Événements · Pluie d'étoiles filantes
Les Léonides
Chaque mi-novembre, la Terre traverse la poussière semée par une comète qui repasse tous les trente-trois ans. La plupart des années, cela donne une quinzaine de traits de lumière à l'heure — 2026 en fait partie. Deux fois par siècle, cela donne le plus grand spectacle du ciel. En 2026, le maximum tombe le 18 novembre à 0 h 45, et la Lune se couche vingt minutes avant.
Maximum des Léonides 2026, heure française
C'est le moment !
- 71 km/s
- la vitesse d'entrée d'un grain léonide : l'essaim le plus rapide de l'année, deux fois et demie plus que les Taurides
- 15
- le taux horaire zénithal attendu en 2026 — une année ordinaire, sans le moindre filament dense sur la route de la Terre
- 144000
- les météores par heure atteints le 17 novembre 1966 au-dessus de l'Arizona, quarante par seconde pendant vingt minutes
- 2031
- le retour au périhélie de 55P/Tempel-Tuttle, la comète nourricière — le 20 mai, et c'est autour de cette date que se rejoue tout
La nuit du 17 au 18 novembre, heure par heure
L'essaim est actif du 6 au 30 novembre, mais l'essentiel se concentre sur quelques heures. Le passage de la Terre au plus près du plan du courant — ce que les spécialistes appellent le maximum nodal — est calculé au 17 novembre à 23 h 45 en temps universel, soit le 18 novembre à 0 h 45 à votre montre. C'est une heure exceptionnellement favorable pour la France : elle tombe en pleine nuit, et non en plein jour comme cela arrive une année sur deux.
Trois contraintes se superposent, et elles se résolvent toutes dans le même créneau. La Lune, gibbeuse croissante, se couche à 0 h 24 à Paris — 0 h 19 à Lyon, 0 h 02 à Strasbourg, 0 h 54 à Brest. Le radiant, lui, se lève vers 23 h et grimpe toute la nuit. Et l'aube astronomique reprend ses droits à 6 h 13 à Paris, le Soleil se levant à 8 h 04.
Le verdict est net : la fenêtre utile court de 0 h 30 à 6 h 10 environ, et la seconde moitié vaut nettement mieux que la première. Une séance de deux heures entre 4 h et 6 h montrera davantage qu'une veillée de quatre heures commencée à minuit — la faute au radiant, encore bas en début de nuit.
Pourquoi une pluie du Lion se regarde au petit matin
La règle vaut pour tous les essaims, mais elle est particulièrement brutale ici. Le nombre de météores visibles dépend de la hauteur du radiant au-dessus de l'horizon, à peu près comme son sinus : radiant à 30°, on perd la moitié du potentiel ; radiant à 10°, on en perd plus de huit dixièmes, parce que la plupart des trajectoires sont alors coupées par le sol.
Or le Lion est une constellation de printemps. À la mi-novembre, il se lève au milieu de la nuit et culmine peu avant l'aube. Depuis Paris, le radiant passe de 6° à minuit à 25° à 2 h, 45° à 4 h et 60° à 6 h. Entre le premier et le dernier de ces chiffres, le taux observable est multiplié par huit.
À cela s'ajoute un effet purement géométrique, qui joue dans le même sens. Après minuit, on se trouve du côté de la Terre qui avance sur son orbite : les poussières sont rattrapées de face au lieu d'être rejointes par l'arrière. Les vitesses de rencontre montent, les météores deviennent plus brillants, et il en apparaît davantage au-dessus du seuil de visibilité. C'est le mécanisme général exposé dans notre guide des étoiles filantes ; les Léonides en sont le cas extrême.
