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Événements · Pluie d'étoiles filantes

Les Lyrides

Des chroniqueurs chinois les ont notées en 687 avant notre ère : aucune autre pluie d'étoiles filantes n'a d'archives aussi longues. Leurs grains viennent d'une comète qui est passée en 1861 et ne reviendra que vers 2276. Le rendez-vous est modeste — une dizaine de météores à l'heure — et il ouvre chaque année la saison, à la fin d'avril.

Maximum des Lyrides 2027, heure française

2700 ans
d'observations consignées : la première mention date de 687 avant notre ère, dans les annales chinoises
415 ans
la période de la comète Thatcher, passée en 1861 et attendue vers 2276 — c'est sa poussière que nous croisons
47 km/s
la vitesse d'entrée des grains, assez élevée pour que les plus vifs laissent une traînée persistante
2028
l'année à réserver : en 2027 la pleine Lune du 21 avril ne laisse que vingt-cinq minutes de ciel noir

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L'édition 2027, et ce qu'elle laisse vraiment

Le maximum se calcule au 22 avril à 17 h 52, heure française — c'est-à-dire en plein jour. Ce n'est pas rédhibitoire en soi : le pic des Lyrides s'étale sur une bonne journée, et la nuit qui suit, celle du 22 au 23 avril, reste la meilleure de l'année pour cet essaim.

C'est la Lune qui décide en 2027. Elle est pleine le 21 avril à 0 h 27, et la nuit du maximum la trouve encore éclairée à 96 %. Elle se lève à 23 h 22 à Paris, alors que la nuit noire commence à 22 h 57 : il reste vingt-cinq minutes de ciel réellement sombre, et le radiant n'est alors qu'à 16°.

Le reste de la nuit se passe sous une Lune haute qui efface tous les météores faibles. Comptez, dans ces conditions et sous un bon ciel, deux à quatre traits par heure — les plus brillants, ceux qui passent malgré la lumière. C'est peu, et c'est la vérité de cette année-là.

Ce qui reste jouable cette année-là

Deux choses valent le coup d'œil malgré la Lune, et elles demandent peu.

La première est le créneau du 22 avril entre 22 h 57 et 23 h 22, avant le lever de notre satellite. Vingt-cinq minutes, radiant bas, taux faible : la probabilité de voir un météore y est réelle mais modeste. Ce qui la rend intéressante, c'est que les Lyrides arrivent à 47 kilomètres par seconde et comptent une bonne part de membres brillants, ceux qui laissent derrière eux une traînée tenant une seconde ou deux.

La seconde est la détection radio. Les traînées ionisées réfléchissent les ondes, et un récepteur logiciel branché sur une antenne simple les capte de jour comme sous les nuages — donc exactement pendant le maximum de 17 h 52, que l'œil ne peut pas voir. C'est la seule façon d'assister à ce pic-là depuis la France : notre guide de la détection radio des météores décrit le matériel et la méthode.

Pour une vraie nuit de Lyrides, le tableau plus bas désigne 2028 : maximum le 21 avril à 23 h 42, Lune réduite à 8 %.

La nuit du 22 au 23 avril 2027 depuis Paris, heure par heure : hauteur du radiant, et hauteur de la Lune au-dessus de l'horizon. Plus la Lune est haute, plus elle éclaircit le fond de ciel et efface les météores faibles. La nuit astronomique court de 22 h 57 à 4 h 40 ; le lever de la Lune, à 23 h 22, en retire l'essentiel. Éphémérides calculées pour cette page.
Hauteur de la Lune État du ciel
21 h 2° sous l'horizon crépuscule, radiant à peine levé
22 h 8° sous l'horizon crépuscule astronomique
23 h 16° sous l'horizon nuit noire de 22 h 57 à 23 h 22
0 h 25° 4° la Lune est levée
1 h 34° 9° Lune gibbeuse à 96 %
2 h 44° 13° fond de ciel éclairci
3 h 54° 15° radiant haut, Lune au plus haut
4 h 63° 15° crépuscule à partir de 4 h 40
5 h 71° 13° le jour se lève

Vingt-sept siècles d'archives

Aucune autre pluie d'étoiles filantes n'a de mémoire aussi longue. La première mention identifiée remonte à 687 avant notre ère : des chroniqueurs chinois notent que « des étoiles tombèrent comme la pluie » au milieu de la nuit, à la date qui correspond au maximum des Lyrides. Vingt-sept siècles plus tard, la Terre traverse toujours le même courant, aux mêmes jours de l'année.

