Événements · Éclipse totale de Soleil
L'éclipse du 2 août 2027
Lundi 2 août 2027, vers 10 h 48, la nuit tombera pendant quatre à cinq minutes sur la pointe de l'Andalousie et sur le nord du Maroc. C'est la deuxième plus longue éclipse totale du siècle, et la seule accessible en une journée de voiture depuis la France. Chez nous, il n'y aura qu'une partielle de fin de matinée — belle, facile, mais qui ne remplace rien.
Deuxième contact à Tarifa, le point le mieux placé d'Europe continentale
C'est le moment !
- 383 s
- la totalité maximale, soit 6 min 23 s, atteinte dans le désert égyptien : aucune éclipse plus longue accessible depuis la terre ferme avant 2114
- 281 s
- 4 min 41 s à Tarifa, le meilleur poste d'Espagne continentale — contre 1 min 56 s à Málaga, à 130 km de là
- 51 %
- du Soleil masqué à Paris : ce que la France verra, en partielle, vers 11 h du matin
- 790 km
- de Biarritz à Málaga à vol d'oiseau : la totalité la plus proche que la France ait connue depuis longtemps
Ce qui se passe le 2 août 2027
L'ombre de la Lune se pose sur l'Atlantique au large du Maroc, aborde la terre par la côte marocaine peu avant 9 h 45 en heure locale marocaine, franchit le détroit de Gibraltar et mord la pointe sud de l'Espagne. Elle balaie ensuite l'Algérie, la Tunisie, la Libye, l'Égypte, la mer Rouge, l'Arabie saoudite, le Yémen et s'éteint sur la Somalie. Le maximum général tombe à 10 h 07 UTC au-dessus du désert égyptien, à quelque 25,5° de latitude nord.
Là-bas, la totalité atteint 6 minutes et 23 secondes. C'est le chiffre qui a valu à cette éclipse son surnom d'« éclipse du siècle » : aucune autre éclipse totale du XXIe siècle ne dépassera cette durée, à l'exception de celle du 22 juillet 2009 sur la Chine et le Pacifique (6 min 39 s). Et il faudra attendre le 3 juin 2114 pour qu'une éclipse plus longue redevienne accessible depuis la terre ferme.
Sur la portion européenne, on est loin des six minutes, mais très au-dessus de l'ordinaire : 4 min 41 s à Tarifa, 4 min 30 s à Algésiras, 4 min 29 s au pied du rocher de Gibraltar, 3 min 21 s à Marbella, 2 min 59 s à Cadix, 1 min 56 s à Málaga. Sur la rive africaine, la moisson est encore plus généreuse : 4 min 50 s à Ceuta, 4 min 52 s à Tanger et à Tétouan, 4 min 34 s à Melilla.
Le Soleil se tiendra à 38 degrés au-dessus de l'horizon est-sud-est au moment de la totalité andalouse. Trente-huit degrés, c'est un Soleil de milieu de matinée, franchement au-dessus des toits, des arbres et du relief. Aucune contrainte d'horizon, aucune course au belvédère : une place de parking suffit, pourvu que le ciel soit clair.
Pourquoi elle dure si longtemps
La durée d'une totalité ne tient pas au hasard. Elle dépend de trois quantités qui, ce jour-là, jouent toutes dans le même sens.
La première est la distance de la Lune. Le 2 août 2027 à 7 h 25 UTC, la Lune passe au périgée — son point le plus proche de la Terre. Le maximum de l'éclipse survient deux heures et demie plus tard : le disque lunaire est donc à sa taille apparente quasi maximale.
La deuxième est la distance du Soleil. La Terre est passée à l'aphélie le 5 juillet 2027, à son point le plus éloigné du Soleil. Début août, elle s'en est à peine rapprochée : le disque solaire est proche de son diamètre apparent minimal de l'année, environ 31,5 minutes d'arc contre 32,5 en janvier.
Le résultat se lit dans un seul nombre, la magnitude de l'éclipse : 1,079. Le disque lunaire déborde celui du Soleil de 7,9 % de son diamètre. Ce débordement est la réserve dans laquelle se puise la durée : plus il est grand, plus la Lune met de temps à traverser le Soleil.
La troisième quantité est géométrique. Le paramètre gamma vaut 0,142 : l'axe de l'ombre passe presque par le centre du globe, très près de l'équateur, et à midi solaire local. Or l'ombre file d'ouest en est pendant que la surface terrestre tourne, elle aussi, d'ouest en est — et d'autant plus vite qu'on est proche de l'équateur. Un observateur de Haute-Égypte « fuit » ainsi devant l'ombre à 1 510 km/h, contre 1 360 km/h au niveau du détroit de Gibraltar. Le Soleil quasi au zénith y ajoute son effet : là où l'ombre balaie le sol à 4 550 km/h au détroit, elle n'en fait plus que 2 400 en Égypte. Une ombre deux fois plus lente survolant un observateur plus rapide, cela fait 6 min 23 s au lieu de 4 min 53 s.
Ce cocktail-là n'est pas une coïncidence isolée : il est la signature d'une famille entière d'éclipses, dont il sera question plus bas.
