Aller au contenu
astronoguide
Thème

Thème

Événements · Éclipse de Soleil

L'éclipse du 12 août 2026

Mercredi 12 août, entre 19 h 20 et 21 h 15, la Lune mangera de 90 à 99,5 % du Soleil au-dessus de la France, au moment même où il se couche. Ce sera la plus profonde éclipse visible du pays depuis 1999 — et la dernière avant longtemps. Tout se jouera sur une chose : votre horizon ouest.

Maximum de l'éclipse à Paris

99.5 %
du Soleil masqué à Hendaye, le maximum français — contre 89,7 % à Strasbourg
7.5 °
la hauteur du Soleil à Paris au maximum : la largeur de quatre doigts tendus au-dessus de l'horizon
0 min
de totalité en France : la couronne solaire reste invisible partout en métropole
2081
l'année de la prochaine éclipse totale visible de France — le 3 septembre, et Paris est dans la bande

Ce qui se passe vraiment ce soir-là

Le 12 août 2026, l'ombre de la Lune touche la Terre en Sibérie orientale, frôle le pôle Nord, traverse l'est du Groenland, puis l'ouest de l'Islande — Reykjavík comprise, pour une vingtaine de secondes seulement, la capitale frôlant la limite sud de la bande. Elle franchit l'Atlantique et aborde l'Europe par le nord de l'Espagne : Oviedo, León, Burgos, Saragosse, Valence, jusqu'à s'éteindre au coucher du Soleil sur les Baléares. Le maximum général tombe à 17 h 46 UTC, au large de l'Islande, où la totalité dure 2 min 18 s sur une bande large de 294 km.

La France, elle, reste en dehors de cette bande, de quelques centaines de kilomètres. Vue de métropole, l'éclipse est donc partielle — mais partielle d'une profondeur qu'on ne revoit pas de sitôt : de 89,7 % du disque solaire masqué en Alsace du Nord à 99,5 % au Pays basque. Le phénomène s'étale sur près de deux heures, du premier grignotage vers 19 h 20 au maximum vers 20 h 20, heure de vos montres.

Pourquoi 99 %, ce n'est toujours pas une éclipse totale

La tentation est grande de considérer 99,5 % comme « presque » la totalité. C'est une erreur d'échelle, et elle se chiffre. La couronne solaire — cette chevelure blanche qui fait le spectacle d'une éclipse totale — est environ un million de fois moins brillante que la surface du Soleil. À 99 % d'obscuration, il reste un centième du disque : ce mince croissant demeure encore au moins mille fois plus lumineux que la couronne. Il l'écrase, purement et simplement.

Ce qui manquera donc en France, quel que soit l'endroit : la couronne, les protubérances roses accrochées au bord du disque, les grains de Baily, l'effet de bague à diamant, et la nuit en plein jour. Le passage de 99 % à 100 % ne se fait pas en dégradé : c'est une frontière, franchie en une minute environ. On est d'un côté ou de l'autre.

Ce qui se verra, en revanche, est réel et vaut le déplacement : un Soleil réduit à un fil de lumière courbe, une lumière ambiante devenue étrange, des ombres portées d'une netteté inhabituelle, et sous les arbres, des centaines de croissants projetés au sol. À ce niveau d'obscuration, on ne regarde plus un coucher de Soleil ordinaire.

Ce que l'œil verra au maximum

Voilà l'image à emporter. À 97 % d'obscuration — le régime de Bordeaux, Toulouse ou Biarritz — le Soleil n'est plus un disque mordu : c'est un arc, un trait de lumière courbé sur les trois quarts d'un cercle, d'une finesse qui surprend même ceux qui s'y attendaient. À Strasbourg ou Lille, autour de 90 %, il restera un croissant plus épais, encore franchement solaire.

Deux avertissements tiennent dans cette image. Le premier : elle a été prise à travers un voile de nuages, seul cas où un Soleil éclipsé se photographie sans filtre — un ciel dégagé exige une protection certifiée, sans exception. Le second : ce croissant, même réduit à un fil, brille exactement autant par unité de surface que le Soleil entier. L'éclipse en retire l'étendue, jamais l'intensité.

