Événements · Pluie d'étoiles filantes
Les Quadrantides
C'est la pluie la plus fournie de l'année — jusqu'à deux cents météores par heure sous un ciel parfait — et celle que presque personne ne voit. Son maximum dure quelques heures là où les Perséides s'étalent sur deux jours. En 2027, la Lune laisse onze heures de nuit noire d'affilée du 3 au 4 janvier : il ne reste qu'à choisir l'heure, et à accepter le froid.
Maximum des Quadrantides 2027, heure française
C'est le moment !
- 200
- les météores par heure que l'essaim peut atteindre au plus fort du pic, sous un ciel parfait — le taux le plus élevé de l'année
- 6 h
- la durée du maximum, quand celui des Perséides s'étale sur deux jours : tout se joue dans une fenêtre étroite
- 13 %
- la part du disque lunaire éclairée dans la nuit du 3 au 4 janvier 2027, et la Lune se couche en début d'après-midi
- 1795
- la création du Quadrant mural par Lalande : la constellation qui donne son nom à l'essaim a disparu des cartes depuis
La nuit du 3 au 4 janvier 2027, et pourquoi l'heure compte tant
L'essaim est actif du 28 décembre au 12 janvier, mais son cœur tient dans une poignée d'heures autour du 3 janvier. C'est ce qui le distingue de tous les autres rendez-vous de l'année : les Perséides d'août donnent de belles nuits trois soirs de suite, les Quadrantides donnent une nuit, et parfois une demi-nuit.
La bonne nouvelle de 2027 est lunaire. Le 3 janvier, notre satellite n'est plus qu'un croissant éclairé à 13 %, et il se couche à 13 h 22, en plein après-midi. Il ne se relève qu'à 6 h 16, une demi-heure avant que le crépuscule ne reprenne ses droits à 6 h 48. La nuit compte donc onze heures d'affilée sans Lune, de 19 h 01 à 6 h 16 : le cas de figure le plus favorable qu'un essaim puisse rencontrer.
Reste l'heure. Et là, deux chiffres se disputent. Les mesures visuelles placent le maximum au 3 janvier à 22 h 40 ; les mesures radar le placent au 4 janvier à 3 h 51. L'écart — cinq heures — est du même ordre que la durée du pic lui-même.
Ce que cette incertitude change pour votre soirée
Elle a l'air gênante ; elle se résout pourtant très simplement, parce que la hauteur du radiant tranche en faveur d'une seule des deux hypothèses.
Le point d'où semblent partir les météores est circumpolaire depuis la France : il ne se couche jamais. Mais il frôle l'horizon en début de nuit — 8° vers 21 h — avant de remonter franchement : 25° à 2 h, 41° à 4 h, 58° à 6 h. Or le nombre de météores visibles suit à peu près le sinus de cette hauteur. À 8°, plus de huit dixièmes du potentiel sont perdus sous l'horizon ; à 41°, les deux tiers restent.
La conclusion est nette, et elle vaut quelle que soit l'hypothèse retenue : visez la seconde moitié de la nuit, entre 2 h et l'aube. Si le maximum tombe à 3 h 51, vous y serez. S'il tombe à 22 h 40, le pic aura beau être passé, l'activité résiduelle vue sous un radiant haut donnera un meilleur compte qu'un pic vu à ras de terre. C'est le seul choix qui gagne dans les deux cas.
| Part du potentiel conservée | État du ciel | ||
|---|---|---|---|
| 19 h | 13° | 22 % | nuit noire à partir de 19 h 01 |
| 20 h | 10° | 17 % | nuit noire |
| 21 h | 8° | 14 % | le radiant est au plus bas |
| 22 h | 9° | 16 % | nuit noire |
| 23 h | 11° | 19 % | maximum possible à 22 h 40 |
| 0 h | 14° | 24 % | nuit noire |
| 1 h | 19° | 33 % | nuit noire |
| 2 h | 25° | 42 % | nuit noire |
| 3 h | 33° | 54 % | nuit noire |
| 4 h | 41° | 66 % | maximum possible à 3 h 51 |
| 5 h | 49° | 76 % | nuit noire |
| 6 h | 58° | 85 % | la Lune se lève à 6 h 16, crépuscule à 6 h 48 |
| Aucune ligne ne correspond au filtre. | |||
Le compte exact : ce que vous verrez vraiment
Les 200 météores par heure annoncés sont un taux horaire zénithal mesuré au sommet du pic : ce qu'un observateur compterait sous un ciel parfait, avec le radiant droit au-dessus de sa tête, au moment précis du maximum. Les trois conditions ne se réunissent jamais ensemble, et le nombre réel se tient bien en dessous.