| Hauteur du radiant | État du ciel | Montagne (6,5) | Campagne (5,5) | Périphérie (4,5) | Ville (3,5) | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 23 h | sous l'horizon | Lune gibbeuse haute | — | — | — | — |
| 0 h | 6° | Lune sur le point de se coucher | 1,6 / h | 0,6 / h | 0,3 / h | 0,1 / h |
| 1 h | 15° | nuit noire | 4 / h | 1,6 / h | 0,6 / h | 0,3 / h |
| 2 h | 25° | nuit noire | 6,4 / h | 2,5 / h | 1 / h | 0,4 / h |
| 3 h | 35° | nuit noire | 8,6 / h | 3,4 / h | 1,4 / h | 0,6 / h |
| 4 h | 45° | nuit noire | 10,5 / h | 4,2 / h | 1,7 / h | 0,7 / h |
| 5 h | 53° | nuit noire | 12 / h | 4,8 / h | 1,9 / h | 0,8 / h |
| 6 h | 60° | aube astronomique à 6 h 13 | 13 / h | 5,2 / h | 2,1 / h | 0,8 / h |
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Le compte honnête : ce que vous verrez vraiment
Le chiffre de 15 qui circule partout n'est pas un nombre d'étoiles filantes par heure. C'est le taux horaire zénithal, une grandeur normalisée : ce qu'un observateur unique compterait sous un ciel parfait, avec le radiant exactement au zénith. Aucune de ces trois conditions n'est jamais réunie. Le nombre réel est toujours inférieur, et souvent de beaucoup.
Le tableau ci-dessus donne les ordres de grandeur. Sous le meilleur ciel de France — un plateau d'altitude, loin de toute agglomération, l'étoile de magnitude 6,5 encore visible — comptez 10 à 13 météores par heure dans les deux dernières heures de nuit. Dans une campagne ordinaire, autour de 4 à 5. En périphérie d'une ville moyenne, moins de 2. Depuis un balcon urbain, moins d'un par heure : autant dire rien.
Ce dernier écart est le point à retenir. Entre la montagne et la ville, le facteur n'est pas de deux ou trois, il est de quinze. Les Léonides sont un essaim à faible taux et à membres brillants ; sur les faibles taux, la pollution lumineuse ne réduit pas le spectacle, elle l'annule. Trente minutes de route vers un ciel sombre changent davantage la soirée que n'importe quel achat.
La Lune : gênante jusqu'à minuit, absente ensuite
Il faut corriger ici une affirmation qui traîne dans plusieurs almanachs de 2026 : non, la Lune ne sera pas un mince croissant déjà couché. Le premier quartier tombe le 17 novembre à 12 h 48. À l'heure du maximum, notre satellite est un disque gibbeux éclairé à 55 %, largement assez lumineux pour effacer les météores faibles.
La chance, elle est ailleurs : ce quartier de Lune se couche tôt. À 0 h 24 à Paris, 0 h 02 à Strasbourg, 0 h 21 à Marseille, 0 h 37 à Toulouse, 0 h 54 à Brest. Vingt et une minutes après ce coucher parisien, le maximum nodal se produit. Le calendrier tombe presque parfaitement.
La conséquence pratique est simple à retenir : ne commencez pas avant une heure du matin. Avant, vous perdez à la fois sur la Lune et sur la hauteur du radiant, c'est-à-dire deux fois. Après, vous ne perdez plus que sur le radiant, et cette perte se réduit d'heure en heure. Une seule nuit à surveiller, donc — celle du mardi 17 au mercredi 18 —, avec un repli acceptable sur celle du 18 au 19, l'essaim ne s'éteignant pas en une nuit.
L'image à avoir en tête avant de sortir
Voilà à quoi ressemble la majorité des Léonides : un trait fin, blanc, qui traverse une portion de ciel en une fraction de seconde et ne laisse rien derrière lui. Rien à voir avec le bolide vert de l'en-tête de cette page, qui appartient au haut du panier — quelques pour cent des membres de l'essaim, au mieux.
