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Le marathon Messier : la coïncidence qui libère la nuit entière

Cocher les 110 Messier entre le crépuscule et l'aube ressemble à une vantardise de forum, et c'est pourtant une propriété mesurable du ciel. Fin mars, le Soleil traverse une plage d'ascension droite de près de quatre heures où le catalogue ne place aucun objet près de l'écliptique : rien n'est noyé dans son voisinage, et la liste entière tient dans une seule rotation de la Terre. Cette page explique d'où vient l'exercice, ce qu'est vraiment la liste M1-M110 dressée par Messier et Méchain, pourquoi la fenêtre s'ouvre à cette date-là et pas une autre, et où passent les deux bornes de latitude qui décident si la performance vous est ouverte. Le calcul est fait ici ; la course, elle, se prépare et se court ailleurs.

110
objets au catalogue depuis 1967, contre 103 dans l'édition que Messier a lui-même signée
4 h
la largeur du trou en ascension droite, de M30 à M74, que le Soleil traverse à la fin mars
55 °N
la borne nord de la bande favorable : au-delà, M7 refuse de quitter l'horizon
1985
la première nuit à 110 sur 110, réussie depuis l'Arizona dans la nuit du 23 au 24 mars
150 mm
le diamètre du réflecteur avec lequel 98 objets furent relevés lors de la toute première tentative connue

Le périmètre

Trois pages, trois questions séparées

La répartition entre les trois pages suit la nature du sujet : un fait de ciel d'un côté, une organisation de nuit de l'autre.

Ici, le pourquoi ; ailleurs, le comment

Le marathon Messier occupe trois pages sur ce site, et elles ne se répètent pas. Celle-ci répond à une question d'astronomie : pourquoi la chose est possible, c'est-à-dire d'où sort la liste, d'où sort l'exercice, quelle propriété du ciel de mars ouvre la fenêtre et quelles latitudes en profitent. Vous n'y trouverez aucune liste ordonnée d'objets, aucun horaire, aucun budget de minutes par cible et aucune checklist de sac. La préparation en amont — l'impression de la liste, les cartes de star-hopping tracées à l'avance, les heures de lever et de coucher de la nuit retenue, la nourriture et les vêtements qui font tenir huit à dix heures debout — appartient à la page Messier en une nuit. La conduite de la course elle-même — par quoi commencer, comment doser l'effort, où sont les deux moments qui font ou défont un score — appartient à la page Marathon Messier, le guide pratique. Lisez celle-ci d'abord : elle donne le sens de ce que les deux autres organisent.

Une liste du XVIIIᵉ siècle, un calendrier du XXᵉ

Deux objets historiques sans rapport se rencontrent dans ce défi. Le premier est un répertoire de 110 taches compilé à Paris entre 1758 et 1781 par un chasseur de comètes professionnel qui voulait cesser de perdre son temps sur des faux positifs. Le second est une invention d'astronomes amateurs des années 1970, née de la remarque que ce répertoire présente, dans une région précise du ciel, une lacune exactement là où le Soleil se trouve à l'équinoxe de printemps. Rien dans le travail de Messier ne visait cette élégance : elle est le fruit du hasard de ses découvertes et de la répartition réelle des amas et des galaxies autour de nous. C'est ce hasard qu'on célèbre chaque printemps sous le nom de marathon.

Le catalogue

Ce que Messier et Méchain ont réellement dressé

Un répertoire de gêneurs, pas un palmarès de beautés

Charles Messier (1730-1817) était payé pour trouver des comètes, et il en a découvert treize. Sa difficulté quotidienne tenait en une phrase : dans une lunette de la marine du XVIIIᵉ siècle, une comète encore lointaine et un amas globulaire non résolu offrent exactement la même chose à l'œil — une tache floue, ronde, sans étoile piquée au centre. Pour trancher, il faut revenir la nuit suivante et vérifier si l'objet a bougé. Messier a donc commencé à noter les taches immobiles, celles qu'il pouvait rayer d'avance. Le premier numéro de sa liste, M1, fut inscrit en 1758 alors qu'il surveillait le retour de la comète prédite par Halley : il avait failli la confondre avec elle. La liste est donc née comme un outil d'exclusion — et c'est cette origine, purement pratique, qui explique ses bizarreries. On y trouve M40, qui n'est qu'un couple d'étoiles sans lien physique, et M73, quatre étoiles alignées par un effet de perspective. Un catalogue de merveilles n'aurait retenu ni l'un ni l'autre.
Portrait peint en buste de Charles Messier, perruque blanche et habit de velours sombre, un globe céleste coupé au bord gauche
Charles Messier vers 1770, attribué à Ansiaux — Wikimedia Commons (domaine public)

