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Observer · Ciel profond

M97, la Nébuleuse du Hibou

Un disque de gaz rond et pâle, large comme un dixième de la pleine Lune, posé sous la casserole de la Grande Ourse. Deux creux plus sombres y dessinent une face de chouette — mais ces « yeux » ne se livrent qu'au diamètre et au filtre. Voici pourquoi le Hibou récompense la patience plus que la puissance, et ce que vous en verrez réellement du 100 mm au 250 mm.

1781
l'année de sa découverte par Pierre Méchain, ami et collègue de Messier
8000
années environ depuis que l'étoile centrale a soufflé son enveloppe
250
millimètres de diamètre : le seuil réel pour deviner les deux « yeux » de la chouette
123000
kelvins en surface de la naine blanche centrale, l'un des astres les plus chauds connus
3
années-lumière de diamètre pour toute la bulle de gaz

Ce que c'est

Le linceul d'une étoile de type solaire

M97 chez Messier, NGC 3587 au New General Catalogue : ce disque rond et laiteux est ce qu'il advient d'une étoile semblable au Soleil une fois son combustible épuisé. Non pas une pouponnière où des astres s'allument, mais tout le contraire — une nébuleuse planétaire, la coquille de gaz qu'un noyau agonisant a expulsée avant de se figer. L'appellation vient des lunettes anciennes, où ces bulles rondes imitaient le petit globe d'une planète. Le Hibou est l'une des plus vastes du ciel — près de 3 années-lumière de bout en bout — mais aussi l'une des plus diluées, ce qui fait tout le sel, et toute la difficulté, de son observation.
M97, la Nébuleuse du Hibou, en pose longue : un disque rond bleu-vert où deux zones plus sombres évoquent les yeux d'une chouette
M97 — K. Kwitter (Williams College), R. Downes (STScI), Y.-H. Chu (Univ. Illinois) / NOIRLab / NSF / AURA (CC BY 4.0)

Grande, mais presque transparente

Le Hibou couvre 3,4′ × 3,3′ dans le ciel, soit près d'un dixième du diamètre de la pleine Lune : c'est énorme pour une nébuleuse planétaire. L'ennui, c'est que sa faible lumière est étalée sur toute cette surface. La coquille ne renferme qu'environ 0,13 masse solaire de gaz, à une densité inférieure à 100 particules par centimètre cube — un vide plus poussé que tout ce qu'on sait fabriquer en laboratoire. D'où sa brillance de surface très basse : ce n'est pas un objet lumineux qu'on grossit, c'est un voile pâle qu'on arrache au fond du ciel.

Pourquoi une face de chouette

La bulle s'organise en trois coquilles emboîtées. La plus interne a la forme d'un tonneau, incliné d'environ 45° par rapport à notre ligne de visée : le gaz y est creusé de deux cavités moins denses, plus transparentes, qui laissent voir le fond noir à travers. Vues sous cet angle, ces deux trouées se placent côte à côte — et l'œil humain, prompt à reconnaître un visage partout, y lit aussitôt deux yeux sombres sur une tête ronde. Une modélisation 3D de 2018 a révisé cette silhouette en une structure à plusieurs lobes, mais l'illusion de la chouette, elle, tient toujours à l'oculaire.

Une braise à 123 000 kelvins

Au centre veille le noyau nu de l'ancienne étoile, en route vers l'état de naine blanche : environ 55 à 60 % de la masse du Soleil concentrés dans un astre dont la surface atteint 123 000 K — vingt fois la température du Soleil, et parmi les plus élevées répertoriées. C'est son rayonnement ultraviolet qui excite le gaz alentour et le fait luire. Mais à magnitude 14, noyée dans le voile, cette étoile est un défi d'expert : il faut un télescope de 350 mm et une nuit parfaite pour espérer la cueillir.

Un feu de paille cosmique

Tout cela est récent et fugace. Le gaz visible a été libéré il y a quelque 8 000 ans et s'écarte encore à 27 à 39 km/s ; un halo bien plus large, soufflé voici environ 100 000 ans, l'enveloppe en silence. Dans quelques dizaines de milliers d'années, la coquille se sera trop diluée pour rayonner, et il ne restera que la naine blanche, seule, à refroidir pendant des milliards d'années. Nous regardons le Hibou pendant la brève fenêtre où il brille encore.