Fin croissant de Soleil blanc, arqué sur presque tout un cercle, se détachant sur un ciel gris laiteux voilé de nuages
La forme qu'aura le Soleil au maximum depuis le Sud-Ouest : un croissant réduit à un fil. Phase partielle du 8 avril 2024, Temple (Texas), photographiée à travers un voile nuageux. Ed Uthman (CC BY 2.0, Wikimedia Commons)
Horaires en heure légale française, obscuration et hauteur du Soleil au maximum. « Coucher pendant l'éclipse » signale les villes où le Soleil disparaît avant la fin du phénomène : la phase finale s'y déroule sous l'horizon.
Début Coucher du Soleil
Hendaye 19 h 31 20 h 27 99,5 % 7,3° 21 h 14 — pendant l'éclipse
Biarritz 19 h 31 20 h 27 99,3 % 7,3° 21 h 14 — pendant l'éclipse
Toulouse 19 h 31 20 h 26 97,7 % 5,4° 21 h 01 — pendant l'éclipse
Bordeaux 19 h 29 20 h 24 97,4 % 7,3° 21 h 13 — pendant l'éclipse
Ajaccio 19 h 33 20 h 26 96,6 % 0,3° 20 h 29 — 3 min après le maximum
Montpellier 19 h 31 20 h 25 96,5 % 3,9° 20 h 51 — pendant l'éclipse
Brest 19 h 22 20 h 19 96,3 % 11,5° 21 h 36 — après la fin
Marseille 19 h 32 20 h 25 96,2 % 2,8° 20 h 45 — pendant l'éclipse
Nantes 19 h 25 20 h 21 95,5 % 9,1° 21 h 22 — après la fin
Nice 19 h 31 20 h 24 94,9 % 1,9° 20 h 38 — pendant l'éclipse
Rennes 19 h 23 20 h 19 94,8 % 9,6° 21 h 24 — après la fin
Clermont-Ferrand 19 h 28 20 h 22 94,5 % 5,5° 21 h 00 — pendant l'éclipse
Lyon 19 h 28 20 h 22 93,7 % 4,4° 20 h 54 — pendant l'éclipse
Paris 19 h 22 20 h 17 91,9 % 7,5° 21 h 11 — à la minute près
Lille 19 h 19 20 h 14 90,1 % 8,0° 21 h 12 — après la fin
Strasbourg 19 h 23 20 h 16 89,7 % 4,3° 20 h 49 — pendant l'éclipse

Le pourcentage ne décide de rien, l'horizon si

Lisez le tableau en diagonale et une contradiction saute aux yeux : Nice masque 94,9 % du Soleil, Brest 96,3 % — mais Nice verra son maximum à 1,9° de hauteur quand Brest l'aura à 11,5°. Les deux gradients travaillent en sens contraire. L'obscuration croît vers le sud-sud-ouest, d'environ un point tous les 90 kilomètres, en direction de la bande espagnole ; la hauteur du Soleil, elle, croît vers l'ouest et le nord-ouest, parce que le Soleil s'y couche plus tard.

Un chiffre pour fixer l'idée : 1,9°, c'est moins que la largeur de votre auriculaire tendu à bout de bras. À Nice, à Marseille, à Ajaccio, le Soleil éclipsé sera littéralement posé sur l'horizon. Le moindre immeuble, la moindre colline, la moindre ligne d'arbres, et il n'y aura rien à voir — pendant qu'à quinze kilomètres de là, quelqu'un installé face à la mer verra tout.

D'où la seule consigne qui compte vraiment, et elle prime sur le choix de la ville : trouvez un horizon ouest à ouest-nord-ouest parfaitement dégagé. L'azimut du maximum tourne autour de 284 à 290° selon les régions. Un bord de mer tourné à l'ouest, une plaine, une crête, un plateau : repérez-le avant le 12, pas le soir même. Le meilleur compromis profondeur × hauteur se trouve sur la côte atlantique du Sud-Ouest — Biarritz offre 99,3 % à 7,3° — puis, plus au nord, la Bretagne et la Vendée, autour de 96 % avec le Soleil encore à 9-11°.