Méchain, le second nom que la liste porte sans le dire

Pierre Méchain (1744-1804), collègue et ami, a fourni une part considérable des découvertes des dernières années, communiquées à Messier au fil des mois pour l'édition finale. Le cas le plus célèbre reste M102 : Méchain l'observe, transmet ses notes, puis conclut lui-même plus tard qu'il avait sans doute revu M101 — la plupart des atlas modernes lui attribuent aujourd'hui NGC 5866, et le numéro reste discuté deux siècles plus tard. Le catalogue signé par Messier s'arrête à 103 numéros. Les sept derniers ont été ajoutés au XXᵉ siècle par des historiens de l'astronomie qui ont repris les notes manuscrites des deux hommes et ont estimé que les objets qu'elles décrivaient méritaient un numéro. La liste que court un marathonien d'aujourd'hui est donc, pour son dernier quinzième, une reconstitution érudite plutôt qu'un document d'époque.
  1. 1758

    En surveillant le retour de la comète de Halley, Messier note une tache immobile dans le Taureau. Elle deviendra M1, et le principe d'un répertoire de faux astres est posé.

  2. 1774

    Première publication, dans les Mémoires de l'Académie royale des sciences pour l'année 1771 : 45 objets, de M1 à M45. Dix-huit d'entre eux sont des découvertes personnelles de Messier.

  3. 1780

    La deuxième édition porte le compte à 70 objets. Les contributions de Pierre Méchain commencent à peser lourd dans les entrées nouvelles.

  4. 1781

    Version finale, publiée dans la Connaissance des Temps pour l'année 1784 : 103 numéros. C'est le catalogue tel que son auteur l'a laissé.

  5. 1921

    Camille Flammarion retrouve dans un exemplaire annoté la description d'un objet resté sans numéro et le baptise M104, la galaxie du Sombrero.

  6. 1947

    Helen Sawyer Hogg ajoute M105, M106 et M107 d'après les notes de Méchain restées inexploitées.

  7. 1960

    Owen Gingerich complète avec M108 et M109, deux galaxies de la Grande Ourse relevées par Méchain.

  8. 1967

    Kenneth Glyn Jones ajoute M110, la seconde compagne d'Andromède. Le catalogue atteint le compte de 110 que le marathon met à l'épreuve.

Le métier qui a produit la liste

Voici à quoi ressemblait le vrai travail de Messier : la route d'une comète, relevée soir après soir du 3 janvier au 11 février 1764 depuis l'observatoire de la Marine à Paris, tracée point par point à travers le Cygne, la Flèche et le Dragon. Chaque petit cercle est une position mesurée, chaque date une nuit passée dehors. Une seule confusion avec un amas fixe faisait perdre deux nuits de mesures et discréditait l'annonce. C'est ce contexte, et lui seul, qui donne son sens au catalogue : ces objets ont été inventoriés pour être écartés. Le retournement historique tient à ce que les instruments amateurs ont grandi. Un réflecteur de 150 mm d'aujourd'hui, avec ses traitements multicouches modernes, recueille davantage de lumière que la plupart des lunettes dont disposait Messier ; ce qu'il fuyait comme un piège, nous le cherchons comme une récompense.
Carte gravée de 1764 dressée par Charles Messier, montrant la route apparente d'une comète à travers le Cygne, la Lyre et le Dragon parmi les figures allégoriques des constellations
Carte de la route apparente de la comète de 1764, dressée par Charles Messier et présentée à l'Académie royale des sciences — Wikimedia Commons (domaine public)

L'invention

Années 1970 : plusieurs personnes ont la même idée en même temps

L'exercice se transmet par les canaux ordinaires du monde amateur, un bulletin de club puis une chronique de revue, et c'est là que son nom se fixe.

