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Observer · Ciel profond

M62, l'amas globulaire qui a pris la forme d'une comète

Presque tous les amas globulaires sont des boules d'étoiles parfaitement rondes. M62 fait exception : sa silhouette est déséquilibrée, avec une tête brillante d'un côté et une traîne qui s'étire de l'autre — une allure de comète figée. Ce n'est pas un hasard : c'est l'un des amas les plus proches du centre de la Voie lactée, et les marées du bulbe galactique ont poussé son cœur vers un bord et arraché des étoiles au bord opposé. Sous sa surface se cache l'un des cœurs les plus denses du catalogue, une fournaise à sources X et à pulsars milliseconde. On la cueille bas dans le sud d'Ophiuchus, au cœur des nuits de juin et juillet, à quatre degrés à peine de sa jumelle M19.

22200 al
la distance de M62, l'un des amas globulaires les plus proches du centre galactique
5500 al
seulement entre l'amas et le centre de la Voie lactée, dont les marées déforment sa silhouette
245
étoiles variables recensées, dont 209 RR Lyrae — l'une des populations les plus riches connues dans un globulaire
6
pulsars milliseconde en système binaire dénombrés dans son cœur — un record parmi les amas de la Galaxie
100 mm
le diamètre minimal pour la sortir en petite boule cotonneuse

Ce que c'est

Un demi-million de vieux soleils au bord du bulbe galactique

M62 (NGC 6266) est un amas globulaire — un essaim serré de plusieurs centaines de milliers d'étoiles très anciennes, tenues ensemble par leur propre gravité depuis près de 12 milliards d'années. Il brille à la magnitude 6,5, à quelque 22 200 années-lumière de nous (environ 6,7 kiloparsecs), et sa boule d'étoiles s'étend sur près de 100 années-lumière pour une taille apparente de 15′. Sa masse dépasse le million de masses solaires (mesurée à 1,22 × 10⁶), rangée dans la classe de concentration IV — un amas nettement condensé vers son centre. Jusque-là, un globulaire comme un autre. Sa singularité tient à deux choses : d'abord sa position, car M62 compte parmi les amas les plus proches du centre de la Galaxie, à peine 5 500 années-lumière du renflement central ; ensuite sa forme, franchement asymétrique, là où l'immense majorité de ses semblables sont des sphères. Cette proximité et cette difformité sont liées, et c'est toute son histoire.
M62 (NGC 6266) par le télescope spatial Hubble : boule d'étoiles dense au cœur décalé, la lumière s'étirant en forme de comète d'un côté
M62 par le télescope Hubble — ESA/Hubble & NASA, S. Anderson et al. (CC BY 4.0)

Le détail qui la distingue

Une tête, une traîne : le cœur poussé sur le bord

Regardez une image profonde de M62 : la concentration d'étoiles la plus dense n'est pas au milieu de l'amas, elle est décalée vers un bord. D'un côté, une tête brillante et compacte ; de l'autre, la lumière s'effiloche en traîne. Les astronomes de l'ESA/Hubble ont résumé cette silhouette d'un mot : une comète. Dès le début du XXe siècle, l'astronome Harlow Shapley rangeait M62 parmi les globulaires les plus irréguliers qu'il connaisse. La cause tient à son voisinage : à seulement 5 500 années-lumière du centre galactique, M62 traverse les marées gravitationnelles du bulbe, ce renflement d'étoiles qui cisaille les amas passant trop près. Ces forces déplacent les étoiles de l'amas, poussent son noyau d'un côté et arrachent une traîne de l'autre — exactement la déformation que montre Hubble. Sa voisine M19, à au nord et dans le même bain de marée, subit le même destin mais d'une autre manière : là où M19 est étirée en œuf symétrique (le globulaire le plus aplati du ciel, décrit sur sa propre fiche), M62 est décentrée et asymétrique. Deux amas jumeaux par la position, deux difformités opposées.
Cœur de M62 résolu par Hubble : la concentration d'étoiles la plus dense est décalée vers un bord, tandis que l'amas s'effiloche du côté opposé
Le cœur excentré de M62 vu par Hubble — ESA/Hubble & NASA, S. Anderson et al. (CC BY 4.0)

Comprendre

La même boule, au télescope d'amateur puis par Hubble

Faites glisser le curseur : à gauche, M62 telle qu'un bon télescope d'amateur la saisit depuis le sol, une boule cotonneuse à peine grenée ; à droite, le même cœur résolu en milliers d'étoiles individuelles par le télescope spatial Hubble, au-dessus de l'atmosphère.

