Observer · Ciel profond
M14, l'amas globulaire à nova du Serpentaire
Cent cinquante mille étoiles à trente mille années-lumière, dans un coin d'Ophiuchus presque vide de repères. M14 est le plus lointain et le plus dur à résoudre d'un trio de globulaires — mais il porte une rareté : une nova y a flambé en 1938, l'un des seuls éclats de ce genre jamais surpris au sein d'un amas globulaire. Voici comment le débusquer, ce que chaque diamètre en tire, et pourquoi ses étoiles refusent longtemps de se séparer.
- 30300
- années-lumière : sa distance, près du double de celle de ses voisins M10 et M12
- 150000
- étoiles rassemblées dans une sphère de 100 années-lumière
- 70
- étoiles variables recensées — une richesse peu commune pour un globulaire
- 1938
- l'année où une nova y a été photographiée, cas rarissime dans un amas globulaire
- 1764
- sa découverte, par Charles Messier lui-même
Ce que c'est
Un globulaire riche, lâche et lointain

Une concentration lâche, classe VIII
Deux fois plus loin que M10 et M12
Une boule un peu aplatie
Une métallicité intermédiaire
Ce qui le rend unique
La nova de 1938, retrouvée vingt-six ans après
Un éclat presque jamais vu ailleurs
Découverte sur des plaques, en 1964
Repérer
Dans un désert d'étoiles, à l'est de M10 et M12
-
Situez Ophiuchus, plein sud l'été
De juin à août, vers 23 h, cherchez au sud le vaste pentagone d'Ophiuchus, le Serpentaire, coincé entre les têtes du Serpent et l'Écu. C'est une région pauvre en étoiles brillantes — le principal obstacle n'est pas la magnitude de l'amas, mais le vide qui l'entoure.
-
Trouvez d'abord M10 et M12
Les deux globulaires-frères, M10 et M12, sont plus faciles et plus hauts : repérez-les d'abord au centre d'Ophiuchus. Ils vous servent de tremplin — M14 se tient à leur est.
-
Décalez d'environ 10° vers l'est
Depuis M10, glissez d'à peu près 10° vers l'est le long de la carte : c'est deux champs de chercheur. M14 se trahit par une petite tache ronde et cotonneuse, plus terne et plus menue que ses voisins, sans étoile-guide brillante à ses côtés.
-
Prenez-le au méridien, jamais bas sur l'horizon
Avec une déclinaison de −3°, M14 ne culmine qu'à environ 40° de hauteur depuis le nord de la France. Attrapez-le au passage au méridien, plein sud, aux nuits de juin et juillet, pour le sortir au maximum de la brume basse et de la pollution lumineuse.
| Repère | Valeur |
|---|---|
| Type d'objet | amas globulaire (NGC 6402), concentration classe VIII |
| Constellation | Ophiuchus, le Serpentaire — à ~10° à l'est de M10 |
| Magnitude | 7,6 (hors de portée de l'œil nu) |
| Distance | ≈ 30 300 années-lumière, dans le halo galactique |
| Taille apparente | ≈ 11′ (un tiers de la pleine lune) |
| Saison | été — de juin à juillet, plein sud au méridien |
| Hauteur au méridien | ≈ 40° depuis le nord de la France (déclinaison −3°) |
| Instrument minimal | des jumelles 50 mm le montrent en tache floue ; il faut ~300 mm pour le résoudre en étoiles |
| Aucune ligne ne correspond au filtre. | |
À l'oculaire
Le plus coriace du trio à résoudre

| Avec quoi | Ce que vous atteignez |
|---|---|
| À l'œil nu | invisible : à magnitude 7,6, il passe sous le seuil même sous un ciel de campagne |
| Jumelles 10×50 | une petite tache floue et faible, comme une étoile hors mise au point, sans grain — nette mais discrète |
| Lunette / télescope 80 mm | un rond nébuleux à centre à peine plus dense, dans un champ presque vide d'étoiles brillantes |
| 100 à 150 mm | une boule ronde et granuleuse dont les tout premiers bords commencent à peine à se résoudre — nettement plus coriace que M10 ou M12 |
| 200 à 250 mm | une belle granulation générale, la forme légèrement ovale se devine, quelques étoiles fines se détachent du pourtour |
| 300 mm et plus | l'amas s'ouvre enfin en étoiles individuelles d'un bord à l'autre, jusqu'aux astres de magnitude 14 |
| Aucune ligne ne correspond au filtre. | |
Ce que le spatial sépare
Ce que l'œil ne perce jamais dans M14

Un peu d'histoire
De la nébuleuse ronde de Messier à la nova retrouvée
- 1764
Le 1ᵉʳ juin, Charles Messier découvre lui-même l'objet et l'inscrit comme 14ᵉ entrée de son catalogue. Depuis Paris, il n'y distingue aucune étoile et le décrit comme une nébuleuse ronde sans éclat, un leurre de plus dans sa chasse aux comètes.
- 1783
William Herschel, avec ses grands miroirs, est le premier à résoudre M14 en étoiles individuelles. La « nébuleuse ronde » se révèle enfin ce qu'elle est : un essaim de dizaines de milliers de soleils, dans une région d'Ophiuchus pauvre en repères.
- 1938
Une nova flambe au sein de l'amas et atteint la magnitude 9,2 — un événement d'une rareté extrême dans un globulaire. Mais personne ne la remarque sur le moment : elle reste enregistrée sur des plaques photographiques, ignorée.
- 1964
L'astronome Amelia Wehlau retrouve la trace de la nova de 1938 en réexaminant ces vieux clichés. On cherchera ensuite, sans certitude, un possible reste de l'explosion parmi les étoiles de l'amas — M14 entre au rang des rarissimes globulaires à nova avérée.
Ce que la pose longue tire de M14
Ce que l'œil gagne à 150×, un soir d'été
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À explorer autour de M14
M10, le voisin plus facile Le premier tremplin du trio d'Ophiuchus : plus proche, plus haut, il se résout dès 150 mm là où M14 résiste. Le point de départ du saut de 10°.
M12, l'autre globulaire du trio Le compagnon de M10, à peine plus lâche, qui complète le trio de globulaires d'Ophiuchus dont M14 est le membre le plus lointain.
Résoudre un globulaire coriace À partir de quel diamètre un essaim sphérique se sépare en étoiles individuelles, et ce que M13, M22 ou M15 donnent à l'oculaire. Quel télescope pour ouvrir M14 en étoiles ?
Des jumelles 10×50 ne montrent qu'une tache floue faible à l'est de M10 ; il faut 200 à 250 mm pour en gréner le pourtour, et 300 mm pour le résoudre franchement. Nos choix par usage et par budget.