Un peu d'histoire

Le hibou est né sous un télescope de deux mètres

Ni Méchain, qui repère l'objet en 1781, ni Messier, qui l'inscrit dans la foulée, n'y voient de chouette : leurs lunettes ne montrent qu'une tache ronde et terne. Il faut attendre 1848 et le Leviathan de Parsonstown, le télescope de 1,8 mètre de William Parsons, comte de Rosse — le plus grand du monde à l'époque — pour que les deux cavités sombres apparaissent. Rosse en tire un croquis où il note « deux étoiles nettement écartées dans la région centrale » : le dessin évoque une face de hibou, et le surnom lui reste collé pour de bon.
Dessin au pointillé de M97 par Lord Rosse : une masse ronde hachurée où deux taches claires évidées forment les yeux d'un hibou, avec un point noir au centre de chacune
Dessin de M97 par Lord Rosse, 1848 (domaine public)
  1. 16 février 1781

    Pierre Méchain, arpenteur du ciel et pourvoyeur régulier de Messier, découvre l'objet dans la Grande Ourse et le lui signale.

  2. 24 mars 1781

    Charles Messier l'ajoute à son catalogue en 97ᵉ position, le décrivant comme une nébuleuse sans étoile, difficile à voir.

  3. 1844

    L'amiral William H. Smyth range M97 parmi les nébuleuses planétaires — la catégorie que Herschel avait forgée pour ces petits disques ronds.

  4. 1848

    Lord Rosse pointe son télescope géant de 1,83 m sur la nébuleuse, dessine ses deux « yeux » et lui donne son nom de Hibou, resté depuis.

À l'oculaire

Ce que vous verrez vraiment, diamètre par diamètre

M97 selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez
Jumelles 10×50 rien, ou tout au plus un soupçon de tache sous un ciel de rêve — le Hibou est trop pâle pour les jumelles courantes
Grosses jumelles 20×80 un petit rond grisâtre et diffus, sans forme, seulement là où le ciel est vraiment noir
Télescope 100–150 mm un disque rond gris pâle, uniforme, sans le moindre détail : on confirme sa présence, pas sa personnalité
Télescope 200 mm + filtre OIII le disque tranche nettement sur le fond ; par bonnes conditions, les deux « yeux » commencent à se soupçonner en vision décalée
Télescope 250 mm et plus + OIII les deux cavités sombres se détachent franchement — le hibou de Rosse enfin visible de ses propres yeux
Télescope 350 mm, nuit parfaite la naine blanche centrale, magnitude 14, arrachée au voile en vision décalée : l'étoile qui a tout soufflé

Deux pour le prix d'un

Le Hibou et la galaxie M108, dans le même champ

À peine 48 minutes d'arc séparent M97 de M108, une galaxie spirale barrée vue presque par la tranche, longue et fuselée comme un éclat de verre. Les deux tiennent dans le même champ d'un oculaire à faible grossissement — un cas rare où l'on cadre côte à côte une bulle de gaz de notre propre Voie lactée, à 2 000 années-lumière, et une galaxie entière située à 45 millions d'années-lumière. C'est l'un des plus beaux duos du ciel de printemps, et une leçon d'échelle : deux taches pâles voisines, séparées par vingt-deux mille fois la même distance.
M97, la Nébuleuse du Hibou, et la galaxie spirale M108 vue par la tranche, réunies dans un même champ d'oculaire
M97 (à gauche) et M108 — Miodrag Sekulić (CC BY-SA 3.0)

Repérer

Juste sous la casserole de la Grande Ourse

Voilà le point fort du Hibou : il est facile à cadrer, même s'il est dur à voir. La casserole de la Grande Ourse est visible toute l'année depuis la France ; repérez Merak (β Ursae Majoris, magnitude 2,3), l'étoile qui marque le coin inférieur du récipient, du côté opposé à la queue. M97 se tient à environ 2,5° au sud-est de Merak, juste sous la ligne qui la relie à Phecda. Un chercheur, un oculaire grand champ, et vous êtes dessus — la galaxie M108 vous confirme au passage que vous visez juste.
Carte de repérage de M97 sous Merak, l'étoile inférieure de la casserole de la Grande Ourse
Repérage de M97 dans la Grande Ourse — PopePompus (CC BY-SA 4.0)
  1. Trouvez la casserole

    Les sept étoiles de la Grande Ourse sont visibles chaque nuit de l'année depuis nos latitudes. Le « récipient » de la casserole en occupe l'avant : quatre étoiles en quadrilatère.

