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Observer · Constellations

L'Hydre femelle

La plus vaste constellation du ciel s'étire sur plus du quart du tour d'horizon, de la tête sous le Cancer à la queue vers la Balance. Un serpent d'eau immense et discret, dominé par une seule étoile vraiment brillante — Alphard, « la solitaire ». Voici comment le suivre, avec quoi, et ce que vous verrez vraiment.

1303
deg² : la plus grande des 88 constellations, loin devant toutes
100 °
d'est en ouest : elle met plus de 6 h à traverser le méridien
1
seule étoile plus brillante que magnitude 3 : Alphard
3
objets de Messier à viser : M48, M68 et M83
6
supernovae observées dans la seule galaxie M83 depuis 1923

Repérer

Un serpent qu'on ne voit jamais en entier

L'Hydre n'a pas de forme reconnaissable : elle est trop longue pour tenir dans un seul regard. Elle se déroule sur près de 100° de longitude céleste — un tiers du tour du ciel — et met plus de six heures à défiler tout entière au-dessus de l'horizon. Sa tête, un petit losange de cinq étoiles moyennes, se niche juste au sud du Cancer ; de là, le corps plonge vers le sud-est en frôlant le Corbeau et la Coupe, et sa queue se perd entre le Centaure et la Balance. Depuis la France, on ne tient bien que la moitié nord : la tête culmine à environ 32° de hauteur à Paris, tandis que la queue rase l'horizon.
Carte de la constellation de l'Hydre femelle, de la tête sous le Cancer à la queue vers la Balance
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 3.0)
  1. Partez du Lion et du Cancer, au printemps

    De mars à mai, en début de nuit, cherchez le Lion haut au sud-est. En dessous et à droite, le discret amas de la Crèche marque le Cancer : la tête de l'Hydre est juste au sud, un petit groupe serré facile aux jumelles.

  2. Descendez sur Alphard

    À une quinzaine de degrés au sud de la tête, une étoile orange isolée brille seule dans une région vide : c'est Alphard, « la solitaire ». Rien d'aussi vif autour d'elle — elle se repère précisément parce qu'elle n'a pas de rivale.

  3. Suivez le corps vers le Corbeau

    Depuis Alphard, le serpent file vers le sud-est en une longue chaîne d'étoiles de magnitude 3 à 4. Le petit quadrilatère du Corbeau, posé sur son dos, sert de jalon : il pointe la région des galaxies, plus bas.

  4. Choisissez un horizon sud dégagé

    Les plus belles cibles (M83, M68) sont au sud de −26° de déclinaison : depuis la métropole, elles ne montent qu'à 10 à 15° de hauteur. Un site sans arbres ni lumières vers le sud change tout — le bord de mer ou une crête méridionale est idéal.

Les étoiles

Une phare unique, et des curiosités pour l'œil averti

Alphard, le cœur solitaire

Alphard (α Hydrae, magnitude 2,0) porte bien son nom : de l'arabe al-fard, « la solitaire ». Aucune étoile vive ne l'accompagne dans cette portion terne du ciel, ce qui la rend paradoxalement facile à trouver. C'est une géante orange lointaine — 177 années-lumière, type spectral K3 — gonflée à quelque 50 fois le rayon du Soleil et rayonnant près de 780 fois sa lumière, pour une surface tiède de 4 100 K. Tycho Brahe l'appelait Cor Hydræ, « le cœur de l'Hydre ». Sa teinte cuivrée se devine à l'œil nu et saute aux yeux aux jumelles.

R Hydrae, l'horloge qui s'est déréglée

R Hydrae est une variable de type Mira, l'une des toutes premières découvertes : Hevelius la note dès 1662, et Maraldi établit sa variabilité en 1702. Elle oscille entre la magnitude 3,5 (visible à l'œil nu) et 10,9 (télescope requis). Sa singularité : sa période a raccourci au fil des siècles, passant d'environ 495 jours vers 1700 à 385 jours au milieu du XXᵉ siècle — un ralentissement du cœur nucléaire capté en direct, rare témoignage d'une étoile qui évolue à l'échelle humaine. Elle stagne aujourd'hui vers 389 jours, à 411 années-lumière.

