapport signal sur bruit puis un saut d'écart Passage nuageux, buée sur l'objectif de guidage, ou étoile perdue Croiser l'horodatage avec les brutes concernées et écarter la plage

La méthode

Six gestes pour dépouiller une séance

L'ordre compte : on cadre la plage utile, on écarte ce qui fausse les moyennes, puis seulement on interroge les fréquences et la calibration.

  1. Ouvrir le journal de la bonne nuit

    Un fichier par lancement du logiciel : celui d'une soirée où l'on a redémarré trois fois se présente en trois morceaux. La date et l'heure inscrites dans le nom tranchent, l'horodatage de l'en-tête confirme.

  2. Cadrer sur la séquence utile

    Une nuit contient de la mise au point, des tâtonnements de cadrage et du vrai suivi. La sélection manuelle d'une plage d'images exclut le reste des statistiques, et les moyennes cessent d'être polluées par les cinq minutes où l'on cherchait la cible.

  3. Laisser l'outil écarter les stabilisations

    Après chaque dither, quelques images servent à ce que le montage se pose. Le Log Viewer les retire d'office du calcul : les valeurs affichées décrivent le suivi, pas les secousses volontaires. Le principe du dither, lui, a son propre tutoriel.

  4. Lire la pente avant la dispersion

    Une dérive régulière et une agitation nerveuse appellent des remèdes opposés. Regardez d'abord si le tracé revient au zéro : s'il s'en éloigne sans jamais y retourner, la mise en station passe avant tout réglage.

  5. Interroger les fréquences

    La fonction d'identification des harmoniques d'entraînement décompose le tracé en ascension droite et sort les périodes dominantes. Comparez-les à la période de rotation de la vis sans fin donnée par le constructeur — de l'ordre de huit à onze minutes sur les montures équatoriales allemandes de série.

  6. Finir par l'affichage de calibration

    L'outil restitue la calibration enregistrée dans le journal : deux branches perpendiculaires et de longueurs cohérentes signent une bonne base. Une calibration bancale invalide tout ce qui suit, et la procédure elle-même est détaillée dans le tutoriel d'installation.

La suite

Du diagnostic au tournevis

Un journal bien lu désigne une pièce du montage. Voici comment les formes reconnues plus haut se traduisent en achats ou en réglages, et comment tenir une archive qui serve d'année en année.

Chaque signature pointe une pièce

Une pente lente qui ne revient jamais au zéro renvoie à la mise en station, puis à la rigidité du montage — un problème de support avant d'être un problème d'optique. Une ondulation à période fixe désigne l'entraînement : c'est la mécanique de la monture qui parle, et une Sky-Watcher EQ6 SynScan (401,24 €) offre à ce jeu-là une marge mécanique que les modèles plus légers n'ont pas. Une agitation générale accompagnée d'un rapport signal sur bruit faible se soigne du côté de la voie de guidage : une lunette dédiée de 50 mm et 242 mm de focale comme l'EvoGuide 50DX (342,19 €) recueille bien plus de lumière qu'un chercheur détourné, et livre à l'algorithme une étoile ferme au lieu d'une tache tremblante. Un journal qui montre un écart propre en ascension droite et des sauts en déclinaison au moment où l'on retouche la netteté oriente vers une commande motorisée du porte-oculaire, rôle du moteur de mise au point Celestron (295,03 €). Et pour qui préfère confier la mise en station et le suivi à un même boîtier, le StarSense Autoguider (798,15 €) supprime la lunette-guide au profit d'un module qui cartographie le champ ; la caméra Svbony SV305C (179,99 €) reste, elle, l'entrée de gamme qui alimente aussi bien la voie d'imagerie qu'une voie de guidage de secours. Prix relevés début août 2026.
Une lunette apochromatique blanche Sky-Watcher Esprit 100 sur une monture équatoriale allemande noire Orion Sirius EQ-G, posée sur le sable d'une plage au crépuscule, faisceau de câbles et train d'imagerie rouge à l'arrière du tube
Lunette Sky-Watcher Esprit 100 sur monture Orion Sirius EQ-G — Brandon Ghany / Horizon Productions SFL (domaine public, Wikimedia Commons)