Cette continuité tient à la stabilité de l'orbite du courant. Fortement inclinée — 79,5° sur le plan du système solaire —, elle passe loin des grandes planètes qui déforment les autres essaims. Là où Jupiter disperse en quelques siècles les courants qui la frôlent, celui des Lyrides traverse le plan à la verticale et reste où il est.

L'essaim garde pourtant une capacité à surprendre. Des sursauts sont consignés en 1803 en Virginie, 1922 en Grèce, 1945 au Japon et 1982 aux États-Unis, avec des taux montant jusqu'à une centaine de météores par heure — cinq à dix fois l'ordinaire, pendant une heure ou deux. Aucun n'a été annoncé à l'avance.

Thatcher, une comète pour quinze générations

La comète nourricière porte le nom de A. E. Thatcher, qui la découvre le 5 avril 1861. Elle passe au plus près du Soleil le 3 juin de la même année, et personne depuis ne l'a revue.

Son orbite explique pourquoi. Elle s'étire de 0,92 unité astronomique — juste à l'intérieur de l'orbite terrestre, ce qui autorise la rencontre avec nos poussières — jusqu'à 110 unités astronomiques, soit près de quatre fois la distance de Neptune. Un aller-retour lui prend 415 ans. Le prochain passage est attendu vers 2276 : quinze générations après celle qui l'a vue.

La correspondance entre la comète et l'essaim est l'une des plus nettes qui soient. Les astronomes de l'Union astronomique internationale donnent au courant un demi-grand axe de 56 unités astronomiques, un périhélie de 0,918 et une inclinaison de 79,5° ; les mesures du JPL donnent à la comète 55,7, 0,921 et 79,8°. Les grains suivent leur mère à la trace. Sur ce lien général entre comètes et pluies, voyez notre guide pour découvrir et suivre une comète.

Ce qu'une Lyride laisse voir

Voilà une Lyride de 2022, saisie de près. Le trait est net, franchement blanc, avec un renflement plus vif au milieu du parcours : c'est le moment où le grain, entré dans des couches plus denses, libère l'essentiel de son énergie. La nuance rosée qui suit signe les métaux vaporisés, sodium et fer, arrachés au grain lui-même.

À 47 kilomètres par seconde, les Lyrides se placent dans la moitié rapide des essaims annuels — moins vives que les Léonides et leurs 71 km/s, nettement plus que les Taurides à 29. Cette vitesse leur vaut une proportion appréciable de membres brillants, et des traînées persistantes : une colonne d'air ionisé qui reste lumineuse une seconde ou deux après le passage, parfois davantage.

L'attente juste, pour une nuit sans Lune et sous un ciel de campagne, est d'un trait toutes les six à dix minutes, dont un ou deux vraiment marquants dans la nuit. C'est un essaim de patience, pas d'abondance.

Sur un fond noir parsemé de quelques étoiles, une longue traînée blanche rectiligne traverse le cadre en diagonale, plus vive et légèrement rosée en son milieu
Une Lyride photographiée le 20 avril 2022. Le renflement au milieu du trait marque le moment où le grain libère le plus d'énergie ; la nuance rosée signe les métaux vaporisés. PsamatheM (CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons)

Où regarder — près de Véga, mais pas sur elle

Le radiant se situe par 18 h 08 d'ascension droite et +33,3° de déclinaison, à 8° de Véga, l'étoile bleutée qui domine le ciel d'été et qu'on reconnaît sans hésiter dès qu'elle est levée. Le nom de l'essaim vient de là.

