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Photographier la Lune, votre première image du ciel

Aucun autre astre ne se laisse aussi facilement tirer le portrait. La Lune est brillante comme un paysage en plein soleil : pas besoin de ciel noir, de pose longue ni de suivi motorisé, un téléphone posé contre l'oculaire suffit à ramener une image nette du premier soir. Ce tutoriel vous conduit du smartphone à l'oculaire jusqu'au reflex monté au foyer du télescope : les bons réglages (ISO bas, pose courte, mise au point sur un cratère), pourquoi viser le terminateur plutôt que la pleine Lune, et comment empiler quelques images pour gommer la turbulence. À la fin, vous saurez exactement quels gestes produisent une Lune piquée, cratère par cratère.

200
l'ISO qui suffit : la Lune renvoie la lumière du Soleil, elle brille comme un paysage de jour
125 ᵉ de s
la vitesse typique (1/125 s) qui fige la Lune malgré sa dérive
300 mm
la focale à partir de laquelle mers et grands cratères ressortent
31
le diamètre apparent de la Lune : un demi-degré dans le ciel
500
les images d'une vidéo qu'on empile pour effacer la turbulence

Pourquoi elle d'abord

La cible qui pardonne tout

Brillante, immobile, sans exigence

La Lune est l'objet du ciel le plus lumineux après le Soleil : sa surface renvoie la lumière solaire exactement comme un paysage terrestre en plein jour. Concrètement, cela change tout pour le débutant. Là où une galaxie réclame plusieurs minutes de pose, un ciel sans lampadaire et un suivi motorisé impeccable, la Lune se contente d'une fraction de seconde, se photographie depuis un balcon en ville et tolère même la pleine lune au calendrier — celle qui gâche justement le ciel profond. Un simple téléphone appuyé contre l'oculaire d'un télescope d'entrée de gamme ramène déjà une image reconnaissable, avec ses mers sombres et ses cratères. C'est la seule cible où l'on obtient un résultat gratifiant dès la première soirée, sans rien apprendre d'autre que trois réglages.

Une image qui bouge : la Lune dérive

Un seul piège géométrique : la Lune ne mesure qu'un demi-degré (31 minutes d'arc) mais le ciel entier tourne à 15° par heure sous l'effet de la rotation terrestre. Grossie dans un télescope, la Lune traverse donc le champ en une poignée de secondes et dérive de son propre diamètre en deux minutes environ. Cela n'interdit rien — la pose est trop courte pour que le bougé se voie — mais impose de recadrer souvent et de travailler vite. C'est aussi l'argument massue pour la vidéo et l'empilement : on capture des centaines d'images en quelques secondes, avant que la Lune n'ait bougé.
Champ de cratères lunaires photographié le long du terminateur : les ombres rasantes creusent chaque relief
Cratères le long du terminateur lunaire — NASA Johnson Space Center (domaine public)

Méthode 1 — le téléphone

Le smartphone à l'oculaire : la méthode afocale

Le montage se passe de toute bague, et le résultat tient à deux points : la tenue du téléphone dans l'axe optique, et l'exposition reprise en main.

Photographier à travers l'oculaire

La méthode afocale consiste à laisser le télescope réglé pour l'œil, puis à présenter l'objectif du téléphone juste derrière l'oculaire : l'appareil photographie l'image que verrait votre pupille. Rien à démonter, aucune bague : c'est la voie d'entrée universelle, et elle marche aussi bien sur un Dobson à 150 € que sur une lunette. Tenu à main levée, le résultat est aléatoire — l'image saute, le vignetage danse. La pièce à 20 € qui change tout est l'adaptateur smartphone : une pince qui serre le téléphone et se verrouille sur le coulant de l'oculaire, alignant l'objectif sur l'axe optique une fois pour toutes. On peut alors régler tranquillement l'exposition et déclencher sans faire trembler le tube.

Verrouiller l'exposition et la mise au point

Le réflexe du téléphone, face à un disque brillant sur fond noir, est de surexposer : il croit voir une scène sombre et pousse la lumière jusqu'à cramer la Lune en un aplat blanc. Ouvrez le mode pro (ou une appli comme Halide, ProCam, l'appli du constructeur) et reprenez la main : baissez l'ISO à 100, montez la vitesse jusqu'à ce que les mers redeviennent grises et que les cratères réapparaissent, puis bloquez la mise au point à l'infini sur le bord d'un cratère. Un appui long sur l'écran verrouille en général exposition et point (AE/AF lock). Faites la netteté en visant le terminateur, la frontière jour-nuit, où le contraste est maximal.