M62 depuis le sol, puis résolue par Hubble — vue au sol : Hewholooks (CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)
M62 depuis le sol au télescope d'amateur : une boule floue et laiteuse au centre lumineux, sans étoiles séparées M62 par Hubble : la boule éclate en milliers d'étoiles individuelles, cœur dense décalé sur un bord

Sous la surface

Un cœur ultra-dense, usine à sources X et à pulsars

Sous sa boule tranquille, M62 abrite l'un des cœurs les plus denses du catalogue de Messier — une concentration d'étoiles telle qu'elles s'y frôlent et s'y capturent. Ce trafic stellaire fabrique des objets rares. Les satellites à rayons X ont dénombré une cinquantaine de sources dans la seule région centrale, dont plusieurs binaires X de faible masse : des couples où une étoile déverse sa matière sur une étoile à neutrons. Certaines de ces étoiles à neutrons tournent si vite qu'elles balaient le ciel comme des phares : dès 2001, les radioastronomes ont détecté dans M62 une série de pulsars milliseconde en système binaire, jusqu'à six confirmés, ce qui la classe parmi les amas les plus riches de la Galaxie ; l'un d'eux, étudié en 2008, s'est révélé accompagné d'un compagnon déroutant. Et en 2013, une source radio baptisée M62-VLA1 a livré la première détection d'un trou noir de masse stellaire dans un amas globulaire de la Voie lactée. Toute cette activité vient de la même cause : quand les étoiles sont assez serrées, elles interagissent, et ces rencontres allument le ciel en rayons X.
M62, ce que son cœur dense fabrique
Ce qu'on y trouve Détail
Sources X centrales une cinquantaine dans la région centrale, dont plusieurs binaires X de faible masse
Pulsars milliseconde 6 en système binaire confirmés (dès 2001) — parmi les amas les plus riches de la Galaxie
Trou noir stellaire M62-VLA1, première détection dans un globulaire de la Voie lactée, annoncée en 2013
Étoiles variables 245 recensées, dont 209 RR Lyrae — utilisées pour jauger la distance de l'amas
Étoiles bleues attardées une cinquantaine de « traînardes bleues », rajeunies par des collisions dans le cœur

À l'oculaire

Une boule vive et compacte, mais basse sur l'horizon

À la magnitude 6,5, M62 est facile à trouver et gratifiante à regarder — à condition de la prendre haute. Aux jumelles 10×50, sous un ciel noir et le Serpentaire dégagé au sud, c'est une petite tache floue à peine plus grosse qu'une étoile empâtée. Dès 100 à 130 mm, elle devient une boule cotonneuse nettement plus brillante en son centre, ovale et bien condensée. C'est à partir de 150 à 200 mm que le plaisir arrive : les bords commencent à se grener, l'amas prend du relief, et son cœur très concentré tranche sur les franges plus lâches. À 250 à 300 mm sous un ciel de campagne, quelques dizaines d'étoiles se détachent sur le pourtour, mais le noyau reste une masse laiteuse trop dense pour se résoudre entièrement — ses plus brillantes étoiles ne dépassent guère la magnitude 14 à 15. Le vrai obstacle n'est pas le diamètre, c'est la hauteur : à une déclinaison de −30°, M62 rase l'horizon sud depuis la France et ne se donne qu'au passage au méridien, débarrassée de la turbulence des basses couches.
M62 photographiée au télescope d'amateur depuis le sol : une boule d'étoiles ronde et brillante au cœur condensé, grenée sur les bords
M62 au télescope d'amateur — Hunter Wilson (Hewholooks), CC BY-SA 3.0
M62 selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez sur M62
Jumelles 10×50 une petite tache ronde et floue, devinée si le Serpentaire est haut et le sud dégagé — pas d'étoiles séparées
Télescope 100–130 mm une boule cotonneuse au centre vif, ovale et bien condensée ; l'amas se repère du premier coup
150–200 mm les bords commencent à se grener, le cœur dense se détache nettement des franges plus diffuses
250–300 mm + ciel noir quelques dizaines d'étoiles piquées sur le pourtour ; le noyau reste une masse trop serrée pour se résoudre
Photo (pose longue) la silhouette asymétrique en comète, le cœur décalé sur un bord et la traîne — hors de portée de tout oculaire

Repérer

Où pointer pour tomber sur M62

M62 se niche dans le coin sud du Serpentaire (Ophiuchus), tout près de la frontière du Scorpion, dans une région basse et pauvre en étoiles vives. Le point d'appui le plus sûr est Antarès, le cœur rouge du Scorpion : M62 se trouve à environ 7,5° à l'est-sud-est de l'étoile. Le repère fin, lui, est sa propre jumelle : M19 brille à au nord, sur presque le même méridien, et les deux amas se pointent dans la foulée d'un simple glissement vertical. La bonne fenêtre est le cœur de l'été : de juin à juillet, le Serpentaire passe au méridien en début de nuit, et c'est là — vers minuit, à sa plus grande hauteur — qu'il faut saisir M62 avant qu'elle ne replonge dans la brume de l'horizon.
Carte du Serpentaire (Ophiuchus) : M62 se cache dans le coin sud de la constellation, à la frontière du Scorpion, à 4° au sud de M19
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 4.0)
  1. Trouvez Antarès, le cœur du Scorpion

    Bas sur l'horizon sud en été, l'étoile rouge Antarès (magnitude 1,0) marque le thorax du Scorpion. C'est le grand phare de cette région du ciel et le point de départ.