La tête, un losange à décomposer

La tête de l'Hydre rassemble cinq étoiles de magnitude 3 à 4 : ζ, ε, δ, σ et η Hydrae. Epsilon est un système multiple d'au moins quatre soleils, dont deux tournent l'un autour de l'autre en quinze ans — un beau défi de dédoublement au télescope de 100 mm. Gamma Hydrae (magnitude 3,0, à 134 années-lumière), plus bas sur le corps, est une géante jaune isolée qui marque le milieu du serpent.

Les étoiles carbonées, pour plus tard

Deux curiosités attendent l'observateur mordu. U Hydrae est une étoile carbonée d'un rouge profond, oscillant faiblement autour de la magnitude 5 sur 115 jours ; sa couleur, filtrée par la suie de son atmosphère, surprend au télescope. V Hydrae, plus lointaine (1 300 années-lumière) et plus rouge encore, éjecte périodiquement des bouffées de matière : un rubis sombre pour les patients.
Les étoiles de l'Hydre d'un coup d'œil
Étoile Magnitude Distance Ce qu'elle est Ce que vous verrez
Alphard (α) 2,0 177 al géante orange K3 seule étoile vive, teinte cuivrée à l'œil nu
Gamma (γ) 3,0 134 al géante jaune G8 milieu du corps, à l'œil nu
Epsilon (ε) 3,4 129 al système de 4+ étoiles double serrée dès 100 mm
R Hydrae 3,5 à 10,9 411 al variable Mira présente ou absente selon le mois
U Hydrae ~5 677 al étoile carbonée rouge couleur rubis au télescope

Le ciel profond

Ce que le long serpent abrite, du nord au sud

M83, le Moulinet austral

M83 (NGC 5236, magnitude 7,6) est le joyau de l'Hydre : une spirale barrée vue de face, surnommée le « Moulinet austral » par ressemblance avec M101. À 14,7 millions d'années-lumière, ses bras dessinent un moulin presque parfait de 13 minutes d'arc. C'est l'une des galaxies les plus fécondes du ciel : six supernovae y ont été observées entre 1923 et 1983. Découverte par Lacaille au Cap en 1752, elle plafonne à −30° de déclinaison — d'où sa difficulté depuis la France, où elle ne s'élève qu'à une dizaine de degrés. Un télescope de 150 mm et un horizon sud pur montrent son noyau et l'amorce des bras.

NGC 3242, le Fantôme de Jupiter

Voici la cible la plus accessible du lot. NGC 3242 (magnitude 8,6), le « Fantôme de Jupiter », est une nébuleuse planétaire dont le disque apparent de 25 secondes d'arc a exactement la taille de la planète Jupiter au télescope — d'où son nom. Herschel la note le 7 février 1785. Elle brille d'un bleu-vert franc, tranchant sur le fond noir ; à faible grossissement elle ressemble à une étoile floue, mais dès 100× elle prend sa rondeur de globe fantomatique. Une étoile centrale mourante de magnitude 11 en occupe le cœur. C'est le seul objet de l'Hydre confortable depuis la ville.

M48, l'amas large comme la Lune

M48 (NGC 2548, magnitude 5,8) est un amas ouvert spacieux, près de la tête de l'Hydre. Il couvre 30 minutes d'arc — le diamètre de la pleine Lune — et rassemble plus de 400 étoiles âgées de 450 millions d'années. Sous un ciel noir, on le devine à l'œil nu comme une tache laiteuse ; aux jumelles 10×50, il éclate en une belle grappe. Messier l'avait catalogué en 1771 avec une erreur de 5° en déclinaison, ce qui en fit longtemps un « objet perdu » avant qu'on l'identifie.

M68, un amas globulaire du sud

M68 (NGC 4590, magnitude 7,8) est un amas globulaire compact à 33 600 années-lumière, l'un des plus pauvres en métaux de la Galaxie — un vestige de 11 milliards d'années. On le déniche facilement à quelques degrés au sud de Bêta du Corbeau. Aux jumelles, c'est une petite boule cotonneuse ; un télescope de 150 mm commence à en piquer le pourtour d'étoiles individuelles. Comme M83, il est bas sur l'horizon français et réclame une nuit limpide.

Comprendre

L'Hydre selon votre instrument

Une constellation immense mais diffuse : l'ouverture et surtout un horizon sud dégagé comptent plus que le grossissement.

