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Observer · Ciel profond

M10, l'amas globulaire au cœur tassé d'Ophiuchus

Cent mille étoiles serrées dans 83 années-lumière, posées presque au centre du Serpentaire — et à 14 300 années-lumière, c'est l'un des amas globulaires les plus proches de nous. Son noyau compact se grène dès 150 mm, là où d'autres restent cotonneux, et un voisin à 3° de là, M12, en fait le duo le plus instructif de l'été. Voici comment le trouver, ce que chaque diamètre en tire, et pourquoi le comparer à M12 apprend à lire un globulaire.

14300
années-lumière : l'un des amas globulaires les plus proches du Soleil
100000
étoiles rassemblées dans une sphère de 83 années-lumière
83
années-lumière : son diamètre réel, ramassé pour un globulaire
3 °
à peine de M12, son jumeau visé dans la même soirée
1764
sa découverte, par Charles Messier lui-même

Ce que c'est

Un globulaire proche, au noyau ramassé

M10 porte le numéro 10 dans le catalogue de Charles Messier et NGC 6254 au New General Catalogue. C'est un amas globulaire : une pelote d'astres antiques, soudés par la gravité en une boule qui parcourt le halo de notre galaxie depuis l'aube des temps. Il regroupe environ 100 000 soleils pour une masse voisine de 225 000 masses solaires, tassés dans un diamètre réel de seulement 83 années-lumière. À 14 300 années-lumière du Soleil, c'est l'un des globulaires les plus proches de nous — cette proximité est la clé de tout ce qui suit, car elle rapproche aussi ses étoiles de notre portée.
L'amas globulaire M10 (NGC 6254) dans Ophiuchus : boule d'étoiles dense à cœur brillant sur fond noir
M10 — N. A. Sharp, V. Harvey / REU / NOIRLab / NSF / AURA (CC BY 4.0)

Une concentration modérée, classe VII

Les globulaires se rangent sur une échelle de concentration de I (le plus tassé) à XII (le plus diffus). M10 est classé VII : une concentration moyenne, avec un cœur bien marqué mais sans le noyau aveuglant d'un M15. Sur ses 20′ de rayon total (le rayon de marée mesure 19,3′), la lumière se concentre dans un cœur brillant de 8 à 9′ — le disque compact qui saute aux yeux à l'oculaire. Ce noyau net, ni trop dur ni trop mou, est exactement ce qui rend M10 aussi facile à grener : il donne un point d'accroche à l'œil.

Le plus proche donne le plus de grain

À 14 300 années-lumière, M10 est deux fois plus près que M14 (à ~30 000) et un peu plus proche que M12 (à ~16 400). Ses étoiles les plus brillantes remontent donc plus haut dans notre ciel, et c'est pourquoi il se résout dès 100 à 150 mm quand d'autres restent des taches. Il orbite à environ 5 kiloparsecs — quelque 15 000 à 16 000 années-lumière — du centre galactique, qu'il boucle en près de 140 millions d'années sur une orbite peu allongée.

Un fossile de 11,4 milliards d'années

Comme tous les globulaires, M10 est un vestige des débuts de la Galaxie : ses étoiles ont environ 11,4 milliards d'années. Leur métallicité — [Fe/H] ≈ −1,25, soit à peine 3,5 % du fer du Soleil — trahit un gaz primitif, peu enrichi en éléments lourds. On y a tout de même repéré des traînardes bleues, des étoiles rajeunies par fusion il y a 2 à 5 milliards d'années, anachronismes au milieu de ces vieillards.

Deux pulsars et une trentaine de variables

Le cœur dense de M10 est un laboratoire de dynamique stellaire : on y connaît deux pulsars milliseconde, des étoiles à neutrons filant en quelques millièmes de seconde, et une trentaine d'étoiles variables — des RR Lyrae et des variables de type W Virginis, dont le clignotement régulier a longtemps servi à jauger la distance des amas. Rien de tout cela ne se voit à l'oculaire : c'est la carte d'identité physique derrière la boule cotonneuse.

Ce qui le rend unique

M10 et M12, le duo qui apprend à lire un globulaire

Faites glisser le curseur : à gauche M10, cœur tassé de classe VII ; à droite M12, plus lâche (classe IX), à 3° de là. Images : NOIRLab / NSF / AURA (CC BY 4.0).

M10 (concentré, classe VII) puis M12 (plus lâche, classe IX)
M10, amas globulaire à cœur dense et brillant, concentration classe VII M12, amas globulaire aux étoiles plus dispersées, concentration classe IX

Trois degrés d'écart, deux caractères

M10 et M12 sont séparés d'à peine 3° au nord-ouest — la largeur de deux doigts tendus à bout de bras — et flottent à quelques milliers d'années-lumière l'un de l'autre dans l'espace. Vus depuis l'un, l'autre brillerait à la magnitude 4,5, presque à l'œil nu. On les pointe dans la même séance, à quelques minutes d'intervalle, et c'est là tout leur intérêt : deux globulaires de taille et d'éclat comparables (M12 est à magnitude 6,7, M10 à 6,6) qui ne se ressemblent pas.