La météo, et pourquoi le zénith ne vous dit rien

Le mois d'août partage la France en deux, et Météo-France le formule sans détour : le sud et le littoral méditerranéen bénéficient statistiquement d'un ensoleillement plus important, tandis que le nord et l'ouest sont davantage exposés aux passages nuageux. Le relief offre souvent un ciel dégagé en altitude, au prix d'un risque orageux qui monte volontiers en fin de journée d'été. Une ironie tient dans ces tendances : les régions au ciel le plus sûr — Corse, Côte d'Azur, Languedoc — sont précisément celles où le Soleil sera le plus bas, donc les plus vulnérables au moindre obstacle.

Mais le vrai piège de cette éclipse-là n'est pas le ciel au-dessus de votre tête. Avec un Soleil sous 10° partout, et sous dans tout le Sud-Est, un simple banc de nuages bas posé sur l'horizon ouest suffit à tout masquer — y compris sous un ciel parfaitement bleu au zénith. C'est le scénario le plus fréquent des éclipses couchantes, et il ne se lit sur aucune carte de couverture nuageuse classique.

Conséquence pratique : consultez la prévision la veille et le matin même, regardez la nébulosité basse plutôt que la couverture totale, et gardez un plan B à trente minutes de route. Une prévision fiable de nébulosité ne s'établit que quelques jours, parfois quelques heures, avant l'événement.

À trois cents kilomètres près

La carte dit l'essentiel d'un coup d'œil : la bande de totalité, large de 294 km au mieux, coupe l'Espagne d'ouest en est en passant par les Asturies, la Castille et la vallée de l'Èbre — et la France reste juste au-dessus. Les courbes jaunes marquent l'obscuration ; le pays tout entier tient au-delà de celle de 80 %.

Pour ceux qui accepteraient la route, les villes espagnoles de la bande offrent entre 47 secondes (Santander) et 1 min 49 s (Oviedo) de vraie nuit. La vallée de l'Èbre, autour de Saragosse, est le point météorologiquement le plus sûr de tout le tracé : sa nébulosité d'août tombe sous les 30 %, et sur vingt-et-une années observées, dix-huit auraient permis de voir l'éclipse sans difficulté. Deux villes se jouent au kilomètre : Bilbao est sur la limite nord, Madrid sur la limite sud — les sources ne s'accordent pas sur leur sort, ce qui suffit à ne pas parier dessus.

Globe terrestre centré sur l'Atlantique nord, traversé par une bande rouge de totalité descendant du Groenland vers l'Islande puis l'Espagne, avec des courbes jaunes étiquetées 20, 40, 60 et 80 % et des lignes horaires vertes en UTC
Le trajet de l'ombre le 12 août 2026 : la bande rouge de totalité passe par le Groenland, l'Islande et le nord de l'Espagne. Les courbes jaunes donnent l'obscuration ; la France se situe au-delà de celle de 80 %. NASA's Scientific Visualization Studio — USRA/Ernie Wright, SGT/Sarah Frazier (domaine public)

La protection est obligatoire du début à la fin

C'est le point sur lequel cette page ne transigera pas, et il découle directement de ce qui précède : puisqu'il n'y a de totalité nulle part en France, il n'existe aucun instant où l'on puisse retirer son filtre. Pendant une éclipse totale, les quelques minutes de totalité s'observent à l'œil nu — c'est la seule exception qui existe, et elle ne s'applique pas ici. De 19 h 20 à 21 h 15, du premier au dernier contact, la protection reste en place.