Ce que chaque instrument atteint dans l'Hydre
Avec quoi Budget Ce que vous atteignez
À l'œil nu Alphard isolée, la tête, le tracé du serpent sous bon ciel
Jumelles 10×50 40 à 100 € M48 en grappe, la tête décomposée, R Hydrae repérée
Télescope 100–130 mm 180 à 300 € le Fantôme de Jupiter en globe bleu-vert, Epsilon dédoublée
150–200 mm + horizon sud 300 à 600 € M83 et ses bras amorcés, M68 résolu, U Hydrae en rubis

Un peu d'histoire

Quatre siècles de regards sur l'Hydre

  1. 1662

    Hevelius consigne R Hydrae ; Maraldi établit sa variabilité en 1702. Sa période, alors proche de 495 jours, se met à raccourcir — l'une des premières horloges stellaires suivies sur la durée.

  2. 1752

    Depuis le cap de Bonne-Espérance, Lacaille découvre la galaxie M83. Messier l'inscrit à son catalogue en 1781, sans savoir qu'il pointe un « univers-île » à 15 millions d'années-lumière.

  3. 1785

    William Herschel note NGC 3242, le futur « Fantôme de Jupiter », le 7 février. Son disque bleu-vert de la taille de Jupiter deviendra une cible d'initiation.

  4. 1923 → 1983

    Six supernovae flambent tour à tour dans M83, faisant du Moulinet austral l'une des galaxies les plus explosives connues des chasseurs de « nouvelles étoiles ».

Mythologie

Le monstre de Lerne, le corbeau et la coupe

L'Hydre de Lerne

Fille des monstres Typhon et Échidna, l'Hydre de Lerne hantait un marais du Péloponnèse. Sa terreur : ses têtes repoussantes — chaque fois qu'on en tranchait une, deux repoussaient. La tuer fut le deuxième des douze travaux d'Héraclès (Hercule). Le héros n'y parvint qu'avec l'aide de son neveu Iolas, qui cautérisait au feu chaque cou coupé pour empêcher la repousse ; Héraclès enterra sous un rocher la seule tête immortelle, puis trempa ses flèches dans le sang venimeux du monstre — poison qui causera plus tard sa propre mort. Dans le ciel, la constellation ne garde qu'une tête : sans doute l'immortelle.

Le corbeau, la coupe et le serpent

Une seconde légende relie l'Hydre à ses deux petites voisines posées sur son dos, le Corbeau et la Coupe. Apollon avait envoyé son corbeau chercher de l'eau dans une coupe ; l'oiseau, distrait par un figuier dont il attendit les fruits, revint en retard et accusa un serpent d'eau d'avoir bloqué la source. Apollon vit le mensonge et punit le corbeau en le clouant au ciel, assoiffé, la coupe hors de portière — car l'Hydre, éternellement, l'empêche de boire. Les trois figures voisines racontent ainsi une même scène, gravée en travers du ciel de printemps.
L'avis de Luc

L'avis de Luc

Trouver l'unique étoile orange d'une région vide, c'est déjà comprendre le nom d'Alphard — « la solitaire » — et cela se fait à l'œil nu, un soir d'avril. Le Fantôme de Jupiter suit à 120°× : un vrai globe bleu-vert, accessible depuis un jardin de banlieue. M83 relève d'un autre monde : à 11° de hauteur depuis Paris, elle reste inaccessible, et il a fallu un 200 mm sur une crête face à la mer, sans une lumière au sud, pour que les bras du moulin apparaissent enfin.

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À explorer autour de l'Hydre

La galaxie M83 M83, le Moulinet austral La spirale barrée aux six supernovae, et l'horizon sud qu'elle exige. NGC 3242, le Fantôme de Jupiter : nébuleuse planétaire bleu-vert à double coque, étoile centrale au milieu Le Fantôme de Jupiter La nébuleuse planétaire bleu-vert de la taille de Jupiter, et comment la grossir. Carte du ciel de la Grande Ourse : les sept étoiles de la Casserole, le Lion au sud et le prolongement courbe de la queue vers Arcturus Se repérer au printemps Du Lion à l'Hydre, comment naviguer d'une constellation à l'autre sous le ciel d'avril.

Jumelles ou télescope pour l'Hydre ?

Les jumelles balaient la tête et M48 ; un télescope de 150 mm sur horizon sud détache M83 et le Fantôme de Jupiter. Nos choix par usage et par budget.

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