Une précision que peu de textes donnent : le point de fuite lui-même ne tombe pas dans la Lyre. Ramené aux coordonnées de 1875 dans lesquelles les limites officielles des constellations sont tracées, il se trouve dans Hercule, la figure voisine — à quelques degrés de la frontière. Les Lyrides sont donc, comme les Quadrantides, un essaim dont le nom et le domicile ne coïncident pas tout à fait.

Savoir où il est sert surtout à le fuir : un météore vu tout près de son point de fuite arrive de face et se réduit à un point. Visez le zénith, ou une zone à mi-chemin entre le zénith et Véga. En fin de nuit d'avril, Véga monte à l'est-nord-est et le reste du triangle d'été la suit — Deneb dans le Cygne, Altaïr dans l'Aigle. Ce demi-ciel occupe l'œil entre deux passages.

L'instrument, c'est votre œil — et il met vingt minutes

Une pluie d'étoiles filantes est le seul rendez-vous du ciel où le télescope gêne : il montre un demi-degré quand il en faudrait cent. L'organe adapté est l'œil nu, et il demande à être préparé.

La pupille s'ouvre en une minute, de 2-3 mm à 6-7 mm selon l'âge. Le gros du travail est chimique — la régénération du pourpre rétinien dans les bâtonnets, qui atteint l'essentiel de son effet en vingt à trente minutes et progresse encore pendant plus d'une heure. Au total, la sensibilité gagne un facteur de l'ordre de 10 000. Un coup d'œil sur un écran blanc en efface une bonne part : téléphone en mode nuit, et lampe rouge pour le reste. Le protocole complet vit dans notre guide de l'observation à l'œil nu.

Une nuit d'avril reste fraîche, et un observateur allongé ne produit aucune chaleur : isolant sous le corps, duvet par-dessus les vêtements, thermos. Les détails sont dans notre guide pour bien s'habiller et s'installer pour observer.

Jumelles et confort d'observation pour une nuit d'avril

Les six prochaines éditions des Lyrides, vues de Paris. Deux conditions doivent coïncider : une Lune discrète, et un maximum qui tombe de nuit avec le radiant levé. Le radiant indiqué est sa hauteur à l'instant du maximum. Éphémérides calculées pour cette page.
Maximum (heure légale) Radiant au maximum Ce qu'il faut en attendre
2027 22 avril, 17 h 52 97 % sous l'horizon vingt-cinq minutes de ciel noir la nuit suivante
2028 21 avril, 23 h 42 8 % 22° la meilleure des six : maximum de nuit et Lune absente
2029 22 avril, 5 h 28 53 % 74° radiant presque au zénith, Lune à demi éclairée
2030 22 avril, 11 h 17 76 % 31° maximum en plein jour
2031 22 avril, 17 h 03 1 % sous l'horizon Lune absente, mais maximum avant la nuit
2032 21 avril, 22 h 48 86 % 14° maximum de nuit, Lune gibbeuse
L'avis de Luc

L'avis de Luc

Les Lyrides sont le rendez-vous que je conseille pour reprendre après l'hiver : les nuits d'avril sont encore longues, il fait 6 ou 8 degrés au lieu de moins deux, et Véga qui se lève annonce toute la saison qui vient. Le compte reste modeste — huit ou dix traits en deux heures sous un bon ciel, pas davantage — mais ils sont rapides et nets, et deux ou trois laissent une traînée qui tient une seconde. Mon conseil pratique : ne sortez pas les années où la Lune est levée, ça ne vaut pas le déplacement, et gardez plutôt le 10×50 pour la Lyre elle-même — l'anneau de M57 tient dans le champ à 4 h du matin en avril.

Deux heures dehors en avril, ça se prépare

Aucune optique n'augmentera votre compte de Lyrides — mais un 10×50 occupe les creux entre deux passages, et met l'anneau de la Lyre à portée pendant que vous attendez. C'est aussi l'instrument qui servira toute l'année.

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