Une bande de 240 kilomètres, et l'Espagne juste dedans
La carte montre pourquoi ce voyage est jouable. La bande atteint 258 km de largeur maximale en Égypte ; sur la portion ibérique, elle mesure environ 238 km du nord au sud. Sa limite nord coupe la péninsule vers 36,8° de latitude — c'est-à-dire quelques kilomètres au nord de Málaga, mais au sud de Séville, de Grenade et d'Almería. La ligne centrale, elle, n'effleure pas l'Espagne : elle passe en mer puis juste au sud de Tanger, vers 35,7° de latitude.
Cette limite décide de tout. Séville, à 37,4°, restera dehors : 98,4 % du Soleil masqué, et rien du spectacle. Grenade, à 37,2°, atteindra 99,2 % — et n'aura toujours pas la couronne. Almería, à 36,84°, manque la bande de deux kilomètres : 99,99 % d'obscuration, la frustration à l'état pur. La leçon vaut d'être écrite en toutes lettres : à un kilomètre près, il n'y a rien à négocier.
Les courbes cyan portent la magnitude de la partielle pour le reste du monde. La France entière tient entre 0,40 et 0,60, l'Islande et la Scandinavie voient à peine le Soleil entamé, et l'Inde du Nord assiste à la fin du phénomène.

| Pays | Maximum (heure locale) | |||
|---|---|---|---|---|
| Louxor | Égypte | 6 min 23 s | 12 h 06 | 82° |
| Benghazi | Libye | 6 min 08 s | 11 h 32 | 70° |
| Sfax | Tunisie | 5 min 37 s | 11 h 12 | 60° |
| Oran | Algérie | 5 min 09 s | 10 h 54 | 45° |
| Tanger | Maroc | 4 min 52 s | 9 h 47 | 38° |
| Tétouan | Maroc | 4 min 51 s | 9 h 48 | 39° |
| Ceuta | Espagne (Afrique) | 4 min 50 s | 10 h 48 | 39° |
| Tarifa | Espagne | 4 min 41 s | 10 h 48 | 38° |
| Melilla | Espagne (Afrique) | 4 min 34 s | 10 h 51 | 41° |
| Algésiras | Espagne | 4 min 30 s | 10 h 48 | 39° |
| Gibraltar | Territoire britannique | 4 min 29 s | 10 h 48 | 39° |
| Nador | Maroc | 4 min 15 s | 9 h 51 | 41° |
| Marbella | Espagne | 3 min 21 s | 10 h 49 | 39° |
| Cadix | Espagne | 2 min 59 s | 10 h 47 | 38° |
| Málaga | Espagne | 1 min 56 s | 10 h 49 | 40° |
| Motril | Espagne | 1 min 48 s | 10 h 50 | 40° |
| Almería | Espagne | aucune — 99,99 % | 10 h 52 | 42° |
| Grenade | Espagne | aucune — 99,2 % | 10 h 51 | 41° |
| Séville | Espagne | aucune — 98,4 % | 10 h 48 | 38° |
| Aucune ligne ne correspond au filtre. | ||||
Où se placer, et pourquoi la province de Cadix gagne
Le tableau se lit en une seconde : le meilleur poste d'Europe continentale est la pointe de Tarifa et sa côte, dans la province de Cadix. On y gagne 4 min 41 s, soit deux fois et demie ce que donne Málaga, pour 130 kilomètres de plus vers le sud-ouest. Autour de Tarifa, la Costa de la Luz — Bolonia, Zahara de los Atunes, Barbate, Conil — reste au-dessus de quatre minutes.
Le gradient est brutal et il faut l'avoir en tête avant de réserver : entre la ligne centrale, qui passe juste au sud de Tanger, et la limite nord, la durée s'effondre de 4 min 53 s à zéro en 120 kilomètres. Près de Tarifa, dix kilomètres vers le nord coûtent une dizaine de secondes ; à mi-chemin du bord, ils en coûtent vingt-cinq ; sur les vingt derniers kilomètres, tout part d'un coup. Cadix, à 25 km au sud de la limite, tombe déjà à trois minutes ; Málaga, à dix kilomètres, à moins de deux.
Conséquence pratique, et elle est contre-intuitive : une chambre à Málaga ou à Marbella n'est pas un bon plan. La Costa del Sol est la partie la plus peuplée, la plus chère et la plus courue de la bande — et c'est aussi celle qui offre le moins de totalité. La stratégie qui tient est de dormir où l'on trouve, puis de rouler vers le sud-ouest le matin même, quitte à partir à l'aube : l'éclipse ne commence qu'à 9 h 41 et la totalité à 10 h 45, ce qui laisse une matinée entière de manœuvre.
Il faut anticiper l'affluence. Le sud de l'Espagne est en pleine saison touristique le 2 août, la bande fait 240 km de large, et l'événement est annoncé depuis des années. Les hébergements de la province de Cadix se réservent des mois à l'avance, et les routes de la N-340 et de l'A-7 vers Tarifa n'ont pas été dessinées pour absorber un afflux. Notre guide chasser les éclipses totales détaille la logistique de ce type de déplacement.
La rive africaine, où la ligne centrale passe vraiment
Le détroit ne mesure que quatorze kilomètres à son étranglement, et la ligne centrale de l'éclipse se trouve de l'autre côté. Tanger et Tétouan engrangent 4 min 52 s, onze secondes de plus que Tarifa. Ceuta, enclave espagnole sur le continent africain, atteint 4 min 50 s ; Melilla, l'autre enclave, 4 min 34 s.