Le tassé et le lâche

M10 (classe VII) présente un cœur net et ramassé qui se détache d'un coup ; M12 (classe IX) est nettement plus diffus, ses étoiles étalées presque uniformément, sans noyau franc. Passer de l'un à l'autre dans le même oculaire fait comprendre, mieux qu'un livre, ce que veut dire « degré de concentration » : même magnitude, même champ, deux boules qui n'accrochent pas la lumière de la même façon.

Repérer

Presque au centre du Serpentaire, à 1° de 30 Ophiuchi

  1. Situez Ophiuchus, plein sud l'été

    De mai à juillet, vers 23 h, cherchez au sud le vaste pentagone d'Ophiuchus, le Serpentaire, coincé entre le Scorpion et Hercule. Rasalhague (α Oph, magnitude 2,1) en marque le sommet, au nord. M10 loge presque au centre de cette grande figure pauvre en étoiles brillantes.

  2. Descendez sur les deux Yed

    Depuis Rasalhague, glissez vers le sud-ouest jusqu'au couple serré Yed Prior (δ Oph, magnitude 2,7) et Yed Posterior (ε Oph, magnitude 3,2), à l'ouest de la constellation. Ce sont vos deux étoiles-guides.

  3. Filez vers l'est jusqu'à 30 Ophiuchi

    M10 se trouve à environ 12° à l'est de Yed Prior. Repère plus sûr encore : l'étoile 30 Ophiuchi (magnitude 4,8, visible au chercheur) est à 1° juste à l'est de l'amas. Placez 30 Oph dans le champ, décalez d'un degré vers l'ouest, et la petite tache ronde de M10 apparaît.

  4. Prenez-le au méridien, sans trop attendre

    Sa déclinaison de −4° le maintient à mi-hauteur du ciel français : comptez une quarantaine de degrés au mieux. Le moment idéal est son point culminant, plein sud, lors des courtes nuits de juin et juillet — c'est là qu'il domine le plus haut la couche de turbulence et les halos qui traînent près de l'horizon.

M10 — carte d'identité
Repère Valeur
Type d'objet amas globulaire (NGC 6254), concentration classe VII
Constellation Ophiuchus, le Serpentaire — presque au centre, à 1° à l'ouest de 30 Oph
Magnitude 6,6 (juste sous le seuil de l'œil nu, facile aux jumelles)
Distance ≈ 14 300 années-lumière — l'un des globulaires les plus proches
Taille apparente ≈ 20′ au total, cœur brillant de 8 à 9′ (deux tiers de la pleine lune)
Saison été — de mai à juillet, plein sud au méridien
Hauteur au méridien ≈ 40° depuis le nord de la France (déclinaison −4°)
Instrument minimal visible aux jumelles 50 mm ; se grène dès 100 à 150 mm, superbe à 200 mm

À l'oculaire

M10, le globulaire dont le cœur cède tôt

Aux jumelles, M10 n'est qu'une petite tache floue et ronde, comme une étoile hors mise au point, mais au centre nettement marqué. La bascule vient avec le diamètre : dès 100 à 150 mm, le pourtour du cœur se met à grésiller, quelques étoiles se détachent du halo autour d'un noyau granuleux. À 200 mm, c'est une vraie boule d'étoiles, dense au centre et frangée d'astres résolus. Sa concentration modérée et sa proximité lui donnent une magnitude de surface confortable : il ne réclame pas un ciel de désert, juste un horizon dégagé au sud.
M10 vu dans un télescope d'amateur : boule ronde brillante dont le pourtour se pique d'étoiles autour d'un noyau granuleux
M10 au télescope d'amateur — Hunter Wilson (CC BY-SA 3.0)
M10 selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez
À l'œil nu invisible : à magnitude 6,6, il frôle le seuil et se perd dans le vide d'Ophiuchus
Jumelles 10×50 une petite tache floue ronde, sans grain, avec un centre plus dense — à 1° à l'ouest de 30 Oph
Lunette / télescope 80 mm une boule nébuleuse évidente de 8′ environ, à cœur plus brillant, encore sans étoiles
100 à 150 mm le pourtour commence à se résoudre, quelques étoiles se piquent autour d'un noyau granuleux — plus facile que M14
150 à 200 mm un cœur dense et nébuleux frangé d'étoiles résolues, surtout dans le halo extérieur : une belle boule d'étoiles
300 mm et plus des étoiles d'un bord à l'autre du disque, jusqu'au centre par bonnes nuits — l'amas éclate

