Deux étoiles, une seule vraiment brillante, et pourtant l'une des plus belles adresses du ciel d'hiver. Procyon claque à gauche de Bételgeuse, ferme le Triangle d'hiver, et cache une naine blanche jumelle de celle de Sirius. Voici comment le trouver, ce que vous verrez vraiment, et pourquoi cette poignée d'étoiles compte.
8
rang de Procyon parmi les étoiles les plus brillantes du ciel
71
au classement des 88 constellations, par surface (183 deg²)
11 al
la distance de Procyon, 13ᵉ étoile la plus proche du Soleil
2
étoiles plus brillantes que magnitude 3 : la constellation tient presque entière dans ce duo
3 mois
à viser, de janvier à mars, avec Orion
Repérer
Suivez Bételgeuse vers la gauche
Le Petit Chien ne dessine aucune figure : il n'a que deux étoiles vraiment visibles, distantes d'environ 4°, la largeur de trois doigts à bout de bras. Tout tient dans un phare, Procyon, et un point plus discret au nord-ouest, Gomeisa. Inutile donc de chercher un chien : cherchez d'abord Orion, le grand repère de l'hiver. De Bételgeuse, l'épaule rouge d'Orion, glissez vers la gauche (l'est) sur une quinzaine de degrés : la première étoile vive que vous croisez, jaune-blanc et posée assez haut, c'est Procyon. Elle culmine au méridien vers 21 h début mars, et reste bien placée de janvier à mars.
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 3.0)
Partez d'Orion, la boussole de l'hiver
Le grand rectangle d'Orion avec ses trois étoiles en ceinture domine le sud en soirée d'hiver. Repérez Bételgeuse, l'étoile orangée en haut à gauche du rectangle.
Filez vers l'est jusqu'à Procyon
Depuis Bételgeuse, portez le regard à gauche, à l'horizontale. La première étoile brillante rencontrée, à environ 15°, est Procyon : franche, jaune-blanc, sans rivale immédiate autour d'elle.
Repérez Gomeisa juste au-dessus
À 4° au nord-ouest de Procyon, une étoile bien plus faible (magnitude 2,9) marque l'autre bout du Petit Chien. À l'œil nu sous un ciel de ville, elle demande déjà un peu d'attention.
Fermez le Triangle d'hiver
Reliez Procyon à Bételgeuse, puis descendez toutes deux vers Sirius, l'étoile éclatante et basse au sud : vous tenez le Triangle d'hiver, presque équilatéral. Procyon en est le sommet oriental.
Le grand dessin
La clé de voûte du ciel d'hiver
Trop petit pour former une figure à lui seul, le Petit Chien prend tout son sens dans les deux astérismes géants de la saison.
Le Triangle d'hiver
Trois étoiles très vives, presque à égale distance, forment un triangle quasi équilatéral au-dessus du sud en janvier-février : Procyon à l'est, Bételgeuse au nord-ouest, Sirius au sud. C'est l'équivalent hivernal du Triangle d'été. Une fois qu'on le tient, on ne perd plus le Petit Chien : Procyon est le seul de ses angles à ne pas appartenir à une constellation flamboyante — mais c'est bien lui qui referme la figure.
L'Hexagone d'hiver
Plus vaste encore, l'Hexagone d'hiver enchaîne six phares : Rigel, Aldébaran, Capella, Pollux, Procyon et Sirius, avec Bételgeuse posée en son centre. Procyon en occupe le sommet sud-est. En balayant ce grand anneau d'étoiles à l'œil nu, on visite en une soirée six des étoiles les plus brillantes du ciel — et l'on comprend pourquoi l'hiver est la saison des débutants.
Les étoiles
Un phare, un souffle de gaz, et des voisines discrètes
Procyon, la voisine éclatante
Procyon (α CMi, magnitude 0,34) est la 8ᵉ étoile la plus brillante du ciel. Son éclat ne tient pas à une démesure comme Deneb, mais à sa proximité : à seulement 11,46 années-lumière, c'est l'une de nos plus proches voisines. C'est une étoile jaune-blanc de type F5, à peine plus chaude que le Soleil (6 580 K), un peu plus grosse (deux rayons solaires) et sept fois plus lumineuse. Elle commence tout juste à quitter la séquence principale — d'où sa classification hybride « sous-géante », F5 IV-V. Son nom vient du grec Prokyon, « avant le chien » : sous nos latitudes, elle se lève quelques minutes avant Sirius, le « Chien » par excellence.