Le détail qui compte pour un Français : Ceuta et Melilla sont territoire espagnol, donc territoire de l'Union européenne. On y accède par ferry depuis Algésiras — la traversée d'Algésiras à Ceuta dure environ une heure — sans formalité douanière particulière, et l'on y reste en euros et en itinérance téléphonique européenne. Ceuta cumule ainsi la durée de la rive africaine et la simplicité administrative de la rive européenne : c'est objectivement le meilleur compromis pour un voyageur venu de France.
Attention toutefois au décalage horaire, un piège classique et parfaitement évitable. Le Maroc vit à UTC+1, l'Espagne à UTC+2. La totalité tombe donc à 10 h 48 à Ceuta et à 9 h 47 à Tanger : la même seconde, deux heures affichées différentes. Quiconque prend le ferry le matin et oublie de changer de montre a une heure de retard sur son propre programme.
Plus à l'est, l'Algérie offre 5 min 09 s à Oran et davantage dans l'intérieur, et la Tunisie 5 min 37 s à Sfax et 4 min 38 s à Djerba — Tunis, elle, reste hors de la bande. Ce sont des durées supérieures, sur des sites plus sûrs météorologiquement ; elles supposent en revanche un vrai voyage, pas une escapade de trois jours.
Le détroit, ses quatorze kilomètres et son vent
Cette photographie a été prise depuis Tarifa un 25 août, dans les conditions saisonnières exactes de l'éclipse. Elle dit deux choses d'un coup. La première : la bande de totalité tient tout entière dans ce champ. La côte marocaine que l'on voit au fond gagne onze secondes de plus que le lieu de prise de vue.
La seconde est le bandeau blanc accroché au sommet du Jebel Musa. Ce n'est pas un nuage ordinaire : c'est la signature du levant, ce vent d'est qui s'engouffre dans le détroit et se condense en butant sur les reliefs des deux rives. Il fabrique des bannières de nuage orographiques, accrochées à un sommet et pratiquement immobiles pendant des heures, tandis que le reste du ciel demeure d'un bleu impeccable.
C'est le piège local, et il est très particulier : la prévision de couverture nuageuse générale peut être excellente et le rocher de Gibraltar ou le Jebel Musa porter quand même sa nappe. Une seule parade, mais elle est efficace : se tenir au vent des reliefs, pas sous leur vent, et rester mobile.

La météo : bonne en Espagne, presque garantie en Égypte
La bande longe la bordure nord du Sahara. La climatologie y est chaude, sèche et ensoleillée — et elle s'améliore régulièrement du nord-ouest vers le sud-est.
Sur la portion espagnole, les statistiques compilées par le météorologue Jay Anderson donnent à Cadix 88 % de journées à Soleil visible début août, et une nébulosité moyenne qui tombe sous 15 % dans l'intérieur des terres. Le secteur de Tarifa et des plages voisines revient autour de 74 %, un peu moins bien que Cadix. Le point le plus nuageux de toute la partie occidentale du tracé est le pourtour de Gibraltar, où le stratus marin de matinée est fréquent — et où l'éclipse tombe précisément en matinée. Les faubourgs sud de la zone s'en tirent mieux que la péninsule elle-même.
Sur la rive marocaine, le risque principal est le même : un stratus marin qui s'installe la nuit sur la côte et se dissipe en cours de matinée. À l'heure de la totalité, cette dissipation est très probable, mais les plages exposées à l'ouest peuvent en garder plus longtemps. L'intérieur des terres marocaines est nettement plus sûr que le littoral.
Plus à l'est, les chiffres deviennent presque indécents. En Algérie et en Tunisie, la nébulosité matinale est faible sur la plupart des sites, avec un supplément d'environ huit points au-dessus des Aurès. En Libye et en Égypte, certains tronçons n'ont enregistré aucun nuage un 2 août depuis vingt-trois ans. Il reste, occasionnellement, des cirrus transparents et de petits cumulus de convection.
L'ennemi qui n'est pas un nuage : la poussière
Une éclipse ne se joue pas seulement sur la présence ou l'absence de nuages. Elle se joue aussi sur la transparence du ciel, et c'est la particularité de ce tracé-là.
La menace s'appelle calima en espagnol : un voile de poussière soulevé sur les bassins désertiques du Mali et de la Mauritanie, transporté vers le nord par le flux d'altitude, et qui peut blanchir la totalité du ciel andalou ou tangérois pendant plusieurs jours d'affilée. Le Soleil reste visible, mais le bleu vire au laiteux jaunâtre.
Ce que la calima abîme n'est pas la totalité elle-même — le disque lunaire restera noir, la couronne restera là. C'est le contraste. Les serpentins extérieurs de la couronne, les plus fins et les plus beaux, se noient dans un fond de ciel diffusant ; la photographie perd ses basses lumières ; l'impression de nuit tombée s'atténue. On voit l'éclipse, on la voit moins bien.
Aucune prévision ne donne cela à plusieurs semaines. En revanche, les cartes d'aérosols et de poussière désertique se consultent à trois ou quatre jours, et c'est le second paramètre à surveiller après la nébulosité. La parade est la même que pour les nuages : rester mobile. Un observateur motorisé qui garde 200 kilomètres d'autonomie dans sa journée du 2 août est un observateur qui verra l'éclipse.
