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Observer · Ciel profond

M75, la petite boule la plus serrée du ciel de Messier

Là où la plupart des amas globulaires s'étalent en essaims lâches d'étoiles, M75 fait l'inverse : c'est le plus densément concentré du catalogue de Messier, une bille de lumière au cœur si comprimé qu'il en paraît presque stellaire. Il le doit à sa nature et à sa distance — près de 67 500 années-lumière, sur la face lointaine de la Voie lactée, bien au-delà de son centre. Vu de si loin, ce million d'étoiles se réduit à un disque de 6,8 minutes d'arc, brillant mais minuscule. C'est aussi une intruse : M75 n'est pas née dans notre Galaxie, mais dans une naine avalée il y a des milliards d'années. Voici comment le trouver à la lisière ouest du Sagittaire, en été, et pourquoi, sur cet amas-là, il faut grossir.

67 500 al
de distance : l'un des globulaires les plus lointains du catalogue, sur la face opposée de la Galaxie
8 ,5
magnitude visuelle — brillant sur le papier, mais concentré sur à peine 6,8′
6 ,8′
de taille apparente seulement : une petite boule, pas un large essaim
150 mm
le diamètre à partir duquel on commence à granuler ce cœur très serré
2018
l'année où M75 est identifiée comme un débris de la « Saucisse de Gaia », une galaxie engloutie

Ce que c'est

Un globulaire compact, lointain, sur la face cachée de la Galaxie

M75 (NGC 6864) est un amas globulaire : une sphère de plusieurs centaines de milliers d'étoiles vieilles, liées par leur propre gravité, qui orbite dans le halo de la Voie lactée. Celui-ci se distingue par trois traits. Il est lointain — à environ 67 500 années-lumière (soit 20,9 kiloparsecs), il compte parmi les globulaires les plus éloignés du catalogue de Messier, et il se trouve au-delà du centre galactique, sur la face opposée à la nôtre. Il est massif et lumineux : sa magnitude absolue atteint −8,57, ce qui en fait l'un des amas les plus brillants intrinsèquement, avec un million d'étoiles environ pour un âge estimé à 13 milliards d'années. Et il est petit dans le ciel : cette énorme boule, ramenée à sa distance, ne mesure plus que 6,8 minutes d'arc, contre plusieurs dizaines pour les globulaires proches. Son diamètre réel dépasse pourtant 130 années-lumière. C'est la loi de la distance : plus c'est loin, plus c'est concentré à l'œil.
M75 (NGC 6864) par le télescope spatial Hubble : une sphère d'étoiles au cœur éclatant, densément peuplée jusqu'au centre
M75 par le télescope Hubble — ESA/Hubble & NASA (CC BY 4.0)

Le détail qui le distingue

Classe I : le plus serré des globulaires de Messier

Les astronomes rangent les globulaires sur l'échelle de concentration de Shapley-Sawyer, de I (cœur extrêmement comprimé) à XII (amas presque diffus). M75 est classé I — le degré le plus serré, et le plus concentré de tout le catalogue de Messier. Concrètement, sa densité d'étoiles grimpe en flèche vers le centre : le cœur mesure à peine 0,5 parsec de rayon (moins de 2 années-lumière) et concentre l'essentiel de la lumière, tandis que le rayon de marée, la limite au-delà de laquelle la Galaxie lui arrache ses étoiles, s'étend à 5,7 minutes d'arc. C'est l'exact contraire d'un globulaire lâche comme M55, son voisin de constellation, éparpillé et facile à résoudre. Sur M75, l'œil bute sur une bille brillante presque ponctuelle : la beauté est là, mais elle se mérite à fort grossissement. Dès 1784, William Herschel, l'un des rares à le résoudre en étoiles à son époque, le décrivait comme « une miniature de M3 » — tout M13 ou M3, mais rétréci et durci.
Le cœur de M75 résolu par Hubble : les étoiles se pressent en un noyau extrêmement dense qui sature de lumière vers le centre
Cœur de M75, données Hubble (WFC3) — HST / Fabian RRRR (CC BY-SA 3.0)

Comprendre

Du sol au télescope spatial : ce que la résolution change

Faites glisser le curseur : à gauche, M75 photographié depuis le sol par un télescope terrestre, tel qu'un instrument amateur le montre au mieux ; à droite, le même amas résolu jusqu'au cœur par Hubble, au-dessus de l'atmosphère. Tout l'écart tient dans la turbulence de l'air et le diamètre.

