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Observer · Constellations

Le Grand Chien

Au pied d'Orion brille Sirius, l'étoile la plus éclatante de tout le ciel nocturne. Basse sur l'horizon d'hiver, elle scintille de toutes les couleurs — et son entourage cache une naine blanche historique, un bel amas à l'œil nu et une bulle soufflée par une étoile mourante. Voici comment la lire, avec quoi, et ce que vous verrez vraiment.

1
au classement de tout le ciel : Sirius est l'étoile la plus brillante de la nuit
43
au rang des 88 constellations, par surface (380 deg²)
4 °
sous Sirius pour tomber sur l'amas ouvert M41
5
étoiles plus vives que la magnitude 2,5, une densité rare
3 mois
de visibilité, de décembre à mars, basse au sud

Repérer

Suivez la ceinture d'Orion, elle pointe Sirius

Le Grand Chien n'a pas la forme évidente d'un animal : c'est d'abord un phare qu'on repère, puis quelques étoiles autour. Ce phare, c'est Sirius, si brillante qu'aucune confusion n'est possible. Pour la trouver, partez d'Orion, l'ossature du ciel d'hiver : les trois étoiles alignées de sa ceinture — Alnitak, Alnilam, Mintaka — forment une flèche. Prolongez-la vers le bas et la gauche (le sud-est) sur environ 20°, la largeur d'une main ouverte à bout de bras : vous tombez droit sur Sirius. Les étoiles plus faibles du Chien — Mirzam à l'ouest, puis Wezen, Adhara et Aludra qui dessinent les pattes arrière et la queue — se lisent ensuite dans son sillage.
Carte IAU du Grand Chien : Sirius en très gros disque, Adhara nommée, les autres étoiles en lettres grecques et M41 marqué en jaune
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 3.0)
  1. Repérez Orion, plein sud en soirée d'hiver

    De décembre à mars, Orion domine le ciel du sud. Ses trois étoiles de ceinture, parfaitement alignées et régulières, sont le point d'entrée le plus sûr du ciel d'hiver.

  2. Prolongez la ceinture vers le bas à gauche

    La flèche formée par les trois étoiles file vers le sud-est. Suivez-la sur une largeur de main : la première étoile éclatante rencontrée, bien plus basse qu'Orion, est Sirius.

  3. Notez qu'elle scintille en couleurs

    Depuis la France, Sirius culmine à peine à 24° au-dessus de l'horizon à Paris. Traversant beaucoup d'atmosphère, elle clignote en rouge, bleu et blanc : c'est normal, c'est l'air qui l'agite, pas l'étoile.

  4. Descendez 4° sous Sirius pour M41

    Aux jumelles, glissez d'environ 4° vers le sud sous Sirius. Sirius, l'amas M41 et l'étoile ν² du Chien forment un triangle presque équilatéral qui tient dans le même champ.

Les étoiles

Sirius, et un cortège de géantes lointaines

Sirius A par Hubble : un disque blanc saturé aux quatre longues aigrettes bleues, et le point minuscule de son compagnon Sirius B en bas à gauche
Sirius A & B — NASA/ESA, H. Bond & M. Barstow (domaine public)

Sirius, brillante parce que proche

Sirius (magnitude −1,46) écrase tout le reste du ciel : elle est deux fois plus lumineuse que Canopus, la deuxième. Mais ce n'est pas un monstre stellaire — c'est une étoile blanche ordinaire de type A1, à peine 25 fois plus lumineuse que le Soleil et de deux masses solaires. Son éclat tient surtout à sa proximité : à 8,6 années-lumière, c'est l'une des étoiles les plus proches de nous. Son nom vient du grec Seirios, « l'ardente ». Basse sur l'horizon, elle est le sujet d'exercice préféré des débutants : impossible de la rater.

Sirius B, la naine blanche cachée

Autour de Sirius tourne un compagnon invisible à l'œil et très difficile au télescope : Sirius B, surnommé « le Chiot ». C'est une naine blanche — le cœur mort d'une étoile — d'une masse solaire tassée dans une sphère de la taille de la Terre, chauffée à 25 000 K. À magnitude 8,4, elle serait facile… si l'éclat de Sirius A, dix mille fois plus vif à quelques secondes d'arc, ne la noyait pas. La séparer reste un défi réservé aux gros diamètres, aux nuits très stables et aux années où le couple s'écarte.