Dernier point, banal et pourtant décisif : on est en Andalousie, début août, à 38° d'élévation solaire. Il fera chaud. Eau, chapeau, ombre et place de stationnement repérée la veille font partie du matériel au même titre que les filtres.
La seconde qui fait basculer le spectacle
Voici l'instant qui sépare une éclipse partielle à 99,99 % — le sort d'Almería — d'une éclipse totale. Les perles brillantes sont les grains de Baily : les tout derniers rayons de photosphère se faufilant entre les montagnes du limbe lunaire. Elles s'éteignent une à une, en quelques secondes ; la dernière produit l'effet de bague à diamant.
Le liseré rose est la chromosphère, la fine couche d'hydrogène qui surmonte la surface solaire, et que le disque de la Lune démasque le temps d'un battement de cils. Elle n'est jamais visible autrement à l'œil nu.
C'est aussi le signal de sécurité le plus important de la journée. Tant qu'un grain subsiste, le filtre reste en place. Quand le dernier s'éteint et que la couronne apparaît, et seulement alors, on retire les lunettes. Elles se remettent dès la réapparition du premier point brillant à l'autre bord — sans attendre de vérifier.

Le déroulé de la matinée, minute par minute
À Tarifa, la mécanique s'étale sur 2 h 20. Le premier contact survient à 9 h 41 : la Lune entame le bord du Soleil par le haut à droite, et il faut un filtre pour s'en apercevoir. Rien ne change dans le paysage pendant la demi-heure suivante.
À partir de 80 % d'obscuration, soit environ vingt minutes avant la totalité, la lumière commence à faire des choses étranges. Elle ne baisse pas comme un crépuscule : elle devient métallique, les couleurs se désaturent, et les ombres portées se taillent des bords d'une netteté anormale — parce que la source de lumière, en s'amincissant, cesse d'être un disque pour devenir un fil. Sous les arbres, chaque interstice du feuillage projette au sol un croissant.
Les cinq dernières minutes vont vite. La température chute — deux à cinq degrés selon les sites. Le vent tourne ou tombe. Les cigales andalouses se taisent, les oiseaux rentrent. Vers l'ouest, un mur sombre monte à l'horizon : c'est l'ombre de la Lune qui arrive, balayant le sol à 4 550 km/h à cet endroit du tracé. Sur un sol clair, avec un peu de chance, on aperçoit les bandes d'ombre, ces ondulations grises fugaces dues à la turbulence atmosphérique.
Puis les grains de Baily, la bague à diamant, et le noir. Pendant 4 min 41 s, le ciel prend une teinte de nuit profonde autour du zénith, tandis que l'horizon reste orangé sur les 360 degrés — parce que le bord de l'ombre n'est qu'à 120 km et qu'au-delà, il fait plein jour. La couronne se déploie, blanc nacré, sur un à deux rayons solaires. À l'œil nu, sans aucun filtre.
La sortie est la symétrique exacte de l'entrée, et le dernier contact tombe à 12 h 01.
Ce que la disparition du chauffage fait au paysage
Une totalité est aussi un petit accident de météorologie locale, et l'observer vaut la peine parce qu'il ne se produit rien de comparable le reste de l'année.
Ce qui s'éteint, ce n'est pas la lumière : c'est le chauffage du sol. Par une matinée andalouse ordinaire, le rayonnement solaire réchauffe la surface, laquelle entretient au-dessus d'elle une couche limite convective — des thermiques qui brassent l'air et fabriquent la brise. Coupez la source pendant cinq minutes : la convection s'effondre. Le vent faiblit, et il tourne, parce que la couche brassée cesse de communiquer au sol le mouvement de l'air d'altitude. Ce phénomène porte un nom, le vent d'éclipse, et il se sent physiquement.
La température de l'air suit, avec un retard de quelques minutes : la baisse s'établit entre deux et cinq degrés sur un site tempéré, davantage en terrain sec et découvert. Elle atteint souvent son minimum après le retour du Soleil. L'hygrométrie remonte, et sur les côtes on voit parfois se dissiper les petits cumulus de beau temps, privés de l'ascendance qui les alimentait.
Le vivant réagit, et sans le moindre apprentissage : les oiseaux cessent de chanter et rentrent au perchoir, les cigales andalouses — assourdissantes début août — se taisent d'un coup, le bétail reprend le chemin de l'étable. Beaucoup d'observateurs racontent que c'est ce silence, plus que l'obscurité, qui fait basculer l'expérience.
Reste le phénomène le plus fugace de tous : les bandes d'ombre. Dans la minute qui encadre chaque contact, des ondulations grises larges de quelques centimètres glissent sur les surfaces claires. Ce sont des franges de scintillation : le croissant réduit à un fil se comporte comme une source quasi ponctuelle, et la turbulence atmosphérique le fait onduler, exactement comme elle fait scintiller une étoile. Elles ne se photographient presque jamais. Un grand drap blanc étalé au sol reste le meilleur moyen de les voir — un accessoire à deux euros pour l'un des spectacles les plus rares de la journée.
Les erreurs qu'on commet pendant ces quatre minutes
Quatre minutes paraissent longues. Elles ne le sont pas. La totalité est la seule phase irremplaçable de la journée, et elle est aussi celle où l'on se sabote le plus facilement.