Une idée dans l'air, de la Pennsylvanie à l'Espagne

L'exercice n'a pas d'inventeur unique, et cette pluralité est un indice : la coïncidence céleste sautait aux yeux de quiconque tenait un atlas et un calendrier. Trois amateurs nord-américains — Tom Hoffelder, Tom Reiland et Donald Machholz — y arrivent séparément au cours de la décennie, sans se connaître. Des sources européennes créditent également, à la même époque, des amateurs et des clubs espagnols, dont une tentative à la fin des années 1960 dont aucune trace écrite ne subsiste. Machholz, futur découvreur de comètes lui aussi, propose l'idée par écrit dans le bulletin de son club de San José en septembre 1978 ; Hoffelder, lui, prévient Walter Scott Houston, qui la relaie dans Sky & Telescope en mars 1979. La diffusion suit ce canal-là, et le mot « marathon » s'impose.
Les premières nuits documentées — matériel employé et compte final
Observateur Nuit Instrument Objets relevés
Ed Flynn, Pittsburgh (Pennsylvanie) 24-25 mars 1977 Réflecteur 150 mm f/8 98
Tom Hoffelder, Akron (Ohio) 25-26 mars 1977 Réflecteur 250 mm f/5,6 101
Tom Reiland, Pittsburgh (Pennsylvanie) 11-12 avril 1977 Réflecteur 150 mm f/6 103
Gerry Rattley, Dugas (Arizona) 23-24 mars 1985 Instrument d'amateur, ciel de désert 110
Rick Hull, Anza (Californie) 23-24 mars 1985 Même nuit, une heure plus tard 110

Ce que huit ans de retard racontent

Entre les premières tentatives de 1977 et la première nuit complète, il s'écoule huit ans. Le Saguaro Astronomy Club d'Arizona organise sa première édition collective en 1981 avec une quarantaine de participants ; c'est lors de sa quatrième édition, dans la nuit du 23 au 24 mars 1985, que Gerry Rattley signe le premier 110 sur 110 connu, depuis Dugas. Rick Hull le rejoint une heure plus tard depuis Anza, en Californie. Ces deux réussites simultanées, à la même date et à la même latitude, disent l'essentiel : le score plafond ne dépend pas d'un talent d'observateur mais d'une fenêtre géométrique commune, que deux observateurs séparés de 500 km ont trouvée le même soir. Depuis 1993, le club a fait de son rendez-vous une institution annuelle près d'Arizona City, et la formule s'est répandue dans les clubs du monde entier — le cliché ci-dessous, trois heures de pose sur diapositive, vient d'une de ces nuits collectives.
Filés d'étoiles obtenus en trois heures de pose au-dessus de la coupole de l'observatoire de Tičan pendant une nuit de marathon Messier
Filés d'étoiles, trois heures de pose sur diapositive, marathon Messier 2011 à l'observatoire de Tičan — Boris Štromar (CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

La coïncidence

Un trou de quatre heures d'ascension droite, et le Soleil dedans

Là où le Soleil se tient, le catalogue est vide

Sur la carte ci-dessous, la ligne courbe qui traverse l'image d'un bord à l'autre est l'écliptique : la route du Soleil au fil de l'année. Suivez-la, et vous verrez les symboles se presser autour du Sagittaire et du Cygne, puis s'éclaircir, puis disparaître complètement sur une longue portion. Cette portion est le cœur du sujet. Le dernier objet du catalogue situé près de l'écliptique avant la lacune est M30, dans le Capricorne, à 21 h 40 min d'ascension droite et −23° 11′ de déclinaison. Le premier qui la referme est M74, dans les Poissons, à 1 h 37 min et +15° 47′, accompagné de très près par M33 à 1 h 34 min. Entre les deux : 3 h 57 min d'ascension droite, soit près de 60° de ciel, sans un seul Messier à portée de l'écliptique.
Carte céleste en français portant les 110 objets du catalogue Messier, codés par type — amas ouverts, amas globulaires, nébuleuses, nébuleuses planétaires, galaxies — avec le tracé de l'écliptique et la bande de la Voie lactée
Carte des objets du catalogue Messier — Savant-fou et Zeimusu (CC BY-SA 2.5, Wikimedia Commons)