M75 depuis le sol, puis résolu par Hubble
M75 en pose longue depuis le sol : une boule brillante au halo diffus, cœur non résolu M75 par Hubble : des milliers d'étoiles individuelles jusque dans le noyau

Une origine étrangère

M75 n'est pas née dans la Voie lactée

Sa distance et son orbite excentrique en avaient fait un suspect ; les mesures du satellite Gaia l'ont confirmé. En 2018, l'analyse des mouvements de milliers d'étoiles du halo a révélé les débris d'une galaxie naine engloutie par la Voie lactée il y a une dizaine de milliards d'années — une structure surnommée la « Saucisse de Gaia » (Gaia Sausage / Gaia-Enceladus). M75 figure parmi les sept globulaires fermement rattachés à cet ancêtre, aux côtés de M2, M56 et M79. Autrement dit, cet amas s'est formé ailleurs, dans une galaxie d'environ 50 milliards de masses solaires, avant d'être capturé sur une orbite plongeante — d'excentricité proche de 0,87 — qui l'emmène jusqu'à quelque 57 000 années-lumière du centre galactique. Sa métallicité modérée ([Fe/H] = −1,29) et son cortège de 38 étoiles variables RR Lyrae collent à cette histoire d'accrétion. Quand vous pointez M75, vous ne regardez pas seulement une boule d'étoiles serrées : vous regardez le reste digéré d'une autre galaxie.
M75 (NGC 6864) — fiche physique
Repère Valeur
Classe de concentration I (Shapley-Sawyer) — la plus serrée du catalogue de Messier
Distance ≈ 67 500 al (20,9 kpc), au-delà du centre galactique
Magnitude absolue −8,57 (l'un des globulaires les plus lumineux)
Diamètre réel > 130 al pour 6,8′ apparents
Rayon de marée 5,7′ ; cœur ≈ 0,5 pc (< 2 al)
Âge ≈ 13 milliards d'années
Métallicité [Fe/H] = −1,29
Origine accrété — débris de la « Saucisse de Gaia » (2018)

À l'oculaire

Le seul globulaire qu'il faut grossir, pas élargir

Aux jumelles 10×50, M75 se devine sous un très bon ciel comme une étoile floue qui refuse de faire le point — rien de plus, car sa lumière est ramassée sur 6,8′ et sa magnitude de 8,5 reste modeste. Dans un 100 mm, c'est une petite tache ronde et nette, brillante au centre, mais parfaitement lisse : aucune étoile détachée. C'est à partir de 150 à 200 mm que le bord commence à granuler en vision décalée, et que le noyau prend cet aspect « presque stellaire » caractéristique. Un 250 à 300 mm sous un ciel noir résout enfin quelques dizaines d'étoiles à la périphérie, le cœur restant un bloc de lumière inentamé. Et voici la particularité qui va à rebours de tous les autres globulaires : sur M75, on grossit. Là où M22 ou M55 se savourent large et bas, ce petit noyau dense supporte — et réclame — 150 à 250× pour l'agrandir et espérer le fragmenter. Trop de champ le rapetisse à une bille anonyme.
M75 en pose longue au sol : une boule brillante à noyau très condensé, entourée d'un halo d'étoiles faibles
M75 en pose longue au sol — NOIRLab/NSF/AURA (CC BY 4.0)
M75 selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez sur M75
Jumelles 10×50 une étoile floue non ponctuelle, devinée seulement sous un ciel bien noir avec le Sagittaire haut
Télescope 100 mm une petite tache ronde nette, très condensée au centre, sans aucune étoile résolue
150–200 mm le bord commence à granuler en vision décalée ; le noyau paraît presque stellaire — montez à 150×
250–300 mm + ciel noir quelques dizaines d'étoiles détachées en périphérie ; le cœur reste un bloc de lumière, à 200–250×
Photo (pose longue) un essaim serré et symétrique, cœur saturé — la résolution complète du noyau reste réservée à Hubble

Repérer

Où pointer, à la lisière ouest du Sagittaire

M75 est à l'écart des richesses du centre du Sagittaire : il se cache tout à l'est de la constellation, à sa lisière avec le Capricorne, à environ 23° à l'est du couvercle de la Théière. C'est une région pauvre en étoiles vives, ce qui rend le repérage exigeant. Le meilleur jalon fin est l'étoile 4 Capricorni (magnitude 6), à cheval sur la frontière : M75 se trouve à quelques degrés de là, seul objet brillant de son champ. La bonne fenêtre est l'été, d'août à septembre, quand le Sagittaire passe au méridien en soirée depuis la France — bas sur l'horizon sud, il faut donc un horizon dégagé et attendre le milieu de nuit pour le prendre au plus haut. Le Sagittaire complet, sa Théière et ses jalons sont détaillés sur la page de la constellation.
Carte du Sagittaire : M75 se cache à l'extrémité ouest de la constellation, près de la frontière du Capricorne, à l'écart de la Théière
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 4.0)
  1. Trouvez la Théière du Sagittaire

    Bas sur l'horizon sud en été, huit étoiles dessinent une théière. Son couvercle (Kaus Borealis, λ Sagittarii) est le point de départ : M75 se trouve loin à l'est, vers le Capricorne.

