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Observer · Constellations

La Couronne boréale

Un petit demi-cercle d'étoiles, si net qu'on le reconnaît du premier coup entre le Bouvier et Hercule. C'est aussi le siège d'une étoile qui va exploser : T Coronae Borealis, la « Blaze Star », attendue d'un jour à l'autre pour passer de l'invisible à l'œil nu. Voici comment lire la couronne, et comment guetter l'éruption.

73
au classement des 88 constellations par surface (179 deg²)
7
étoiles dessinent l'arc en demi-cercle
80 ans
entre deux éruptions de T CrB, la nova récurrente
74 °
de hauteur au méridien depuis Paris : presque au zénith
17 jours
d'éclipse pour Alphecca, une binaire de type Algol

Repérer

Un arc entre Arcturus et Véga

La Couronne boréale est l'une des rares constellations qui ressemble vraiment à son nom : un arc de sept étoiles replié en demi-cercle, comme un diadème posé sur le ciel. Elle est petite — 73ᵉ des 88 constellations par la surface — mais son dessin est si compact et si régulier qu'on ne le confond avec rien. Au creux de l'arc brille une étoile un cran plus vive que les autres, Alphecca : c'est la perle sertie au centre de la couronne. Une fois repérée, la constellation entière se lit d'un coup d'œil.
Carte de la constellation de la Couronne boréale : l'arc en demi-cercle avec Alphecca au centre
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 3.0)
  1. Partez d'Arcturus, l'étoile orange

    En fin de printemps et en été, Arcturus est l'étoile la plus brillante du ciel de l'ouest, teintée d'orange, au bas du cerf-volant du Bouvier. C'est votre point de départ, impossible à manquer.

  2. Glissez d'une main vers l'est

    Laissez filer votre regard d'environ 20° à gauche d'Arcturus — la largeur d'une main ouverte à bout de bras. Vous tombez sur un petit groupe d'étoiles nettement plus serré : c'est la couronne.

  3. Confirmez avec Véga

    Encore plus à l'est brille Véga, bleutée et très haute. La Couronne boréale tient à peu près à mi-chemin entre Arcturus et Véga : entre ces deux phares, l'arc est le seul dessin fermé sur lui-même.

  4. Visez fin juin, vers 22 h

    Vers le 30 juin, à la nuit tombée, la couronne culmine presque au zénith depuis la France — à 74° de hauteur à Paris. C'est le moment où elle est la plus haute, la plus stable et la plus facile à isoler.

Les étoiles

La perle, et six pierres autour

Alphecca, la gemme de la couronne

Alphecca (magnitude 2,22), à seulement 75 années-lumière, domine l'arc sans écraser ses voisines. Son nom vient de l'arabe nayyir al-fakka, « la brillante du cercle brisé » — car pour les astronomes arabes, la couronne était un anneau incomplet. Les Latins la surnommaient Gemma, « le joyau ». C'est en réalité une binaire à éclipses de type Algol : une étoile blanche de type A0, chaude (9 700 K) et 74 fois plus lumineuse que le Soleil, tourne avec une compagne jaune plus modeste. Tous les 17,36 jours, celle-ci passe devant la principale et fait chuter légèrement l'éclat, de la magnitude 2,21 à 2,32 — une variation trop faible pour l'œil, mais réelle. Alphecca s'entoure aussi d'un disque de poussière, comme Véga.

Nusakan et les doubles

Nusakan (β, magnitude 3,68), deuxième étoile de l'arc à 114 années-lumière, est une binaire spectroscopique dont les deux composantes bouclent leur orbite en 18,5 jours. La couronne compte d'autres couples pour l'observateur patient : γ CrB, deux étoiles liées sur une orbite de 101 ans, et η CrB, un duo serré de 42 ans. Aucune ne rivalise avec les grandes doubles colorées du ciel, mais elles rappellent que la moitié des « étoiles » du ciel sont en réalité des systèmes multiples.

Une toupie folle : θ CrB

θ Coronae Borealis passe inaperçue à l'œil, mais c'est une étoile hors norme : environ trois fois plus large que le Soleil, elle tourne sur elle-même à près de 393 km/s à l'équateur, soit deux cents fois la vitesse de rotation solaire. À ce régime, l'étoile est aplatie comme un ballon écrasé, et les astronomes n'expliquent toujours pas complètement d'où lui vient une telle toupie.

