Aller au contenu
astronoguide
Thème

Thème

Observer · Ciel profond

M29, le petit trapèze d'étoiles bleues sous Sadr

M29 est l'un des amas les plus discrets du catalogue de Messier — et l'un des plus faciles à trouver. À peine 1,7° sous Sadr, l'étoile centrale de la Croix du Nord, il tient dans un mouchoir de 7′ : aux jumelles, une petite tache pâle que rien ne signale. Mais dès 80 à 100 mm, une poignée d'astres bleus se détache en un petit trapèze reconnaissable, le « cooling tower ». Ce que l'oculaire ne dit pas, c'est qu'un voile de poussière interstellaire le rougit et l'assombrit : sans lui, M29 serait un amas franc à l'œil nu. Voici sa vraie nature, où le pointer, et ce que chaque diamètre en tire.

5
supergéantes bleues de classe B0 : les astres les plus chauds de l'amas
50
étoiles membres seulement : un amas pauvre et compact
11 al
d'envergure réelle : un amas serré
7
d'étendue apparente : un quart du disque de la pleine lune
10
millions d'années : un amas très jeune, encore tout bleu

Ce que c'est

Cinquante étoiles, cinq supergéantes bleues

M29 porte le matricule NGC 6913 au New General Catalogue. C'est un amas ouvert : un petit groupe d'étoiles nées ensemble du même nuage de gaz, encore liées par leur gravité. Ce qui le caractérise, c'est sa pauvreté : une cinquantaine de membres seulement — les catalogues anciens n'en comptaient même que vingt —, resserrés dans un cercle de 7′, le quart d'une pleine lune. C'est l'un des amas les plus modestes de la liste de Messier, et il faut l'assumer : on ne vient pas à M29 pour un feu d'artifice, mais pour un petit bijou serré. Sa magnitude globale, 6,6, le pose tout juste sous la limite de l'œil nu.
L'amas ouvert M29 (NGC 6913) : une poignée d'étoiles bleu-blanc serrées sur un fond dense de Voie lactée
M29 (NGC 6913) — Hillary Mathis / NOIRLab / NSF / AURA (CC BY 4.0)

Cinq supergéantes chaudes, pas une géante rouge

Le petit nombre d'étoiles de M29 cache des astres démesurés. Ses cinq étoiles les plus chaudes sont toutes de type spectral B0, à la frontière des étoiles O : des géantes et des supergéantes bleues, brûlantes, qui rayonnent chacune comme des dizaines de milliers de soleils. C'est ce petit noyau d'astres massifs qui fait tout l'éclat de l'amas. Comme il est très jeune, aucune de ses étoiles n'a encore eu le temps d'enfler en géante rouge : le semis reste uniformément bleu-blanc, sans le moindre grain cuivré.

Un amas de dix millions d'années

L'âge de M29 tourne autour de 10 millions d'années — les études récentes le donnent entre 8 et 13 millions d'années selon la méthode. À l'échelle stellaire, c'est un nouveau-né : le Soleil, lui, affiche 4,6 milliards d'années. Cette jeunesse explique tout — l'absence de géante rouge, la couleur bleue des membres, et la présence de supergéantes qui, massives, ne vivront que quelques millions d'années de plus. En luminosité, l'amas pèse près de 160 000 fois le Soleil, pour une masse comprise entre 580 et 1 090 masses solaires.

Onze années-lumière, à peine

Dans l'espace, M29 s'étend sur un diamètre réel d'environ 11 années-lumière — un amas physiquement petit et serré, là où bien des amas ouverts en couvrent trois à quatre fois plus. Sur l'échelle de Trumpler, on le classe III 3 p n : « III » pour un groupe détaché sans concentration centrale, « 3 » pour un large éventail d'éclats, « p » pour poor — pauvre en étoiles — et « n » parce qu'il baigne encore dans une nébulosité, reste du nuage qui l'a vu naître.