La déception classique vient de là, et elle est facile à éviter. Les photographies qui circulent sont des poses de plusieurs heures, ou des sélections faites parmi des centaines de clichés : elles empilent sur une seule image ce que l'œil voit s'égrener sur une nuit entière. Attendre une pluie continue, c'est se préparer à trouver la nuit vide. Attendre un beau trait toutes les dix ou quinze minutes, c'est se préparer à être content.
Une compensation, tout de même, et elle est propre aux Léonides : leur vitesse d'entrée fait que les membres visibles sont, en moyenne, plus brillants que ceux des autres essaims. Peu nombreux, mais peu de miettes.

Où regarder — surtout pas le Lion
Le radiant se situe par 10 h 08 d'ascension droite et +22° de déclinaison, à l'intérieur de la « faucille » du Lion, cet arc d'étoiles qui dessine la crinière de l'animal. Il se trouve à quelques degrés d'Algieba, la belle double orangée de magnitude 2, et à une douzaine de degrés au-dessus de Régulus, l'étoile de première grandeur qui marque le cœur de la figure. Vous trouverez le repérage complet sur notre fiche de la constellation du Lion.
Mais savoir où est le radiant sert à le fuir. Un météore vu tout près de son point de fuite se présente presque de face : sa trajectoire apparente est écrasée en un point, il file en un clin d'œil sur un degré, et l'œil le manque. À 40 ou 50 degrés du radiant, la même trajectoire se déploie sur toute sa longueur et devient spectaculaire.
La bonne consigne est donc à contre-courant de l'intuition : visez le zénith, ou une zone à mi-chemin entre le zénith et le Lion. Vers 4 h du matin, le Lion se tient au sud-est et vous aurez le grand carré d'hiver — Orion, Sirius, les Gémeaux — à l'ouest et au sud. Ce demi-ciel-là est un excellent champ de guet, et il occupe entre deux météores.
L'instrument, c'est votre œil — et il met vingt minutes
Une pluie d'étoiles filantes est le seul phénomène astronomique où le télescope est un handicap : il montre un demi-degré de ciel quand il en faudrait cent. L'organe adapté est l'œil nu, et il exige d'être préparé.
L'adaptation à l'obscurité se joue en deux temps. La pupille s'ouvre en une minute environ, de 2-3 mm à 6-7 mm selon l'âge — c'est le gain le plus faible, un facteur cinq à peine. Le gros du travail est chimique : la régénération du pourpre rétinien dans les bâtonnets, qui démarre lentement, atteint l'essentiel de son effet en vingt à trente minutes et continue de progresser pendant plus d'une heure. Au total, la sensibilité gagne un facteur de l'ordre de 10 000.
Un seul coup d'œil sur un écran de téléphone en lumière blanche détruit une bonne partie de cet acquis, et il faut recommencer. D'où deux gestes non négociables : téléphone en mode nuit et écran au minimum, ou rangé, et une lampe rouge pour tout ce qui demande de la lumière. Le rouge profond est le seul qui laisse les bâtonnets tranquilles. Le protocole complet est dans notre guide de l'observation à l'œil nu.
Les couleurs, et ce qu'elles racontent
Cette image montre les deux choses à connaître avant de sortir. D'abord le décor : à 4 h du matin à la mi-novembre, le ciel du sud est celui de l'hiver, avec la ceinture d'Orion, Bételgeuse et Sirius exactement comme ici. C'est le paysage sous lequel vous attendrez.
Ensuite la couleur, qui n'est pas un artifice photographique. Le vert de la tête vient de l'oxygène atmosphérique excité par le choc, la même raie à 557,7 nanomètres qui donne sa teinte aux aurores boréales. Les tons orangés et roses signent le sodium et le fer vaporisés du grain lui-même. Le bleu-violet, plus rare, trahit une température de choc élevée — le privilège des essaims rapides.
À l'œil nu, ces teintes restent perceptibles sur les météores les plus brillants, ceux qui dépassent la magnitude zéro : la vision colorée exige de la lumière, et les traits faibles apparaissent toujours blancs. C'est une raison de plus pour préférer les Léonides à des essaims plus nourris mais plus lents.

