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Observer · Ciel profond

M7, l'Amas de Ptolémée

C'est le plus austral des objets de Messier, et l'un des amas ouverts les plus brillants du ciel : une nuée d'environ 80 étoiles bleu-blanc étalée sur 1,3° — plus de deux pleines lunes — dans la queue du Scorpion, à quelque 980 années-lumière. Ptolémée l'a noté vers l'an 130. À l'œil nu, c'est une tache lumineuse ; aux jumelles, il remplit le champ, souvent avec M6 à côté. Mais depuis la France, il rase l'horizon sud : voici comment le trouver, ce qu'on y voit, et pourquoi il faut le guetter au méridien.

80
étoiles brillantes éparpillées sur un très large champ
980
années-lumière : la distance qui nous sépare de l'amas
200
millions d'années : l'âge de cette famille d'étoiles
34 ° sud
de déclinaison — l'objet Messier le plus austral
2
pleines lunes de large : un diamètre apparent de 1,3°

Ce que c'est

Un grand amas ouvert brillant, tout au sud du ciel

L'Amas de Ptolémée, c'est M7 au catalogue de Messier et NGC 6475 au New General Catalogue. Sous ces numéros se cache un amas ouvert — une famille d'étoiles nées ensemble d'un même nuage — mais l'un des plus généreux du ciel : une magnitude globale de 3,3 qui le rend visible à l'œil nu, étalée sur 80′ de diamètre apparent, soit 1,3°. Il occupe plus de deux pleines lunes côte à côte, à quelque 980 années-lumière (environ 300 pc) dans la queue du Scorpion.
L'Amas de Ptolémée M7 photographié par l'ESO, ses étoiles bleu-blanc dispersées sur le fond de la Voie lactée
M7 — ESO (CC BY 3.0)

Environ 80 étoiles, mais un millier de membres

À l'œil et dans l'instrument, on compte une quatre-vingtaine d'étoiles brillantes, lâches et bien détachées les unes des autres — c'est ce visage clairsemé qui a valu à M7 son statut d'amas « facile ». Mais les relevés modernes dénombrent plus d'un millier d'étoiles réellement liées par la gravité, la plupart trop faibles pour l'œil. L'amas s'étend sur environ 25 années-lumière dans l'espace, avec un rayon de marée de l'ordre de 40 années-lumière.

Bleu-blanc, avec une exception dorée

Ses astres les plus chauds sont de type spectral proche d'A0 : des étoiles bleu-blanc qui donnent à l'amas sa teinte froide et vive sur les poses longues. Curieusement, son membre le plus brillant (magnitude 5,6) échappe à la règle : c'est une géante jaune-orangée de type G8/K, déjà sortie de la séquence principale. Un point chaud posé au milieu du semis bleu — le genre de contraste que le capteur révèle mieux que l'œil.

Un âge d'environ 200 millions d'années

M7 s'est formé il y a de l'ordre de 200 millions d'années — les estimations varient de 140 à plus de 400 millions selon les études et les mesures de distance. C'est jeune à l'échelle de la Galaxie, mais assez pour que ses étoiles les plus massives aient déjà quitté la séquence principale et viré au jaune. Comme tout amas ouvert, sa cohésion est temporaire : au fil de ses tours de Voie lactée, il finira dispersé, ses étoiles noyées dans le disque.

Dans un champ superbe de la Voie lactée

M7 se détache sur l'un des fonds stellaires les plus riches du ciel : la Voie lactée du Scorpion et du Sagittaire, juste devant le centre de la Galaxie. Un simple balayage aux jumelles y donne le vertige — nuages d'étoiles, amas et nébuleuses s'y succèdent. L'amas se déplace vers nous à une vitesse radiale de −14 km/s, et son voisin de catalogue M6, l'Amas du Papillon, brille à un battement d'aile de là.