Gomeisa, une étoile qui souffle du gaz
Gomeisa (β CMi, magnitude 2,89) est d'une tout autre nature : une étoile bleu-blanc brûlante de type B8, à 162 années-lumière, chauffée à près de 11 800 K et 240 fois plus lumineuse que le Soleil. C'est une étoile Be : elle tourne si vite sur elle-même — plus de 210 km/s à l'équateur, un tour en environ un jour — qu'elle éjecte de la matière et s'entoure d'un mince disque de gaz, large de trois fois son rayon. Ce disque la rend légèrement variable. Son nom arabe, al-ghumaisa', « celle aux yeux larmoyants », en fait la petite sœur de Sirius dans une vieille légende.
Luyten, la naine rouge cachée
Presque collée à Procyon dans le ciel se tient une étoile qu'aucun œil ne voit : l'étoile de Luyten (magnitude 9,9), une naine rouge de type M à 12,36 années-lumière — à peine plus d'une année-lumière de Procyon dans l'espace réel. Discrète, mais précieuse : elle abrite au moins une planète, Luyten b, une super-Terre dans sa zone habitable. En 2017, un message radio y a même été délibérément envoyé depuis la Terre.
U CMi, la variable qui disparaît
Pour l'observateur curieux, U Canis Minoris est une variable de type Mira : elle enfle et se refroidit sur un cycle de 338 jours, passant de la magnitude 7,3 (aux jumelles) à 11 (perdue pour un petit instrument). La voir présente ou absente selon la saison est un petit jeu d'observation à part entière.
Les étoiles du Petit Chien d'un coup d'œil
Étoile
Magnitude
Distance
Ce qu'elle est
Ce que vous verrez
Procyon (α)
0,34
11,46 al
sous-géante jaune-blanc + naine blanche
phare éclatant, sommet est du Triangle d'hiver
Gomeisa (β)
2,89
162 al
étoile Be, disque de gaz
point discret à 4° au nord-ouest de Procyon
Étoile de Luyten
9,9
12,36 al
naine rouge à planète
invisible sans télescope, près de Procyon
U CMi
7,3 à 11
~1 000 al
variable Mira
aux jumelles, présente ou absente selon le mois
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Le beau parallèle
Deux chiens, deux naines blanches jumelles
Procyon et Sirius partagent bien plus qu'un coin de ciel : chacune traîne, invisible, le cadavre incandescent d'une étoile morte. Et l'histoire de leur découverte est la même, à quelques années près.
Procyon B, une braise grosse comme la Terre
Procyon n'est pas seule. Elle est accompagnée d'une naine blanche, Procyon B, qui l'orbite en 40,8 ans à une quinzaine d'unités astronomiques. C'est le noyau nu d'une étoile morte : environ 0,6 masse solaire compressée dans le volume d'une planète — un rayon d'à peine 1,2 % de celui du Soleil, comparable à celui de la Terre. Elle est encore chaude (près de 7 700 K), mais son éclat est dix mille fois plus faible que celui de Procyon A, noyé dans sa lumière.
La même histoire que Sirius B
Le parallèle avec Sirius est saisissant. Les deux « chiens » sont proches, brillants, et chacun cache une naine blanche. Mieux : leurs compagnons ont été prédits ensemble. En 1844, Friedrich Bessel remarque que Sirius et Procyon zigzaguent légèrement dans le ciel, comme tirées par un poids invisible. Il en déduit un compagnon pour chacune. Sirius B est aperçu en 1862 ; Procyon B, bien plus difficile, ne sera confirmé qu'en 1896, par John Schaeberle à l'observatoire Lick. Deux naines blanches devinées par le calcul, puis débusquées — la première démonstration que la gravité révèle l'invisible.
Ce que vous en verrez, honnêtement
À l'oculaire, rien. Procyon B est trop faible et trop serrée contre son étoile pour un instrument d'amateur : l'écart de luminosité (dix magnitudes) la rend inaccessible même à de bons télescopes. Cette page ne vous promet donc pas de la « voir » — elle vous propose de savoir qu'elle est là, à 11 années-lumière, en regardant Procyon. C'est une autre façon d'observer : comprendre ce qu'on pointe.
Pourquoi ça compte
Les naines blanches sont l'avenir du Soleil : dans quelques milliards d'années, notre étoile finira ainsi, en braise dégénérée qui refroidit lentement. Procyon B et Sirius B, si proches, sont deux laboratoires accessibles pour comprendre cette fin. Le Petit Chien, malgré sa taille modeste, pointe vers l'une des deux plus étudiées du ciel.