La lésion que l'on risque s'appelle rétinopathie solaire. Son mécanisme la rend particulièrement traître. La rétine ne possède aucun récepteur de la douleur : la brûlure se constitue sans qu'on sente quoi que ce soit. Les troubles n'apparaissent qu'après quatre à six heures, parfois douze — on rentre chez soi convaincu de s'en être tiré, et le déficit se découvre au réveil. Il se manifeste par une tache aveugle centrale, un flou, des lignes droites qui ondulent. Il n'existe aucun traitement. Beaucoup de patients récupèrent en trois à six mois, mais un suivi à un an montre que 30 % gardent une déformation ou un scotome, et que la lésion reste visible à l'imagerie dans 80 % des cas. Un détail clinique dit tout : après l'éclipse américaine de 2017, l'imagerie d'une patiente montrait, imprimée dans sa rétine, la forme même du croissant solaire qu'elle avait regardé.

La bonne nouvelle est que la prévention fonctionne, et qu'elle a été mesurée : en 1999, quinze millions de protections avaient été diffusées en France, et aucun accident grave ne fut enregistré. Le protocole complet, y compris avec des enfants, est détaillé dans observer le Soleil en sécurité.

Le piège du Soleil rouge — l'atmosphère filtre à l'envers

Voici l'idée fausse la plus dangereuse de cette éclipse-ci, et elle vient de sa géométrie même. Vers 20 h 20, le Soleil sera bas, orangé, apaisé — le genre de Soleil couchant qu'on fixe sans gêne tous les soirs d'été. La tentation de baisser les lunettes sera énorme. Elle serait grave.

Un filtre certifié ISO 12312-2 doit atténuer la lumière d'un facteur compris entre 31 000 et 2 500 000. L'épaisseur d'atmosphère traversée par un Soleil à 8°, elle, n'atténue que d'un facteur de l'ordre de dix. On est à trois ordres de grandeur du compte : ce n'est pas « un peu insuffisant », c'est hors sujet.

Pire, l'atmosphère filtre dans le mauvais sens. Elle diffuse préférentiellement les courtes longueurs d'onde — c'est ce qui rougit le Soleil couchant — et laisse passer bien plus volontiers le rouge et le proche infrarouge. Autrement dit, elle retire surtout ce que l'œil perçoit, et bien moins ce qui chauffe la rétine. Le confort augmente pendant que le danger demeure : l'éblouissement disparaît, le réflexe de détourner le regard ne se déclenche plus, la pupille se dilate — et laisse entrer davantage d'énergie. C'est exactement le mécanisme qui rend un verre fumé ou un CD plus dangereux que rien du tout. Le Soleil couchant est ce filtre de fortune, offert par la nature.

À retenir : un Soleil rouge qui ne fait plus mal aux yeux n'est pas un Soleil sûr. C'est un Soleil dont l'atmosphère a retiré l'avertissement, sans retirer le danger.