S'installer pour cinq heures d'une nuit de novembre
Le seul vrai adversaire de cette nuit-là n'est pas la pollution lumineuse, c'est le froid. Mi-novembre, la France se refroidit fortement entre minuit et l'aube ; par ciel dégagé et vent nul — précisément les conditions qu'on recherche — le rayonnement infrarouge du sol vers le ciel fait plonger la température de plusieurs degrés sous la valeur annoncée, et le gel au sol est courant. Un observateur immobile, allongé, ne produit presque aucune chaleur.
Le matériel utile tient en quatre lignes. Une position allongée — transat inclinable, chaise longue, matelas de sol : le cou ne tient pas quarante minutes la tête en arrière. Un isolant sous le corps, car le sol vole plus de chaleur que l'air. Un duvet ou une couverture épaisse par-dessus les vêtements, et non à leur place. Une boisson chaude en thermos, qui fait autant pour le moral que pour la température. Notre guide dédié détaille les couches, le choix des matières et les erreurs classiques : bien s'habiller et s'installer pour observer.
Un dernier réglage, gratuit et décisif : fixez une heure de fin à l'avance. Une veillée qu'on arrête à 6 h, décidée à l'avance, se vit bien. Une veillée sans terme se transforme en épreuve dès le deuxième quart d'heure sans météore — et il y en aura.
Ce que les jumelles apportent, et ce qu'elles ne feront pas
Disons-le franchement : aucune paire de jumelles n'augmentera votre compte de météores. Un 10×50 montre 6,5 degrés de ciel, un 7×50 un peu plus de 7 ; c'est un pour-cent du champ que balaie l'œil nu. Statistiquement, une Léonide y passera toutes les deux ou trois heures. Quiconque vous vend des jumelles « pour les étoiles filantes » se trompe ou vous trompe.
Elles ont pourtant deux emplois réels cette nuit-là. Le premier : les trains persistants. Les Léonides brillantes laissent derrière elles une colonne d'air ionisé qui reste lumineuse quelques secondes, parfois plusieurs minutes, et se tord sous l'effet des vents de haute atmosphère. À l'œil nu, ce n'est qu'un filament pâle ; aux jumelles, on le voit se déformer et dériver en direct. C'est le seul spectacle télescopique que cette nuit offre, et il faut être prêt à braquer en trois secondes.
Le second : occuper les creux. Entre deux météores, un 10×50 met à portée les Pléiades, le double amas de Persée, la nébuleuse d'Orion, M35 dans les Gémeaux — tout un ciel d'hiver qui se tiendra devant vous. Sur le choix du modèle et le rapport grossissement-diamètre, voyez notre référence sur les jumelles 10×50 et la comparaison œil nu, jumelles ou télescope.
Un grain de comète à 71 kilomètres par seconde
Le chiffre qui explique tout le reste : 71 km/s, soit près de 256 000 km/h. C'est la vitesse d'entrée la plus élevée de tous les essaims annuels notables. Elle ne tient pas à la comète, qui n'a rien d'exceptionnel, mais à l'orientation de son orbite : rétrograde, inclinée de 162,5° sur le plan de l'écliptique. Les poussières circulent donc à contresens du mouvement de la Terre, et les deux vitesses s'additionnent au lieu de se retrancher.
L'énergie suit le carré de la vitesse, et l'écart devient vertigineux. Un grain d'un gramme entrant à 71 km/s libère environ 2,5 mégajoules — l'équivalent de six cents grammes de TNT, pour une masse de trombone. Le même grain dans les Taurides du Nord, à 29 km/s, n'en libérerait qu'un sixième. C'est pourquoi une poussière de moins d'un millimètre suffit ici à produire un trait franchement visible.