En pratique, sous un ciel de campagne et avec le radiant vers 40°, un maximum bien placé donne quinze à trente météores par heure. Sous un ciel de montagne, le double. En périphérie urbaine, cinq à dix. Et en dehors de la fenêtre du pic, l'essaim retombe sous dix par heure au taux zénithal — c'est-à-dire quelques-uns seulement pour un observateur réel.
Cet écart entre le pic et le reste explique la réputation de l'essaim. Les nuits du 1er, du 2 et du 5 janvier montrent peu de chose ; celle du 3 au 4 peut être la plus riche de l'année. La pollution lumineuse pèse ici comme partout, et les réserves de ciel étoilé françaises donnent des points de chute.
Le vrai adversaire de janvier, c'est le froid
Les Perséides se regardent en tee-shirt ; les Quadrantides demandent une préparation d'expédition. Par ciel dégagé et vent nul — les conditions mêmes qu'on recherche —, le rayonnement du sol vers le ciel fait plonger la température plusieurs degrés sous la valeur annoncée, et le gel est la règle. Un observateur immobile, allongé, ne produit presque aucune chaleur.
Quatre points suffisent à rendre la nuit tenable. Une position allongée — transat, chaise longue, matelas de sol : le cou ne tient pas quarante minutes la tête en arrière. Un isolant sous le corps, car le sol prend plus de chaleur que l'air. Un duvet par-dessus les vêtements, et non à leur place. Une boisson chaude en thermos. Le détail des couches et des matières est dans notre guide pour bien s'habiller et s'installer pour observer.
Un réglage gratuit change tout : fixez votre heure de fin à l'avance. Une veillée qu'on arrête à 6 h, décidée d'avance, se vit bien. Une veillée sans terme devient une épreuve dès le deuxième quart d'heure sans météore.
Le nom vient d'une constellation que le ciel ne reconnaît plus
Cherchez le Quadrant sur une carte du ciel moderne : il n'y est pas. L'astronome français Jérôme Lalande le crée en 1795 pour honorer le quadrant mural, l'instrument gradué fixé au mur d'un observatoire qui servait à mesurer la hauteur des astres au méridien. La figure occupe alors un coin de ciel entre le Bouvier et le Dragon, et les atlas du XIXe siècle la dessinent fidèlement — comme cette planche de 1825, où l'instrument apparaît en haut à gauche.
Tout change à la première assemblée générale de l'Union astronomique internationale, tenue à Rome en 1922 : les astronomes y arrêtent une liste de 88 constellations couvrant le ciel entier, et le Quadrant n'en fait pas partie. Les limites précises de ces 88 figures seront tracées par Eugène Delporte, approuvées en 1928 et publiées en 1930.
L'essaim, lui, avait déjà son nom. Le point d'où partent ses météores se trouve aujourd'hui dans le Bouvier — c'est ce que donne le calcul, en ramenant le radiant aux coordonnées de 1875 dans lesquelles les limites officielles sont exprimées. Les Quadrantides sont donc la seule pluie annuelle à porter le nom d'une constellation disparue.

Où regarder — le nord-est, et surtout pas le radiant
Le radiant se situe par 15 h 20 d'ascension droite et +49,5° de déclinaison, dans le nord du Bouvier, à 15° d'Alkaid — l'étoile qui termine le manche de la Grande Ourse — et à 18° de Thuban, dans le Dragon. Le repère le plus simple reste la Grande Ourse : prolongez la courbe de son manche d'une main tendue, et vous y êtes.
Savoir où il se trouve sert surtout à le fuir. Un météore vu tout près de son point de fuite arrive presque de face : sa trajectoire apparente est écrasée en un point, il file en un clin d'œil, et l'œil le manque. À 40 ou 50 degrés du radiant, la même trajectoire se déploie sur toute sa longueur.
La consigne va donc à rebours de l'intuition : visez le zénith, ou une zone à mi-chemin entre le zénith et le nord-est. En fin de nuit, vous aurez le Bouvier et Arcturus qui montent à l'est, et tout le ciel d'hiver — Orion, Sirius, les Gémeaux — qui descend à l'ouest. Ce demi-ciel occupe l'œil entre deux passages.
L'instrument, c'est votre œil — et il met vingt minutes
Une pluie d'étoiles filantes est le seul rendez-vous du ciel où le télescope gêne : il montre un demi-degré de ciel quand il en faudrait cent. L'organe adapté est l'œil nu, et il demande à être préparé.