Un cadran d'étoiles

Ce qui rend la couronne attachante, c'est qu'elle tient tout entière dans un champ de jumelles. Un simple balayage aux 10×50 parcourt l'arc d'un bout à l'autre, d'Alphecca aux étoiles plus discrètes des extrémités (ε, ι CrB), et c'est justement là, dans ce petit espace, que se jouent les deux drames stellaires les plus célèbres du ciel — sur lesquels toute la suite de cette page revient.
Les étoiles de la Couronne boréale d'un coup d'œil
Étoile Magnitude Distance Ce qu'elle est Ce que vous verrez
Alphecca (α) 2,22 75 al binaire à éclipses (Algol) la perle centrale, à l'œil nu
Nusakan (β) 3,68 114 al binaire spectroscopique deuxième étoile de l'arc, à l'œil nu
γ CrB 3,8 ~145 al double serrée (orbite 101 ans) un point sur l'arc, à l'œil nu
T CrB 10 → 2 ~3 000 al nova récurrente (Blaze Star) invisible… jusqu'à l'éruption
R CrB 6 → 14 ~4 500 al variable à suie de carbone aux jumelles, présente ou éteinte

Le cœur du sujet

Deux étoiles qui changent tout

La Couronne boréale n'a ni amas ni nébuleuse célèbre. Sa gloire tient à deux étoiles variables au comportement spectaculaire : l'une explose, l'autre s'éteint.

T CrB, l'étoile flamboyante

En temps normal, T Coronae Borealis stagne autour de la magnitude 10 : invisible à l'œil, on la devine à peine aux jumelles. C'est un couple intime — une naine blanche très dense (1,35 masse solaire) accolée à une géante rouge gonflée (69 rayons solaires), tournant l'une autour de l'autre en 228 jours. La naine blanche aspire lentement le gaz de sa voisine. Quand la couche accumulée à sa surface atteint la pression critique, elle s'embrase d'un coup en un emballement thermonucléaire : l'étoile bondit de la magnitude 10 à la magnitude 2 — un éclat multiplié par plus de 3 000 — puis retombe en quelques jours. Ni l'étoile ni le couple n'est détruit ; le cycle repart. On l'appelle une nova récurrente.

Une éruption attendue, tout de suite

T CrB a flambé de façon documentée en 1866 (magnitude 2,0, le 12 mai) et en 1946 (magnitude 3,0, le 9 février) ; des archives suggèrent des sursauts dès 1217 et 1787. Le rythme moyen, environ 80 ans, et des signes précurseurs relevés vers 2015-2023 ont fait annoncer une nouvelle éruption. La fenêtre statistique de l'été 2026 est passée sans explosion : au moment où ces lignes sont écrites, l'étoile n'a pas encore flambé. Mais elle le fera — les astronomes visent désormais une fenêtre probable autour du début 2027. Personne ne connaît le jour : c'est tout l'intérêt de la guetter soi-même.

R CrB, l'étoile qui s'éteint

À l'autre bout du spectre, R Coronae Borealis fait l'inverse : elle disparaît. En temps ordinaire, cette supergéante jaune traîne autour de la magnitude 6, juste à la limite de l'œil nu. Puis, sans prévenir, elle plonge en quelques semaines jusqu'à la magnitude 14 — un effondrement d'un facteur mille. La cause : l'étoile, presque privée d'hydrogène et gorgée de carbone, condense périodiquement dans son atmosphère un nuage de suie semblable à celle d'une bougie, qui masque sa lumière. La poussière finit par se disperser sous la pression du rayonnement, et l'éclat revient. Découverte par Edward Pigott en 1795, R CrB a donné son nom à toute une classe d'étoiles. Lors de sa plongée de 2007, elle a chuté à la magnitude 14 en 33 jours et est restée éteinte plus de dix ans.

Deux surprises dans un mouchoir de poche

Le plus étonnant, c'est de tenir ces deux histoires dans un champ de jumelles. T CrB se cache près du bord est de l'arc, entre Alphecca et ε CrB ; R CrB à l'intérieur du demi-cercle. À l'échelle humaine, l'une comme l'autre changent d'éclat en direct, sur des semaines. C'est ce qui fait de la Couronne boréale la constellation la plus vivante à surveiller — celle où quelque chose peut arriver n'importe quelle nuit.
  1. 1217

    L'abbé Burchard, en Allemagne, note une « étoile merveilleuse » dans la couronne qui brilla un temps avant de disparaître : la première éruption présumée de T CrB.

  2. 1866

    John Birmingham découvre T CrB en pleine flambée, à la magnitude 2. C'est la première nova récurrente jamais reconnue comme telle : une étoile qui explose plusieurs fois.

  3. 1946

    T CrB flambe à nouveau, magnitude 3, découverte indépendamment par trois observateurs. L'écart avec 1866 — 80 ans — fixe le rythme du cycle.