Passer la totalité derrière un appareil photo. C'est l'erreur canonique, et tous les chasseurs d'éclipse la racontent. Régler une exposition dans le noir, à la main, sous adrénaline, coûte les quatre minutes en entier — pour rapporter des images que des milliers de gens auront faites mieux. Si l'on tient à photographier, la seule méthode qui préserve l'expérience est une séquence automatique programmée à l'avance, déclenchée et oubliée. Le principe est développé dans photographier une éclipse solaire.
Regarder le Soleil et rien d'autre. La couronne mérite deux longues minutes, mais pas quatre. Le reste vaut d'être regardé : l'horizon orange à 360°, la couleur du ciel, les visages autour de soi, les animaux. Ce sont les souvenirs qui restent.
Remettre le filtre trop tard. À la réapparition du premier point brillant, la luminosité remonte de plusieurs ordres de grandeur en une seconde. Le réflexe doit être acquis avant, pas improvisé.
Sortir un télescope. Un tube n'apporte presque rien pendant une totalité : le champ est trop étroit pour la couronne, qui s'étend sur plusieurs degrés. Une paire de jumelles 10×50, filtres retirés, montre les protubérances et la structure fine de la couronne bien mieux — et se lève en une seconde. Le télescope, lui, réclame du temps de mise en station qu'on n'a pas.
Choisir son site le matin même sans repli. Une bande de 240 km laisse des dizaines de sites possibles. Un site unique, non repéré, sans alternative à trente minutes, est un pari.
Ce que l'on voit, et ce qui explique qu'on ne le voie jamais autrement
Les deux langues roses saillant du bord sont des protubérances : des arches de plasma à quelque 10 000 degrés, portées par le champ magnétique solaire, hautes de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres. Le halo argenté est la couronne, l'atmosphère externe du Soleil, où la température atteint le million de degrés — une anomalie que la physique solaire n'explique toujours pas complètement.
Ces deux objets existent en permanence. S'ils demeurent invisibles, c'est une pure affaire de contraste : la couronne est environ un million de fois moins lumineuse que la surface du Soleil. Le moindre fragment de photosphère laissé à découvert la noie. Voilà pourquoi une partielle à 99,99 % n'en montre rien, et pourquoi cette page insiste tant sur la limite de la bande.
La photographie ci-contre a été prise au smartphone derrière l'oculaire d'un petit télescope, sans filtre — ce qui est licite uniquement pendant la totalité, et nulle part ailleurs dans la matinée.

En France : une partielle facile, et rien de plus
Il faut le dire nettement, parce que les titres de presse diront le contraire : la totalité n'est visible d'aucun point du territoire français, métropole comprise. Ce que la France verra le 2 août 2027 est une éclipse partielle, et une partielle ne ressemble à une totale en rien.
Cela dit, elle est agréable à observer, et beaucoup plus commode que celle du 12 août 2026. Le phénomène se déroule en fin de matinée, entre 9 h 50 et 12 h 15 selon les villes, avec un Soleil à 38 à 51 degrés de hauteur. Aucun problème d'horizon, aucune course au belvédère, aucun immeuble gênant : n'importe quelle cour, n'importe quel balcon fait l'affaire.
Le gradient géographique est simple et régulier : plus on est au sud-est, plus le Soleil est mordu. Perpignan mène avec 75,9 %, suivie d'Ajaccio (76,7 %) ; Paris plafonne à 51,2 %, Strasbourg à 50,6 %, et Lille ferme la marche à 44,4 %. À la moitié du disque masqué, la baisse de luminosité ambiante reste imperceptible — l'œil compense sans même le signaler. On ne « sent » rien : on regarde, à travers un filtre, un Soleil en forme de croissant épais.
C'est peu, mais ce n'est pas rien pour qui ne peut pas partir : deux heures de phénomène, un Soleil haut, un mois d'août statistiquement clément, et une occasion de sortir un instrument équipé. La question honnête reste posée : cette partielle-là ne remplace pas le voyage. Entre 51 % et 100 %, il n'y a pas une différence de degré, il y a un changement de nature.
La sécurité : permanente en France, suspendue quatre minutes en Andalousie
La règle a deux régimes, et les confondre est le seul vrai danger de cette éclipse.
En France, la protection ne se retire jamais. De 9 h 50 à 12 h 15, du premier au dernier contact, on garde des lunettes certifiées ISO 12312-2 ou l'on pratique la projection. Il n'existe aucun instant privilégié : à 51 % ou à 76 % d'obscuration, la fraction de photosphère restée visible brille exactement autant, par unité de surface, que le Soleil entier.
Dans la bande, la protection se retire pendant la totalité seule — et c'est même obligatoire, car aucun filtre ne laisse voir la couronne. Le repère n'est pas l'heure de la montre : c'est l'extinction du dernier grain de Baily. On remet le filtre à la réapparition du premier point brillant.
La lésion encourue s'appelle rétinopathie solaire, et sa traîtrise tient à trois faits. La rétine ne comporte aucun récepteur de la douleur : la brûlure s'installe sans signal. Les symptômes n'apparaissent qu'après quatre à douze heures. Et il n'existe aucun traitement — la récupération, quand elle a lieu, prend de trois à six mois et reste incomplète dans une part notable des cas.