Pourquoi cela libère la nuit entière

Un objet dont l'ascension droite est proche de celle du Soleil se lève et se couche à peu près en même temps que lui : il passe l'essentiel de la journée au-dessus de l'horizon et l'essentiel de la nuit en dessous. Il est, pour cette saison, inobservable. Un catalogue réparti uniformément aurait donc toujours une vingtaine de membres confisqués par le voisinage solaire, et le score de 110 serait mathématiquement hors d'atteinte, quelle que soit la nuit choisie. Le catalogue Messier échappe à cette règle par la disposition réelle de ses objets. Le Soleil parcourt les constellations du zodiaque à raison d'environ par jour ; il quitte le Verseau vers le 11 mars, traverse les Poissons pendant cinq semaines et n'entre dans le Bélier que vers le 18 avril. Pendant toute cette traversée, il occupe précisément la lacune. Rien n'est confisqué, et le catalogue entier défile entre le coucher et le lever du Soleil.

Le calcul de la date optimale, et ce qu'il annonce

La lacune s'étend de 21 h 40 min à 1 h 37 min : son milieu tombe à 23 h 38 min d'ascension droite. Le Soleil atteint cette valeur environ six jours avant l'équinoxe, où il passe par 0 h 00 min. Autour de la mi-mars, il se tient donc au centre exact du trou, à égale distance de ses deux bords : c'est l'instant où la géométrie est la plus généreuse, et c'est très exactement pourquoi toutes les sources placent la fenêtre de la mi-mars au début avril. Passé cette date, le Soleil dérive vers le bord oriental de la lacune, et l'écart qui le sépare de M74 fond : à la fin mars, il n'est plus qu'à une cinquantaine de minutes d'ascension droite de cette galaxie. La conséquence pratique — quelles cibles deviennent serrées au crépuscule et à l'aube, et dans quel ordre les prendre — est le sujet du guide pratique. Retenez ici la cause : la marge est un budget que le calendrier consomme jour après jour.

Les deux objets qui trichent

Deux Messier se trouvent bel et bien dans la plage d'ascension droite occupée par le Soleil, et pourtant ils ne posent aucun problème : M52, à 23 h 24 min, et M103, à 1 h 33 min. Tous deux siègent dans Cassiopée, à des déclinaisons supérieures à +60°. Or un astre est circumpolaire — il ne se couche jamais — dès que sa déclinaison dépasse 90° moins la latitude du lieu. Au-dessus de 30°N, ces deux amas restent en permanence au-dessus de l'horizon, et la proximité du Soleil en ascension droite ne leur coûte rien du tout : ils tournent simplement autour du pôle en attendant qu'on les vise. La lacune du catalogue n'a donc besoin d'être vraie qu'au voisinage de l'écliptique, et elle l'est.

La géographie

Pourquoi la bande favorable s'arrête à 20°S et à 55°N

Les deux bornes se déduisent d'une seule formule de hauteur de culmination, et cette formule dit ensuite ce qu'un observateur français peut espérer de son horizon sud.

Deux objets fixent les deux bornes

La fenêtre de calendrier ne sert à rien si votre latitude escamote une partie du catalogue. Or les deux bornes de la bande favorable se calculent en une ligne, à partir de la hauteur de culmination : un astre de déclinaison δ culmine à la hauteur h = 90° − |φ − δ|, où φ est la latitude de l'observateur. Prenez l'objet le plus septentrional de la liste, M82, à +69° 41′ : depuis la latitude 20°S, sa hauteur maximale vaut 90° − (69,7° + 20°), soit 0,3°. Plus au sud, il ne se lève plus jamais. Prenez maintenant le plus méridional, M7, à −34° 47′ : depuis 55°N, sa hauteur maximale vaut 90° − (55° + 34,8°), soit 0,2°. Plus au nord, il reste sous l'horizon. La bande 20°S – 55°N que citent toutes les sources n'est donc pas une convention : ce sont deux déclinaisons extrêmes converties en latitudes, au dixième de degré près. L'optimum se situe vers 25°N, où les deux extrêmes montent assez haut pour être vus dans un air raisonnable.