Adhara, phare des ultraviolets

Adhara (ε, magnitude 1,50), au pied du Chien, est la 22ᵉ étoile la plus brillante du ciel. Cette géante bleue de type B2, chauffée à 22 500 K à environ 430 années-lumière, est la source d'ultraviolet extrême la plus intense de tout le ciel nocturne. Elle a un passé de vedette : il y a 4,7 millions d'années, en passant à 9 années-lumière de nous, elle brillait à la magnitude −3,99 — de loin l'étoile la plus éclatante que la Terre ait jamais connue.

Wezen, Mirzam, Aludra : le lointain

Wezen (δ, magnitude 1,83) semble une simple étoile brillante ; c'est en réalité une supergéante jaune de 14 masses solaires, 188 fois plus large que le Soleil, à 1 600 années-lumière, promise à finir en supernova. Mirzam (β, magnitude 1,98), « l'annonciateur » qui se lève juste avant Sirius, est une variable pulsante prototype de sa classe. Aludra (η, magnitude 2,45), la plus éloignée du lot à quelque 2 000 années-lumière, et Furud (ζ, magnitude 3,0) complètent la silhouette.
Les étoiles du Grand Chien d'un coup d'œil
Étoile Magnitude Distance Ce qu'elle est Ce que vous verrez
Sirius (α) −1,46 8,6 al étoile blanche + naine blanche la plus brillante du ciel, scintillante
Adhara (ε) 1,50 ~430 al géante bleue, phare UV au pied du Chien, à l'œil nu
Wezen (δ) 1,83 ~1 600 al supergéante jaune point brillant, future supernova
Mirzam (β) 1,98 ~490 al variable pulsante se lève juste avant Sirius
Aludra (η) 2,45 ~2 000 al supergéante bleue la queue, très lointaine

Le ciel profond

Un amas facile, une bulle pour les patients

M41, le compagnon de Sirius

M41 (magnitude 4,5) est la cible reine du Chien, et l'une des plus accessibles du ciel d'hiver. À 4° au sud de Sirius, cet amas ouvert de quelque 100 étoiles étalées sur 38 minutes d'arc — la taille de la pleine Lune — se devine à l'œil nu sous un ciel noir, et devient superbe aux jumelles. Au télescope de 130 mm, cherchez en son cœur une géante rouge de magnitude 6,3 dont la teinte orangée tranche sur ses voisines blanches. On pense qu'Aristote l'aurait déjà notée comme une tache nébuleuse vers 325 av. J.-C.

Le Casque de Thor, pour les gros diamètres

NGC 2359, le « Casque de Thor », est une bulle de 30 années-lumière soufflée par le vent furieux d'une étoile Wolf-Rayet (WR 7), un astre très chaud proche de l'explosion, à quelque 12 000 années-lumière. Ses ailes évoquent le casque du dieu nordique. Contrairement à M41, elle exige un ciel noir, un télescope d'au moins 200 mm et, surtout, un filtre OIII qui détache ses filaments du fond. Sans filtre, ne comptez que sur une pâle lueur.

La galaxie naine sous nos pieds

Le Grand Chien cache aussi une trouvaille invisible mais vertigineuse : la surdensité du Grand Chien, restes d'une petite galaxie découverte en 2003, en train d'être avalée par la Voie lactée. À seulement 25 000 années-lumière de nous — plus près que le centre de notre propre Galaxie — c'était, à sa découverte, la galaxie voisine la plus proche connue. On ne la voit dans aucun instrument amateur, mais elle passe littéralement derrière l'aboiement du Chien.

Le Triangle d'hiver, pour se caler

Sirius n'est pas qu'une cible : c'est un sommet. Avec Bételgeuse (l'épaule d'Orion) et Procyon (le Petit Chien), elle forme le Triangle d'hiver, un grand triangle presque équilatéral qui structure tout le ciel de la saison. Une fois Sirius identifiée, vous tenez le repère qui vous mène à Orion, aux Gémeaux et au reste des trésors de l'hiver.
Le Grand Chien selon votre instrument
Avec quoi Budget Ce que vous atteignez
À l'œil nu Sirius éclatante, le scintillement coloré, M41 sous un ciel noir
Jumelles 10×50 40 à 100 € M41 résolu en étoiles, le triangle avec ν², le champ de Wezen
Télescope 114–130 mm 150 à 350 € M41 riche, la géante rouge centrale, tentative sur Sirius B
200 mm + filtre OIII + 70 à 150 € (filtre) le Casque de Thor et ses filaments détachés

Un peu d'histoire

La naine blanche annoncée par le calcul

  1. 1844

    Friedrich Bessel remarque que Sirius ondule dans le ciel, comme tirée par une masse invisible. Il en déduit par le calcul l'existence d'un compagnon caché — avant que quiconque ne l'ait vu.