Méthode 2 — le reflex

L'appareil au foyer : le télescope devient l'objectif

Bague T et adaptateur : deux pièces, aucune électronique

Avec un reflex ou un hybride, on retire l'oculaire ET l'objectif de l'appareil, et on raccorde le boîtier directement au porte-oculaire : le télescope joue le rôle d'un immense téléobjectif. Il faut deux pièces bon marché. La bague T (T-ring), spécifique à votre marque de boîtier (Canon EF, Nikon F, Sony E…), se clipse à la place de l'objectif d'un côté et porte de l'autre le filetage T2 standard (M42 × 0,75 mm). L'adaptateur de foyer, un tube au coulant 31,75 ou 50,8 mm, se glisse dans le porte-oculaire et se visse sur la bague T. Total : une trentaine d'euros, montés en dix secondes. C'est ce qu'on appelle la prise de vue au foyer (prime focus) — sans oculaire, l'appareil recueille l'image brute formée par le miroir ou la lentille.

Grossir encore, ou tenir la Lune entière

Le grandissement dépend alors de la seule focale de l'instrument. À 300 mm de focale, la Lune tient largement dans le cadre, mers et grands cratères déjà lisibles ; à 1000 mm (un Maksutov 127 typique), elle remplit presque la hauteur d'un capteur APS-C. Pour aller chercher un cratère isolé, intercalez une lentille de Barlow 2× entre l'adaptateur et le porte-oculaire : elle double la focale, donc la taille de l'image, au prix d'un peu de luminosité — sans importance sur un objet aussi brillant. Pensez à shooter en RAW plutôt qu'en JPEG : le fichier brut garde toute la latitude nécessaire au traitement.
Extrémité arrière d'un instrument noir posé sur une table, bague de raccord dévissée laissant voir le pas de vis et la lentille au fond
Filetage T2 d'un adaptateur photo sur instrument — Spektiv.org (CC BY-SA 4.0)

Les réglages

ISO bas, pose courte, point sur un cratère

Une vieille règle photographique donne l'exposition de départ, que l'écran arrière affine ensuite, et la netteté se gagne au dixième de tour sur le terminateur.

La règle Looney 11, votre point de départ

Puisque la Lune est éclairée par le même Soleil que nos paysages, une vieille règle photographique donne d'emblée une exposition juste : la règle « Looney 11 ». Réglez le diaphragme sur f/11 et la vitesse sur l'inverse de la sensibilité — à ISO 100, une pose au 1/100 s ; à ISO 200, au 1/200 s. Au foyer d'un télescope, on ne choisit pas le diaphragme (il est fixé par le rapport focal de l'instrument), mais l'idée reste : partez d'un ISO 100 à 400 et d'une vitesse entre 1/125 et 1/250 s, puis ajustez sur l'écran arrière jusqu'à ce que les cratères montrent du relief sans que les hautes lumières ne saturent. Trop clair : montez la vitesse. Trop sombre et bruité : ne montez pas l'ISO à l'aveugle, ralentissez d'abord la vitesse.

La mise au point décide de tout

Sur la Lune, la netteté est le seul combat qui compte, et il se joue au dixième de tour du molette de mise au point. Activez le Live View de l'appareil, grossissez l'affichage à fond sur un cratère du terminateur, et avancez la molette dans un sens puis dans l'autre pour encadrer le point exact où l'ombre du cratère devient franche. La turbulence atmosphérique fait « bouillir » l'image en permanence : ne vous fiez pas à un instant, guettez les brefs moments de calme où le détail se fige. C'est là qu'on déclenche.
Réglages de départ pour la Lune
Réglage Point de départ Pourquoi
Sensibilité ISO 100 à 400 la Lune est très brillante ; l'ISO bas minimise le bruit et garde les cratères propres
Vitesse 1/125 à 1/250 s assez rapide pour figer la dérive de la Lune et le bougé du tube
Diaphragme (objectif seul) f/8 à f/11 la règle Looney 11 ; au foyer du télescope, il est imposé par l'instrument
Format RAW conserve toute la matière pour le traitement, contrairement au JPEG compressé
Mise au point manuelle, en Live View grossi l'autofocus patine sur un disque sans contraste ; le point se fait à l'œil sur un cratère
Déclenchement retardateur 2 s ou télécommande évite le tremblement transmis par le doigt au moment de la prise

La bonne phase

Visez le terminateur, fuyez la pleine Lune

Le relief naît des ombres rasantes

Le terminateur est la ligne mouvante qui sépare le jour de la nuit sur la Lune. C'est là, et nulle part ailleurs, que se joue la beauté d'une photo lunaire. Au terminateur, le Soleil est rasant : chaque montagne, chaque rempart de cratère projette une ombre longue et noire qui sculpte le relief et donne cette impression de survol en trois dimensions. C'est aussi la zone de plus fort contraste, celle où la mise au point se fait le plus sûrement. Le premier et le dernier quartier sont les phases reines : le terminateur coupe alors le disque en son milieu, offrant une immense frontière de cratères ciselés.