  2. Isolez Merak

    Dans ce quadrilatère, Merak est l'étoile du coin inférieur avant, à l'opposé du manche. C'est aussi l'une des deux « gardes » qui, prolongées vers le haut, désignent l'étoile Polaire.

  3. Glissez de 2,5° au sud-est

    Depuis Merak, décalez le champ d'environ deux largeurs de pleine Lune vers le sud-est. Au chercheur ou aux jumelles, la zone paraît vide : c'est normal, le Hibou n'y apparaît qu'au télescope.

  4. Visez au printemps, haut dans le ciel

    D'avril à mai, la Grande Ourse passe presque au zénith en début de nuit : M97 s'observe alors à travers le minimum d'atmosphère. Depuis le nord de la France, elle est circumpolaire et ne se couche jamais.

M97 — carte d'identité
Repère Valeur
Type d'objet nébuleuse planétaire (surnom : le Hibou / Owl Nebula, NGC 3587)
Constellation Grande Ourse, sous la casserole, près de Merak
Magnitude 9,9 (invisible à l'œil nu et aux jumelles courantes)
Distance ≈ 2 600 années-lumière (estimations de 2 000 à 2 800 al)
Taille apparente 3,4′ × 3,3′ (un dixième de la pleine Lune)
Saison printemps (idéal : avril–mai, circumpolaire au nord)
Instrument minimal 100 mm pour le disque ; 250 mm et filtre OIII pour les « yeux »

Comprendre

Ce que les grands instruments montrent, et que l'œil ne verra jamais

À l'oculaire, le Hibou est gris-vert : la nuit, l'œil regarde surtout par ses bâtonnets, sensibles au vert de l'oxygène ionisé et presque aveugles au rouge. La pose longue, elle, enregistre aussi la raie rouge de l'azote qui cercle le disque, invisible à votre rétine — d'où l'anneau coloré des images profondes. Poussée dans le proche infrarouge, la même nébuleuse change de visage : les fameux yeux s'estompent et d'autres structures affleurent, car chaque longueur d'onde révèle une couche différente du gaz. Les photos ne trichent pas ; elles captent simplement une lumière que votre œil ne connaît pas.
L'avis de Luc

L'avis de Luc

Ce n'est pas un plus gros tube qui révèle les deux yeux, c'est un filtre OIII et quarante kilomètres de route : sous un ciel enfin noir, à 100× dans un 250 mm et en vision décalée, les deux cavités sombres finissent par apparaître — la chouette est là d'un coup. Depuis un jardin, un 150 mm ne rend qu'un rond gris fade, sans le moindre œil, et l'on accuse à tort l'instrument. Sur cet objet précis, la qualité du ciel pèse plus lourd que le diamètre.

Continuer

À explorer autour du Hibou

Repérage de M97 sous la Grande Ourse Se repérer dans la Grande Ourse La casserole, Merak et les gardes qui pointent la Polaire : la carte de départ du ciel de printemps. M97 vue par Gemini North Pourquoi un filtre OIII sur le Hibou La nébuleuse rend sa lumière sur une seule raie verte : comment le filtre fait surgir ses deux yeux. M97 et la galaxie M108 M108, la galaxie voisine La spirale par la tranche à 48′ du Hibou, à cadrer dans le même oculaire un soir de printemps.

Quel télescope pour voir les deux « yeux » du Hibou ?

Un 100 mm en montre le disque pâle ; il faut viser un 250 mm et un filtre OIII, sous un ciel noir, pour détacher les cavités sombres de la chouette. Nos choix par usage et par budget.

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