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Observer · Constellations

Le Paon

Enfouie tout au sud du ciel, cette constellation moderne cache un jeu rare : une étoile baptisée pour les pilotes de la RAF, la plus proche jumelle du Soleil observable, et un des plus beaux amas globulaires de tout le ciel. Depuis la France métropolitaine, on ne la verra jamais. Voici où et comment l'observer vraiment.

44
au classement des 88 constellations par surface (378 deg²)
46
rang de Peacock parmi les étoiles les plus brillantes du ciel
20 al
années-lumière : Delta Pavonis, la plus proche jumelle du Soleil hors système multiple
13000 al
années-lumière : NGC 6752, un des globulaires les plus brillants du ciel
57 °S
de déclinaison sud pour Peacock : la constellation ne se lève jamais en métropole

Avant tout

La verrez-vous depuis chez vous ?

Autant l'écrire sans détour, pour ne pas vous faire attendre une nuit qui ne viendra pas : depuis la France métropolitaine, le Paon est invisible, partout, toute l'année. Son étoile la plus brillante, Peacock, se tient à une déclinaison de −57°, et le reste de la figure plonge jusqu'à −75°, à un pas du pôle sud céleste. Pour voir Peacock ne serait-ce qu'affleurer l'horizon, il faudrait descendre sous la latitude 33°N ; la métropole commence à 42°N, en Corse du Sud. Ni depuis Marseille, ni depuis Ajaccio, ni d'un sommet pyrénéen : le Paon ne monte jamais.
Carte de la constellation du Paon : Peacock, Beta, Delta et Kappa Pavonis, et l'amas NGC 6752
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 3.0)
Il se révèle en revanche depuis les territoires ultramarins. En Guyane, Peacock grimpe à près de 28° au-dessus de l'horizon sud ; aux Antilles, à une quinzaine de degrés ; et depuis La Réunion ou Mayotte, il passe à plus de 50° de hauteur, bien dégagé. Plus au sud encore — Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Chili — le cœur du Paon devient circumpolaire : il tourne toute la nuit autour du pôle sans jamais se coucher. Le meilleur moment pour le pointer est l'hiver austral, de juin à septembre : la constellation passe au méridien vers la fin août, à 21 h, dressée au plus haut.

Repérer

Trouver un paon sans queue ni tête

Ne cherchez pas d'oiseau : le Paon n'a pas d'astérisme parlant, juste une poignée d'étoiles moyennes autour d'un phare isolé, Peacock. C'est justement cet isolement qui le trahit. Dans une région du ciel austral assez pauvre en étoiles vives, un point de magnitude 1,94 posé seul se remarque tout de suite.
  1. Partez de la Théière du Sagittaire

    En hiver austral, l'astérisme de la Théière brille haut au-dessus de l'horizon. De son fond, laissez glisser le regard vers le sud, loin de la Voie lactée dense : vous entrez dans une zone plus sombre, celle des oiseaux du ciel austral.

  2. Accrochez Peacock, la lumière solitaire

    Une étoile bleu-blanc franche, sans rivale à des degrés à la ronde, se détache. C'est Peacock (α Pavonis). Aucune autre étoile vive ne l'entoure : cette solitude est sa signature.

  3. Glissez vers le Triangle austral, à l'ouest

    Entre Peacock et le petit Triangle austral s'étend un champ discret. C'est là, côté ouest, que se cachent les deux joyaux du Paon, tout près l'un de l'autre : l'amas NGC 6752 et la galaxie NGC 6744.

  4. Balayez aux jumelles vers la fin août

    Vers le 25 août à 21 h, le Paon culmine. Depuis un site austral, un simple balayage aux jumelles 10×50 dans cette zone fait surgir NGC 6752 comme une boule floue nette : vous y êtes.

Les étoiles

Un nom de guerre, une jumelle du Soleil, une horloge cosmique

Peacock, baptisée pour voler de nuit

Peacock (α Pavonis, magnitude 1,94) est la 46ᵉ étoile la plus brillante du ciel, une sous-géante bleue de type B3 à 179 années-lumière, presque six fois plus massive que le Soleil et 2 200 fois plus lumineuse. Sa surface avoisine les 17 700 °C. Son nom, lui, n'a rien d'antique : il fut forgé dans les années 1930 par le bureau des almanachs nautiques britannique pour l'Air Almanac de la Royal Air Force. La navigation aérienne de nuit exigeait que chacune des 57 étoiles repères porte un nom ; deux en manquaient encore. On tira « Peacock » du latin pavo, et l'étoile voisine ε Carinae devint « Avior ». L'Union astronomique internationale a officialisé le nom en 2016. C'est aussi une binaire spectroscopique : un compagnon invisible en boucle un tour en 11,75 jours.