  2. Glissez de 7,5° vers l'est-sud-est

    Depuis Antarès, portez-vous d'environ 7,5° vers l'est-sud-est, à la limite du Serpentaire et du Scorpion. M62 y forme une petite tache floue déjà visible aux jumelles sous un bon ciel.

  3. Vérifiez avec M19, 4° au nord

    Pour confirmer, remontez de 4° vers le nord : vous tombez sur M19, la jumelle aplatie de M62. Les deux amas se ressemblent en éclat et en taille — les tenir tous deux valide le pointage.

  4. Prenez-la au méridien

    M62 culmine très bas depuis la France (déclinaison −30°). Attendez son passage plein sud, vers minuit en juin-juillet : c'est le seul moment où elle échappe à la turbulence de l'horizon.

M62 (NGC 6266) — carte d'identité
Repère Valeur
Type d'objet amas globulaire, classe de concentration IV — silhouette asymétrique « en comète », cœur excentré déformé par la marée du bulbe
Constellation Serpentaire (Ophiuchus), coin sud, à la frontière du Scorpion — à 7,5° à l'est-sud-est d'Antarès
Magnitude 6,5 (l'un des globulaires les plus faciles à trouver de la région)
Distance ≈ 22 200 années-lumière (soit ≈ 6,7 kiloparsecs), à 5 500 al du centre galactique
Taille apparente 15′ (≈ 100 années-lumière de diamètre réel)
Saison cœur de l'été, de juin à juillet, au passage au méridien vers minuit
Instrument minimal 100 mm pour une boule cotonneuse ; 200 à 300 mm et ciel noir pour grener ses bords

Un peu d'histoire

De la « petite nébuleuse » de Messier au trou noir de 2013

  1. 7 juin 1771

    Charles Messier découvre M62 et la note comme une « très belle nébuleuse » sans étoiles. Sa lunette ne montre qu'une boule laiteuse ; il ne fixera sa position précise qu'en 1779, huit ans plus tard.

  2. 1785

    William Herschel, avec son télescope de 20 pieds, résout enfin l'amas en étoiles individuelles et le décrit comme une miniature d'un grand globulaire — la première preuve que cette « nébuleuse » est un peloton d'étoiles.

  3. années 1920

    Harlow Shapley, en cartographiant les globulaires, range M62 parmi les plus irréguliers du ciel : sa silhouette déséquilibrée, au cœur poussé sur un bord, tranche sur la rondeur de ses semblables.

  4. 2001

    Les radioastronomes détectent les premiers pulsars milliseconde en système binaire dans le cœur dense de M62. Le décompte grimpera à six, plaçant l'amas parmi les plus riches de la Galaxie.

  5. 2013

    Une source radio, M62-VLA1, livre la première détection d'un trou noir de masse stellaire dans un amas globulaire de la Voie lactée — une chasse que les astronomes menaient depuis des décennies.

  6. 2019

    Le télescope spatial Hubble publie un portrait de M62 sous le titre « Comète ou amas ? », rendant sa déformation de marée visible pour tous : une tête brillante et une traîne d'étoiles étirée.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

Un horizon sud vraiment propre en juin, ou rien : plus bas, M62 patauge dans la brume et la soirée est perdue. Prise au méridien à 150× dans un 200 mm, c'est une boule bien serrée, plus concentrée que la moyenne, qui commence à se grener sur les bords. La forme de comète que montrent les images n'apparaît dans aucun oculaire — c'est une affaire de capteur et de longues poses. Ce qui donne du poids à cette petite boule laiteuse rasant l'horizon tient au reste : le globulaire le plus décentré du secteur, écrasé par les marées du centre galactique, avec un trou noir tapi dans son cœur.

Continuer

À explorer autour de M62

M19 en pose longue au sol : la boule d'étoiles paraît franchement ovale, étirée dans un sens, sur un champ très dense du Serpentaire M19, la jumelle aplatie, 4° plus haut Même bain de marée au bord du bulbe, difformité opposée : là où M62 se décentre en comète, M19 s'étire en œuf. Le globulaire le plus aplati du ciel, à pointer dans la foulée. M4, l'amas globulaire proche d'Antarès M4, l'amas relâché au pied d'Antarès Le globulaire le plus proche de nous, tout près d'Antarès : lâche et facile à résoudre, avec sa barre centrale d'étoiles. Le contraste parfait avec le cœur dense et compact de M62. Carte du Serpentaire Se repérer bas dans le ciel d'été Antarès, le Scorpion, le coin sud du Serpentaire : la méthode pour naviguer dans une région basse et pauvre en étoiles, et retrouver M62 d'une nuit à l'autre.

Quel télescope pour grener le cœur dense de M62 ?

M62 se montre en boule cotonneuse dès 100 mm, mais séparer les étoiles de son cœur très concentré, si bas sur l'horizon sud, réclame 200 à 300 mm et une bonne monture. Nos choix d'instruments classés par usage et par budget.

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