Événements · Pluie d'étoiles filantes
Les Perséides
Chaque mois d'août, la Terre traverse le sillage poussiéreux d'une comète de 26 kilomètres et le ciel se raye de traits fugaces. En 2026, le maximum tombe dans la nuit du mercredi 12 au jeudi 13 août, sans le moindre clair de Lune : la meilleure fenêtre depuis 2018. Reste à savoir ce que vous compterez vraiment — et l'honnêteté oblige à dire que l'essaim traverse une année maigre.
Maximum annoncé par l'IMO, en heure française
C'est le moment !
- 100
- le ZHR de référence des Perséides : un taux théorique, radiant au zénith et ciel parfait — jamais ce que vous compterez
- 59 km/s
- la vitesse d'entrée des poussières dans l'atmosphère, soit 212 000 km/h : les Perséides sont un essaim rapide
- 0 %
- du disque lunaire éclairé la nuit du pic — la Nouvelle Lune tombe le 12 août, elle passe même devant le Soleil
- 2045
- la prochaine année où une Nouvelle Lune retombera un 12 août : la configuration de 2026 ne se représentera pas avant
Ce qui se passe au-dessus de vous
Une pluie d'étoiles filantes n'est pas une averse venue de nulle part : c'est un croisement de routes. La comète 109P/Swift-Tuttle boucle une orbite très allongée en 133 ans, et sème derrière elle, à chaque passage près du Soleil, un ruban de grains arrachés à sa glace. Ce ruban coupe l'orbite terrestre. Chaque année entre le 17 juillet et le 24 août, la Terre s'y engage à 30 km/s ; les grains, eux, arrivent en sens quasi frontal. La vitesse relative atteint 59 km/s, soit 212 000 km/h.
Ces grains ne sont pas des rochers. Leur taille va du grain de sable au petit pois, et leur masse se compte en fractions de gramme. C'est la vitesse qui fait tout le spectacle : une particule d'un dixième de gramme lancée à 59 km/s transporte 174 000 joules d'énergie cinétique — l'équivalent d'une quarantaine de grammes de TNT, concentrés dans un objet qui tiendrait sur un ongle.
L'atmosphère l'arrête haut. Le grain commence à s'échauffer vers 115 km d'altitude, atteint 1 650 °C, se vaporise entièrement et cesse d'être visible vers 90 km. Ce que vous voyez n'est d'ailleurs pas le grain, mais la colonne d'air ionisé qu'il laisse derrière lui, qui se recombine en émettant de la lumière. Rien ne touche jamais le sol : le mot « météorite » n'a aucune place ici. Sur l'année entière, tous essaims confondus, ce sont environ 100 000 tonnes de poussière qui se consument ainsi au-dessus de nos têtes.
Le millésime 2026 : ciel parfait, essaim maigre
Il faut dire les deux choses, et dans cet ordre. La bonne d'abord : la Nouvelle Lune tombe le 12 août 2026. Non seulement notre satellite ne se lèvera pas la nuit du pic, mais il sera occupé ailleurs — c'est ce même jour qu'il passe devant le Soleil et offre à la France une éclipse partielle au coucher. Il en résulte un fond de ciel absolument noir, celui qui laisse voir les traits faibles, ceux de magnitude 3 ou 4 que la moindre Lune gomme. Cette configuration ne s'était pas produite depuis 2018, et une Nouvelle Lune ne retombera pas un 12 août avant 2045.
La moins bonne ensuite, et elle est écrite noir sur blanc dans le Calendrier 2026 de l'International Meteor Organization. Les travaux de modélisation de Maslov indiquent que l'activité de fond de l'essaim est attendue notablement en dessous du ZHR de 100 habituellement cité, et cela jusqu'en 2026 inclus. Ce n'est qu'en 2027 que la Terre traversera de nouveau des portions du ruban remaniées par Jupiter, ce qui devrait relever les taux généraux.