La France est dans la bande, tout en haut

La métropole tient entre 42,3°N et 51,1°N : elle est donc dans la bande, mais accolée à sa borne nord, et l'écart entre le sud et le nord du pays se paye comptant. Le tableau ci-dessous donne la hauteur de culmination de M7, calculée avec la formule précédente, pour quatre villes. Quatre degrés au-dessus de l'horizon signifient une épaisseur d'atmosphère d'environ dix fois celle du zénith, et une extinction qui efface plusieurs magnitudes. M7 lui-même, à mag 3,3, survit à ce traitement ; ses voisins du Sagittaire nettement plus faibles, comme M69 et M70 autour de mag 8, sont ceux que la latitude française rend incertains. C'est la raison pour laquelle les scores complets, en France, se signent au sud d'une ligne Bordeaux-Grenoble, et pourquoi un horizon sud parfaitement dégagé y compte plus que dix centimètres de diamètre supplémentaires.
Hauteur maximale de M7 (déclinaison −34° 47′) selon la latitude, calculée par h = 90° − |φ − δ|
Lieu Latitude Hauteur de M7 au passage au méridien Ce que cela implique
Dunkerque 51,0 °N 4,2 ° Horizon sud absolument nu exigé ; les globulaires faibles du Sagittaire deviennent aléatoires
Paris 48,9 °N 6,4 ° Faisable sur un site plat ; l'extinction reste le facteur limitant du bas du ciel
Lyon 45,8 °N 9,5 ° La zone basse commence à se dégager, la marge de temps s'élargit
Perpignan 42,7 °N 12,5 ° Configuration la plus confortable de métropole pour la partie australe du catalogue

L'instrument

Un exercice de pointage, pas un exercice de détail

La cadence écrit le cahier des charges du matériel : mobilité, champ large et identification rapide priment sur la finesse d'image, jusqu'à faire des jumelles un instrument de premier rang.

Ce que le marathon demande vraiment à une optique

Les trois nuits de 1977 ont été signées avec des réflecteurs de 150 mm f/8, 250 mm f/5,6 et 150 mm f/6 : le score de 103 objets fut obtenu avec le plus petit des trois. Ce résultat n'a rien d'anecdotique, il définit le cahier des charges. La contrainte du marathon est la cadence : cocher 110 cibles entre deux crépuscules impose de retrouver un champ, de confirmer une identification et de passer à la suivante en quelques minutes. Ce que vous demandez à l'instrument, c'est donc de se déplacer vite, de se stabiliser vite, et de montrer un champ assez large pour reconnaître un motif d'étoiles-repères. Un Dobson de 150 à 200 mm qui tient dans un coffre est le format qui coche ces trois cases. Au-delà de 300 mm, le gain en lumière se paye en inertie mécanique et en temps de repositionnement — un mauvais échange sur un exercice chronométré, alors que ce même diamètre serait décisif sur un programme lent comme le très gros diamètre.

Trois formats qui servent ce concept

Le Sky-Watcher Virtuoso GTi 150P (553,79 €) illustre la formule de tête : 150 mm sur base de table, transportable d'une main, et un pointage assisté par téléphone qui rend au pointage les minutes que la recherche manuelle consomme. En dessous, le Sky-Watcher Heritage 130 (404,33 €) descend à 130 mm rétractables : un score de 90 objets lui est accessible sous un bon ciel, et il tient sur la banquette arrière. Au-dessus, le Sky-Watcher Skyliner 200P Flextube GoTo (1 490,49 €) porte 200 mm tout en repliant son tube pour le transport — le maximum raisonnable pour un exercice où l'on démonte et remonte parfois en cours de nuit. Aucun de ces trois instruments n'est un choix de détail planétaire : ce sont des chercheurs d'objets, et c'est le métier du soir.

Les jumelles font une partie du travail, et mieux

Une part notable du catalogue est constituée d'objets larges et brillants qu'un télescope grossit trop pour les montrer entiers : M45 couvre 110′ de ciel, M44 environ 95′, M31 s'étale sur plus de . Sur ceux-là, une paire de jumelles va cinq fois plus vite qu'un oculaire, et donne une image plus juste. Les Celestron SkyMaster 15×70 (99,99 €) offrent le compromis classique pour le ciel profond, à condition d'être posées sur un support ; les jumelles 10×50 Sogries se tiennent à main levée et suffisent aux cibles très basses, où le champ compte plus que le diamètre. Beaucoup de marathoniens gardent les deux instruments côte à côte et alternent selon la cible : c'est la pratique qui distingue une nuit préparée d'une nuit subie.