L'adaptation à l'obscurité se joue en deux temps. La pupille s'ouvre en une minute, de 2-3 mm à 6-7 mm selon l'âge : un facteur cinq. Le gros du travail est chimique — la régénération du pourpre rétinien dans les bâtonnets, qui atteint l'essentiel de son effet en vingt à trente minutes et progresse encore pendant plus d'une heure. Au total, la sensibilité gagne un facteur de l'ordre de 10 000.
Un coup d'œil sur un écran de téléphone en lumière blanche efface une bonne part de cet acquis. D'où deux gestes fermes : téléphone rangé ou en mode nuit, écran au minimum, et une lampe rouge pour tout ce qui demande de la lumière. Le protocole complet est dans notre guide de l'observation à l'œil nu.
Jumelles et confort d'observation pour une nuit de janvier
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Voir sur Astroshop Un corps parent qui n'est peut-être pas une comète
Les grandes pluies viennent de comètes : les Perséides de Swift-Tuttle, les Orionides et les êta Aquarides de Halley. Les Quadrantides font exception. Leur source est (196256) 2003 EH1, un objet découvert en 2003 et catalogué parmi les astéroïdes, que plusieurs travaux tiennent pour une comète éteinte — un noyau ayant épuisé ses glaces de surface et devenu inerte.
Son orbite éclaire l'affaire. Elle boucle un tour en 5,52 ans, entre 1,19 et 5,06 unités astronomiques, avec une inclinaison de 70,9° — une trajectoire fortement redressée sur le plan du système solaire, typique des comètes et rare chez les astéroïdes. Sa magnitude absolue situe son diamètre entre 1,8 et 3,6 kilomètres selon la part de lumière que sa surface renvoie.
Un détail nourrit le débat : l'orbite du courant de météoroïdes passe plus près du Soleil que celle de l'objet lui-même — 0,98 unité astronomique contre 1,19. Les grains ont donc été libérés il y a assez longtemps pour que les deux trajectoires se soient écartées, ce qui situe la formation du courant il y a quelques siècles seulement. C'est un essaim jeune, à l'échelle du système solaire.
Un essaim jeune, et ce que cela implique
Cette jeunesse explique la forme du pic. Les grains d'un courant récent sont encore groupés le long d'une portion étroite de l'orbite : la Terre traverse une lame dense en quelques heures, au lieu de balayer un nuage étalé pendant plusieurs jours. Les Perséides, nourries depuis des millénaires, offrent l'image inverse — un plateau large et régulier.
Elle explique aussi une particularité qui se voit à l'œil : les Quadrantides comptent une proportion élevée de météores brillants, et produisent régulièrement des bolides, ces traits plus lumineux que Vénus capables de projeter une ombre au sol. Les grains les plus gros n'ont pas encore été dispersés.
Le revers est l'irrégularité. Un courant jeune et étroit est sensible aux perturbations de Jupiter, et le taux du maximum varie sensiblement d'une année sur l'autre. Ce qui se prévoit bien, c'est la date ; ce qui se découvre sur place, c'est l'intensité. Sur le mécanisme général des essaims et de leurs corps parents, voyez notre guide des étoiles filantes.
| Maximum (heure légale) | Radiant au maximum | Ce qu'il faut en attendre | ||
|---|---|---|---|---|
| 2027 | 3 janvier, 22 h 40 | 13 % | 10° | nuit entièrement noire ; le radiant monte après 2 h |
| 2028 | 4 janvier, 4 h 24 | 41 % | 44° | la meilleure des six : maximum et radiant haut ensemble |
| 2029 | 3 janvier, 10 h 11 | 91 % | 81° | maximum en plein jour |
| 2030 | 3 janvier, 16 h 01 | 0 % | 29° | Lune absente, mais maximum avant la nuit |
| 2031 | 3 janvier, 21 h 52 | 80 % | 9° | Lune gibbeuse et radiant bas |
| 2032 | 4 janvier, 3 h 46 | 67 % | 39° | radiant bien placé, Lune présente |
| Aucune ligne ne correspond au filtre. | ||||
Une nuit de janvier dehors, ça se prépare
Aucune optique n'augmentera votre compte de Quadrantides — mais un 10×50 occupe les creux entre deux passages, et c'est l'instrument qui servira toute l'année, bien plus qu'un télescope acheté trop tôt.
Le reste du programme
Les prochains rendez-vous
Les Orionides La Lune se couche à 3 h 43 et le maximum tombe à 4 h 16 : les taux réels heure par heure selon votre ciel, et les nuits de remplacement.
Les Léonides Lune couchée à 0 h 24 mais un taux modeste de 15 à l'heure : les taux réels heure par heure selon votre ciel, et où regarder.
Les Géminides 150 météores par heure au taux zénithal, Lune couchée avant 22 h : taux réels heure par heure selon votre ciel et où regarder.