Le nom

Repéré par Ptolémée vers l'an 130

M7 est l'un des rares objets du ciel profond connus depuis l'Antiquité. Vers l'an 130, l'astronome gréco-romain Claude Ptolémée le décrit dans son grand traité, l'Almageste, comme « la nébulosité qui suit l'aiguillon du Scorpion ». C'est cette mention, la plus ancienne qu'on lui connaisse, qui lui a valu son nom moderne d'Amas de Ptolémée. Aucun instrument alors : à l'œil nu, sous le ciel limpide de la Méditerranée, l'amas apparaît comme une tache laiteuse posée sur la queue du Scorpion.
D'autres l'ont noté avant l'astronomie moderne — les astronomes arabes Al-Soufi et Ulugh Beg, puis le Sicilien Giovanni Battista Hodierna, qui en compta une trentaine d'étoiles avant 1654. Charles Messier ne fait qu'inscrire un objet déjà millénaire à son catalogue le 23 mai 1764, la même nuit que M6, notant un amas « plus vaste et plus considérable » que le précédent.
M7 en gros plan : le semis lâche de ses étoiles brillantes sur le champ stellaire du Scorpion
M7 — N. A. Sharp, REU program / NOIRLab / NSF / AURA (CC BY 4.0)

Le duo

M7 et M6, deux amas dans le même champ de jumelles

Voisins de ciel, pas de l'espace

À environ 3,5° au nord-ouest de M7 brille M6, l'Amas du Papillon (NGC 6405). Les deux tiennent ensemble dans un même champ de jumelles à large angle, et c'est ainsi qu'on les observe le plus souvent : d'un côté la grande nuée lâche de M7, de l'autre le dessin plus serré et plus petit du Papillon. Leur proximité n'est qu'un effet de perspective : M6 est près de deux fois plus loin, à environ 1 590 années-lumière.

Deux amas qui ne se ressemblent pas

M6 est plus discret (magnitude 4,2) et plus compact (25′), avec une géante orange variable, BM Scorpii, qui rougeoie à une aile du dessin. M7 est plus brillant, plus large, plus bleu. Les comparer dans la même soirée, c'est saisir d'un coup ce qui distingue deux amas ouverts : l'âge, la distance, la couleur de leurs étoiles. Le tableau ci-dessous résume le face-à-face.
M7 et M6 en face-à-face
Repère M7 (Ptolémée) M6 (Papillon)
Magnitude 3,3 — plus brillant 4,2
Taille apparente 80′ (1,3°) 25′
Distance ≈ 980 al ≈ 1 590 al
Étoiles dominantes bleu-blanc (≈ A0) bleu-blanc + BM Sco orange
Aspect grande nuée lâche dessin serré, en papillon
Désignation NGC 6475 NGC 6405

À l'oculaire

Ce que vous verrez vraiment, instrument par instrument

M7 selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez
À l'œil nu sous un bon ciel, une tache brillante et floue, nettement plus large que la pleine lune, posée sur la queue du Scorpion
Jumelles 10×50 l'instrument idéal : l'amas remplit le champ d'une quarantaine d'étoiles brillantes, souvent avec M6 dans la même vue
Télescope 100 mm les étoiles se détachent une à une, le semis lâche prend du relief, la géante jaune ressort du fond bleu
Télescope 200 mm à faible grossissement le champ déborde du cadre : trop grand pour un fort grossissement, l'amas se savoure large et aéré

Repérer

L'objet Messier le plus bas depuis la France

Avec une déclinaison de −34° 47′, M7 est l'objet Messier le plus austral — aucun autre ne descend aussi bas dans l'hémisphère sud. Depuis la France, c'est un vrai handicap : il ne culmine qu'à une dizaine de degrés (10 à 13° selon la latitude) au-dessus de l'horizon sud, noyé dans la brume et la pollution lumineuse basse. Au-dessus de 56° N, il ne se lève même plus. Splendide au zénith depuis les tropiques ou les DOM-TOM, il se mérite depuis la métropole.
Carte du Scorpion : la queue recourbée mène à Shaula (λ) et Lesath, avec M7 marqué en jaune juste au-dessus du dard et M6 un peu plus haut
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 3.0)
  1. Repérez d'abord la queue du Scorpion

    En été, cherchez bas au sud le crochet d'étoiles qui termine le Scorpion. Sa pointe est marquée par Shaula (λ Scorpii, magnitude 1,6) et Lesath, l'« aiguillon » du scorpion — les deux « yeux du chat ».

  2. Glissez vers le bas et la gauche

    M7 se trouve à environ 4,75° au nord-est de Shaula. Depuis l'aiguillon, décalez le regard sous et à gauche de la queue : la tache brillante de l'amas apparaît déjà à l'œil nu sous un ciel correct.

  3. Confirmez aux jumelles avec M6

    Centrez la tache aux jumelles : l'amas éclate en étoiles brillantes. Remontez de 3,5° vers le nord-ouest et vous tombez sur M6, le Papillon, plus petit et plus serré — les deux tiennent souvent dans le même champ.

