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Observer · Ciel profond

M45, les Pléiades

Le petit chariot d'étoiles bleutées qui monte l'hiver au-dessus du Taureau, c'est l'objet le plus regardé du ciel — les Sept Sœurs. On le vise sans carte, on le compte du regard, et c'est l'un des rares trésors du ciel profond où de simples jumelles battent le télescope. Voici ce que vous verrez vraiment, et pourquoi il a marqué toutes les civilisations.

444
années-lumière : l'amas d'étoiles brillant le plus proche de nous
100
millions d'années d'âge — un amas tout jeune, encore serré et bleu
9
étoiles portent un nom : les sept sœurs, plus les parents Atlas et Pléioné
1000
étoiles membres au total, dont un quart de naines brunes invisibles à l'œil
6
étoiles séparées à l'œil nu par un ciel ordinaire ; 9 ou plus sous ciel noir

Ce que c'est

Une fratrie d'étoiles nées ensemble, hier à l'échelle du ciel

Les Pléiades, c'est M45 au catalogue de Messier — et, fait rare pour un objet aussi célèbre, aucun numéro NGC : l'amas est trop évident pour avoir eu besoin d'être « découvert ». C'est un amas ouvert, un groupe d'étoiles issues d'un même nuage de gaz et liées par la gravité, à quelque 444 années-lumière (environ 136 parsecs). L'ensemble réunit plus de mille étoiles dans une bulle d'à peine 16 années-lumière de cœur ; ce que vous distinguez à l'œil, ce sont seulement les plus massives et les plus chaudes.
Les Pléiades : les étoiles bleu-blanc baignées d'un voile de poussière bleutée
M45 — NASA, ESA, AURA/Caltech, Palomar Observatory (domaine public)

Jeunes, bleues, et pour peu de temps

Ces étoiles ont environ 100 millions d'années — un clin d'œil face aux 4,6 milliards d'années du Soleil. C'est cette jeunesse qui explique leur couleur : les astres qui dominent l'amas sont des géantes de type B, bleu-blanc, plusieurs centaines de fois plus lumineuses que le Soleil et bien plus chaudes. De telles étoiles brûlent vite. L'amas, lui, se disloque lentement sous les marées de la Galaxie : dans quelque 250 millions d'années, ses membres se seront dispersés et les Pléiades n'existeront plus en tant que groupe.

Un millier d'étoiles, surtout des invisibles

Derrière les quelques joyaux visibles se cache une population bien plus vaste : plus de mille étoiles, dont une majorité de petites étoiles rouges, et surtout une foule de naines brunes — des « étoiles ratées », trop peu massives pour s'allumer. Elles pourraient représenter jusqu'à un quart des membres de l'amas, mais moins de 2 % de sa masse. Rien de tout cela n'atteint l'œil ni même la plupart des télescopes d'amateur : la beauté des Pléiades tient à une poignée de vedettes détachées sur le noir.

Les Sept Sœurs, Atlas et Pléioné

La tradition grecque compte sept sœurs, filles du Titan Atlas et de l'océanide Pléioné — et le ciel obéit joliment : les neuf étoiles nommées sont les sept sœurs plus les deux parents, serrés à l'écart, à l'extrémité est de l'amas. La plus brillante, Alcyone (magnitude 2,86), tient le rôle d'aînée ; viennent ensuite Électre, Maïa, Mérope, Taygète, Céléno et Astérope (ou Stéropé). Atlas et Pléioné ferment le groupe côté Taureau.

Trop grand pour un télescope

Les Pléiades s'étalent sur près de 2 degrés — quatre pleines lunes alignées. C'est là toute la particularité de cet objet : il est si large qu'un télescope, même à faible grossissement, n'en cadre qu'un morceau. Le bon instrument ici n'est pas le plus puissant, mais celui qui offre le plus grand champ : l'œil nu et surtout les jumelles. Nous y revenons plus bas — c'est le renversement le plus utile à retenir sur cet amas.
Les neuf étoiles nommées des Pléiades
Étoile Magnitude Type Dans la légende
Alcyone (η Tau) 2,86 géante bleue B7 l'aînée, la plus brillante
Atlas (27 Tau) 3,62 géante bleue B8 le père
Électre (17 Tau) 3,70 géante bleue B6 une sœur
Maïa (20 Tau) 3,86 géante bleue B7 une sœur
Mérope (23 Tau) 4,17 sous-géante B6 la sœur voilée de poussière
Taygète (19 Tau) 4,29 sous-géante B6 une sœur
Pléioné (28 Tau) 5,09 (variable) B8 en rotation rapide la mère
Céléno (16 Tau) 5,44 sous-géante B7 la sœur « perdue »
Astérope (21 Tau) 5,64 double B8 une sœur (étoile double)