Une distance qui résiste

Combien y a-t-il jusqu'à M29 ? La réponse est étonnamment floue. Les estimations classiques le posaient à 4 000 années-lumière ; les mesures de parallaxe du satellite Gaia le repoussent plutôt vers 5 200 à 5 300 années-lumière (environ 1 610 parsecs). Cette incertitude n'est pas un détail : elle vient de la poussière interstellaire du bras d'Orion-Cygne, épaisse et irrégulière devant l'amas, qui fausse la mesure de son éclat. M29 s'approche par ailleurs de nous à quelque 28 km/s.

La signature de M29

Un amas rougi et assombri par la Grande Faille

M29 se tient en plein dans la Voie lactée du Cygne, la portion la plus dense de notre galaxie visible l'été, juste là où court la Grande Faille — ces immenses nuages de poussière interstellaire qui fendent la traînée laiteuse. Cette poussière se dresse entre nous et l'amas, et elle en avale une part de la lumière : elle le rougit (elle filtre le bleu et laisse mieux passer le rouge) et l'assombrit de plusieurs dixièmes de magnitude. Débarrassé de ce voile, M29 serait sensiblement plus brillant — un amas franc, résolu d'un coup d'œil, au lieu de la petite tache pâle qu'on lui connaît. Ce que vous voyez à l'oculaire, c'est un amas en partie caché.
M29 photographié en pose longue : les étoiles bleues de l'amas et les traînées de nébulosité et de poussière qui l'environnent
M29 et sa nébulosité — Joseph D. Schulman (CC BY-SA 4.0)

La forme à retenir

Le petit trapèze, ou « cooling tower »

Une poignée d'étoiles qui dessine une figure

Ce qui rend M29 identifiable au premier regard, ce n'est pas sa richesse — il en manque — mais une géométrie. Ses astres les plus vifs, six étoiles plus brillantes que la magnitude 9,5, se rangent en une figure compacte : quatre d'entre elles forment un petit quadrilatère — un trapèze —, les autres esquissant un triangle attenant. C'est cette petite forme trapue qui saute aux yeux dès qu'on résout l'amas, et qui le distingue du fourmillement d'étoiles de champ tout autour.

D'où vient le surnom « cooling tower »

M29 traîne un surnom anglais inattendu : le Cooling Tower Cluster, « l'amas de la tour de refroidissement ». La disposition de ses étoiles principales évoque en effet la silhouette hyperboloïde — resserrée à la taille, évasée en haut — des grandes tours de centrales que l'on connaît. D'autres observateurs y lisent plutôt une petite Grande Ourse écrasée, une « louche trapue ». Deux images pour la même poignée d'étoiles ; à vous de trancher à l'oculaire.

À l'oculaire

De la tache pâle aux jumelles au trapèze résolu au 114 mm

Aux jumelles : honnêtement, peu de choses

Soyons francs : aux jumelles 10×50, M29 ne paie pas de mine. On le repère facilement — sa proximité avec Sadr le trahit —, mais il se réduit à une petite tache pâle, à peine plus granuleuse que le fond, noyée dans un champ de Voie lactée si riche qu'elle le concurrence. C'est l'un des amas Messier les moins spectaculaires à ce grossissement. Sa valeur n'est pas dans l'instant : elle est dans ce que révèle un peu plus de diamètre.

Dès 80 à 100 mm : le trapèze apparaît

Le saut se fait autour de 80 à 100 mm. À ce diamètre, l'amas se résout en une petite dizaine d'étoiles nettes, et surtout le trapèze des cinq à six plus brillantes se dessine franchement, détaché sur le fond. À 40 à 60×, tout l'amas tient dans le champ. Un 200 mm ajoute quelques membres plus faibles et durcit encore les points, sans jamais transformer M29 en foule : il reste, par nature, un amas pauvre. La bonne recette : grossissement modéré, champ large, et on garde la figure entière sous les yeux.
M29 selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez
À l'œil nu invisible ou à peine soupçonné : la poussière et le voisinage de Sadr le noient
Jumelles 10×50 une petite tache pâle, à peine granuleuse — facile à trouver, peu spectaculaire
Télescope 80–100 mm à 50× une dizaine d'étoiles résolues, le petit trapèze bleu bien détaché
150 mm à 60× le trapèze franc, quelques membres de plus, l'amas nettement isolé du champ
200 à 250 mm la plupart des membres résolus ; l'amas reste aéré et pauvre, jamais grumeleux