  4. Attrapez-le pile au méridien, l'été

    M7 ne monte au plus haut qu'en passant plein sud (au méridien), au cœur des nuits de juin à août. C'est le seul moment où il émerge de la brume d'horizon. Choisissez un site avec un horizon sud parfaitement dégagé, loin des lumières.

M7 — carte d'identité
Repère Valeur
Type d'objet amas ouvert (NGC 6475)
Constellation Scorpion, dans la queue près de l'aiguillon
Magnitude 3,3 — visible à l'œil nu sous un bon ciel
Distance ≈ 980 années-lumière (≈ 300 pc)
Taille apparente 80′ (1,3°), soit plus de deux pleines lunes
Saison juin à août — très bas au sud, à prendre au méridien
Instrument minimal l'œil nu suffit ; les jumelles 10×50 sont idéales

Photo et visuel

En photo et à l'œil nu : deux visages de M7

Ce que la pose accumule

En pose longue, un capteur fait remonter les couleurs que l'œil ne perçoit pas : le bleu-blanc des étoiles chaudes, l'orangé de la géante centrale, et surtout les milliers d'astres faibles qui font le vrai millier de membres de l'amas. La photo montre aussi le tapis serré de la Voie lactée sur lequel M7 se découpe — un fond que la turbulence d'horizon brouille souvent à l'oculaire, depuis la France.

Ce que l'œil embrasse d'un coup

À l'oculaire, l'amas se montre en teintes plus sobres, ses étoiles peu lumineuses restant grises. Mais il offre ce qu'aucune photo ne rend tout à fait : la largeur vivante du champ, cette nuée qui déborde des jumelles et s'inscrit dans le grouillement de la Voie lactée. Pour M7, mieux vaut l'œil nu et les jumelles qu'un télescope : c'est un objet qu'on embrasse d'un regard, pas qu'on dissèque au grossissement.

Un peu d'histoire

De l'aiguillon de Ptolémée aux mesures de Gaia

  1. vers l'an 130

    Claude Ptolémée décrit M7 dans l'Almageste comme la nébulosité qui suit l'aiguillon du Scorpion. C'est la plus ancienne mention connue de l'amas, à l'œil nu — d'où son nom d'Amas de Ptolémée.

  2. avant 1654

    Le Sicilien Giovanni Battista Hodierna, l'un des premiers à pointer une lunette sur le ciel profond, y dénombre une trentaine d'étoiles et confirme sa nature d'amas stellaire.

  3. 23 mai 1764

    Charles Messier l'inscrit à son catalogue, la même nuit que M6. Il le juge « plus vaste et plus considérable » et le porte en 7ᵉ position, pour ne plus le confondre avec une comète.

  4. 2014

    L'ESO publie une image profonde de M7 depuis le Chili (eso1406), saisissant ses étoiles bleu-blanc et sa géante jaune sur le tapis de la Voie lactée.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

Voilà l'objet Messier qui punit le plus sévèrement un horizon bouché : en ville, ou avec un immeuble au sud, il faut renoncer. Une nuit de juillet dans le Verdon, horizon dégagé sur une mer de collines, M7 tremble encore à 12° de hauteur — mais aux jumelles 10×50 il remplit le champ avec M6 juste à côté, deux poignées d'étoiles dans le grouillement de la Voie lactée. Le véritable M7, celui qui passe au zénith, se trouve bien plus au sud, et il est décrit comme éclatant depuis les tropiques.

Continuer

À explorer autour de l'Amas de Ptolémée

M6 en image profonde par NOIRLab, la géante orange au milieu des étoiles bleues M6, l'Amas du Papillon Le voisin de M7 dans la queue du Scorpion : plus petit, plus serré, avec sa géante orange BM Scorpii. M7 bas sur l'horizon M7 au ras de l'horizon sud L'Amas de Ptolémée culmine à 12° depuis la France : viser au méridien d'été, choisir un horizon sud dégagé, déjouer la brume basse. Le semis lâche de M7 Un amas ouvert lâche de 80 étoiles Ce qui range M7 parmi les amas ouverts dispersés plutôt que parmi les boules serrées de milliers d'astres des globulaires.

Des jumelles pour embrasser l'Amas de Ptolémée

M7 est trop large pour un télescope à fort grossissement : ce sont les jumelles 10×50 qui le montrent le mieux, M6 dans le même champ. Nos choix par usage et par budget.

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