Le héros qui porte la tête de Méduse traverse la Voie lactée d'automne, coincé sous le W de Cassiopée. Une étoile qui faiblit à l'œil nu toutes les trois nuits, deux amas jumeaux à côté l'un de l'autre, et le radiant des Perséides : voici comment lire Persée, avec quoi, et ce que vous verrez vraiment.
24
au classement des 88 constellations par surface (615 deg²)
2
amas ouverts jumeaux collés : NGC 869 et NGC 884
100
étoiles filantes par heure au pic des Perséides (ZHR)
3
nuits entre deux éclipses d'Algol (2,87 jours)
6 mois
de visibilité, d'octobre à mars
Repérer
Descendez le W de Cassiopée
Persée ne dessine ni un homme ni une épée : ce qu'on suit dans le ciel, c'est une grande arête d'étoiles courbée en Y, appelée le Segment de Persée. Le repère de départ est ailleurs : le W de Cassiopée, plus haut et plus reconnaissable. Prolongez le côté droit du W — la ligne qui va de Gamma à Ruchbah (Delta Cassiopeiae) — de deux largeurs de poing vers le bas : vous tombez sur Mirfak, l'étoile la plus vive de Persée. Elle culmine presque au zénith fin décembre vers 21 h, quasi circumpolaire depuis le nord de la France.
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 3.0)
Trouvez le W de Cassiopée
Face au nord en soirée d'automne, un grand W (ou M selon l'heure) domine haut dans le ciel. C'est le point de départ le plus sûr, visible même en ville.
Repérez la tache floue à mi-chemin
Entre Cassiopée et Mirfak, une petite brume laiteuse se devine à l'œil nu sous un ciel correct : c'est déjà le Double Amas. Notez-la, on y revient aux jumelles.
Posez-vous sur Mirfak
Prolongez le côté droit du W : la première étoile vive rencontrée est Mirfak (magnitude 1,8). Elle baigne dans un semis d'étoiles, l'amas qui l'entoure — un régal aux jumelles.
Descendez vers Algol, puis les Pléiades
En glissant de Mirfak vers le sud, on croise Algol, puis le petit amas des Pléiades marque la frontière avec le Taureau. Algol, c'est l'étoile à surveiller sur plusieurs nuits.
Les étoiles
Un phare stable, et une étoile qui cligne
Mirfak, la supergéante au cœur de son amas
Mirfak (Alpha Persei, magnitude 1,81) est une supergéante jaune de type F5, à environ 510 années-lumière. Elle pèse 8,5 masses solaires pour 68 rayons solaires : un astre énorme, à peine plus chaud que le Soleil (6 350 K), qui brille tout de même comme des milliers de soleils. Sa particularité tient à son entourage : Mirfak baigne dans l'amas de l'Alpha de Persée (Melotte 20), une famille d'étoiles bleues nées ensemble il y a 50 à 70 millions d'années. Aux jumelles, tout le champ autour d'elle scintille d'astres alignés en guirlandes.
Algol, l'œil de la Gorgone qui faiblit
Algol (Beta Persei) marque la tête de Méduse, et son nom dit tout : de l'arabe Al Ra's al Ghul, « la tête du démon ». Tous les 2,87 jours, son éclat chute de la magnitude 2,1 à 3,4 pendant une dizaine d'heures, puis remonte. Ce n'est pas un caprice : Algol est le prototype des binaires à éclipses. Une étoile bleue B8 et une compagne orange K2 tournent si près l'une de l'autre que, vue de la Terre, la sombre passe périodiquement devant la brillante. La baisse se suit à l'œil nu en comparant Algol à ses voisines — le seul « clignotement » d'étoile que débutant repère sans instrument.