Deux consolations figurent dans le même document. Vaubaillon calcule une approche de la traînée de 1079 — la poussière laissée par la comète il y a près de mille ans, aujourd'hui fragmentée en trois branches — que la Terre rencontrerait le 12 août à 16 h 53 UT ; la traînée est si ancienne qu'aucune estimation d'activité n'est avancée. Jenniskens répertorie par ailleurs un filament ténu de 109P attendu le 13 août vers 01 h UT, avec une incertitude de cinq heures et un ZHR plafonné à 43. Ces deux structures resteraient noyées une année riche. Une année pauvre, elles deviennent détectables — c'est tout le paradoxe de 2026.
À quoi ressemble vraiment une Perséide
Voilà l'image qu'il faut avoir en tête avant de s'allonger, parce qu'elle désamorce la déception la plus courante. Une Perséide moyenne n'est pas une boule de feu : c'est un trait fin, blanc, qui dure entre un quart de seconde et une seconde, et qui s'éteint avant que vous ayez eu le temps de tourner la tête. Le paramètre technique qui décrit cette réalité s'appelle l'indice de population, noté r ; il vaut 2,2 pour les Perséides, ce qui signifie qu'il y a un peu plus de deux fois plus de météores d'une magnitude donnée qu'il n'y en a une magnitude plus haut. Autrement dit : la population est dominée, et de loin, par les traits discrets.
C'est aussi pourquoi la vision périphérique compte davantage que la vision centrale. Le centre de votre rétine, la fovéa, est peuplé de cônes — précis, mais peu sensibles à la faible lumière. Les bâtonnets, cent fois plus sensibles, se concentrent en couronne autour d'elle. Un observateur qui fixe un point voit moins de météores qu'un observateur au regard relâché : le mécanisme est détaillé dans notre guide sur l'adaptation de la vision nocturne.
Restent les bolides, et c'est la signature de cet essaim. Depuis 2008, les Perséides produisent plus de météores très lumineux que n'importe quelle autre pluie annuelle. Bill Cooke, du bureau des environnements météoritiques de la NASA, en attribue la cause à la taille du corps parent : un noyau de 26 km libère des grains plus gros que la moyenne. Comptez-en un ou deux par nuit, sans prévenir, assez brillants pour projeter une ombre et laisser une traînée persistante quelques secondes.

Le radiant : à quoi il sert, et pourquoi il ne faut pas le regarder
Toutes les Perséides arrivent parallèlement les unes aux autres. Vu du sol, cet alignement se traduit par un effet de perspective identique à celui des rails d'une voie ferrée qui semblent converger à l'horizon : prolongées en arrière, toutes les trajectoires se recoupent en un point unique du ciel, le radiant. L'IMO le situe le 13 août à α = 48°, δ = +58°, soit dans la constellation de Persée, entre le W de Cassiopée et l'amas double. Il dérive d'un peu plus d'un degré par jour vers l'est.
Le radiant sert à identifier un météore, jamais à le chercher. Et l'erreur de débutant consiste précisément à le fixer : au voisinage immédiat du radiant, les trajectoires sont vues quasiment de bout, donc raccourcies à quelques degrés, parfois réduites à un point. Les traits les plus longs et les plus spectaculaires apparaissent à 40 ou 60 degrés du radiant. La bonne posture consiste donc à viser une zone du ciel située à mi-chemin entre Persée et le zénith, et à laisser le champ de vision s'ouvrir au maximum.
Ce que le radiant commande, en revanche, c'est le nombre. Un radiant bas sur l'horizon signifie que la plupart des météores brûlent sous votre horizon local, ou dans une couche d'atmosphère si épaisse qu'ils s'y éteignent. Le taux observé varie comme le sinus de la hauteur du radiant : à 30° de hauteur, vous en voyez la moitié ; à 60°, les six dixièmes ; jamais plus. C'est la raison pour laquelle une pluie d'août se joue après minuit et non en soirée.
Les vraies heures de la nuit du 12 au 13
Trois horloges se superposent cette nuit-là, et il faut les faire coïncider. La première est celle de l'essaim : l'IMO place le maximum nodal le 13 août entre 02 h et 04 h UT, soit 04 h à 06 h en heure française. La deuxième est celle du radiant, qui grimpe toute la nuit sans jamais redescendre. La troisième est celle du Soleil, qui gâche les deux bouts.