La vitesse déplace aussi le phénomène vers le haut. Les Léonides s'échauffent plus tôt, dans un air plus raréfié : leur altitude moyenne de combustion se situe autour de 96 kilomètres, près de 7 kilomètres au-dessus de celle des météores sporadiques, et les plus brillantes commencent à s'allumer dès 130 kilomètres. Aucune n'atteint jamais le sol : à cette vitesse, un grain est entièrement vaporisé bien avant la stratosphère.
Bolides, trains persistants et détection radio
L'essaim doit sa réputation à ses bolides — les météores plus brillants que Vénus, capables de projeter une ombre au sol. Ils viennent des grains les plus gros, au-delà du centimètre, rares mais bien représentés dans les filaments jeunes. Le retour de 1998 en avait offert une démonstration restée célèbre : une seule plaque « tout-ciel » de l'observatoire de Modra, en Slovaquie, avait enregistré 156 bolides en quatre heures de pose.
La trace lumineuse qui subsiste après le passage porte un nom précis : le train persistant. Il s'agit d'un canal d'air ionisé et de métaux excités, formé dès 130 km d'altitude, qui rayonne pendant sa recombinaison. Les essaims rapides en produisent bien plus que les autres, et les Léonides en sont les championnes ; certains trains ont été suivis plus de trente minutes par des caméras dédiées.
Enfin, ce même canal ionisé réfléchit les ondes radio. Un simple récepteur logiciel branché sur une antenne bricolée détecte les échos par temps couvert et en plein jour, ce que l'œil ne peut évidemment pas. C'est une manière de ne pas dépendre de la météo un 18 novembre : la méthode complète, matériel compris, est décrite dans notre guide de la détection radio des météores.
1833 : la nuit où les étoiles sont tombées
Le premier témoignage moderne est celui d'Alexander von Humboldt, qui assiste à une averse considérable depuis Cumaná, au Venezuela, dans la nuit du 11 au 12 novembre 1799. Il la décrit avec méthode, sans en tirer de théorie : personne, alors, ne sait ce qu'est une étoile filante.
Tout change dans la nuit du 12 au 13 novembre 1833. Au-dessus de l'Amérique du Nord, pendant plusieurs heures, le ciel se remplit d'un rideau ininterrompu de traits lumineux. Les estimations de l'époque, recoupées depuis, situent le débit entre 50 000 et 150 000 météores par heure, avec un total possible de plus de 240 000 sur neuf heures. Des villes entières se réveillent ; les récits de panique religieuse abondent, et l'événement laisse une empreinte durable dans la culture américaine.
La conséquence scientifique dépasse le prodige. Denison Olmsted, professeur à Yale, publie dès le matin un appel dans un journal de New Haven pour rassembler les observations du public. En dépouillant les réponses, il établit un fait décisif : toutes les traînées, prolongées vers l'arrière, convergent vers un même point de la constellation du Lion, et ce point suit les étoiles au lieu de rester fixe par rapport au sol. Un phénomène atmosphérique ne ferait pas cela. Ses résultats paraissent dans l'American Journal of Science and Arts en 1834 ; l'étude scientifique des météores commence là.
1866 : le calcul rattrape le prodige
Restait à comprendre la périodicité. À Yale encore, Hubert Anson Newton reprend les chroniques anciennes et retrouve la trace d'averses de novembre remontant au Xe siècle. Il en déduit un rythme d'environ 33,25 ans et annonce publiquement, avant l'échéance, un retour pour 1866.
Le rendez-vous est tenu : dans la nuit du 13 au 14 novembre 1866, l'Europe voit tomber plusieurs milliers de météores à l'heure. Une prédiction astronomique publique venait de se vérifier sur un phénomène qu'on croyait capricieux quinze ans plus tôt.