Le matériel qui protège tient en trois lignes. Des lunettes ISO 12312-2 intactes, qui atténuent d'un facteur compris entre 31 000 et 2 500 000 ; comptez 1,50 à 4 € l'unité, et prenez-en une de rechange par personne — un voyage abîme le carton. Un filtre pleine ouverture monté devant l'objectif de tout instrument, jumelles comprises, où il en faut deux. Une feuille percée pour la projection, qui reste la méthode reine avec des enfants. Tout le reste — verres fumés, radiographies, CD, lunettes de soleil empilées, filtres photo à densité neutre — est proscrit, et le détail des raisons est dans observer le Soleil en sécurité.
Un dernier point propre au voyage : le filtre vissé sur l'oculaire, que l'on trouve encore livré avec certains tubes d'entrée de gamme, se jette. Placé après que l'optique a concentré l'énergie, il chauffe et peut éclater alors que l'œil est derrière. Le choix des montages est détaillé dans notre guide des filtres solaires.
Ce que la France aura sous les yeux
Voilà l'image honnête de la partielle française : un Soleil entamé d'un bon quart à une bonne moitié, au bord parfaitement net, dans un ciel qui n'a pas changé de couleur. Le disque reste un disque, pas un fil.
Trois choses valent la peine autour de ce croissant. La première est le bord de la Lune, d'une netteté qui surprend toujours — aucune atmosphère lunaire ne vient l'adoucir. La deuxième, si le Soleil est actif, ce sont les taches que le filtre révèle sur la surface, et que le limbe lunaire vient recouvrir l'une après l'autre ; c'est le meilleur argument pour sortir un instrument, et il est développé dans observer les taches solaires. La troisième est la projection : une simple passoire de cuisine, dos au Soleil, transforme chacun de ses trous en autant d'images du croissant sur un mur clair.
À 11 h du matin, avec un Soleil à 45°, la projection est d'ailleurs plus confortable qu'un soir d'éclipse rasante : l'image se forme au sol ou sur une table, bien contrastée.

| Premier contact | Dernier contact | ||||
|---|---|---|---|---|---|
| Ajaccio | 9 h 58 | 11 h 08 | 12 h 21 | 76,7 % | 51° |
| Perpignan | 9 h 53 | 11 h 00 | 12 h 12 | 75,9 % | 46° |
| Biarritz | 9 h 50 | 10 h 55 | 12 h 05 | 73,4 % | 42° |
| Marseille | 9 h 56 | 11 h 03 | 12 h 15 | 72,5 % | 48° |
| Toulouse | 9 h 53 | 10 h 59 | 12 h 09 | 72,4 % | 44° |
| Montpellier | 9 h 55 | 11 h 02 | 12 h 12 | 71,8 % | 46° |
| Nice | 9 h 58 | 11 h 06 | 12 h 17 | 70,1 % | 49° |
| Bordeaux | 9 h 53 | 10 h 57 | 12 h 05 | 67,7 % | 42° |
| Clermont-Ferrand | 9 h 57 | 11 h 01 | 12 h 09 | 63,1 % | 45° |
| Lyon | 9 h 58 | 11 h 03 | 12 h 12 | 62,6 % | 46° |
| Nantes | 9 h 55 | 10 h 57 | 12 h 02 | 58,2 % | 41° |
| Rennes | 9 h 57 | 10 h 57 | 12 h 01 | 54,7 % | 40° |
| Brest | 9 h 56 | 10 h 55 | 11 h 58 | 53,7 % | 38° |
| Paris | 10 h 01 | 11 h 01 | 12 h 05 | 51,2 % | 43° |
| Strasbourg | 10 h 05 | 11 h 07 | 12 h 12 | 50,6 % | 47° |
| Lille | 10 h 04 | 11 h 03 | 12 h 04 | 44,4 % | 43° |
| Calais | 10 h 04 | 11 h 02 | 12 h 03 | 43,5 % | 42° |
| Aucune ligne ne correspond au filtre. | |||||
-
Douze mois avant — bloquer le toit
L'hébergement est la seule ressource réellement rare. La province de Cadix compte moins de lits que la Costa del Sol, se remplit d'abord, et le 2 août 2027 tombe un lundi, donc au cœur d'un week-end prolongé de pleine saison. Réserver dans un rayon de 150 km autour de Tarifa, avec annulation gratuite, coûte peu et vaut assurance.
-
Six mois avant — arrêter le mode de transport
La voiture reste l'option qui permet de fuir un nuage : 900 km de Biarritz à Málaga, 1 040 km de Perpignan à Tarifa à vol d'oiseau, davantage par la route. L'avion vers Séville, Málaga ou Jerez impose une location de véhicule réservée très tôt, car les agences seront à sec. Pour Ceuta, prévoir la traversée en ferry depuis Algésiras, environ une heure.
-
Trois mois avant — commander les filtres
Deux paires de lunettes ISO 12312-2 par personne, et un filtre pleine ouverture par instrument emporté. Les stocks s'épuisent dans les semaines qui précèdent une éclipse, et acheter sur place, dans l'urgence, expose à des produits non certifiés.
-
Un mois avant — répéter la séquence
Monter les filtres, viser le Soleil, faire la mise au point, chronométrer le retrait et la remise du filtre. Une manipulation répétée dix fois chez soi est une manipulation qui ne coûtera pas trente secondes de totalité sur place.