Le verdict est net : depuis la métropole, le maximum annoncé arrive juste au moment où le ciel commence à blanchir. Ce n'est pas une raison de renoncer, parce que le maximum des Perséides est large : l'IMO rappelle que le pic « traditionnel » a historiquement flotté entre les longitudes solaires 139,8° et 140,3°, ce qui, ramené à 2026, ouvre une fenêtre du 12 août 21 h UT au 13 août 09 h UT. Toute la nuit du 12 au 13 est dedans, du début à la fin.
À Paris, la nuit astronomique — Soleil à plus de 18° sous l'horizon, seul régime où le fond de ciel est vraiment noir — commence à 23 h 24 et s'achève à 04 h 29. Cinq heures et cinq minutes, pendant lesquelles le radiant passe de 24° à 57° de hauteur. Les deux dernières heures valent les trois premières. Et si le ciel se couvre, l'IMO recommande explicitement d'inclure les nuits encadrantes dans le programme : les retours de 2018, 2020 et 2021 ont montré des sursauts tardifs, entre 0,7 et 1,5 jour après le maximum principal — même si rien de tel n'a été revu de 2022 à 2024.
| Début de la nuit noire | Fin de la nuit noire | |||
|---|---|---|---|---|
| Marseille | 22 h 38 | 04 h 51 | 6 h 13 | 40° |
| Toulouse | 22 h 55 | 05 h 05 | 6 h 10 | 38° |
| Bordeaux | 23 h 10 | 05 h 06 | 5 h 56 | 38° |
| Lyon | 22 h 53 | 04 h 40 | 5 h 47 | 41° |
| Nantes | 23 h 28 | 04 h 56 | 5 h 28 | 39° |
| Brest | 23 h 48 | 05 h 00 | 5 h 12 | 39° |
| Strasbourg | 23 h 00 | 04 h 09 | 5 h 09 | 45° |
| Paris | 23 h 24 | 04 h 29 | 5 h 05 | 42° |
| Lille | 23 h 35 | 04 h 12 | 4 h 37 | 44° |
| Aucune ligne ne correspond au filtre. | ||||
| Heure locale | Campagne (6,0) | Périurbain (5,5) | Banlieue (5,0) | Ville (4,0) | ||
|---|---|---|---|---|---|---|
| 23 h | 24° | 41 | 28 | 19 | 13 | 6 |
| 00 h | 30° | 50 | 33 | 23 | 15 | 7 |
| 01 h | 36° | 58 | 39 | 27 | 18 | 8 |
| 02 h | 42° | 67 | 45 | 30 | 21 | 9 |
| 03 h | 50° | 76 | 51 | 35 | 23 | 11 |
| 04 h | 57° | 84 | 57 | 38 | 26 | 12 |
| Aucune ligne ne correspond au filtre. | ||||||
Ce que ce tableau change à votre soirée
Comparez deux cases et la décision se prend toute seule. À 3 h du matin sous un ciel de campagne, la formule donne 51 météores dans l'heure. À la même minute, depuis un jardin de banlieue, elle en donne 23. Et depuis un balcon urbain, 11. Le trajet qui sépare ces trois lignes, c'est souvent quarante minutes de voiture — le meilleur investissement de la nuit, et il ne coûte rien.
L'autre enseignement est temporel. Entre 23 h et 4 h, à qualité de ciel égale, le taux double. Une soirée qui s'arrête à minuit ne récolte que la moitié la plus pauvre de la nuit. Si vous ne pouvez tenir que deux heures, prenez les deux dernières, pas les deux premières.
Trois précisions d'honnêteté, enfin. Ces nombres supposent un ciel entièrement dégagé et un observateur seul : à deux ou trois, dos à dos, on couvre plus de ciel et le total collectif monte, mais votre compte personnel, lui, ne bouge pas. Ils supposent aussi un horizon dégagé — un mur ou une haie qui masque un quart de la voûte retranche un quart du résultat. Ils supposent enfin une vision pleinement adaptée, ce qui n'arrive pas avant une bonne demi-heure sans lumière blanche. La stratégie complète pour trouver un ciel exploitable est développée dans notre guide sur la pollution lumineuse.