  2. Filez vers l'est, jusqu'à la frontière du Capricorne

    Depuis le corps de la Théière, glissez d'environ 20° à l'est. Vous quittez les champs riches de la Voie lactée pour une zone pauvre en étoiles : c'est là que se cache M75.

  3. Accrochez 4 Capricorni

    Cette étoile de magnitude 6, à la limite Sagittaire–Capricorne, est le dernier repère. Centrez-la dans le chercheur : M75 est le seul objet flou notable des environs.

  4. Balayez, puis grossissez

    À faible grossissement, cherchez une petite étoile qui ne pique pas : c'est l'amas. Une fois centré, montez à 150–250× pour l'agrandir. Sur M75, contrairement aux autres globulaires, le grossissement paie.

M75 (NGC 6864) — carte d'identité
Repère Valeur
Type d'objet amas globulaire de classe I (le plus concentré du catalogue de Messier)
Constellation Sagittaire — extrémité est, près de la frontière du Capricorne, ≈ 23° de la Théière
Coordonnées AD 20h 06m · Déc −21° 55′
Magnitude 8,5 (souvent donnée 9,2 en visuel intégré)
Distance ≈ 67 500 al (20,9 kpc), sur la face lointaine de la Galaxie
Taille apparente 6,8′ (rayon de marée 5,7′)
Saison été, d'août à septembre, au méridien en soirée mais bas sur l'horizon sud
Instrument minimal 150 mm pour granuler les bords ; 250–300 mm et fort grossissement pour résoudre la périphérie

Un peu d'histoire

De la « nébuleuse sans étoile » de Méchain à Gaia

  1. 1780

    Pierre Méchain découvre M75 et le signale à son ami Charles Messier, qui l'observe le 18 octobre de la même année et l'inscrit à son catalogue comme une « nébuleuse sans étoile », ronde et faible. Ni l'un ni l'autre ne le résout : leurs lunettes n'en font qu'une lueur.

  2. 1784

    William Herschel, avec un réflecteur bien plus puissant, sépare enfin M75 en étoiles et le décrit comme « une miniature de M3 » — la première reconnaissance de sa nature d'amas globulaire extrêmement concentré.

  3. 1927

    Harlow Shapley et Helen Sawyer publient leur échelle de concentration des globulaires (de I à XII). M75 y reçoit la classe I, la plus serrée — un statut qu'il conserve comme le globulaire le plus concentré du catalogue de Messier.

  4. 2010

    La caméra WFC3 du télescope spatial Hubble photographie M75 dans le cadre du programme 11628 : elle résout des milliers d'étoiles jusqu'au cœur, révélant sa population dense et ses étoiles variables RR Lyrae.

  5. 2018

    L'analyse des données du satellite Gaia identifie M75 comme un vestige de la « Saucisse de Gaia », une galaxie naine avalée par la Voie lactée : l'amas n'est pas né chez nous mais a été capturé sur son orbite plongeante.

  6. 2019

    L'ESA diffuse le portrait Hubble de M75 sous le titre « Crowded cluster » (amas surpeuplé), l'une des images de référence de cet objet, mettant en évidence la formidable densité de son noyau.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

Au lieu d'élargir comme sur M22, il faut monter — 180× dans un 250 mm, et ce qui ressemblait à une étoile un peu grasse se dilate en une petite boule qui grésille sur les bords, avec un cœur qu'on n'entame pas. Le résoudre complètement est un travail pour Hubble, autant l'admettre. Ce qui donne du poids à cette bille têtue tient à ce qu'elle est : le noyau d'une galaxie mangée par la nôtre, posé à soixante-sept mille années-lumière derrière le centre galactique. Une cible pour les nuits où le Sagittaire monte vraiment haut.

Continuer

À explorer autour de M75

M54, boule d'étoiles au cœur laiteux serré, occupant tout le champ d'un télescope au sol M54, l'autre globulaire venu d'ailleurs Encore plus lointain que M75, M54 appartient à la galaxie naine du Sagittaire en cours d'absorption : le pendant proche de l'histoire d'accrétion de M75. Portrait de M55 en lumière visible : une boule d'étoiles lâche et résolue M55, tout l'opposé de M75 Large, lâche et facile à résoudre : le globulaire de classe XI du Sagittaire montre à quel point la concentration de classe I de M75 est exceptionnelle. Carte du Sagittaire Le Sagittaire : la Théière et ses trésors Comment repérer la Théière, remonter la Voie lactée et naviguer jusqu'à la lisière est où se cache M75, près du Capricorne.

Quel diamètre pour granuler un globulaire de classe I ?

M75 se montre en petite boule dès 100 mm, mais granuler ce cœur ultra-dense demande 200 mm et un fort grossissement. Nos choix de télescopes par usage et par budget.

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