-
Cinq jours avant — surveiller nébulosité et poussière
Deux paramètres, pas un : la couverture nuageuse basse, et la charge en aérosols désertiques. Repérer alors deux ou trois sites de repli, distants d'au moins 80 km les uns des autres et reliés par des routes distinctes.
-
Le 2 août — être en place trois heures avant
Le premier contact tombe vers 9 h 41 en Espagne, la totalité vers 10 h 45. Arriver à 7 h 30 laisse le temps d'installer, de laisser refroidir l'optique, de gérer le stationnement et de renoncer au site si le ciel se ferme. Prévoir eau, ombre et chapeau : il fera plus de 30 °C.
Le saros 136, la dynastie des longues éclipses
Cette éclipse n'est pas seule de son espèce : elle appartient à une lignée. Tous les 18 ans et 11 jours, la géométrie Soleil-Terre-Lune se répète presque à l'identique — c'est le cycle du saros, déjà connu des astronomes babyloniens. Chaque saros engendre une famille d'éclipses parentes, chacune décalée d'environ un tiers de tour de Terre vers l'ouest par rapport à la précédente.
Celle du 2 août 2027 est le trente-huitième membre du saros 136, une série de 71 éclipses qui s'étend de l'an 1360 à l'an 2622 et comprend 44 totales, 6 annulaires, 6 hybrides et 15 partielles.
Or le saros 136 n'est pas une famille comme les autres : c'est celle qui produit les éclipses les plus longues actuellement. Elle a signé les six plus longues totalités du XXe siècle, dont trois dépassant sept minutes — le record absolu étant le 20 juin 1955 avec 7 min 08 s, jamais égalé depuis. Elle détient aussi la plus longue du XXIe siècle : le 22 juillet 2009, 6 min 39 s sur la Chine et le Pacifique. Et les deux membres qui suivent — 2027, puis le 12 août 2045 — complètent le podium du siècle.
Le membre précédent de la série, le 11 juillet 1991, avait offert 6 min 53 s au Mexique et à Hawaï. Autrement dit, l'éclipse de 2027 est la petite sœur directe de celle de 1991, décalée de dix-huit ans et d'un tiers de tour de planète — de l'Amérique centrale à l'Afrique du Nord.
Un siècle et demi d'éclipses ibériques
L'Espagne a une histoire ancienne avec les éclipses, et un long jeûne récent. La dernière totalité observée depuis la péninsule remonte au 30 août 1905 — soit 121 ans avant celle du 12 août 2026, qui a rouvert la série.
Ce 30 août 1905 fut un événement scientifique européen de premier plan. Les expéditions affluèrent en Espagne, et Camille Flammarion, fondateur de la Société astronomique de France, y observa la couronne après avoir déjà suivi celle du 28 mai 1900 sur le même pays. C'est l'époque où les éclipses tiennent lieu de laboratoire : c'est en analysant la lumière des protubérances lors d'une totalité indienne, le 18 août 1868, que Jules Janssen repéra une raie inconnue — l'hélium, découvert dans le Soleil vingt-sept ans avant d'être isolé sur Terre.
Et c'est encore une totalité, celle du 29 mai 1919, qui permit aux équipes d'Arthur Eddington de mesurer la déviation de la lumière des étoiles au voisinage du Soleil masqué, et de valider la relativité générale. Aucun autre phénomène naturel n'aura autant servi la physique.
L'Espagne entre aujourd'hui dans une séquence sans équivalent en Europe : une totale le 12 août 2026, une deuxième le 2 août 2027, puis une annulaire — l'anneau de feu — le 26 janvier 2028, dont la bande traverse l'Andalousie et le Levant espagnol. Trois éclipses centrales en dix-sept mois, sur un pays qui en attendait une depuis 1905.
Ce que les chercheurs viennent encore y prendre
On imagine volontiers que la science a fini d'exploiter ces occasions. C'est inexact, et la raison tient à une limite instrumentale que rien n'a supprimée.
L'outil de laboratoire équivalent s'appelle un coronographe : un télescope muni d'un disque occulteur qui masque la photosphère pour dégager son environnement. Il a été inventé en 1930 par le Français Bernard Lyot, à l'observatoire du Pic du Midi, et il équipe aujourd'hui les satellites d'observation solaire. Mais un disque occulteur placé à l'intérieur de l'instrument diffracte : la lumière contourne son bord et vient éclabousser le champ. Il faut donc surdimensionner l'occulteur, ce qui condamne la région la plus intéressante, celle qui touche la surface — précisément là où le chauffage coronal s'opère.
Lors d'une éclipse naturelle, l'occulteur est à 384 000 kilomètres de l'objectif. La diffraction devient négligeable, et l'on photographie la couronne jusqu'à son pied. Aucun instrument spatial n'y parvient encore aussi bien. L'ESA travaille à combler l'écart avec Proba-3, deux satellites volant en formation à 150 mètres l'un de l'autre, l'un portant l'occulteur, l'autre le coronographe ; la paire fabrique une éclipse artificielle pendant près de six heures par orbite de 19 h 36. Les premières images de couronne ainsi obtenues datent de 2025.
La question centrale demeure entière. La photosphère affiche environ 5 500 °C ; la couronne, à quelques milliers de kilomètres au-dessus, dépasse le million de degrés. Une atmosphère plus chaude que la surface qui la chauffe contredit l'intuition thermodynamique la plus élémentaire, et le mécanisme exact — ondes magnétiques, micro-éruptions en cascade, ou les deux — reste débattu. Les sondes s'en approchent, la Parker Solar Probe ayant frôlé la couronne en 2021 ; les éclipses, elles, continuent d'en fournir la cartographie d'ensemble à grand champ.