Repérer

Le plus facile à pointer : 1,7° sous Sadr

S'il est un point où M29 excelle, c'est la facilité de repérage. Il se niche à un peu moins de 1,7° au sud-sud-est de Sadr (γ Cygni, magnitude 2,2), l'étoile qui marque le centre de la Croix du Nord, au croisement des ailes du Cygne. Or Sadr est l'une des étoiles les plus simples à trouver du ciel d'été. Une fois l'œil dessus, un saut de moins de deux diamètres de pleine lune vers le bas amène l'amas dans le champ. Pas besoin de sauter d'étoile en étoile : Sadr fait tout le travail.
Carte IAU du Cygne : la Croix du Nord de Deneb à Albireo, avec M29 marqué juste sous gamma Cygni et M39 plus haut vers Lacerta
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 3.0)
  1. Trouvez la Croix du Nord

    De juillet à octobre, le Cygne passe très haut le soir, presque au zénith. Sa grande croix, la Croix du Nord, est couchée dans la Voie lactée : Deneb en haut, Albireo vers l'horizon, et Sadr pile au croisement.

  2. Posez-vous sur Sadr

    Sadr (γ Cygni), au centre de la croix, brille à la magnitude 2,2 dans un champ d'étoiles d'une densité vertigineuse. C'est votre unique point de départ pour M29.

  3. Descendez de moins de 2°

    Depuis Sadr, glissez vos jumelles de 1,7° vers le sud-sud-est — à peine plus de trois diamètres de pleine lune. La petite tache pâle de M29 entre alors dans le champ, sur son lit de Voie lactée.

  4. Visez-le au plus haut

    Vers la fin de l'été, le Cygne culmine près du zénith en début de nuit : vous observez M29 à travers le minimum d'atmosphère, là où les étoiles sont les plus fines et le trapèze le mieux dessiné.

M29 — carte d'identité
Repère Valeur
Type d'objet amas ouvert compact et pauvre (NGC 6913), ~50 étoiles
Constellation le Cygne, à 1,7° au sud-sud-est de Sadr (γ Cygni)
Magnitude 6,6 — juste sous la limite de l'œil nu
Distance ≈ 4 000 à 5 300 années-lumière (incertaine à cause de la poussière)
Taille apparente 7′ — un quart du diamètre de la pleine lune
Saison été et automne, de juillet à octobre — haut, près du zénith
Instrument minimal un télescope de 100 mm pour résoudre le trapèze en étoiles

L'autre amas du Cygne

Tout oppose M29 à son voisin M39

Le compact contre le lâche

Le Cygne abrite deux amas de Messier, et ils sont l'exact contraire l'un de l'autre. M29 est petit, serré et discret, blotti tout près de Sadr, au cœur le plus poussiéreux de la Voie lactée. M39, à quelques degrés au nord-est de Deneb, est large et lâche : une trentaine d'étoiles aérées étalées sur près d'un degré, presque visible à l'œil nu et superbe aux simples jumelles. Là où M29 réclame du diamètre pour livrer son trapèze, M39 se déguste grand champ. Deux amas, deux plaisirs opposés ; sa page propre détaille M39.

Pourquoi M29 se cache et pas M39

La différence tient beaucoup à la poussière. M29 se trouve pile dans l'axe de la Grande Faille, dont les nuages l'assombrissent et brouillent sa distance. M39, plus à l'écart de ces nappes et sans doute plus proche de nous (environ 800 années-lumière contre plusieurs milliers), nous parvient presque intact. C'est pourquoi le petit et lointain M29, malgré ses supergéantes, paraît plus terne que le grand et proche M39.