Pourquoi la pleine Lune déçoit en photo

À la pleine Lune, le Soleil éclaire la surface de face, à la verticale : les ombres disparaissent, le relief s'aplatit et le disque se réduit à une carte plate et éblouissante, sans profondeur. C'est un paradoxe cruel pour le débutant, qui vise instinctivement la Lune la plus grosse et la plus lumineuse. Réservez la pleine Lune aux systèmes de rayons — les traînées claires de Copernic et surtout de Tycho, éjectées par les impacts — qui, eux, ressortent mieux sans ombre. Pour tout le reste, revenez quelques soirs avant ou après : un quartier bien placé vaut dix pleines Lunes.
Croissant lunaire : le long du terminateur, les cratères projettent de longues ombres qui sculptent le relief
Croissant lunaire au terminateur — s58y, Flickr (CC BY 2.0)

Pour aller plus loin

Empiler quelques images : le lucky imaging à petite échelle

Vaincre la turbulence par le nombre

Ce qui limite le détail sur la Lune n'est presque jamais l'optique : c'est la turbulence de l'atmosphère, ce voile mouvant qui déforme l'image en continu. La parade des astrophotographes s'appelle le lucky imaging : plutôt qu'une seule photo, on enregistre une vidéo de plusieurs centaines d'images, puis un logiciel trie les meilleures — les rares instants où l'air s'est calmé — et les additionne. En moyennant, disons, les 200 à 500 images les plus nettes d'une séquence de 1000, le bruit s'efface et le détail réel émerge, bien au-delà de ce qu'une pose unique révèle.

La chaîne logicielle, gratuite

Trois outils libres suffisent, tous gratuits. PIPP recadre et centre la Lune image par image. AutoStakkert! aligne, note et empile automatiquement le meilleur pourcentage des images. Enfin RegiStax applique ses ondelettes (wavelets) : quelques curseurs qui font ressortir progressivement les fins détails de l'empilement final. Pour un premier essai, filmez la Lune au smartphone ou au reflex, gardez le tiers le plus net, empilez : la différence avec le cliché unique est spectaculaire. C'est le même principe, poussé à l'automate, que celui des télescopes intelligents évoqués ailleurs sur ce guide.
Image lunaire nette obtenue en empilant plusieurs dizaines de clichés d'une même séquence
Lune issue de l'empilement de 21 images — Gordon, Flickr (CC BY-SA 2.0)

En pratique

De la visée à l'image, pas à pas

  1. Choisissez la soirée : un quartier, pas la pleine Lune

    Visez le premier ou le dernier quartier, quand le terminateur coupe le disque en deux et que les ombres sculptent le relief. Une appli de phases lunaires vous dit en trois secondes où en est la Lune ce soir.

  2. Montez le télescope et laissez-le se mettre en température

    Un tube plus chaud que l'air génère sa propre turbulence. Sortez l'instrument 20 à 30 minutes avant, pointez la Lune au chercheur, centrez-la à faible grossissement dans l'oculaire.

  3. Installez l'appareil : adaptateur smartphone ou bague T

    Au téléphone, verrouillez la pince sur l'oculaire. Au reflex, retirez l'oculaire, montez adaptateur de foyer + bague T et glissez l'ensemble dans le porte-oculaire. Ajoutez une Barlow 2× pour un gros plan de cratère.

  4. Réglez : ISO 100, 1/125 s, RAW, mise au point manuelle

    Passez en mode pro/manuel, bloquez l'exposition, désactivez l'autofocus. En Live View grossi sur un cratère du terminateur, tournez la molette jusqu'à ce que l'ombre devienne franche.

  5. Déclenchez sans toucher — et multipliez les vues

    Retardateur 2 s ou télécommande. Enchaînez plusieurs dizaines de prises en guettant les accalmies de la turbulence ; recadrez souvent, la Lune dérive de son diamètre en deux minutes.

  6. Triez, empilez, affinez

    Sur ordinateur, ne gardez que les images franchement nettes. Empilez-les dans AutoStakkert!, poussez doucement les ondelettes de RegiStax : les cratères gagnent un piqué qu'aucune image seule ne donnait.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

Un soir de quartier, jamais la pleine Lune tant qu'on n'a pas goûté au terminateur : c'est la seule règle qui compte pour débuter, et un téléphone tenu contre l'oculaire d'un 114/900 suffit à décrocher la mer de la Sérénité, floue et décentrée. Deux gestes font ensuite bondir les résultats — brancher les écouteurs pour déclencher sans toucher le tube, et empiler une vidéo au lieu de garder une image. On ne triche pas avec la turbulence, on la contourne par le nombre. Et la Lune ne tient jamais rigueur d'un raté : elle revient chaque nuit, un peu différente.

Continuer

Où aller après votre première Lune

Croissant lunaire au terminateur Observer la Lune à l'œil et à l'oculaire Les phases, les mers et les cratères à suivre soir après soir le long du terminateur : de quoi savoir quoi viser avant de déclencher. Image lunaire empilée L'astrophoto au télescope intelligent Quand un boîtier automatise empilement et suivi pour aller chercher galaxies et nébuleuses : la suite logique, côté ciel profond. Boîtier photo et téléobjectif fixés sur une petite monture de suivi équatoriale à trépied, viseur polaire rouge en évidence Le matériel pour se lancer en astrophoto Bague T, adaptateurs, montures qui suivent le ciel : ce qu'il faut vraiment acheter, et dans quel ordre, pour passer du smartphone au reflex.

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