Le coronium, ou comment une raie verte a tenu tête soixante-dix ans
L'histoire mérite d'être connue de qui va lever les yeux le 2 août, parce qu'elle s'est jouée exactement dans les quelques minutes qu'il vivra.
En 1869, lors d'une éclipse observée depuis les États-Unis, les astronomes Charles Young et William Harkness braquent un spectroscope sur la couronne. Ils y trouvent une raie d'émission verte, à 530,3 nanomètres, qui ne correspond à aucun élément connu. Par analogie avec l'hélium repéré l'année précédente, on baptise la substance responsable coronium et on lui réserve une case dans le tableau périodique.
La case restera vide. Le tableau se remplit, la mécanique quantique naît, et le coronium n'apparaît nulle part. Il faut attendre la fin des années 1930, et les travaux de l'Allemand Walter Grotrian puis du Suédois Bengt Edlén, pour comprendre : la raie verte n'est pas un élément inconnu, c'est du fer ordinaire, dépouillé de treize de ses électrons. Or arracher treize électrons à un atome de fer exige des températures de l'ordre de deux millions de degrés.
Cette raie a donc fait mieux que résister : elle a fourni le premier thermomètre de la couronne solaire, et posé du même coup l'énigme du chauffage coronal, qui n'est toujours pas résolue. Elle avait été lue, la première fois, dans les trois minutes d'une éclipse totale — et l'on peut d'ailleurs la deviner à l'œil, dans la teinte légèrement verdâtre que certains observateurs rapportent au ras du disque lunaire.
- 30 août 1905
Dernière éclipse totale observée depuis la péninsule Ibérique avant l'ère moderne. Camille Flammarion fait partie des observateurs venus en Espagne.
- 20 juin 1955
Saros 136 signe la plus longue totalité du XXᵉ siècle : 7 min 08 s, au-dessus de l'Asie du Sud-Est.
- 11 juillet 1991
Membre précédent du saros 136 : 6 min 53 s sur le Mexique et Hawaï. L'ancêtre directe, à dix-huit ans et onze jours près, de celle de 2027.
- 22 juillet 2009
Toujours le saros 136 : 6 min 39 s sur la Chine et le Pacifique, la plus longue du XXIᵉ siècle.
- 12 août 2026
Totalité sur l'Islande et le nord de l'Espagne, partielle profonde en France au coucher du Soleil. L'Espagne rompt 121 ans de jeûne.
- 2 août 2027
Totalité de 4 min 41 s à Tarifa, 4 min 52 s à Tanger, 6 min 23 s en Égypte. En France, partielle de 43 à 77 % vers 11 h du matin.
- 26 janvier 2028
Éclipse annulaire : l'anneau de feu traverse l'Andalousie et le Levant espagnol. Troisième éclipse centrale espagnole en dix-sept mois.
- 12 août 2045
Membre suivant du saros 136 : 6 min 06 s, troisième plus longue du siècle. La série continue de produire les records.
- 3 juin 2114
La prochaine éclipse dépassant 6 min 23 s accessible depuis la terre ferme. C'est l'horizon derrière lequel se referme l'occasion de 2027.
Verra-t-on la totalité depuis la France ?
Quelle est la date exacte ? On lit parfois « 8 août 2027 ».
Vaut-il mieux Tarifa ou Málaga ?
Peut-on retirer les lunettes pendant la totalité ?
Faut-il emporter un télescope ?
Quelle est la probabilité d'un ciel dégagé ?
Et si l'on ne peut pas partir ?
Un an pour s'équiper — et les filtres partent les derniers mois
Les lunettes en carton protègent les yeux ; elles ne protègent aucun instrument. Pour suivre les deux heures de phases partielles, en France comme en Andalousie, il faut un filtre pleine ouverture monté à l'avant du tube ou des jumelles — film Baader densité 5.0 ou filtre en verre certifié. Achetez maintenant : les stocks s'épuisent dans les semaines qui précèdent une éclipse, et sur place ce sera trop tard.
Le reste du programme
Les prochains rendez-vous
Éclipse annulaire du 17 février 2026 Le 17 février 2026, un anneau de feu s'est refermé 2 min 20 s au-dessus de l'Antarctique — invisible depuis la France métropolitaine, à 31,3 % seulement à La Réunion. Ce qu'est une éclipse annulaire, pourquoi 92,7 % d'obscuration n'autorisent toujours pas l'œil nu, et quand la France reverra un anneau.
Éclipse totale de Soleil du 12 août 2026 De 89,7 % à Strasbourg à 99,5 % à Hendaye, l'éclipse du 12 août 2026 sera la plus profonde vue de France depuis 1999 — mais au ras de l'horizon. Horaires et hauteur du Soleil par ville, comment l'observer sans risque, et pourquoi 99 % n'est pas une éclipse totale.
Les Perséides Maximum dans la nuit du 12 au 13 août 2026, sous Nouvelle Lune — la meilleure fenêtre depuis 2018, mais avec un essaim annoncé faible par l'IMO. Hauteur du radiant, nuit noire par ville et nombre réel de météores par heure selon la qualité de votre ciel.