Où aller en France pour la ligne de gauche
La colonne « ciel noir » du tableau n'est pas théorique : elle décrit des endroits qui existent, et la France en compte trois officiellement protégés. Le Pic du Midi de Bigorre a été labellisé Réserve internationale de ciel étoilé en 2013, sur 3 000 km² couvrant les deux tiers des Hautes-Pyrénées ; il fut le premier d'Europe continentale. Le parc national des Cévennes a suivi en 2018 avec 3 560 km², ce qui en fait la plus vaste réserve du continent. Le territoire Alpes Azur Mercantour a obtenu le label en décembre 2019, quatorzième au monde.
Aucune de ces trois destinations n'est indispensable. Ce qu'il faut viser, c'est un point situé à plus de quinze kilomètres de toute agglomération, sans halo orangé dans la moitié du ciel où vous allez regarder, et sans lampadaire ni fenêtre éclairée dans votre champ direct. Un plateau agricole, une clairière, un col de moyenne montagne, un bord de lac : ces lieux valent la réserve labellisée, à condition d'y arriver avant la nuit pour repérer le terrain de jour.
Un mot sur l'altitude, souvent surestimée. Monter réduit l'épaisseur d'atmosphère et l'humidité, ce qui gagne quelques dixièmes de magnitude. Mais un col à 1 200 mètres situé sous le vent d'une vallée éclairée reste moins bon qu'une plaine noire à 200 mètres. L'éloignement des lumières prime toujours sur l'altitude.
Vues du dessus, les étoiles filantes brillent vers le bas
Cette photographie règle une question que personne ne pense à poser : à quelle distance de moi cela se produit-il ? Prise depuis la Station spatiale, qui orbite entre 400 et 420 km, elle montre le trait lumineux sous la ligne d'horizon terrestre, entre l'astronaute et les nuages. La combustion se déroule donc bien à l'intérieur de l'atmosphère, entre 115 et 90 km d'altitude — au-dessus de la couche où volent les avions, très en dessous de celle où gravitent les satellites.
Cette hauteur a une conséquence pratique que peu d'observateurs anticipent : le même météore est vu par tout le monde dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres. Un bolide qui brûle au-dessus de la Bourgogne est visible depuis la région parisienne comme depuis Lyon, sous des angles différents. C'est ce principe qui fonde les réseaux de caméras à double station : en photographiant le même trait depuis deux sites distants d'une centaine de kilomètres, on triangule la trajectoire réelle, la vitesse d'entrée et, si un fragment survit, la zone de chute. La variante radio de cette traque est décrite dans notre guide sur la détection radio des météores.

S'installer : la position compte plus que le matériel
Une pluie de météores s'observe à l'œil nu, et cette phrase mérite d'être prise au pied de la lettre. Des jumelles couvrent 5 à 7 degrés de ciel, un télescope moins d'un degré ; un météore en traverse trente en une demi-seconde. La probabilité qu'il tombe dans un champ aussi étroit est dérisoire. Le seul instrument utile, cette nuit-là, est votre nuque — et c'est elle qui lâchera la première.
D'où la vraie règle : être allongé, ou incliné à quarante-cinq degrés. Debout ou assis, on abandonne au bout de vingt minutes et on ne voit qu'un tiers du ciel. Un transat à dossier bas, un matelas de sol, une couverture posée sur l'herbe : le confort n'est pas un luxe ici, il conditionne la durée, et la durée conditionne le compte. Orientez les pieds à peu près vers le nord-est, de manière à avoir Persée dans le champ sans le fixer, et le zénith au centre du regard.
Le froid est le second abandon. Une nuit d'août en plaine descend souvent à 10 ou 12 °C au petit matin, et l'immobilité prolongée fait chuter la température ressentie bien plus vite qu'une marche. Prévoyez une couche de plus que ce que le thermomètre suggère, un duvet ou un plaid par-dessus, et de quoi isoler du sol qui pompe la chaleur par conduction. Le détail de l'équipement vestimentaire figure dans notre guide sur l'installation d'une séance d'observation.
Les quatre gestes qui ruinent une nuit de Perséides
Allumer une lumière blanche. C'est le plus coûteux, et le plus fréquent. Vos bâtonnets mettent vingt à trente minutes à produire assez de rhodopsine pour travailler à pleine sensibilité ; un écran de téléphone, ou un phare de voiture, remet ce compteur à zéro en une seconde. La parade tient en un accessoire à 15 € : une frontale à LED rouge, réglée au minimum. Le rouge profond épargne largement l'adaptation, et l'avoir sur la tête libère les deux mains.