L'attente juste

Une nuit de pointage, pas une nuit de contemplation

Ce qui se joue cette nuit-là appartient à la reconnaissance et à la mémoire du ciel, et le relevé tenu à chaud en fixe le bénéfice.

Ce que l'œil verra réellement

Il faut le dire net, parce que la déception est le premier motif d'abandon. À la cadence qu'impose la liste, la grande majorité des 110 se présentent comme des taches grises sans structure : un petit ovale légèrement plus clair que le fond du ciel, tenu quelques secondes en vision décalée, coché, quitté. Les galaxies de l'amas de la Vierge défilent ainsi par grappes de six ou sept, indiscernables les unes des autres. Une dizaine d'objets seulement — M42, M13, M45, M57 — donnent ce soir-là le spectacle que promettent les photographies. Le marathon est un exercice de reconnaissance : on identifie, on ne contemple pas.

Le plaisir est ailleurs, et il est réel

Ce que l'on gagne se mesure autrement. En une nuit, on parcourt la voûte entière dans l'ordre où elle tourne, et la mécanique céleste cesse d'être une notion pour devenir une expérience physique : on sent la Terre pivoter, parce qu'on court après ce pivotement pendant dix heures. On apprend aussi le ciel comme aucun catalogue ne l'enseigne — au bout de la troisième heure, on va d'un amas à l'autre sans réfléchir, par des chemins d'étoiles que la mémoire a fini par retenir. Beaucoup d'observateurs disent que le marathon a fait plus pour leur connaissance du ciel que trois années de sorties tranquilles. Pour prolonger ce bénéfice, tenez un relevé de la nuit : les notes prises à chaud valent de l'or six mois plus tard, et le carnet d'observation est l'outil qui transforme un score en compétence.
L'avis de Luc

L'avis de Luc

Vingt minutes passées à regarder M51 correctement coûtent un marathon : la première tentative s'arrête à 61 objets, et ce n'est jamais pour une raison technique. Le matériel suit la même logique — un petit Dobson de 150 mm, qui pivote d'un coup de main, bat un 250 mm sur cet exercice, et des jumelles 15×70 posées sur trépied à côté du tube ramassent les amas larges. Le compte grimpe alors à 94 objets, deux heures de recherche en moins. Le plafond réel ne tient ni au diamètre ni à la finesse de l'œil : il tient à ce qui dépasse au sud de l'horizon. Le site se repère en plein jour, boussole en main, avant même d'ouvrir le calendrier des nouvelles lunes.

Continuer

De la théorie de la fenêtre à la nuit elle-même

Filés d'étoiles en arcs concentriques au-dessus de la coupole éclairée d'un observatoire : une nuit entière de pose Préparer la nuit avant qu'elle tombe La liste dans l'ordre, les cartes de star-hopping tracées à l'avance, les horaires de la nuit retenue et ce qu'il faut au corps pour tenir dix heures debout. Le marathon se perd sur la logistique. Lueur crépusculaire et cône de lumière zodiacale au ras d'une crête sombre, à côté d'une coupole : la tranche de ciel où se jouent les premières cibles de la nuit Courir la nuit : ordre d'attaque et budget de temps Par quoi commencer au crépuscule, comment doser moins de dix minutes par objet, où sont les deux moments qui décident du score, et ce qu'on peut viser honnêtement pour une première. La Terre vue de nuit par satellite : les villes dessinent des réseaux dorés, les zones restées noires marquent les ciels préservés Trouver le ciel qui rend la chose possible Un horizon sud dégagé et un fond de ciel noir pèsent plus lourd que le diamètre sur cet exercice. Les cartes de pollution lumineuse et les critères de choix d'un site. Carte gravée de la route d'une comète relevée par Messier en 1764 Les objets du catalogue, saison par saison Hors de la nuit de mars, les mêmes cibles se visitent à leur meilleur moment. Le tour d'horizon des plus beaux objets du ciel profond, trimestre par trimestre.

Un instrument qui pivote vite vaut mieux qu'un instrument qui montre tout

Sur un exercice chronométré, le format transportable de 150 à 200 mm bat le gros diamètre immobile. Notre rayon de Dobson pour le ciel profond, classé du plus mobile au plus lumineux.

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