La pièce manquante arrive dans la foulée. Une comète avait été découverte le 19 décembre 1865 par Wilhelm Tempel à Marseille, puis retrouvée indépendamment le 6 janvier 1866 par Horace Tuttle aux États-Unis. En 1866 et 1867, Giovanni Schiaparelli, Urbain Le Verrier et John Couch Adams calculent séparément l'orbite du courant de météores et constatent qu'elle se superpose à celle de cette comète. Schiaparelli venait de rattacher les Perséides à une autre comète ; le lien général entre comètes et pluies d'étoiles filantes était établi. Deux siècles de présages basculaient dans la mécanique céleste — ce que raconte aussi notre guide pour découvrir et suivre une comète.
Ce que l'image exagère, et ce qu'elle dit juste
Cette gravure est une reconstitution tardive : elle date de 1889, cinquante-six ans après les faits, et elle a été produite pour un ouvrage religieux. La densité de traits qu'elle montre — un ciel plein, sans un pouce de noir — dépasse ce que même 100 000 météores par heure produisent réellement : à ce débit, l'œil en voit une trentaine par seconde, jamais dix mille simultanément.
Elle dit juste, en revanche, sur deux points essentiels. La convergence des traînées vers un point unique en haut du cadre est exactement l'effet de perspective qu'Olmsted a identifié : les grains suivent des trajectoires parallèles, et c'est notre position qui les fait diverger d'un point de fuite. Et la réaction humaine qu'elle met en scène — des villageois sortis dans la rue en pleine nuit — correspond aux témoignages recueillis à l'époque.
Une tempête météoritique se définit d'ailleurs par un seuil précis : un ZHR supérieur à 1 000. En 1833, on était deux ordres de grandeur au-dessus. En 2026, on sera deux ordres de grandeur en dessous.

1966 : quarante par seconde au-dessus de l'Arizona
Le XXe siècle a réservé sa surprise pour le 17 novembre 1966. Les retours de 1899 et 1932 ayant déçu, beaucoup tenaient l'essaim pour épuisé. Cette nuit-là, au-dessus du centre et de l'ouest des États-Unis, le débit s'emballe en une vingtaine de minutes.
Le relevé le plus cité est celui de l'équipe de Dennis Milon, treize astronomes amateurs postés au Kitt Peak, en Arizona. Chacun compte ce qu'il voit en un balayage du regard par seconde ; le consensus place le sommet à 4 h 54 du matin, heure des Rocheuses — 11 h 54 en temps universel — avec quarante météores par seconde, soit 144 000 par heure. Le régime se maintient une vingtaine de minutes avant de redescendre. Des observateurs rapportent avoir eu l'impression que la Terre traversait l'espace « à toute vitesse », tant les traînées jaillissaient de partout.
La chance géographique fut totale : la France dormait sous un radiant couché. C'est la loi de ces événements — une tempête dure une heure ou deux, et ne concerne que l'hémisphère tourné du bon côté à ce moment-là.
1999-2002 : la dernière salve, et ce qu'elle a appris
Le retour de la comète au périhélie, le 28 février 1998, a relancé la série. L'année 1998 est restée dans les mémoires pour ses bolides plus que pour son débit. Puis 1999 a offert une vraie tempête sur l'Europe et le Proche-Orient, avec un ZHR autour de 3 700 ; 2001 et 2002 ont donné des pics comparables, respectivement sur l'Asie-Pacifique et sur l'Amérique du Nord.
Ces retours ont fait basculer la discipline. C'est là que la modélisation des filaments a fait ses preuves : plutôt que de traiter le courant comme un nuage uniforme, on calcule la trajectoire des poussières éjectées à chaque passage de la comète, année par année, et on regarde lesquelles croiseront la Terre. Les prédictions de 1999 et 2001 se sont vérifiées à l'heure près.
Ce sont exactement ces modèles qui donnent la prévision calme de 2026. Jérémie Vaubaillon et Mikiya Sato identifient bien quelques croisements de filaments cette année — les traînées éjectées en 1533, 1600, 1699 et 1800, entre le 17 et le 19 novembre — mais tous à densité trop faible pour élever sensiblement le taux. Le filament de 1800, le mieux placé, est attendu le 18 novembre à 22 h 55 en temps universel : il vaut la peine de sortir le regarder, sans en attendre un sursaut.