Le voile bleu

Une poussière qui n'est pas la leur

Sur les photos, chaque étoile brillante des Pléiades baigne dans un halo bleu strié de filaments. On a longtemps cru que c'était le nuage de naissance de l'amas, ses langes de gaz. C'est faux, et la correction est belle : ce voile est un nuage de poussière étranger, croisé par hasard. L'amas le traverse en ce moment, à quelque 18 km/s, et la lumière crue des étoiles bleues s'y diffuse. Sa couleur bleue trahit de fines particules de carbone qui dispersent le bleu plus que le rouge — exactement comme le ciel de jour.
La partie la plus dense entoure Mérope : c'est la nébuleuse de Mérope (NGC 1435), repérée le 19 octobre 1859 par Wilhelm Tempel avec une lunette de 10,5 cm. Tout près de l'étoile, Hubble a photographié IC 349, un ruban comprimé par la lumière de Mérope, découvert par Barnard en 1890.
IC 349, ruban de poussière brillante frôlant l'étoile Mérope, vu par Hubble
IC 349, près de Mérope — NASA/ESA, Hubble (domaine public)

Comprendre

La même scène, du visible à l'infrarouge

Faites glisser le curseur. À gauche, les Pléiades en lumière visible — les étoiles et leur voile bleu. À droite, la vue infrarouge de Spitzer : la poussière que l'amas laboure se met à rayonner en filaments.

Les Pléiades, du visible à l'infrarouge — vue infrarouge : NASA/JPL-Caltech/J. Stauffer (SSC/Caltech) (domaine public, Spitzer ssc2007-07a)
Les Pléiades en lumière visible : étoiles bleu-blanc et halos de réflexion Les Pléiades en infrarouge par Spitzer : la poussière traversée par l'amas s'illumine en réseau de filaments
Le visible (à gauche) montre ce que la poussière renvoie de la lumière des étoiles : un voile bleu discret. L'infrarouge (à droite, télescope Spitzer) montre ce que cette même poussière émet quand les étoiles la chauffent — un vaste réseau de fibres qui dessine le nuage étranger dans lequel l'amas est entré. Les deux images regardent le même endroit du ciel ; elles ne captent simplement pas la même lumière, et c'est la seconde qui a prouvé que ce nuage n'était pas d'origine.

À l'oculaire

L'objet où les jumelles gagnent contre le télescope

Les Pléiades, instrument par instrument
Avec quoi vous regardez Ce que l'amas vous montre
À l'œil nu un petit chariot brumeux de 6 à 7 étoiles serrées ; 9 et plus sous ciel noir
Jumelles 10×50 l'écrin complet : des dizaines d'étoiles bleues piquées sur le noir, cadrées d'un coup — l'instrument idéal
Petite lunette 60–80 mm à faible grossissement un champ large, les étoiles très pures ; grossir davantage perd l'ensemble
Télescope 150–200 mm on cadre trop serré, on ne voit qu'un coin de l'amas ; utile seulement pour dédoubler Astérope
Photo, pose longue le voile bleu de réflexion autour de chaque sœur, invisible à l'œil

Repérer

Au-dessus de l'œil du Taureau, impossible à manquer

  1. Partez de la Ceinture d'Orion

    En hiver, plein sud en soirée, les trois étoiles alignées d'Orion sont le repère le plus simple du ciel. Prolongez leur ligne vers le haut, à droite (vers le nord-ouest).

  2. Passez par Aldébaran, l'œil rouge du Taureau

    En montant, vous rencontrez d'abord une étoile orangée isolée, Aldébaran : c'est l'œil du Taureau, au bout du V des Hyades. Ne vous arrêtez pas, ce n'est pas encore l'amas.

  3. Continuez : le petit chariot bleuté, c'est M45

    Encore un pas dans la même direction, et vous tombez sur une tache compacte d'étoiles fines, comme une mini Grande Ourse. Aucune confusion possible — rien d'autre ne lui ressemble dans ce coin du ciel.

  4. Visez d'octobre à février, haut dans la nuit

    Les Pléiades montent dès l'automne et culminent très haut au sud en décembre-janvier, loin des lumières de l'horizon. Passé mars, elles plongent trop tôt à l'ouest en début de soirée.

M45 — carte d'identité
Repère Valeur
Type d'objet amas ouvert (étoiles nées du même nuage, encore liées)
Constellation Taureau — au-dessus d'Aldébaran et des Hyades
Magnitude ≈ 1,6 (l'un des amas les plus brillants du ciel)
Distance ≈ 444 années-lumière (136 parsecs)
Taille apparente ≈ 110′, soit près de 2° — quatre pleines lunes de large
Saison octobre à février (idéal : décembre–janvier)
Instrument idéal l'œil nu et les jumelles ; le télescope cadre trop serré

La distance qui a fâché les astronomes

Savoir à quelle distance sont les Pléiades semble simple, ce fut une petite guerre. En 1997, le satellite Hipparcos mesura par parallaxe environ 118 à 125 parsecs — nettement moins que la valeur admise. Le désaccord était gênant : à cette distance, les étoiles de l'amas auraient été « anormales » face aux modèles. Des mesures indépendantes par radio-interférométrie, par Hubble, puis par le satellite Gaia, ont tranché en faveur de 136 parsecs, soit 444 années-lumière. Hipparcos s'était trompé ; l'amas est bien à sa place.