Ce que le spatial sépare

Le cœur de M10 sous l'œil de Hubble

Là où même un 300 mm peine à percer le tout centre de M10, le télescope spatial Hubble en résout des milliers d'étoiles jusqu'au noyau. On y lit ce qu'aucun oculaire ne montre : la teinte orangée des géantes rouges en fin de vie, semée de grains plus bleus — les traînardes bleues et les étoiles chaudes du cœur. Cette couleur, invisible à l'œil qui ne perçoit qu'un gris nébuleux, est la vraie signature d'un amas vieux de 11,4 milliards d'années : des soleils modestes qui ont épuisé leur hydrogène et gonflé en géantes.
Le centre de M10 résolu en une multitude d'étoiles jaunes et bleues par le télescope spatial Hubble
Cœur de M10 par Hubble — ESA/Hubble & NASA (CC BY 3.0)

Un peu d'histoire

De la « nébuleuse sans étoiles » de Messier au disque grené

  1. 29 mai 1764

    Charles Messier découvre lui-même l'objet et l'inscrit comme 10ᵉ entrée de son catalogue. Depuis Paris, avec ses instruments modestes, il n'y distingue aucune étoile et le décrit comme une « belle nébuleuse ronde, sans étoiles » — un leurre de plus dans sa chasse aux comètes.

  2. Fin du XVIIIᵉ siècle

    William Herschel, avec ses grands miroirs, résout M10 en étoiles individuelles. La « nébuleuse ronde » de Messier se révèle enfin ce qu'elle est : un essaim de dizaines de milliers de soleils, presque au centre du Serpentaire.

  3. 1917

    Harlow Shapley, en cartographiant les globulaires pour mesurer la Galaxie, estime M10 à quelque 33 000 années-lumière — plus du double de la valeur moderne. Les mesures de parallaxe et de photométrie ramèneront la distance à environ 14 300 années-lumière.

  4. Depuis 1998

    Les relevés modernes détaillent son cœur : une trentaine d'étoiles variables recensées, deux pulsars milliseconde débusqués, une population de traînardes bleues cartographiée — la physique fine d'un amas que Messier ne voyait que comme une tache.

Ce que la pose longue tire de M10

Un capteur cumule la lumière pendant de longues minutes : il fige la couleur orangée des géantes rouges, révèle les étoiles bleues du cœur et rend le disque résolu jusqu'au centre, bien au-delà des 8 à 9′ brillants que voit l'œil. Ce sont ces clichés — au sol comme depuis l'espace — qui ont permis de recenser sa trentaine de variables et de traquer ses deux pulsars, invisibles dans le moindre instrument d'amateur.

Ce que l'œil gagne à 200 mm

À l'oculaire, M10 reste gris : pas de couleur, pas de photo. Mais dans un 200 mm poussé à 150× par une nuit stable, la boule cotonneuse se dissout en une fine granulation, dense au centre et piquée d'étoiles au pourtour. Cette bascule — le cœur qui cède, plus tôt que chez la plupart des globulaires grâce à sa proximité — se gagne au méridien, jamais quand M10 rase encore l'horizon à moins de 40°.
L'avis de Luc

L'avis de Luc

Balayer 3° de M10 à M12 puis revenir : ce va-et-vient enseigne en trente secondes ce qu'est la concentration d'un globulaire — l'un serré, l'autre lâche. M10 ouvre le trio d'Ophiuchus parce qu'il est le plus proche, le plus haut, et le plus prompt à donner du grain : à 1° à l'ouest de 30 Oph, c'est déjà une jolie tache ronde à centre marqué dans des 10×50, et un cœur qui grène à 150× dans un 200 mm. Sa hauteur reste modeste, quarante degrés au mieux — ce qui impose de le prendre au passage du méridien.

Continuer

À explorer autour de M10

L'amas globulaire M14 dans Ophiuchus M14, le membre lointain du trio À 10° à l'est et deux fois plus loin, le plus coriace à résoudre des trois globulaires d'Ophiuchus — et son étrange nova de 1938. L'amas globulaire M13 dans Hercule M13, le grand globulaire d'Hercule Le plus spectaculaire du ciel boréal, plus tassé et bien plus haut que M10 : le point de comparaison une fois l'œil fait au Serpentaire. M10 au télescope d'amateur Résoudre un amas globulaire Ce que veut dire résoudre un amas : à partir de 150 mm, la boule commence à se séparer en étoiles individuelles.

Quel télescope pour grener le cœur de M10 ?

Des jumelles 10×50 montrent une tache ronde à centre marqué ; il faut 100 à 150 mm pour piquer d'étoiles son pourtour, et 200 mm pour la vraie boule d'étoiles. Nos choix par usage et par budget.

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