Ce qui protège réellement, et ce qui ne protège pas. La règle physique est unique : un filtre solaire doit couper simultanément le visible, l'ultraviolet et l'infrarouge. Les moyens de fortune coupent le visible — celui qu'on perçoit — et laissent passer l'infrarouge, qui brûle sans prévenir.
Moyen Verdict Pourquoi
Lunettes d'éclipse ISO 12312-2, intactes ✅ Sûr Atténuation de 31 000 à 2 500 000×, avec UV coupés au moins autant que le visible et infrarouge limité à 3 %. Comptez 1,50 à 4 € : clubs d'astronomie, magasins spécialisés, opticiens, offices de tourisme et mairies
Filtre solaire pleine ouverture, devant l'objectif ✅ Sûr Film AstroSolar densité 5.0 ou filtre en verre certifié, monté à l'avant du tube. Pour des jumelles, il en faut deux — et le chercheur se bouche
Verre de soudeur indice 12 à 14 ✅ Acceptable L'indice 14 est la référence citée par la NASA ; en dessous de 12, on sort de la fenêtre sûre. Image verte, confort médiocre
Projection par sténopé, passoire, feuillage ✅ Sûr et pédagogique On tourne le dos au Soleil et on regarde l'image projetée. La seule méthode réellement adaptée aux enfants et aux groupes
Filtre vissé sur l'oculaire 🔴 Danger de mutilation Placé après que l'optique a concentré toute l'énergie collectée, il chauffe jusqu'à éclater — pendant que l'œil est collé derrière. Ces filtres se vendent encore avec des tubes d'entrée de gamme : ils se jettent
Lunettes d'éclipse derrière un instrument 🔴 Danger de mutilation La norme calibre ces filtres pour l'œil nu. Derrière une optique qui concentre, le filtre brûle instantanément
Lunettes de soleil, même plusieurs paires 🔴 Dangereux Atténuation de l'ordre de 2 à 4×, quand il en faut 31 000. Aucune spécification infrarouge
Radiographie, négatif photo, verre fumé 🔴 Dangereux Nommément proscrits par les autorités françaises : densité non maîtrisée et transparence à l'infrarouge
CD, DVD, emballage métallisé, couverture de survie 🔴 Dangereux Couche d'aluminium d'épaisseur non contrôlée et qualité optique désastreuse. Si l'on voit à travers en éclairage domestique, c'est déjà rédhibitoire
Filtre photo à densité neutre, polarisant 🔴 Dangereux Conçus pour le visible seulement ; ils laissent passer UV et infrarouge, y compris devant un appareil photo — où c'est le capteur qui cuit
Masque de soudeur auto-obscurcissant 🔴 Dangereux Écarté par l'American Astronomical Society : sa réponse n'est pas celle d'un filtre solaire
Lunettes rayées, percées, déchirées, filtre décollé 🔴 À jeter Un seul micro-trou laisse passer un faisceau non atténué jusqu'à la fovéa. Vérifiez-les à l'intérieur avant de sortir : on ne doit rien distinguer, sinon les lampes les plus vives, et très faiblement

La méthode sans filtre, sans danger, et sans budget

Si vous n'avez pas de lunettes, ou si vous êtes avec des enfants, la projection règle tout : on tourne le dos au Soleil, et on regarde une image de lui. Un carton percé d'un trou d'aiguille suffit — mais la passoire de cuisine fait mieux, en multipliant l'effet par le nombre de ses trous.

La géométrie est simple et se retient : l'image projetée mesure environ un centimètre par mètre de distance entre le trou et l'écran. À un mètre, un croissant d'un centimètre ; à trois mètres, presque trois centimètres, mais plus pâle. Un trou petit et à bords nets donne une image piquée, un trou large une image lumineuse et floue — c'est tout l'arbitrage.

La règle de sécurité tient en une phrase, et elle se répète aux enfants : on ne regarde jamais le Soleil à travers le trou. Le trou est derrière soi, l'image devant.

Ombre bleutée d'une passoire de cuisine projetée sur un drap blanc, percée d'une centaine de petits croissants lumineux formés par ses trous
Une passoire de cuisine transforme chacun de ses trous en sténopé : ce ne sont pas des points de lumière, mais autant d'images du Soleil éclipsé. 8 avril 2024. Brucewaters (CC BY 4.0, Wikimedia Commons)

Les croissants sous les arbres, le spectacle qu'on oublie de regarder

Le même phénomène se produit spontanément sous n'importe quel feuillage : les interstices entre les feuilles sont des sténopés, et le sol se couvre de centaines de croissants orientés dans le même sens. Beaucoup de gens passent l'éclipse le nez en l'air et manquent complètement ce qui se joue à leurs pieds.

Une particularité du 12 août mérite d'être anticipée. Avec un Soleil entre 2 et 8°, la lumière arrivera de façon très rasante : les croissants seront étirés, et se projetteront davantage sur les surfaces verticales — un mur clair, une façade, le côté d'une maison — que sur le sol. Repérez un mur blanc exposé à l'est, il fera un meilleur écran que votre allée.

