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Observer · Ciel profond

M9, l'amas que la poussière assombrit au bord du bulbe

Voici l'un des amas globulaires les plus proches du centre de la Voie lactée : à peine 5 500 années-lumière l'en séparent, quand notre Soleil en est trois fois plus loin. Cette position au ras du bulbe galactique lui vaut une singularité visible dès l'oculaire — un pan de sa lumière est avalé par le nuage de poussière obscure Barnard 64, qui le borde et lui vole près d'une magnitude d'éclat. Résultat : une petite boule granuleuse, plus terne et plus rétive à se résoudre que ses voisins. On le déniche à trois degrés de Sabik, plein sud au cœur de l'été.

25800 al
nous séparent de M9, aux abords encombrés du centre galactique
5500 al
seulement entre l'amas et le centre de la Voie lactée : il frôle le bulbe
250000
étoiles résolues par le télescope Hubble jusqu'au cœur de l'amas
100 mm
le diamètre minimal pour commencer à grener son pourtour assombri
24
étoiles variables recensées dans M9, dont 21 RR Lyrae

Ce que c'est

Un globulaire suspendu au bord du bulbe galactique

M9 (NGC 6333) est un amas globulaire — un essaim sphérique de plusieurs centaines de milliers de vieilles étoiles, serrées par leur propre gravité. Ce qui le distingue, c'est son adresse : à environ 25 800 années-lumière de nous (soit 7,9 kiloparsecs), il se trouve à seulement 5 500 années-lumière du centre de la Voie lactée. C'est l'un des globulaires connus les plus proches du bulbe galactique, ce renflement d'étoiles anciennes qui entoure le cœur de notre Galaxie. Sa sphère mesure quelque 90 années-lumière de diamètre pour une taille apparente de 9,3′ à 12′, et brille à la magnitude 7,7 — juste sous la limite de l'œil nu. Son éclat absolu atteint −8,04, mais il fonce dans notre direction : les spectrographes lui mesurent une vitesse radiale d'environ 224 km/s. C'est une relique de l'aube de la Galaxie, âgée de quelque douze milliards d'années et pauvre en métaux, comme il sied à un objet né avant le disque.
M9 (NGC 6333) par le télescope spatial Hubble : essaim sphérique résolu en étoiles jusqu'au cœur, aux teintes blanches, bleutées et orangées
M9 par le télescope Hubble (ACS), image dont est tiré le bandeau de cette page — NASA & ESA (CC BY 4.0, ESA/Hubble heic1205a)

Le détail qui le distingue

Un flanc mangé par la poussière de Barnard 64

Regardez le champ autour de M9 : d'un côté, un fourmillement d'étoiles ; de l'autre, un pan de ciel étrangement vide et noir. Ce vide n'est pas une absence d'étoiles, c'est un écran — le nuage de poussière obscure Barnard 64, cataloguée par l'astronome E. E. Barnard, qui s'étend juste à l'ouest de l'amas. Son cœur dense se tient à environ 25′ à l'ouest de M9, mais ses filaments s'avancent presque jusqu'à lui. Sur son flanc nord et ouest, la lumière de l'amas traverse cette poussière et s'y éteint : elle perd sans doute plus d'une magnitude d'éclat — un facteur d'atténuation d'environ 2,5× — et se trouve rougie au passage, comme un soleil couchant. C'est la marque de sa position au ras du plan de la Voie lactée, dans une région du Serpentaire criblée de nébuleuses sombres. Là où un M13, haut dans un ciel dégagé, se montre franc et net, M9 arrive jusqu'à nous voilé — et cette poussière, on la devine à l'oculaire.
Champ large autour de M9 : l'amas globulaire posé à la lisière du nuage de poussière obscure Barnard 64, qui éteint les étoiles d'arrière-plan sur tout un pan du ciel
Champ de M9 et du nuage sombre Barnard 64 — NASA, ESA, Digitized Sky Survey 2 (D. De Martin) (CC BY 4.0)

Comprendre

Du champ de poussière au cœur résolu par Hubble

Faites glisser le curseur : à gauche, le champ large où M9 n'est qu'une tache accrochée au bord du nuage sombre Barnard 64 ; à droite, le zoom du télescope Hubble jusqu'au cœur de l'amas, où plus de 250 000 étoiles se séparent une à une.