Delta Pavonis, presque le Soleil

Discrète à l'œil nu (magnitude 3,56), Delta Pavonis est pourtant l'une des étoiles les plus étudiées du ciel austral. À 19,89 années-lumière, c'est une sous-géante jaune de type G8, une masse solaire tout juste, une surface à 5 600 °C — bref, une quasi-copie du Soleil, mais un peu plus âgée (6 milliards d'années) et plus riche en métaux. Surtout, c'est la plus proche jumelle solaire qui ne fasse partie d'aucun système double : à ce titre, une étude l'a désignée « meilleure cible SETI » parmi les 100 étoiles de type G les plus proches. Si une civilisation écoutait le ciel dans notre voisinage, on regarderait par là.

Kappa Pavonis, une horloge qui bat

Kappa Pavonis oscille entre les magnitudes 3,91 et 4,78 sur un rythme régulier de 9,1 jours. C'est une variable pulsante de type W Virginis — une Céphéide de population II, plus vieille et moins massive que les Céphéides classiques — et c'est la plus brillante de sa catégorie dans tout le ciel. Son diamètre enfle et se contracte de plusieurs rayons solaires à chaque cycle. Un œil patient, sur deux semaines, la voit vraiment changer d'éclat : une leçon d'astrophysique à l'œil nu.

Les seconds rôles

Beta Pavonis (magnitude 3,42, à 137 années-lumière) et Gamma Pavonis (magnitude 4,22, à seulement 30 années-lumière) complètent le corps de l'oiseau. Gamma est une naine jaune-blanc de notre voisinage immédiat ; Beta, une géante blanche plus lointaine. Aucune n'est un spectacle en soi, mais ensemble elles dessinent la figure qu'il faut apprendre à reconnaître pour retrouver Peacock d'un coup d'œil.
Les étoiles du Paon d'un coup d'œil
Étoile Magnitude Distance Ce qu'elle est Ce qu'elle a de rare
Peacock (α) 1,94 179 al sous-géante bleue B3 baptisée pour la navigation aérienne de la RAF
Delta (δ) 3,56 19,89 al sous-géante jaune G8 la plus proche jumelle solaire, cible SETI
Beta (β) 3,42 137 al géante blanche seconde lumière de la figure
Kappa (κ) 3,91 à 4,78 590 al Céphéide W Virginis la plus brillante de son type au ciel, période 9,1 j
Gamma (γ) 4,22 30 al naine jaune-blanc étoile de notre voisinage proche

Le ciel profond

Un amas royal et deux galaxies hors norme

NGC 6752, le troisième joyau

C'est la pièce maîtresse du Paon. NGC 6752 (magnitude 5,4, à 13 000 années-lumière) figure parmi les amas globulaires les plus brillants du ciel, dans le peloton de tête juste derrière Oméga du Centaure et 47 du Toucan, au coude à coude avec M22. Sous un ciel noir, on le devine à l'œil nu comme une étoile floue ; aux jumelles, il occupe près de 20 minutes d'arc, les trois quarts de la pleine Lune. Un télescope de 100 à 150 mm le résout jusqu'au cœur en une poussière d'étoiles, jusqu'à sa région centrale effondrée sur elle-même — un cœur de moins de 1,5 année-lumière, tassé par la gravité.

NGC 6744, le portrait de notre Galaxie

À quelques degrés seulement de l'amas se cache NGC 6744 (magnitude 9, à environ 30 millions d'années-lumière), une grande spirale barrée souvent décrite comme un jumeau de la Voie lactée : même barre centrale allongée, mêmes bras cotonneux enroulés, une compagne déformée (NGC 6744A) qui rappelle nos Nuages de Magellan. La regarder, c'est voir de l'extérieur ce à quoi ressemblerait notre propre Galaxie. Découverte par l'Écossais James Dunlop depuis Parramatta en 1826, elle demande un ciel noir et un diamètre d'au moins 150 mm pour livrer sa forme spirale ; en dessous, elle reste une lueur ovale et diffuse.