Mur crépi ocre couvert de centaines de croissants lumineux projetés par le feuillage d'un arbre, se prolongeant sur un dallage de briques au premier plan
Chaque interstice du feuillage agit comme un sténopé : pendant une éclipse partielle, le sol et les murs se couvrent de croissants. 20 mai 2012. Charley280 (CC BY 3.0, Wikimedia Commons)

Le Soleil derrière un filtre, et pas seulement son contour

À l'œil protégé, on suit une silhouette : le croissant qui s'amincit. Derrière un filtre pleine ouverture monté sur un instrument, on voit tout autre chose — la surface du Soleil, avec ses groupes de taches sombres, et le bord de la Lune qui vient les recouvrir l'un après l'autre. C'est l'argument principal pour sortir un tube ce soir-là, bien plus que le grossissement.

Réserve honnête, et elle est de taille le 12 août : à 5° de hauteur, le regard traverse près de dix fois l'épaisseur d'atmosphère du zénith. L'image bouillonnera, les couleurs se déliteront en un liseré bleu et rouge sur les bords du disque. Attendez-vous à une vue instable, et privilégiez un faible grossissement — le spectacle est dans la scène entière, pas dans le détail.

Disque solaire blanc crème sur fond noir, entamé sur son bord droit par la Lune, avec deux groupes de taches sombres visibles sur sa surface
Ce que le filtre montre en plus du croissant : la surface du Soleil et ses taches, ici pendant la phase partielle du 21 août 2017, au film de densité 5.0 sur 1 600 mm de focale. Rkinch (CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons)

Avec des jumelles ou un télescope

La règle est unique et sans exception : le filtre se pose à l'avant, côté Soleil, devant l'objectif. Jamais à l'oculaire. La raison est mécanique : un filtre placé derrière l'optique reçoit toute l'énergie déjà concentrée par l'ouverture, chauffe, et peut éclater alors que l'œil est en place. Un filtre frontal, lui, rejette 99,999 % du rayonnement avant qu'il n'entre dans le tube.

Deux densités circulent, et les confondre coûte cher. La densité 5.0 (transmission d'un cent-millième) est la seule admise à l'œil. La densité 3.8, seize fois plus claire, est réservée à la photographie — elle se vend à côté, souvent moins cher, et les deux films se ressemblent à s'y méprendre. Le détail des montages, densités et diamètres est dans notre guide des filtres solaires. Sur des jumelles, il faut deux filtres, un par objectif ; sur un télescope, on n'oublie pas de boucher le chercheur, qui forme lui aussi une image brûlante et invite à y coller un œil.

Ce que le filtre apporte en plus du croissant : la surface du Soleil elle-même, avec ses taches. C'est le seul moyen de voir, dans le même champ, le bord de la Lune avancer sur des groupes de taches — un spectacle que l'œil nu protégé ne donne pas, et que nous détaillons dans observer les taches solaires.

Photographier sans cuire son matériel

Le filtre est aussi obligatoire devant un appareil photo, et pour les mêmes raisons : un téléobjectif concentre l'énergie sur quelques millimètres carrés de capteur. Sur un reflex, ajoutez une règle absolue — jamais le viseur optique, uniquement l'écran en visée directe : le viseur envoie dans votre œil exactement ce qui cuirait le capteur.

Au smartphone, la nuance est utile. En grand-angle, la focale est trop courte pour concentrer quoi que ce soit : le risque matériel est négligeable, et c'est l'option la plus intéressante ce soir-là — un Soleil à 5° dans un paysage fait une bien meilleure photo qu'un point blanc cadré serré. Dès que vous passez sur un module téléobjectif, en revanche, il faut placer une paire de lunettes d'éclipse devant l'objectif, en couvrant toute l'ouverture, sans fuite sur les bords.

Réglages praticables au filtre : ISO 100, f/8, entre 1/125 et 1/500 s, mise au point manuelle affinée à l'écran grossi, et trépied dès que la focale s'allonge. Prévoyez large en bracketing : à 5° de hauteur, la turbulence et la brume feront varier l'exposition d'une minute à l'autre. Le déroulé complet d'une séance, du repérage au traitement, est dans photographier une éclipse solaire.