Les curiosités des soirs suivants
Menkib (Xi Persei) est l'une des très rares étoiles de type O visibles à l'œil nu : un monstre bleu parmi les plus chauds du ciel nocturne, à ~1 200 années-lumière, qui souffle un vent stellaire féroce. Rho Persei (Gorgonea Tertia), l'une des « Gorgones » qui entourent Algol, est une variable semi-régulière oscillant entre les magnitudes 3,3 et 4,0 sur des cycles de 50 à 250 jours. Deux astres pour l'observateur qui revient et compare de semaine en semaine.
Les étoiles de Persée d'un coup d'œil
Étoile
Magnitude
Distance
Ce qu'elle est
Ce que vous verrez
Mirfak (α)
1,81
~510 al
supergéante jaune F5
champ d'étoiles dense aux jumelles
Algol (β)
2,1 à 3,4
~90 al
binaire à éclipses
faiblit toutes les 2,87 nuits, à l'œil nu
Menkib (ξ)
4,0
~1 200 al
étoile O bleue, rare
point bleu discret, à l'œil nu sous bon ciel
Rho Persei (ρ)
3,3 à 4,0
~325 al
géante rouge variable
éclat qui varie sur les mois
Aucune ligne ne correspond au filtre.
Le ciel profond
Deux amas jumeaux et une nébuleuse minuscule
Le Double Amas, le joyau des jumelles
NGC 869 et NGC 884 — h et χ Persei — sont deux amas ouverts posés côte à côte, à environ 7 500 années-lumière, chacun de magnitude 3,7. À l'œil nu, une double tache floue entre Cassiopée et Mirfak ; aux jumelles 10×50, deux poignées d'étoiles bleues serrées qui tiennent dans le même champ. C'est l'un des plus beaux objets du ciel aux jumelles, tout simplement. Les deux amas sont jeunes, ~14 millions d'années, et comptent chacun plus de 300 supergéantes.
M34, l'amas facile de l'hiver
M34 (NGC 1039, magnitude 5,5) est à mi-chemin entre Algol et Almach, dans Andromède. À 1 400 années-lumière, il s'étale sur 35' — plus large que la pleine Lune — ce qui en fait une cible parfaite pour les jumelles et les petits télescopes à faible grossissement. Une quinzaine d'étoiles vives ressortent d'un fond d'environ 80 membres. Sous un ciel noir, on le devine à l'œil nu comme une petite brume.
M76, le plus discret des Messier
La Little Dumbbell (M76, NGC 650/651, magnitude 10,1) est une nébuleuse planétaire minuscule — 2,7' sur 1,8' — à environ 2 500 années-lumière. Réputée l'une des plus faibles du catalogue Messier, elle demande un télescope de 100 mm et un ciel sombre. Sa forme de petit sablier, d'où son surnom, se révèle vraiment à partir de 150 mm. Un objet pour l'observateur qui aime les défis discrets.
NGC 1023, une galaxie en prime
Au sud de la constellation, NGC 1023 est une galaxie lenticulaire barrée de magnitude ~9,3, à quelque 36 millions d'années-lumière. C'est la plus brillante d'un petit groupe de galaxies. Un télescope de 100 à 150 mm la montre comme un fuseau lumineux allongé — une échappée hors de notre Voie lactée, au milieu d'une constellation surtout peuplée d'étoiles proches.
Le rendez-vous d'août
Les Perséides, la pluie que tout le monde connaît
Chaque année vers le 12-13 août, la Terre traverse la traînée de poussière laissée par la comète 109P/Swift-Tuttle. Ces poussières entrent dans l'atmosphère à plus de 200 000 km/h et se consument en filant. Le point d'où elles semblent jaillir — le radiant — se trouve dans Persée, près du Double Amas, à une déclinaison de +58°. Sous un bon ciel au pic, on compte jusqu'à 100 météores par heure (le ZHR théorique). La tradition les appelle les « larmes de Saint-Laurent », martyr fêté le 10 août, tout près du maximum.
Perséide — Siamaksabet (CC BY-SA 3.0)
Un peu d'histoire
Ce que Persée a appris aux astronomes
1667
L'astronome italien Geminiano Montanari remarque qu'Algol change d'éclat — la première variable dont la variation soit consignée, sans qu'on en comprenne la cause.