NGC 6872, la galaxie Condor

Plus loin, à quelque 300 millions d'années-lumière, NGC 6872 est un monstre : une des plus grandes spirales barrées connues, étirée sur près de 380 000 années-lumière, soit trois à quatre fois le diamètre de la Voie lactée. Ses bras démesurés ont été tirés comme du sucre filé par le passage de sa petite voisine, IC 4970. Ce « Condor » aux ailes déployées est trop faible pour le visuel amateur, mais il rappelle que le Paon abrite, en arrière-plan, des objets qui battent des records d'échelle.

Ce que chacun demande

La règle du Paon est simple : NGC 6752 récompense tout le monde, du promeneur à l'œil nu au propriétaire d'un petit télescope ; NGC 6744 exige un ciel vraiment noir et de la patience ; NGC 6872 reste l'affaire des photographes et des grands instruments. Trois objets, trois niveaux d'engagement, dans un même coin de ciel austral.
Le Paon selon votre instrument
Avec quoi Budget Ce que vous atteignez (depuis un site austral)
À l'œil nu Peacock isolé, Kappa qui varie sur 9 jours, NGC 6752 en étoile floue sous bon ciel
Jumelles 10×50 40 à 90 € NGC 6752 en boule nette de 20′, l'amorce de NGC 6744, les champs du sud
Télescope 100–130 mm 180 à 300 € NGC 6752 qui commence à se résoudre en étoiles, la forme ovale de NGC 6744
Télescope 150–200 mm à partir de 350 € NGC 6752 résolu jusqu'au cœur, les bras cotonneux de NGC 6744

Un peu d'histoire

L'oiseau d'Héra et les yeux d'Argus

  1. Antiquité grecque

    Le paon est l'oiseau sacré d'Héra (Junon chez les Romains), qui traverse le ciel dans un char tiré par des paons. Mais la constellation, elle, n'existe pas encore : ces étoiles australes restent invisibles depuis la Méditerranée.

  2. Le mythe d'Argus

    Héra confie la surveillance d'Io, changée en génisse, au géant Argus aux cent yeux. Hermès l'endort de ses récits puis le tue. En hommage, la déesse pose les cent yeux d'Argus sur la queue de son paon — ces « yeux » que l'oiseau déploie encore.

  3. vers 1598

    Les navigateurs néerlandais Pieter Dirkszoon Keyser et Frederick de Houtman, lors d'expéditions vers les Indes orientales, cartographient le ciel austral et dessinent le Paon, inspiré du paon vert de Java qu'ils y rencontrent.

  4. 1603

    Johann Bayer grave la constellation dans son atlas Uranometria : le Paon entre officiellement dans le ciel des astronomes, parmi les douze « oiseaux » et créatures exotiques du sud.

  5. années 1930

    L'Air Almanac de la RAF baptise α Pavonis « Peacock » : il fallait un nom prononçable à chaque étoile repère des vols de nuit. C'est l'un des rares noms d'étoile forgés au XXᵉ siècle, non par les Anciens mais par des aviateurs.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

Deux objets majeurs pour une seule mise en station : c'est le meilleur rapport du ciel austral. NGC 6752 saute aux yeux dès les jumelles 10×50, boule floue franche, et commence à grésiller d'étoiles jusqu'au centre à 80× dans un 130 mm. À peine 4° de là, dans le même coin de ciel, NGC 6744 étale l'ovale pâle de notre galaxie jumelle. Les étoiles du dessin, elles, n'ont aucun intérêt — on vient pour ces deux-là, depuis un plateau où la constellation monte à plus de 50°.

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À explorer autour du Paon

Carte de la Croix du Sud La Croix du Sud, la voisine célèbre L'emblème du ciel austral, sa géante rouge, son Sac à Charbon : la première figure à apprendre sous le ciel du sud. Filés d'étoiles concentriques autour d'un pôle céleste, au-dessus d'un arbre isolé posé sur un trépied et d'un horizon rougeoyant Se repérer sous le ciel austral Voie lactée, pôle sud céleste, oiseaux du sud : comment naviguer d'une constellation à l'autre depuis l'hémisphère sud. Jumelles d'astronomie Des jumelles pour commencer Un globulaire brillant se dévoile déjà dans un petit instrument : comment choisir sa première paire de jumelles, par besoin et par budget.

Quel instrument pour les merveilles australes ?

De la paire de jumelles au Dobson de 200 mm, chaque diamètre ouvre un étage du ciel du Paon — de Peacock à cœur résolu de NGC 6752. Nos recommandations par usage et par budget.

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