L'image qu'il faut avoir vue pour comprendre l'enjeu

Voilà ce qui se joue de l'autre côté de la frontière des 100 %, à trois cents kilomètres au sud. Le disque noir, les serpentins blancs de la couronne étirés sur plus d'un rayon solaire, les protubérances roses accrochées au bord : rien de tout cela ne sera visible depuis la France, pas même à Hendaye et ses 99,5 %.

C'est aussi ce qui explique qu'un passionné accepte de rouler mille kilomètres pour deux minutes. Et c'est ce qui rend la date du 2 août 2027 intéressante : la totalité y sera accessible en Andalousie, à une journée de route — avec, cette fois, un Soleil haut dans le ciel de midi.

Disque lunaire parfaitement noir entouré d'une couronne solaire blanche aux longs serpentins rayonnants, avec de petites protubérances roses au bord droit
Ce que la France ne verra pas : la couronne solaire pendant la totalité du 8 avril 2024, à Sherbrooke (Québec). Composite HDR de 18 poses. Brucewaters (CC BY 4.0, Wikimedia Commons)

Après le 12 août : deux rendez-vous rapprochés

Cette éclipse ouvre une séquence comme il s'en présente rarement. Le 2 août 2027, une éclipse totale traverse le sud de l'Espagne et l'Afrique du Nord, avec jusqu'à 6 min 23 s de totalité près de Louxor — la deuxième plus longue du siècle. La bande passe par Cadix, Málaga, Ceuta et Melilla, puis Tanger, où la totalité dure 4 min 51 s. Depuis la France, ce ne sera qu'une partielle : 51 % à Paris, 76 % à Perpignan. Mais elle se produit vers 11 h du matin, Soleil haut — l'inverse exact des difficultés de 2026, et à une journée de route.

Le 26 janvier 2028, une éclipse annulaire — l'anneau de feu, quand la Lune trop lointaine ne couvre pas tout le disque — sera visible dans son intégralité depuis la Guyane française, et en partielle de métropole, autour de 54 à 57 % à Paris et 81 % à Perpignan.

Puis la porte se referme pour un demi-siècle

La prochaine éclipse totale visible depuis la France métropolitaine est datée du 3 septembre 2081 : elle traversera le centre du pays d'ouest en est, Paris compris. La précédente remonte au 11 août 1999. Entre les deux, quatre-vingt-deux ans.

L'outre-mer est mieux servi : la Guyane connaîtra une totale le 12 août 2045, avec une partielle aux Antilles le même jour. Pour la métropole, en revanche, l'éclipse du 12 août 2026 est ce qui approchera le plus de la totalité avant la fin du siècle. C'est tout l'argument de la soirée : à 99 %, ce n'est pas la totalité — mais c'est le maximum que ce pays verra d'ici longtemps, et il tombe un mercredi soir de vacances.

Pourquoi les éclipses reviennent par familles

Une éclipse de Soleil exige une Nouvelle Lune, mais toutes les Nouvelles Lunes n'en produisent pas : l'orbite lunaire est inclinée d'environ sur celle de la Terre, et l'alignement ne se réalise qu'au voisinage des nœuds, ces deux points où les deux trajectoires se croisent. D'où des « saisons d'éclipses », quelques semaines privilégiées deux fois l'an.

Tous les dix-huit ans environ, la géométrie Soleil-Terre-Lune se répète presque à l'identique : c'est le cycle du saros, connu des astronomes babyloniens. Chaque saros engendre une lignée d'éclipses parentes, décalées d'un tiers de tour de Terre à chaque retour. Celle du 12 août 2026 est le quarante-huitième membre du saros 126, une famille qui en comptera soixante-douze. Sa parente précédente s'est produite le 1er août 2008, au-dessus de la Sibérie et de la Chine.

La conséquence est cruelle pour un lieu donné. L'ombre ne balaie qu'une bande de quelques centaines de kilomètres à chaque passage : statistiquement, il faut environ quatre cents ans pour qu'un même point de la surface terrestre soit à nouveau touché par la totalité. C'est ce chiffre, et non la rareté des éclipses elles-mêmes — il s'en produit une à deux par an —, qui fait de l'attente française jusqu'en 2081 quelque chose de banal plutôt que d'exceptionnel.