1783
À 18 ans, le Britannique John Goodricke mesure la période d'Algol (2,87 jours) et propose l'explication juste : un corps sombre passe périodiquement devant l'étoile. L'idée de la binaire à éclipses est née.
1889
H. C. Vogel, à Potsdam, confirme par spectroscopie qu'Algol est bien un couple d'étoiles : les raies se décalent au rythme de la période. La théorie de Goodricke est prouvée.
1901
Une « nouvelle » étoile flambe dans Persée : Nova Persei (GK Persei), repérée par le pasteur Thomas Anderson, atteint la magnitude 0,2. C'est la nova la plus brillante de l'époque moderne jusqu'alors.
Le héros à la tête de Méduse
Dans la mythologie grecque, Persée est le fils de Zeus et de Danaé. Envoyé rapporter la tête de la Gorgone Méduse, dont le regard pétrifie, il la décapite et emporte le trophée. Algol marque précisément l'œil de cette tête tranchée : son clignotement a nourri sa sinistre réputation, « l'étoile démon », bien avant qu'on en connaisse la cause physique. Les Hébreux la nommaient Rosh ha Satan, « tête de Satan ».
Une famille entière au ciel
Au retour, Persée croise Andromède enchaînée à un rocher, offerte au monstre marin Cetus. Il pétrifie la bête avec la tête de Méduse et sauve la princesse. Fait rare : toute la légende peuple le ciel d'automne. Persée voisine avec Andromède, sa future épouse, Cassiopée et Céphée, les parents, et Cetus, le monstre. Repérer Persée, c'est ouvrir la porte de tout ce quartier mythologique.
Le Bras de Persée, notre voisinage galactique
En regardant vers Persée et Cassiopée, on plonge dans le Bras de Persée, l'un des grands bras spiraux de la Voie lactée, situé plus loin du centre galactique que nous. Le Double Amas, à 7 500 années-lumière, en fait partie : ses étoiles bleues jalonnent la structure même de notre Galaxie. C'est l'une des directions où l'on voit le mieux l'architecture en spirale dans laquelle baigne le Soleil.
GK Persei, la nova qui se réveille
Après son éclat de 1901, GK Persei s'est éteinte vers la magnitude 13 — puis a recommencé à s'agiter. Depuis les années 1980, elle produit des sursauts réguliers de 2 à 3 magnitudes, tous les trois ans environ, sur près de deux mois. L'ancienne nova classique s'est muée en nova naine, un couple serré où une naine blanche arrache la matière de sa compagne. À ~1 500 années-lumière, elle reste une cible d'observateurs avertis, à surveiller sur la durée.
Comprendre
Persée selon votre instrument
Ce que chaque équipement révèle dans Persée
Avec quoi
Budget
Ce que vous atteignez
À l'œil nu
—
le Segment de Persée, Algol qui faiblit, les Perséides, le Double Amas en tache floue
Jumelles 10×50
40 à 90 €
le Double Amas résolu, l'amas de Mirfak, M34 constellé d'étoiles
Télescope 100–130 mm
180 à 300 €
M76 débusquée, NGC 1023 en fuseau, les couleurs des deux amas
150–200 mm
350 à 700 €
le sablier de M76, la structure de NGC 1023, les sursauts de GK Persei
Aucune ligne ne correspond au filtre.
L'avis de Luc
Voir une étoile perdre plus d'une magnitude en trois heures, sans le moindre instrument : Algol comparée à γ Andromedae un soir de minimum fait comprendre d'un coup qu'une étoile n'est pas un point fixe. C'est la démonstration la plus marquante que le ciel offre à l'œil nu. Le Double Amas complète le programme aux jumelles 10×50, un soir de septembre — deux poignées d'étoiles dans le même champ, et le « oh » tombe à tous les coups. Aucun télescope n'est nécessaire ici.