En hiver, une étoile jaune très brillante passe presque à la verticale de votre tête : Capella, la Chèvre. Autour d'elle, un pentagone d'étoiles, un petit triangle de « chevreaux » et trois amas alignés dans la Voie lactée. Voici comment lire le Cocher, avec quoi, et ce que vous verrez vraiment.
6
rang de Capella parmi les étoiles les plus brillantes du ciel
43
distance de Capella, en années-lumière — un phare tout proche
3
amas ouverts de Messier tenant dans un seul champ de jumelles
27 ans
période des éclipses d'Almaaz
21
rang du Cocher parmi les 88 constellations, par surface (657 deg²)
Repérer
Montez depuis Orion, jusque presque au-dessus de vous
Le Cocher se lit comme un grand pentagone, presque un cerf-volant à cinq côtés, accroché très haut dans le ciel d'hiver. Cinq étoiles en dessinent les angles : Capella au sommet nord, Menkalinan, Mahasim, Hassaleh, et tout en bas Elnath, une étoile que le Cocher partage avec le Taureau voisin. Le plus simple pour tomber dessus : partir d'Orion, remonter par le Taureau et Aldébaran, et continuer jusqu'à cette grosse étoile jaune qui brille presque à la verticale. À la latitude de la France (~46°N), Capella frôle le zénith et ne se couche pour ainsi dire jamais : elle est quasi circumpolaire.
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 3.0)
Repérez Capella, la plus brillante du nord-est
En début de nuit l'hiver, une étoile franchement jaune domine le ciel haut vers l'est puis le sud. C'est Capella (magnitude 0,08), sixième étoile la plus brillante du ciel. Difficile de la confondre : rien d'aussi vif aussi haut.
Partez d'Orion et remontez
Orion, plein sud, est votre point de repère universel de l'hiver. Remontez de la ceinture d'Orion vers Aldébaran et l'œil du Taureau, puis prolongez : vous arrivez droit sous le pentagone du Cocher.
Fermez le pentagone
Depuis Capella, cherchez les quatre autres sommets. L'angle sud, Elnath, touche presque la corne du Taureau — les deux constellations se passent cette étoile. Le pentagone couvre environ 15°, une main et demie ouverte à bout de bras.
Visez le zénith fin janvier
Vers le 30 janvier, à 21 h, le Cocher passe au méridien, quasiment au-dessus de votre tête. C'est le meilleur moment : vous l'observez à travers le minimum d'atmosphère, là où les images sont les plus stables.
Les étoiles
Une chèvre d'or, deux chevreaux, et une éclipse hors norme
Capella, la Chèvre d'or
Capella (magnitude 0,08) porte un nom qui veut dire « petite chèvre » en latin. Sa lumière est nettement jaune, une teinte de Soleil, et pour cause : ce que vous prenez pour une étoile est en réalité quatre astres. Deux géantes jaunes, chacune une dizaine de fois plus large que le Soleil, tournent l'une autour de l'autre en 104 jours si serrées qu'aucun télescope amateur ne les sépare ; deux petites naines rouges les accompagnent au loin. À seulement 43 années-lumière, Capella est l'une des étoiles brillantes les plus proches de nous.
Menkalinan, deux soleils qui s'éclipsent
Menkalinan (β Aurigae, magnitude 1,90) est la deuxième étoile du Cocher, à 81 années-lumière. C'est un couple de deux étoiles blanches presque jumelles, si proches qu'elles passent régulièrement l'une devant l'autre : son éclat baisse légèrement à chaque éclipse, tous les quatre jours environ. À l'œil nu on ne voit qu'un point blanc franc — mais c'est un des angles du pentagone, à mémoriser pour ne plus le perdre.
Les Chevreaux, un petit triangle serré
Juste au sud-ouest de Capella, trois étoiles plus discrètes dessinent un petit triangle : ce sont les Chevreaux (les Haedi), les petits de la chèvre. Zeta Aurigae y cache une curiosité : une géante orange et une étoile bleue qui s'éclipsent tous les 972 jours, l'éclipse totale durant 38 jours. La grande fut identifiée comme double par l'astronome Antonia Maury en 1897.
Almaaz, l'éclipse de 27 ans
La troisième pointe du triangle, Almaaz (ε Aurigae), est l'une des étoiles les plus étranges du ciel. Tous les 27 ans, son éclat chute de la magnitude 2,9 à 3,8 et y reste presque deux ans — l'une des plus longues éclipses connues. Pendant des décennies, la nature de l'objet qui l'occulte a résisté : on sait aujourd'hui que c'est un vaste disque de poussière vu par la tranche, large de plus d'un milliard de kilomètres, cachant une étoile. La dernière éclipse s'est étalée de 2009 à 2011 ; la prochaine est attendue vers 2036.
Les étoiles du Cocher d'un coup d'œil
Étoile
Magnitude
Distance
Ce qu'elle est
Ce que vous verrez
Capella (α)
0,08
43 al
quadruple, deux géantes jaunes
phare jaune presque au zénith, à l'œil nu
Menkalinan (β)
1,90
81 al
binaire à éclipses, deux blanches
angle du pentagone, point blanc franc
Elnath (β Tau)
1,65
134 al
géante bleue partagée avec le Taureau
pointe sud, entre Cocher et corne du Taureau
Almaaz (ε)
2,9 à 3,8
~2 000 al
binaire à éclipses, disque de poussière
un des Chevreaux ; baisse d'éclat tous les 27 ans
Zeta Aur (Chevreau)
3,7
~800 al
géante orange + étoile bleue
petit triangle sous Capella, aux jumelles
Aucune ligne ne correspond au filtre.