Un peu d'histoire

Repéré et catalogué par Messier lui-même

  1. 29 juillet 1764

    Charles Messier découvre lui-même l'amas — cas moins fréquent qu'on ne croit dans sa liste, souvent nourrie des trouvailles d'autrui. Il note « un amas de 7 à 8 très petites étoiles » sous Sadr, tout près de la nébulosité du champ, et l'inscrit au 29ᵉ rang de son catalogue de faux comètes.

  2. 1930

    Robert Trumpler établit sa classification des amas ouverts. M29 y reçoit le code III 3 p n : détaché, sans concentration, pauvre en étoiles et associé à une nébulosité — un portrait qui tient encore aujourd'hui.

  3. 2020

    Les parallaxes du satellite Gaia (relevés EDR3) recalculent la distance de M29, la repoussant des 4 000 années-lumière classiques vers environ 5 200, et confirment sa très grande jeunesse parmi les amas du voisinage galactique.

Photo et visuel

Ce que la pose longue arrache à la poussière de M29

La nébulosité rougeâtre que le capteur fait surgir

Sur un cliché en pose longue, M29 change de visage. La couleur bleue de ses supergéantes éclate, et surtout apparaissent les traînées de nébulosité rougeâtre qui l'entourent — les lambeaux du nuage natal et la poussière qui le rougit, invisibles à l'œil. Le capteur pousse en outre bien au-delà de la magnitude 9,5 des membres visuels, et révèle le fond de Voie lactée d'une densité folle contre lequel l'amas se découpe. La photo dit clairement ce que l'amas cache : un objet enveloppé de matière.

Le trapèze piqué que seul le visuel donne

Au télescope, oubliez la couleur et la nébulosité : le fond reste gris, les étoiles blanches. Ce que l'œil gagne, c'est la finesse du petit trapèze piqué sur le velours, et le plaisir de résoudre un amas si compact dans un simple 100 mm. M29 ne se joue pas des yeux comme une nébuleuse : il se mérite juste par un peu de diamètre. Ne le jugez pas sur la photo — cherchez-le vous-même sous Sadr, et voyez son trapèze naître à l'oculaire.
L'avis de Luc

L'avis de Luc

M29 sert à apprendre le saut d'étoile, pas à impressionner : 1,7° sous Sadr, c'est le repérage le plus simple du ciel d'été, et aux jumelles 10×50 le résultat se limite à un petit flou pâle. Le déclic vient sur un 114 mm à 50×, quand le trapèze d'étoiles bleues se détache franchement et donne son sens au surnom de tour de refroidissement. Un détail change le regard qu'on lui porte : cet amas est voilé par la poussière du Cygne. Sans elle, il se verrait à l'œil nu.

Continuer

À explorer autour de M29

L'amas ouvert M39 : une trentaine d'étoiles bleu-blanc largement espacées, détachées sur un fond dense de Voie lactée M39, l'amas large du Cygne L'autre amas de Messier du Cygne : lâche, aéré, presque à l'œil nu près de Deneb — tout l'inverse du petit trapèze serré de M29. Carte IAU du Cygne : la Croix du Nord de Deneb à Albireo, avec M29 marqué juste sous gamma Cygni Le Cygne et la Croix du Nord Repérer Sadr, Deneb et Albireo : la carte du Cygne qui vous mène en trois sauts à M29 et à tout le ciel profond d'été. Champ large de la Voie lactée d'été, dense en étoiles, avec le renflement du centre galactique à droite et deux étoiles bleues brillantes Se repérer dans le ciel d'été Le Triangle d'été et la Voie lactée : comment naviguer de Deneb à Sadr pour poser M29 dans le champ sans se perdre.

Quel télescope pour résoudre le trapèze de M29 ?

Aux jumelles il ne livre qu'une tache pâle sous Sadr ; il faut un 100 mm pour détacher son petit trapèze d'étoiles bleues et comprendre son surnom de « cooling tower ». Notre sélection, par usage et par budget.

Revenir en haut de la page