Tenir une archive qui parle

Un journal isolé raconte une nuit ; une collection raconte un montage. La méthode qui tient sur la durée est frugale : un dossier par année, un sous-dossier par sortie nommé « date + site + cible », le fichier de guidage rangé à côté des brutes, et une ligne de carnet — trois colonnes suffisent : date, écart moyen, remarque. Au bout d'une saison, la relecture répond à des questions qu'aucune séance seule ne tranche. La dérive empire-t-elle depuis le remplacement du trépied ? La période dominante a-t-elle bougé après le regraissage ? Le passage au méridien, autour de l'angle horaire zéro consigné dans l'en-tête, coûte-t-il systématiquement dix minutes de suivi ? Les astronomes qui publient des mesures — occultations, courbes de lumière — tiennent cette archive depuis toujours, parce qu'un résultat s'accompagne de la preuve que le suivi tenait. Sur une cible aussi étendue que M31, qui occupe plus de de ciel et se photographie en plusieurs panneaux étalés sur des semaines, l'archive est le seul moyen de savoir pourquoi un panneau a des étoiles plus rondes que son voisin.
L'avis de Luc

L'avis de Luc

Relire son journal avant de ranger la voiture : cinq minutes qui évitent de racheter du matériel pour un problème de calage. Le graphique en direct ment par omission — il affiche de belles valeurs sur les deux minutes qu'on regarde, pendant que les poses de cinq minutes sortent en virgule. Ouvert dans le Log Viewer, un journal de 3 h montre autre chose : une pente propre, régulière, 12 secondes d'arc de dérive en déclinaison du début à la fin. Vis de latitude qui a pris du jeu, trépied qui s'enfonce doucement dans l'herbe. Vingt minutes de mise en station soignée et une dalle de béton rendent des étoiles rondes sur dix minutes de pose.

Continuer

Ce que le journal vous enverra régler ensuite

Chacune des formes décrites plus haut a sa page : le seuil à viser, l'erreur d'entraînement, le jeu de transmission, la flexion entre les deux tubes, et la chaîne complète pour qui reprend au début.

Gros tube catadioptrique noir cerclé de rouge, incliné vers le ciel bleu du crépuscule, caméra et boîtier de guidage accrochés à l'arrière, pied planté sur le bitume d'une aire clôturée Fixer le seuil que doit tenir votre suivi L'écart moyen n'a de sens que rapporté à l'échantillonnage de la voie d'imagerie. Comment convertir, quoi viser, et pourquoi comparer deux chiffres de forum mène à des conclusions fausses. Carter bleu d'un réducteur industriel écorché : la vis hélicoïdale traverse le bas du boîtier et engrène sur une couronne de bronze, l'arbre de sortie ressortant à droite L'erreur périodique, du tracé à la mécanique La vague régulière que l'analyse fréquentielle isole vient de la vis sans fin. Ce qui la produit, ce qu'on peut en corriger, et ce qui relève du réglage mécanique. Dessin au trait en noir et blanc : un arbre horizontal portant un filet hélicoïdal vient mordre le sommet d'une grande roue dentée traversée par son propre axe Le jeu de transmission et l'équilibrage Le dépassement suivi d'un palier se mesure et se réduit. Réglage du jeu, choix du sens de déséquilibre, et ce que l'équilibrage change vraiment sur l'axe de déclinaison. Dans un jardin de nuit, une lunette blanche et un tube noir accouplés côte à côte sur une monture équatoriale, câbles pendants, un ordinateur portable posé sur une chaise à côté Les flexions différentielles entre les deux tubes Quand la dérive résiste à une mise en station irréprochable, c'est souvent que la voie de guidage et la voie d'imagerie ne regardent plus tout à fait dans la même direction. Lunette-guide Sky-Watcher EvoGuide posée sur son rail vert avec ses colliers, son support de fixation et son anneau de serrage, photographiée sur fond blanc Le principe et le matériel de l'autoguidage Pour reprendre la chaîne au début : ce que corrige un autoguidage, quelle voie de guidage choisir, et quels boîtiers font le travail sans ordinateur. Monture équatoriale allemande Sky-Watcher EQ6 blanche sur son trépied en acier, contrepoids sur sa barre, raquette de commande pendue au flanc, sur fond blanc Piloter la séance depuis un boîtier unique Les environnements intégrés enregistrent eux aussi leurs journaux de guidage : ce qu'ils apportent en confort de terrain, et ce qu'ils imposent en contrepartie.

Le journal désigne la pièce à changer

Voie de guidage trop courte, entraînement fatigué, mise au point manuelle qui secoue le tube : une fois la forme identifiée, le remède se choisit dans le rayon astrophoto, classé du premier autoguidage au train complet.

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