Regarder son téléphone. Même raison, en pire, parce qu'on y reste plusieurs minutes. Si vous voulez identifier une constellation ou vérifier une heure, activez le mode nuit rouge de votre application de ciel avant de sortir, et baissez la luminosité au plancher — les applications qui proposent ce mode sont recensées dans notre panorama des applications d'astronomie.
Ne rester que dix minutes. Les météores ne sont pas régulièrement espacés : ils arrivent par grappes, entrecoupées de creux de sept ou huit minutes qui semblent interminables. Un quart d'heure d'observation peut très bien donner zéro par pure statistique, alors que le taux horaire est de trente. Le seuil en dessous duquel le résultat n'a aucun sens, c'est une heure.
Sortir les jumelles au mauvais moment. Elles n'ont aucun intérêt pour compter les météores, mais elles en ont un énorme pour occuper les creux — et c'est le seul usage qui vaille. Voir plus bas.
Que faire des creux : le champ de Persée aux jumelles
Entre deux météores, il se passe parfois huit minutes. C'est exactement le temps qu'il faut pour poser des jumelles 10×50 sur la région d'où ils viennent — et cette région est l'une des plus riches du ciel d'été. À une quinzaine de degrés du radiant se trouve l'amas double de Persée, deux essaims d'étoiles jeunes situés à 7 100 et 7 400 années-lumière, visibles ensemble dans le même champ et impossibles à confondre avec autre chose.
Un demi-tour de tête plus loin, la galaxie d'Andromède apparaît comme une lentille laiteuse : c'est l'objet le plus lointain accessible à l'œil nu, à 2,5 millions d'années-lumière. Et à l'opposé, la Voie lactée déroule du Cygne au Sagittaire un fleuve de champs stellaires qui justifie à lui seul de balayer aux jumelles pendant une heure.
Une paire de 10×50 reste la bonne pioche pour cet usage : cinquante millimètres d'ouverture collectent cinquante fois la lumière d'une pupille dilatée, le grossissement de dix reste tenable à main levée, et le champ dépasse cinq degrés. Nous détaillons ce choix dans notre page consacrée au 10×50 et dans notre comparaison œil nu, jumelles ou télescope. Une règle vaut la peine d'être répétée : reposez-les dès qu'un compte sérieux commence. Les deux activités ne se mènent pas en même temps.

La comète mère, et sa prochaine visite
Voici le corps qui alimente le spectacle, photographié lors de son dernier passage. 109P/Swift-Tuttle possède un noyau de 26 kilomètres de diamètre, soit plus du double de l'objet tenu pour responsable de l'extinction des dinosaures : c'est le plus gros corps connu à repasser régulièrement près de la Terre. Son périhélie de 1992 a permis les mesures précises dont dérivent toutes les prévisions actuelles.
La comète revient au voisinage du Soleil vers 2125-2126. Après le passage de 1992, certains calculs préliminaires laissaient craindre une rencontre ; les positions affinées ont écarté ce scénario, et l'approche de 2126 est aujourd'hui considérée comme sans danger. Elle sera surtout spectaculaire : une comète de cette taille passant à faible distance devrait être visible en plein jour.
Entre-temps, ce qui traverse notre atmosphère chaque mois d'août n'a pas été libéré hier. Les grains rencontrés cette année ont quitté le noyau lors de passages antérieurs, parfois très anciens — la traînée que Vaubaillon suit pour 2026 remonte à l'an 1079. Les Perséides sont, très littéralement, une archive en poussière : chaque nuit d'observation échantillonne un millésime différent de la même comète.

Des larmes de saint Laurent à l'orbite de Schiaparelli
Les Perséides comptent parmi les phénomènes célestes les plus anciennement notés. La première mention identifiée figure dans des annales chinoises de l'an 36 de notre ère, et les chroniques chinoises, coréennes et japonaises les relèvent régulièrement du VIIIe au XIe siècle. En Europe, la tradition chrétienne les baptise « larmes de saint Laurent », le martyre du diacre romain étant commémoré le 10 août, à trois jours du maximum.