Le champ poussiéreux de M9 puis son cœur vu par Hubble
M9 dans son champ : une modeste boule au bord de la poussière obscure de Barnard 64 Le cœur de M9 résolu en étoiles individuelles par le télescope Hubble, aux teintes jaunes, rouges et bleues

Au plus près du cœur

Un amas dans la cohue des abords du centre galactique

Se tenir à 5 500 années-lumière du centre galactique, ce n'est pas anodin. Les globulaires du bulbe évoluent dans une région où la densité d'étoiles, de gaz et de poussière est bien plus forte que dans notre banlieue solaire : les rencontres gravitationnelles y sont plus fréquentes, les marées du bulbe plus rudes. M9 y appartient à un petit peloton de globulaires voisins — NGC 6356 à environ 80′ au nord-est et NGC 6342 à quelque 80′ au sud-est tiennent le même champ à faible grossissement. Concentré classe VIII dans l'échelle de Shapley-Sawyer, M9 n'a pas le cœur effondré des amas les plus serrés : il garde un noyau dense mais lisible. Ses étoiles variables en font une horloge : on y a recensé 24 variables, dont 21 RR Lyrae — ces pulsantes régulières qui servent d'étalons de distance —, une variable à longue période, une céphéide de type II et une binaire à éclipses.
M9 et son voisinage physique
Grandeur Valeur
Distance au Soleil ≈ 25 800 al (7,9 kpc)
Distance au centre galactique ≈ 5 500 al
Diamètre réel ≈ 90 al
Magnitude absolue −8,04
Vitesse radiale ≈ 224 km/s (en approche)
Classe de concentration VIII (Shapley-Sawyer)
Voisins dans le champ NGC 6356 (≈ 80′ NE), NGC 6342 (≈ 80′ SE)
Étoiles variables 24, dont 21 RR Lyrae

À l'oculaire

Une boule assombrie qui se fait prier pour se résoudre

M9 demande un peu plus de patience que la moyenne des globulaires, et la poussière de Barnard 64 y est pour quelque chose : privé d'une magnitude, il paraît plus terne que ne le laisserait croire son chiffre de 7,7. Aux jumelles 10×50, c'est une petite tache ronde et floue, à confirmer sous un ciel bien noir. Un télescope de 100 mm montre un disque d'environ 3′ à centre marqué, encore laiteux ; il faut 150 mm pour commencer à en grener le pourtour en poussière d'étoiles, la vision décalée aidant à décoller les astres du fond. À 200 mm, le halo s'étale sur 7 à 8′ et le grain devient net sur les bords, le cœur restant compact ; à 250 – 300 mm sous un ciel de campagne, l'amas se résout franchement, jusqu'à des dizaines d'étoiles piquées sur un noyau qui ne cède jamais tout à fait. La bonne surprise : M9 supporte bien le grossissement, sa concentration récompensant les forts oculaires — l'inverse d'une galaxie diffuse.
M9 résolu en étoiles : au télescope amateur, seuls les astres du pourtour se détachent, le cœur restant une lueur granuleuse
M9 par le télescope Hubble — NASA & ESA (CC BY 4.0)
M9 selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez sur M9
Jumelles 10×50 une petite tache ronde et floue, faible, à débusquer sous un ciel noir et l'amas haut au méridien
Télescope 100 mm un disque d'environ 3′ à centre marqué, cotonneux, non résolu — la poussière le rend plus terne que prévu
150 mm les premières étoiles du pourtour se détachent en vision décalée ; le cœur reste une lueur granuleuse
200 mm un halo de 7 à 8′ grené sur les bords, un noyau compact bien contrasté ; supporte 150× à 200×
250 – 300 mm + ciel noir résolution franche jusque près du cœur, des dizaines d'étoiles piquées ; le centre reste dense

Repérer

À trois degrés au sud-est de Sabik

M9 se loge dans le sud-est d'Ophiuchus, le vaste Serpentaire qui domine le ciel d'été. Le repère décisif est Sabik (η Ophiuchi), l'étoile de magnitude 2,43 qui marque l'angle sud-est de la constellation : M9 se tient à environ 3° au sud-est d'elle, dans une région pauvre en étoiles vives — normal, la poussière de la Voie lactée y étouffe le fond. La bonne fenêtre est le plein été : de mai à juillet, le Serpentaire passe au méridien en soirée. Depuis la France, l'amas ne monte jamais très haut — c'est un objet méridional — d'où l'importance de le cueillir pile à son passage au sud, avant que l'horizon et sa poussière n'aient raison de lui.
Carte d'Ophiuchus (le Serpentaire) : M9 se cache dans l'angle sud-est de la constellation, à trois degrés de l'étoile Sabik (η Ophiuchi)
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 4.0)
  1. Situez Ophiuchus, plein sud l'été

    Le grand pentagone du Serpentaire s'étale au sud entre l'Aigle et le Scorpion. Sabik (η Ophiuchi), magnitude 2,43, en occupe l'angle sud-est, au-dessus du dard du Scorpion.