  2. 31 janvier 1862

    Alvan Graham Clark, en testant une lunette neuve de 47 cm, aperçoit pour la première fois le point de lumière prédit par Bessel : Sirius B est bel et bien là.

  3. 1915

    Walter Adams analyse sa lumière et comprend qu'il s'agit d'une étoile minuscule et brûlante : la première naine blanche jamais identifiée, un état de la matière alors inconnu.

  4. ≈ 150 apr. J.-C.

    Bien avant : Ptolémée, comme Aratos et Cicéron, décrit Sirius comme « rougeâtre ». L'énigme du « Sirius rouge » n'est toujours pas tranchée — sans doute un effet de l'atmosphère plutôt qu'un vrai changement.

Aller plus loin

Le chien du ciel, des Pharaons aux Grecs

Le chien d'Orion, ou Laelaps

Pour les Grecs, le Grand Chien suit Orion le chasseur dans sa course, prêt à bondir sur le Lièvre à ses pieds. Une autre tradition y voit Laelaps, le chien si rapide qu'il attrapait toujours sa proie. Lancé aux trousses du renard de Teumesse, condamné lui à ne jamais être pris, il créa un paradoxe insoluble : Zeus, pour trancher, pétrifia les deux bêtes et plaça le chien au ciel. La constellation garde cette idée de poursuite éternelle.

Sirius et les « jours caniculaires »

Chez les Égyptiens, le lever héliaque de Sirius — sa première apparition à l'aube après des semaines d'invisibilité, vers le 19 juillet au Caire — annonçait la crue du Nil. Ils l'adoraient sous le nom de Sothis (Sopdet). Les Romains, eux, associaient ce lever estival aux plus fortes chaleurs : dies caniculares, les « jours du petit chien ». C'est de là que vient notre mot canicule.

L'énigme du Sirius rouge

Un mystère résiste : plusieurs auteurs antiques décrivent Sirius comme rouge, alors qu'elle est manifestement blanche. Une étoile qui aurait vraiment rougi à ce point aurait dû s'assombrir de plusieurs magnitudes, ce qu'aucun texte ne rapporte. L'explication la plus solide reste le scintillement : basse sur l'horizon des latitudes méditerranéennes, Sirius s'y pare de rouge quelques secondes, de quoi marquer les observateurs anciens.

Une boussole pour tout l'hiver

Le Grand Chien reste bas : depuis la France, Sirius ne monte qu'à 24° environ au-dessus de l'horizon sud, et Aludra frôle les 8°. Guettez-la aux alentours de janvier et février, quand elle passe au méridien en début de soirée. Une fois que vous savez la débusquer sous Orion, vous tenez le point le plus fiable du ciel d'hiver : elle ne trompe jamais.
L'avis de Luc

L'avis de Luc

Sirius encore basse, à 15° du sol, clignote en rouge et bleu : les enfants n'en reviennent pas, et rien n'ouvre mieux une soirée de janvier. M41 se trouve ensuite d'un simple glissement de 4° aux jumelles 10×50, avec la petite étoile orange du centre comme repère. Sirius B, en revanche, a résisté à dix tentatives au 200 mm sans jamais s'isoler proprement — ce n'est pas une cible pour débuter, et il est plus honnête de le dire que de la promettre.

Continuer

À explorer autour du Grand Chien

L'amas ouvert M41 M41, l'amas sous Sirius L'amas ouvert le plus facile de l'hiver, et comment le débusquer aux jumelles. Orion et sa ceinture de trois étoiles alignées dans un ciel d'hiver criblé d'étoiles, au-dessus d'un horizon boisé teinté par les lumières d'une ville Orion, la porte du ciel d'hiver La constellation voisine dont la ceinture pointe droit sur Sirius. Se repérer sous les étoiles Se repérer dans le ciel d'hiver Le Triangle d'hiver, Sirius, Bételgeuse, Procyon, et comment naviguer entre eux.

Jumelles ou télescope pour le Grand Chien ?

Les jumelles suffisent pour M41 et le scintillement de Sirius ; le télescope et un filtre OIII ouvrent le Casque de Thor. Nos choix par usage et par budget.

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