Le ciel profond
Trois amas alignés, et une étoile en fuite
M37, le plus riche des trois
M37 (magnitude 6,0), à environ 4 500 années-lumière, est le plus beau des amas du Cocher : près de 150 étoiles plus brillantes que la magnitude 12,5, tassées dans un champ de 24 minutes d'arc, avec une étoile orangée bien visible en son centre. Aux jumelles, une tache floue granuleuse ; dès un télescope de 100 à 150 mm, il éclate en une pluie d'étoiles fines. C'est celui à viser en premier.
M36, le plus compact
M36 (magnitude 6,2), à 4 100 années-lumière, est le plus petit et le plus serré des trois, avec une soixantaine d'étoiles sur 12 minutes d'arc. Moins riche que M37, il est aussi plus facile à résoudre : ses étoiles sont plus vives et plus espacées. Un petit instrument suffit à en détacher les grains.
M38 et son voisin
M38 (magnitude 7,0), à 4 200 années-lumière, est le plus pâle des trois mais reste une cible facile aux jumelles : large, laiteux, on lui trouve parfois une vague forme de croix ou d'étoile de mer. Juste au sud se cache un petit amas discret, NGC 1907, à débusquer dans le même champ pour l'observateur curieux. Les trois amas tiennent ensemble dans le champ de jumelles 7×50 : une soirée entière de balayage.
L'Étoile flamboyante et une étoile en fuite
IC 405, la nébuleuse de l'Étoile flamboyante, à 1 500 années-lumière, est allumée par AE Aurigae, une étoile bleue « en fuite » : éjectée de la nébuleuse d'Orion il y a près de 2 millions d'années, elle file à 113 km/s et traverse aujourd'hui ce nuage de gaz qu'elle fait rougeoyer. Splendide en photo, la nébuleuse reste très difficile en visuel : il lui faut un ciel vraiment noir et souvent un filtre, sans quoi elle demeure invisible même dans un gros instrument.
Le Cocher selon votre instrument
Avec quoi
Budget
Ce que vous atteignez
À l'œil nu
—
le pentagone, Capella jaune au zénith, le triangle des Chevreaux
Jumelles 10×50
40 à 90 €
M36, M37, M38 en taches floues dans le même champ, Voie lactée grenue
Télescope 100–130 mm
150 à 250 €
M37 résolu en fine poussière d'étoiles, M36 détaché, NGC 1907
150–200 mm + ciel noir
+ filtre 70 à 150 €
amas pleinement résolus, tentative sur l'Étoile flamboyante
Aucune ligne ne correspond au filtre.
Un peu d'histoire
Ce que le Cocher a appris aux astronomes
il y a ~2 Ma
AE Aurigae est éjectée de la nébuleuse d'Orion à 113 km/s. Deux millions d'années plus tard, elle traverse un nuage de gaz qu'elle illumine : c'est l'Étoile flamboyante (IC 405).
1821
Johann Fritsch remarque que l'éclat d'Almaaz (ε Aurigae) varie. Il faudra plus d'un siècle et demi pour commencer à comprendre l'objet qui l'éclipse.
1897
Antonia Maury, à Harvard, identifie Zeta Aurigae comme une étoile double d'après son spectre — l'un des Chevreaux cache un couple.
2009–2011
La dernière éclipse d'Almaaz est suivie dans le monde entier ; elle confirme le disque de poussière vu par la tranche. La prochaine est attendue vers 2036.
Aller plus loin
Le conducteur de char et sa chèvre
Erichthonios, l'inventeur du char
« Cocher » traduit le latin Auriga, le conducteur de char. La tradition grecque y voit Erichthonios, roi légendaire d'Athènes, fils d'Héphaïstos le forgeron et élevé par la déesse Athéna. On lui attribue l'invention du quadrige, le char à quatre chevaux ; Zeus, impressionné, l'aurait placé parmi les étoiles. La figure porte d'ordinaire une chèvre sur l'épaule et ses petits dans la main.
Amalthée, la chèvre nourricière
L'étoile Capella, c'est la chèvre elle-même — Amalthée, celle qui, dans le mythe, allaita Zeus enfant caché de son père. De l'une de ses cornes serait née la corne d'abondance. Les Chevreaux à ses côtés sont ses petits : le ciel du Cocher raconte, en trois étoiles, toute une scène d'élevage céleste.
Elnath, l'étoile partagée
L'angle sud du pentagone, Elnath, appartient officiellement au Taureau (β Tauri) mais ferme la figure du Cocher : longtemps elle porta les deux noms, dont l'ancien γ Aurigae. À 134 années-lumière, cette géante bleue marque la frontière commune aux deux constellations — un bon rappel que les limites du ciel sont des conventions récentes.
Un repère pour tout l'hiver
Capella est aussi l'un des six sommets de l'Hexagone d'hiver, avec Aldébaran, Rigel, Sirius, Procyon et Pollux : c'est la pointe la plus au nord de cette immense boucle. La trouver, c'est tenir le haut du ciel d'hiver et pouvoir naviguer vers le Taureau, les Gémeaux ou Orion. Presque circumpolaire depuis la France, elle reste visible une bonne partie de l'année, basse au nord même l'été.
L'avis de Luc
Soixante degrés au-dessus de l'horizon : le Cocher échappe à la turbulence du bas du ciel, et c'est ce qui en fait la meilleure cible d'hiver pour un débutant. Une paire de 10×50 suffit — M36, M37 et M38 tiennent dans le même champ, et M37 est celui qui grouille le plus. L'Étoile flamboyante relève d'un autre registre : sans un ciel loin des lampadaires et sans filtre, elle se réduit à du gris sur du noir, et il ne faut la promettre à personne.