  2. Descendez de 3° au sud-est de Sabik

    Depuis Sabik, glissez d'environ trois degrés vers le sud-est. Vous entrez dans un désert d'étoiles : c'est le signe que la poussière de la Voie lactée est proche, et M9 avec elle.

  3. Accrochez la petite boule au chercheur

    Au chercheur ou aux jumelles, M9 apparaît comme une modeste tache ronde et floue. À faible grossissement, elle partage presque le champ avec ses discrètes voisines NGC 6356 et NGC 6342.

  4. Prenez-la au méridien, sans traîner

    M9 restant bas depuis nos latitudes, observez-la à son point le plus haut, plein sud. Chaque degré gagné sur l'horizon lui rend un peu de l'éclat que Barnard 64 lui vole.

M9 (NGC 6333) — carte d'identité
Repère Valeur
Type d'objet amas globulaire, classe de concentration VIII — l'un des plus proches du centre galactique
Constellation Ophiuchus (le Serpentaire), angle sud-est, à 3° de Sabik (η Ophiuchi)
Magnitude 7,7 (assombri de près d'une magnitude par la poussière de Barnard 64)
Distance ≈ 25 800 al (7,9 kpc) ; ≈ 5 500 al du centre galactique
Taille apparente 9,3′ à 12′ (≈ 90 al de diamètre réel)
Saison été, de mai à juillet, au passage au méridien plein sud
Instrument minimal 100 mm pour un disque granuleux ; 200 à 300 mm pour le résoudre en étoiles

Un peu d'histoire

De la « nébuleuse sans étoiles » de Messier au portrait de Hubble

  1. 3 juin 1764

    Charles Messier découvre l'amas et le porte à son catalogue sous le numéro 9. Sa lunette ne montre qu'une lueur ronde : il la décrit comme une « nébuleuse sans étoiles ». Il ignore qu'il regarde un essaim de centaines de milliers de soleils.

  2. 1783

    William Herschel, avec un réflecteur bien plus puissant, résout enfin M9 en étoiles individuelles et l'estime large de 7 à 8′. Le globulaire cesse d'être une simple tache pour devenir un peuple d'astres.

  3. années 1910-1920

    L'astronome E. E. Barnard, pionnier de la photographie des nébuleuses sombres, catalogue le nuage de poussière obscure qui borde M9 : il portera son nom, Barnard 64, et expliquera pourquoi l'amas nous paraît si assombri.

  4. 16 mars 2012

    Le télescope spatial Hubble publie « Glittering Jewels of Messier 9 », son portrait le plus détaillé : sa caméra ACS y résout plus de 250 000 étoiles jusqu'au cœur, révélant les teintes rouges, jaunes et bleues d'astres vieux de douze milliards d'années.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

« Ça, c'est de la poussière, et elle lui coûte une magnitude » : montrer le nuage sombre voisin sur la carte change le regard qu'on pose sur cette petite boule avare. Servi en second, juste après un M10 bien plus facile, M9 reste plus sourd et plus fermé à 150× dans un 200 mm — la comparaison fait tout le travail. Son cœur ne s'ouvre pas sous 250 mm, et il ne faut pas le promettre. Reste sa position : un amas coincé à 5 500 années-lumière du centre de la Galaxie, derrière un voile de suie interstellaire, qui mérite d'être cueilli pile au méridien.

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À explorer autour de M9

L'amas globulaire M10 dans Ophiuchus M10, le voisin plus facile du Serpentaire À quelques degrés de M9, l'amas au cœur tassé se résout plus vite et sans voile de poussière : le contre-exemple idéal à observer dans la foulée. L'amas globulaire M14 M14, l'amas à nova d'Ophiuchus Le troisième globulaire du Serpentaire, plus lointain et plus coriace à résoudre, célèbre pour la nova qui y a brillé et n'a été retrouvée que des décennies plus tard. L'amas globulaire M9 résolu en milliers d'étoiles bleu-blanc et orangées, plus serrées vers un centre lumineux Résoudre un globulaire malgré la poussière Pourquoi un amas comme M9, assombri par une nébuleuse sombre et bas sur l'horizon, exige diamètre, ciel noir et méridien — et ce que chaque palier d'ouverture y gagne vraiment.

Quel diamètre pour résoudre M9 derrière son voile de poussière ?

M9 se donne en boule granuleuse dès 100 mm, mais grener ses étoiles jusqu'au cœur, malgré la magnitude que lui vole Barnard 64, demande 250 mm et un ciel noir. Nos choix de télescopes par usage et par budget.

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