La bascule vers la science tient en trois dates. En 1835, l'astronome belge Adolphe Quetelet, fondateur de l'observatoire de Bruxelles, établit que ces météores reviennent chaque année à la même période et semblent tous provenir de Persée : l'essaim est identifié comme tel. En 1862, les Américains Lewis Swift et Horace Tuttle découvrent indépendamment une comète brillante. Entre 1864 et 1866, l'Italien Giovanni Schiaparelli calcule l'orbite de l'essaim et constate qu'elle épouse celle de la comète.
La portée de ce résultat dépasse les Perséides. Il établit pour la première fois qu'une pluie d'étoiles filantes est le sillage d'une comète, et fait entrer les météores dans la mécanique céleste, aux côtés des planètes. Le raisonnement qui permet aujourd'hui à Vaubaillon de dater une traînée à l'année près descend en droite ligne de ce travail vieux de cent soixante ans.
Compter pour de bon : le protocole de l'IMO
Une observation notée vaut infiniment mieux qu'une observation subie, et elle sert à quelque chose : les taux réels que publie l'IMO sont fabriqués avec les comptages d'amateurs. Le protocole tient en cinq champs à relever, et il se pratique avec un carnet ou un enregistreur vocal.
Notez d'abord vos heures de début et de fin, à la minute, ainsi que les interruptions. Estimez ensuite votre magnitude limite visuelle en comptant les étoiles visibles dans un triangle de référence, puis la fraction du ciel masquée par les nuages ou les obstacles. Séparez enfin les Perséides, dont la trajectoire prolongée en arrière retombe sur Persée, des sporadiques, qui ne pointent nulle part — comptez cinq à dix sporadiques par heure en temps normal. Consignez la magnitude estimée de chaque trait, en la comparant à une étoile connue.
Pour 2026, l'IMO ajoute une consigne particulière, liée aux deux structures attendues : il recommande de reporter les données de magnitude par intervalles de trente minutes ou moins. La raison est que la distribution des tailles de la traînée de 1079 et du filament de Jenniskens peut différer de celle du fond ; c'est dans le détail des magnitudes, et non dans le total horaire, que leur signature apparaîtrait. Une nuit passée à noter des chiffres, cette année, a donc une valeur scientifique réelle.
- An 36
Première mention connue de l'essaim, dans des annales chinoises. Les chroniques d'Extrême-Orient le suivront du VIIIe au XIe siècle.
- 1079
Passage de la comète 109P/Swift-Tuttle dont la traînée de poussière, aujourd'hui scindée en trois branches, croisera la Terre le 12 août 2026 à 16 h 53 UT.
- 1835
Adolphe Quetelet démontre depuis Bruxelles la périodicité annuelle de la pluie et localise son origine dans Persée.
- 1862
Lewis Swift et Horace Tuttle découvrent indépendamment la comète qui portera leurs deux noms.
- 1864-1866
Giovanni Schiaparelli calcule l'orbite des Perséides et la superpose à celle de Swift-Tuttle : une pluie d'étoiles filantes est le sillage d'une comète.
- 1992
Dernier périhélie de 109P/Swift-Tuttle. Les mesures précises effectuées alors fondent toutes les prévisions d'activité actuelles.
- 2016
Dernier renforcement notable observé, dû au passage dans des traînées de poussière distinctes du fond de l'essaim.
- 12-13 août 2026
Maximum sous Nouvelle Lune, la meilleure fenêtre depuis 2018 — mais avec un fond d'essaim annoncé sous sa valeur habituelle par la modélisation de Maslov.
- 2027
La Terre retraverse des portions du ruban remaniées par Jupiter : l'IMO attend un relèvement des taux généraux.
- 2125-2126
Retour de la comète parente au voisinage du Soleil. Un noyau de 26 km passant près de la Terre : le spectacle devrait être visible de jour.
Ce qu'il faut avoir sous la main la nuit des Perséides
Rien d'optique n'est nécessaire pour compter les météores — mais une paire de jumelles transforme les creux de huit minutes en visite de l'amas double, d'Andromède et des champs du Cygne. Le 10×50 reste le format qui tient à main levée tout en collectant assez de lumière, et il servira bien au-delà de cette nuit-là.
Le reste du programme
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