La seule preuve photographique d'une tempête moderne
Ces quatre clichés valent tous les récits. Ils ont été pris sur film argentique, avec des objectifs ouverts à f/3,5 et des poses de quelques minutes seulement — la vue signée Tom Kirby et Tom Pope, la plus connue, couvre douze minutes, entre 11 h 31 et 11 h 43 en temps universel. Chacune de ces courtes fenêtres capture des dizaines de traînées.
Comparez avec ce que donnerait 2026 : une pose de douze minutes sous un ciel de montagne aurait, statistiquement, une chance sur cinq d'attraper un seul météore. Le rapport entre les deux images est le rapport entre 15 et 144 000, presque un facteur dix mille.
On y lit aussi, à l'œil nu, l'effet de perspective : sur chaque vue, les traits sont parallèles entre eux et pointent tous vers la même direction hors du cadre. C'est ce que la panique de 1833 avait empêché de voir, et qu'Olmsted a reconstitué à partir de lettres de lecteurs.

- 11-12 novembre 1799
Alexander von Humboldt observe une averse considérable depuis Cumaná, au Venezuela. Premier compte rendu détaillé d'une tempête léonide.
- 12-13 novembre 1833
La grande tempête d'Amérique du Nord : 50 000 à 150 000 météores par heure. Denison Olmsted établit la convergence des traînées vers le Lion et fonde l'étude scientifique des météores.
- 13-14 novembre 1866
Retour annoncé par Hubert Anson Newton à partir des chroniques anciennes et d'un cycle de 33,25 ans. Plusieurs milliers de météores à l'heure sur l'Europe.
- 1866-1867
Schiaparelli, Le Verrier et Adams rattachent le courant à la comète découverte par Tempel et Tuttle un an plus tôt. Le lien comète-météores est établi.
- 17 novembre 1966
Quarante météores par seconde pendant vingt minutes au-dessus de l'Arizona, soit 144 000 à l'heure. La plus forte activité mesurée à l'époque moderne.
- 28 février 1998
55P/Tempel-Tuttle passe au périhélie. Les quatre années suivantes seront les plus riches de la fin du siècle, avec des bolides en 1998.
- 18 novembre 1999
Tempête sur l'Europe et le Proche-Orient, ZHR proche de 3 700. La modélisation des filaments de poussière prouve sa justesse à l'heure près.
- 2001 et 2002
Deux derniers pics de l'ordre de 3 000, sur l'Asie-Pacifique puis l'Amérique du Nord. Fin de la série liée au passage de 1998.
- 18 novembre 2026
Maximum nodal à 0 h 45, heure française, ZHR de 15. Lune couchée à 0 h 24 : une année ordinaire, mais dans d'excellentes conditions de ciel.
- 20 mai 2031
Retour de 55P/Tempel-Tuttle au périhélie. C'est dans les années qui suivent, autour de 2032-2033, que les filaments jeunes et denses redeviennent atteignables.
55P/Tempel-Tuttle, un noyau de 3,6 kilomètres
La comète qui alimente l'essaim est un objet modeste : un noyau de glace et de poussière d'un rayon moyen de 1,8 kilomètre, qui tourne sur lui-même en un peu moins de quinze heures. Elle appartient à la famille de Halley, celle des comètes à période intermédiaire.
Son orbite explique tout le comportement de l'essaim. Elle boucle un tour en 33,2 ans, passe au plus près du Soleil à 0,975 unité astronomique — donc juste à l'intérieur de l'orbite terrestre, ce qui autorise la rencontre — et s'en éloigne jusqu'à 19,7 unités astronomiques, presque l'orbite d'Uranus, où elle passe l'essentiel de son temps gelée et inactive. Son inclinaison de 162,5° signe le sens rétrograde, d'où les 71 km/s.