Le ciel profond
Pourquoi il n'y a (presque) rien à viser
Une constellation pauvre, et c'est instructif
Soyons francs : le Petit Chien n'abrite aucun objet Messier, et rien de plus brillant que la magnitude 10. La galaxie spirale NGC 2485 (magnitude 12,4, à 3,5° au nord-est de Procyon) et le petit groupe d'étoiles NGC 2394 sont ses seules curiosités télescopiques, réservées aux instruments moyens et aux ciels noirs. Cette pauvreté n'est pas un hasard : la constellation est petite (71ᵉ sur 88) et pointe vers une région du ciel proche de l'anticentre galactique, là où la Voie lactée d'hiver est ténue et dépourvue des grandes nébuleuses qui font la richesse du Cygne ou du Sagittaire.
Ce qu'il y a à voir malgré tout
L'intérêt est ailleurs : dans le champ stellaire. Un balayage aux jumelles 10×50 entre Procyon et Gomeisa traverse le bord de la Voie lactée hivernale et donne un joli semis d'étoiles. C'est aussi une constellation-tremplin : elle mène naturellement vers ses voisines beaucoup plus fournies — Orion, la Licorne (avec la nébuleuse de la Rosette) et le Grand Chien. Chaque décembre, elle donne enfin son nom à un modeste essaim de météores, les Canis-Minorides, actives autour du 10-11 décembre.
Le Petit Chien selon votre instrument
Avec quoi
Budget
Ce que vous atteignez
À l'œil nu
—
Procyon, Gomeisa, le Triangle et l'Hexagone d'hiver, le contraste des couleurs
Jumelles 10×50
40 à 90 €
le champ stellaire entre Procyon et Gomeisa, U CMi à son maximum, le bord de la Voie lactée
Télescope 100–130 mm
180 à 300 €
des doubles serrées du champ ; NGC 2485 devinée sous bon ciel
150–200 mm, ciel noir
300 € et +
NGC 2485 franche, NGC 2394 — mais Procyon B reste hors de portée
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Mythologie & histoire
Le petit chien d'Orion, et le fidèle qui pleura son maître
L'un des deux chiens du chasseur
Répertorié par Ptolémée parmi ses 48 constellations au IIᵉ siècle, le Petit Chien est le plus souvent vu comme l'un des deux chiens d'Orion, courant avec le Grand Chien aux talons du chasseur, à la poursuite du Lièvre (la constellation du Lièvre, sous Orion). Un petit chien de rien du tout, réduit à deux étoiles — mais placé dans le plus beau quartier du ciel.
Maera, le chien d'Icarios
Une tradition plus touchante y voit Maera, le chien d'Icarios, l'Athénien à qui Dionysos avait enseigné le vin. Icarios en offrit à des bergers qui, ivres et se croyant empoisonnés, le tuèrent. Sa fidèle chienne Maera conduisit sa fille Érigone jusqu'au corps ; tous deux moururent de chagrin. Zeus les plaça au ciel : Icarios en Bouvier, Érigone en Vierge, et Maera dans ce Petit Chien qui pleure son maître.
Des noms qui racontent le ciel
Les noms des deux étoiles gardent la mémoire de ces histoires. Procyon, « avant le chien », se lève juste avant Sirius, annonçant l'arrivée du grand Chien. Gomeisa vient de l'arabe « celle aux yeux larmoyants » — dans une légende arabe, deux sœurs, Sirius et Gomeisa, sont séparées par la Voie lactée : l'une la traverse, l'autre reste en arrière à pleurer. Chez les Babyloniens, cette région portait le nom des « Jumeaux » ; chez les Égyptiens, on l'associait à Anubis, le dieu à tête de chien.
Le Petit Chien — Johann Bayer, Uranometria (1603, domaine public)
Dates-clés
Comment on a percé le secret de Procyon
IIᵉ siècle
Ptolémée inscrit le Petit Chien parmi ses 48 constellations, dans l'Almageste. Il ne changera plus de forme depuis.
1844
Friedrich Bessel constate que Procyon, comme Sirius, oscille dans le ciel. Il en déduit pour chacune un compagnon invisible et massif.
1862
Sirius B, le compagnon prédit du grand Chien, est aperçu par Alvan Clark. Celui de Procyon, plus faible, résiste encore.
1896
John Schaeberle débusque enfin Procyon B avec le grand réfracteur de l'observatoire Lick : une naine blanche, comme prévu, cinquante ans après le calcul de Bessel.
L'avis de Luc
Procyon perce la première à gauche de Bételgeuse, vers 21 h en février : c'est un repère, pas une cible, et des jumelles 10×50 posées dessus embrassent tout le Triangle d'hiver en deux ou trois champs. Une mise en garde s'impose auprès des débutants — Procyon ne se dédouble pas comme Albireo, sa naine blanche restant hors de portée de tout instrument amateur. Le plaisir est ailleurs : comparer trois couleurs à l'œil nu en sachant ce que chacune raconte.