Ce que les éclipses ont appris aux scientifiques

Longtemps, l'éclipse fut un présage. La tradition chinoise raconte que les astronomes Hi et Ho auraient été décapités pour n'avoir pas su prédire un assombrissement ; en Grèce, Thalès de Milet devint légendaire en annonçant celle du 28 mai 585 avant notre ère, assez impressionnante pour interrompre une bataille entre Mèdes et Lydiens. En 1560, une éclipse sema une panique telle en France que des curés durent en annoncer le report pour calmer leurs fidèles.

Le basculement date de 1715 : Edmond Halley publie une carte prédictive du trajet de l'ombre sur l'Angleterre — presque semblable à celles d'aujourd'hui — et décrit la couronne pour la première fois. L'éclipse devient un laboratoire. En 1842, François Arago en mène à Milan la première étude moderne. Le 28 juillet 1851, Julius Berkowski en réalise la première photographie.

Deux moments dépassent l'astronomie. Le 18 août 1868, en Inde, Jules Janssen analyse la lumière des protubérances et y trouve une raie qui ne correspond à aucun élément connu : c'est l'hélium, découvert dans le Soleil avant de l'être sur Terre. Puis, le 29 mai 1919, les équipes d'Arthur Eddington photographient depuis le Brésil et l'Afrique les étoiles apparues près du disque masqué. Leur position est très légèrement déplacée — exactement de la quantité prévue par la relativité générale. Le lendemain, la presse mondiale faisait d'Einstein une célébrité. Aucun autre phénomène naturel n'aura permis de peser la gravité d'aussi loin.

  1. 11 août 1999

    La dernière éclipse totale visible de France. Éclipse Info diffuse près de 15 millions de protections : aucun accident grave n'est enregistré.

  2. 12 août 2026

    Partielle profonde sur toute la métropole, de 89,7 % à Strasbourg à 99,5 % à Hendaye, au coucher du Soleil. Totalité en Islande et dans le nord de l'Espagne.

  3. 2 août 2027

    Totalité en Andalousie, au Maroc et jusqu'en Égypte — 6 min 23 s au maximum. Partielle en France, 51 % à Paris, mais en milieu de journée, Soleil haut.

  4. 26 janvier 2028

    Annulaire : l'anneau de feu est visible en entier depuis la Guyane française. Partielle en métropole, 54 à 57 % à Paris et 81 % à Perpignan.

  5. 12 août 2045

    Éclipse totale sur la Guyane française, partielle aux Antilles. La métropole, elle, attend toujours.

  6. 3 septembre 2081

    La prochaine totale en France métropolitaine : la bande traverse le centre du pays d'ouest en est, Paris inclus. Quatre-vingt-deux ans après 1999.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

Le télescope reste à la maison : à 5° de hauteur, la turbulence est telle qu'il ne montrera qu'un croissant bouillonnant. Ce qui compte, c'est le lieu et l'avance — une crête face à l'ouest, trente minutes avant, et une seconde adresse en tête si l'horizon se bouche. 1999 vécu sous les nuages suffit à ne plus jamais parier sur un seul site. Le reste tient dans deux détails : deux paires de lunettes, parce qu'une paire se casse ou se perd, et une passoire de cuisine, qui projette des dizaines de croissants au sol et fait plus d'effet que n'importe quel instrument.

Il vous reste quelques jours pour vous équiper

Les lunettes en carton protègent vos yeux ; elles ne protègent pas un télescope. Pour observer le Soleil dans un tube ou des jumelles, il faut un filtre pleine ouverture monté à l'avant — du film Baader densité 5.0 au filtre en verre certifié. La liste complète de ce qu'il faut avoir le 12 au soir est dans notre guide dédié.

Le reste du programme

Les prochains rendez-vous

Revenir en haut de la page