À chaque passage près du Soleil, la glace se sublime et libère un nuage de grains qui se met à dériver le long de l'orbite : c'est un filament, daté par son année d'éjection. Les filaments jeunes restent compacts et denses ; les vieux s'étalent, se disloquent et se font disperser par la gravité de Jupiter. Les tempêtes surviennent quand la Terre coupe un filament encore serré — c'est-à-dire, en pratique, dans les quelques années qui encadrent un passage de la comète.
Ce qu'on peut attendre après 2031
Le prochain périhélie est calculé au 20 mai 2031. Nous en sommes donc, en 2026, à vingt-huit ans du dernier passage et à cinq du suivant : au plus loin de la comète le long de son orbite. Les grains que la Terre balaie cette année sont vieux, dispersés, et — la note de l'IMO le dit explicitement — se trouvent en avance sur la comète elle-même.
La fenêtre à surveiller s'ouvre donc vers 2031 et court jusqu'aux environs de 2035, avec les meilleures chances en 2032 et 2033. Une réserve, et il faut la formuler honnêtement : les modélisateurs ne promettent pas une répétition de 1966. Les perturbations de Jupiter ont déplacé plusieurs des filaments les plus riches hors de la trajectoire terrestre, et rien ne garantit qu'une tempête de niveau historique se reproduise au XXIe siècle. Un renforcement marqué, de quelques centaines de météores à l'heure, reste en revanche parfaitement plausible.
C'est la raison pour laquelle une année comme 2026 se regarde quand même. L'essaim se surveille sur des décennies, et personne n'a jamais prévenu à l'avance les observateurs de 1833 ni de 1966. Le calendrier du ciel reprend chaque échéance au fil des années.
| Maximum 2026 | Indice r | Corps parent | |||
|---|---|---|---|---|---|
| Léonides | 18 novembre, 0 h 45 | 71 km/s | 15 | 2,5 | 55P/Tempel-Tuttle (33,2 ans) |
| Orionides | 21 octobre | 66 km/s | 20 | 2,5 | 1P/Halley (76 ans) |
| Perséides | 13 août | 59 km/s | 100 | 2,2 | 109P/Swift-Tuttle (133 ans) |
| Géminides | 14 décembre | 35 km/s | 150 | 2,6 | (3200) Phaéthon, un astéroïde |
| Taurides du Nord | 12 novembre | 29 km/s | 5 | 2,3 | 2P/Encke (3,3 ans) |
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Cinq heures dehors en novembre, ça se prépare
Aucune optique n'augmentera votre compte de Léonides — mais un 10×50 est ce qui occupe les creux entre deux météores, et le seul moyen de voir un train persistant se tordre en direct. C'est aussi l'instrument qui servira toute l'année, bien plus qu'un télescope acheté trop tôt.
Le reste du programme
Les prochains rendez-vous
Éclipse annulaire du 17 février 2026 Le 17 février 2026, un anneau de feu s'est refermé 2 min 20 s au-dessus de l'Antarctique — invisible depuis la France métropolitaine, à 31,3 % seulement à La Réunion. Ce qu'est une éclipse annulaire, pourquoi 92,7 % d'obscuration n'autorisent toujours pas l'œil nu, et quand la France reverra un anneau.
Éclipse totale de Soleil du 12 août 2026 De 89,7 % à Strasbourg à 99,5 % à Hendaye, l'éclipse du 12 août 2026 sera la plus profonde vue de France depuis 1999 — mais au ras de l'horizon. Horaires et hauteur du Soleil par ville, comment l'observer sans risque, et pourquoi 99 % n'est pas une éclipse totale.
Les Perséides Maximum dans la nuit du 12 au 13 août 2026, sous Nouvelle Lune — la meilleure fenêtre depuis 2018, mais avec un essaim annoncé faible par l'IMO. Hauteur du radiant, nuit noire par ville et nombre réel de météores par heure selon la qualité de votre ciel.