Ce que Galilée y a vu le premier

À l'œil nu, on compte les sœurs sur les doigts d'une main. En 1610, Galilée braqua sa lunette sur l'amas et en dessina d'un coup 36 étoiles, publiées dans le Sidereus Nuncius : la première preuve, gravée, que le ciel contenait bien plus d'étoiles que l'œil n'en voyait. Un siècle et demi plus tard, Charles Messier inscrivit l'amas comme 45ᵉ objet de son catalogue le 4 mars 1769 — non par intérêt, mais pour ne plus le confondre avec une comète.

Un patrimoine mondial

L'amas que toutes les civilisations ont regardé

Aucun autre objet du ciel profond n'a laissé autant de traces dans les cultures humaines. Sur le disque de Nebra, plaque de bronze allemande vieille de quelque 3 600 ans, un amas de sept points d'or figure les Pléiades aux côtés du Soleil et de la Lune — l'une des plus anciennes représentations connues du ciel. Leur lever et leur coucher ont réglé les calendriers agricoles de la Méditerranée : Hésiode, au VIIIᵉ siècle avant notre ère, disait de moissonner à leur lever et de labourer à leur coucher.
Le disque de Nebra, disque de bronze de l'âge du bronze figurant un amas de sept points d'or : les Pléiades
Le disque de Nebra — photo Frank Vincentz (domaine public)

Subaru, le nom japonais

Au Japon, l'amas s'appelle Subaru — « rassembler », « être réuni ». Le nom est resté célèbre par le constructeur automobile, dont le logo n'est autre que six étoiles des Pléiades sur fond bleu : l'entreprise est née de la fusion de six sociétés, l'image tombait juste.

Matariki, le nouvel an maori

Pour les Maoris de Nouvelle-Zélande, le lever de l'amas — Matariki — annonce le début de l'année. La fête est si vivante qu'elle est devenue en 2022 un jour férié officiel néo-zélandais, le premier calé sur une observation astronomique.

Krittika, al-Thurayya, Kimah

L'astronomie indienne en fait Krittika, la première des stations lunaires. La tradition arabe les nomme al-Thurayya, « les nombreuses ». La Bible hébraïque les cite sous le nom de Kimah, dans le Livre de Job. Presque chaque peuple leur a donné un nom — signe qu'on les remarque partout, sans instrument.

La poussinière

En France rurale, on les appelait la poussinière : une poule et ses poussins serrés. Le surnom dit bien l'impression première — non pas sept étoiles distinctes, mais une petite grappe floue qu'on aperçoit du coin de l'œil avant de la fixer. C'est cette grappe que vous cherchez ce soir au-dessus du Taureau.
L'avis de Luc

L'avis de Luc

Faire poser le télescope tout neuf et prendre des jumelles : c'est la meilleure introduction possible aux Pléiades. À 10×50, les sept sœurs et une trentaine de leurs cadettes tiennent d'un seul coup d'œil, bleutées sur le noir, quand l'instrument n'en montre qu'un quartier. Le voile bleu, lui, n'apparaît qu'en pose longue — inutile de le chercher à l'oculaire. Un test gratuit accompagne la visite : compter les étoiles à l'œil nu. Six depuis un jardin de banlieue, neuf une nuit de décembre à la campagne, et voilà un baromètre de ciel qui ne coûte rien.

Continuer

À explorer autour des Pléiades

Aldébaran, gros point orange à gauche, et le V d'étoiles des Hyades au centre d'un champ de ciel d'hiver piqueté de poussière brune Se repérer dans le ciel d'hiver Orion, Aldébaran, le Taureau : la route qui mène droit aux Pléiades, de décembre à février. Les Pléiades aux jumelles Observer aux jumelles Amas, champs stellaires, Voie lactée : ce que le grand champ des jumelles montre mieux qu'un télescope. La nébuleuse d'Orion M42, la Grande Nébuleuse d'Orion L'autre trésor du ciel d'hiver, juste sous la Ceinture : une pouponnière d'étoiles visible à l'œil nu.

Quelles jumelles pour les Pléiades et le ciel d'hiver ?

Un 10×50 cadre l'amas entier et fait surgir des dizaines d'étoiles ; c'est l'achat le plus rentable en astronomie. Nos choix par usage et par budget.

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