  4. 2016-2023

    Une baisse d'activité puis un pré-éclat sont relevés, des signes qui avaient précédé l'éruption de 1946. Les astronomes annoncent une flambée imminente.

  5. 2026-2027

    La fenêtre de l'été 2026 s'écoule sans éruption ; la surveillance se prolonge vers 2027. Chaque nuit dégagée, la couronne peut s'orner d'une étoile de plus.

Aller plus loin

Un mur de galaxies, hors de portée mais réel

La couronne ne renferme aucun objet Messier, mais elle cache l'un des amas de galaxies les plus riches du ciel : Abell 2065, aussi appelé l'amas de la Couronne boréale. Plus de 400 galaxies y sont tassées dans à peine 1° de ciel, à quelque 1 à 1,5 milliard d'années-lumière — la galaxie la plus brillante y plafonne à la magnitude 16,5. Autant dire qu'il reste invisible dans les instruments d'amateur courants ; il faut un grand télescope et un ciel de haute montagne pour en soupçonner les taches les plus vives. Mais savoir qu'en pointant ce petit arc familier on regarde vers un mur de centaines de galaxies, à un milliard d'années dans le passé, change la façon de le contempler.
L'amas de galaxies Abell 2065 dans la Couronne boréale, un champ semé de galaxies très faibles
Abell 2065 — David Chifiriuc (CC BY-SA 4.0)

Un peu d'histoire

La couronne d'Ariane, jetée au ciel

D'Ariane à Dionysos

Pour les Grecs, cet arc était le Stephanos, la couronne de la princesse Ariane. Fille du roi Minos de Crète, elle avait aidé le héros Thésée à triompher du Minotaure en lui confiant le fil qui lui permit de ressortir du Labyrinthe. Abandonnée par Thésée sur l'île de Naxos, elle y fut trouvée par le dieu Dionysos (le Bacchus des Romains), qui l'épousa et lui offrit un diadème d'or forgé par Héphaïstos. Selon la légende, à la fin des noces, la couronne fut lancée dans le ciel, et ses joyaux se figèrent en étoiles. Le tableau de Titien saisit l'instant : en haut à gauche, la couronne d'Ariane, déjà changée en cercle d'étoiles.

Une forme lue par tous les peuples

Ce demi-cercle si évident a été nommé partout. Les astronomes arabes y voyaient al-fakka, le « plat brisé » des pauvres. Les Cheyennes d'Amérique du Nord l'appelaient le Cercle du Camp, image de leurs tentes disposées en arc. Le pays de Galles y plaçait Caer Arianrhod, le château de la déesse Arianrhod. Et pour certains peuples aborigènes d'Australie, l'arc figurait un boomerang. Une même courbe, sept étoiles, et autant de récits.
Bacchus et Ariane, par Titien : la couronne de la princesse déjà changée en étoiles, en haut à gauche du tableau
« Bacchus et Ariane », Titien, v. 1523 (domaine public)
L'avis de Luc

L'avis de Luc

Sept étoiles en arc, retenues en une soirée : c'est la première constellation à faire apprendre par cœur, et depuis l'été 2024 elle mérite dix minutes de guet à chaque nuit claire. Aux jumelles 10×50, on vérifie qu'il n'y a toujours rien entre Alphecca et ε CrB. Le jour où T CrB flambera, elle atteindra la magnitude 2, aussi vive que la perle voisine — une éruption qui n'arrive qu'une fois par vie, et qu'on peut voir dès la première nuit à condition d'avoir pris l'habitude de regarder.

Continuer

À explorer autour de la Couronne boréale

Carte du Bouvier : le grand cerf-volant d'étoiles qui monte d'Arcturus, en bas, jusqu'à Nekkar, la Couronne boréale bordant la carte à gauche Le Bouvier et Arcturus L'étoile-guide orange qui mène à la couronne, et son cerf-volant d'étoiles. L'amas globulaire M13 : une boule d'étoiles au cœur éclatant dont le pourtour se résout en milliers de points fins Hercule et l'amas M13 La constellation voisine à l'est, et son amas globulaire, la plus belle cible d'été aux jumelles. Champ large de la Voie lactée d'été, dense en étoiles, avec deux astres bleus très brillants du Triangle d'été et le renflement du centre galactique à droite Se repérer dans le ciel d'été Arcturus, Véga, le Triangle d'été : la carte mentale pour naviguer de constellation en constellation.

Des jumelles pour guetter T CrB ?

Une paire de 10×50 suffit pour surveiller l'arc chaque nuit et saisir l'éruption. Nos choix par usage et par budget.

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