Observer · Ciel profond
M16, la Nébuleuse de l'Aigle et les Piliers de la Création
Trois colonnes de gaz et de poussière hautes de plusieurs années-lumière, où des étoiles sont en train de naître : la photo que Hubble en a tirée en 1995 est l'une des plus célèbres de l'histoire de l'astronomie. Voici ce qu'est vraiment cet objet, ce que le télescope Webb a révélé en perçant la poussière — et l'honnêteté qui s'impose sur ce qu'on en voit, ou pas, à l'oculaire.
- 5700
- années-lumière : la distance de l'Aigle (estimations récentes de 5 200 à 7 000)
- 4
- années-lumière de haut pour le plus grand des trois piliers
- 70
- années-lumière de large pour le nuage réel
- 2
- millions d'années : l'âge de l'amas NGC 6611 qui l'allume
- 3
- grands regards de télescope spatial : Hubble 1995, Hubble 2014, Webb 2022
Ce que c'est
Un amas d'étoiles neuves, et le nuage qui les a faites

Ce qui allume le gaz
Pourquoi « l'Aigle »
Une adresse dans le Serpent
Basse sur l'horizon sud
Le cœur de l'objet
Les Piliers de la Création, des colonnes qui fabriquent des étoiles

Comprendre
1995 contre 2022 : ce que Webb a vu à travers la poussière
Faites glisser le curseur. À gauche, l'image visible de Hubble en 1995, celle qui a rendu les Piliers célèbres. À droite, la même scène par le télescope Webb en 2022, dans l'infrarouge proche, qui traverse la poussière et fait surgir les étoiles cachées.
Une énigme
Les Piliers existent-ils encore ?
À l'oculaire
Ce que vous verrez vraiment — et ce que vous ne verrez pas
| Avec quoi | Ce que vous atteignez |
|---|---|
| À l'œil nu | sous un ciel noir, une tache pâle dans la Voie lactée, entre le Sagittaire et l'Écu de Sobieski — sans détail |
| Jumelles 10×50 | l'amas NGC 6611 piqueté d'étoiles ; la nébulosité reste à peine soupçonnée |
| Télescope 100–130 mm | l'amas nettement résolu, une dizaine d'étoiles vives ; un voile diffus autour, plus net avec un filtre UHC |
| Télescope 200–300 mm + filtre UHC | sous un ciel très noir, la nébuleuse s'étend franchement ; on devine les zones sombres qui creusent le gaz |
| Photo, pose longue | le gaz rougeoyant, les volutes et la silhouette des colonnes — invisibles à l'œil |
| Les Piliers eux-mêmes | hors de portée du visuel amateur : réservés à la photo et aux très grands instruments |
| Aucune ligne ne correspond au filtre. | |
Repérer
Au-dessus de la Théière, dans la Queue du Serpent
-
Partez de la Théière du Sagittaire
L'été, bas sur l'horizon sud, huit étoiles dessinent une théière renversée dans la Voie lactée. Le couvercle et le bec sont votre point d'ancrage : M16 se trouve plus haut, vers le nord.
-
Remontez de quelques degrés vers le nord
En quittant le sommet de la Théière, vous entrez dans une portion très riche de la Voie lactée, à la frontière de l'Écu de Sobieski et de la Queue du Serpent. Deux taches floues s'y suivent : la plus au sud est M17, la plus au nord est M16.
-
Confirmez aux jumelles avec M17
M16 et M17 tiennent dans le même champ de jumelles, séparées d'un peu plus de 2°. Repérez d'abord M17, plus brillante et plus contrastée, puis glissez vers le nord jusqu'à l'amas d'étoiles de M16.
-
Visez juillet, vers 1 h du matin
C'est au passage au méridien, autour de la mi-juillet, que l'Aigle atteint sa hauteur maximale — une vingtaine de degrés depuis le centre de la France. Choisissez une nuit sans lune et un horizon sud parfaitement dégagé.
| Repère | Valeur |
|---|---|
| Type d'objet | nébuleuse en émission (région HII, IC 4703) + amas ouvert jeune NGC 6611 |
| Constellation | le Serpent (Queue), au nord de la Théière du Sagittaire |
| Magnitude | ≈ 6,4 (amas visible à l'œil nu sous ciel noir ; nébuleuse bien plus faible) |
| Distance | ≈ 5 700 al (estimations récentes de 5 200 à 7 000) |
| Taille apparente | 35′ × 28′ (l'amas), le champ nébuleux atteignant 70′ |
| Saison | juin à septembre, bas sur l'horizon sud |
| Instrument minimal | jumelles pour l'amas ; 200 mm + filtre UHC et ciel noir pour la nébuleuse |
| Aucune ligne ne correspond au filtre. | |
Un peu d'histoire
De la lunette de 1745 aux télescopes de l'espace
- 1745–1746
Le Suisse Jean-Philippe de Chéseaux repère l'amas d'étoiles de M16, sans distinguer encore la nébulosité qui le baigne.
- 3 juin 1764
Charles Messier l'observe, note la nébulosité et l'inscrit comme seizième entrée de son catalogue, pour l'écarter de sa chasse aux comètes.
- 1920
John Charles Duncan photographie les colonnes sombres au télescope de 1,5 m du mont Wilson : les futurs Piliers apparaissent pour la première fois sur une plaque.
- 1er avril 1995
Hubble livre l'image des Piliers de la Création. Jeff Hester et Paul Scowen assemblent trente-deux clichés : la photo devient une icône planétaire.
- 2007
Le télescope infrarouge Spitzer relance le débat : une onde de choc de supernova aurait peut-être déjà détruit les colonnes.
- 2014
Hubble refait la scène en haute définition, visible et infrarouge, et prolonge l'espérance de vie des Piliers d'au moins 100 000 ans.
- octobre 2022
Le télescope Webb perce la poussière dans l'infrarouge : les colonnes deviennent translucides et des milliers d'étoiles neuves surgissent.
Continuer
À explorer autour de l'Aigle
M17, la voisine du même champ La nébuleuse Oméga, à 2° au sud de l'Aigle, plus brillante et plus facile à débusquer aux jumelles.
Pourquoi un filtre UHC sur l'Aigle Sans lui, la nébulosité de M16 reste noyée dans le fond de ciel : le filtre nébulaire est la clé de la nébuleuse.
Naviguer jusqu'à l'Aigle Partir d'une étoile brillante connue et progresser par petits bonds jusqu'à la cible : le star-hopping, au chercheur ou aux jumelles. Quel télescope pour voir l'amas de l'Aigle ?
Les jumelles suffisent à cadrer NGC 6611 ; pour tirer la nébuleuse du fond de ciel, il faut un 200 mm et un filtre UHC sous un ciel noir. Nos choix par usage et par budget.